Aurélien Tanghe-Technicien son
Introduction
J'ai pu lors de mon stage chez france 3 observer et comprendre toutes les étapes du son pour un téléfilm et sentir toutes les relations qui existent entre les coordinateurs du projet pour la chaîne du son. Chaque personne de cette chaîne doit connaître tout le processus. Par exemple l'ingénieur du son du tournage devra réfléchir à ce que le monteur son aura besoin pour lui donner le maximum d'éléments. De même le monteur son doit savoir comment le mixage se fait car c'est lui qui va le préparer et ainsi faciliter la tâche du mixeur.
I- Préparations - Repérages
L'ingénieur du son lit le scénario en prêtant une attention
particulière aux indications concernant l'ambiance et la conception
sonore. Il participe aux repérages pour connaître les qualités
ou les défauts acoustiques d'un lieu de tournage ainsi que les exigences
techniques qui en découlent. Il informe le réalisateur et le
producteur sur les caractéristiques du décor et propose des
solutions aux problèmes d'acoustique éventuels. En collaboration
avec la production, il évalue les dépenses pour l'équipement
et choisit ses collaborateurs (assistant et perchman). Il prépare son
matériel et, le cas échéant, prévoit la location
d'appareils additionnels.
II- Tournage
Il est important de ne pas négliger le son lors du tournage. Le son
fait énormément pour la qualité finale du film. Tout
ce qui n'est pas fait correctement au moment du tournage devient une charge
très lourde (en temps et en argent) au moment de la post-production
et l'on se retrouve vite à regretter de ne pas s'être investi
plus dans la prise de son directe.
Rôle de l'opérateur son
Pendant le tournage, l'ingénieur du son (ou aussi appelé chef opérateur son) enregistre les voix, les bruits et les ambiances. Il est responsable de la qualité de l'enregistrement tout en tenant compte des exigences artistiques du scénario, de la mise en scène ainsi que des caractéristiques acoustiques du lieu de tournage, du cadrage, de la lumière, etc. Il arrive que les conditions acoustiques du décor contraignent l'ingénieur du son à le modifier (constructions, isolation, absorption) pour des raisons techniques (l'intelligibilité et ou parasites acoustiques liées au décors) ou pour des raisons acoustiques (timbres de la réverbération qui ne correspond pas à l'ambiance recherchée par ex.).
L'opérateur son est accompagné d'un perchman qui tient le micro
suspendu au bout d'une perche, le plus près possible des acteurs, tout
en veillant à ce qu'il reste hors du champ de l'image
Avant et pendant les répétitions déjà, l'ingénieur du son s'efforce de prendre toutes les dispositions nécessaires à une qualité sonore optimale. Il s'efforce d'éliminer les bruits parasites et de supprimer les ombres de perche. Le cas échéant, il cherche des solutions pour camoufler ses microphones dans le décor ou pour les fixer de manière invisible sur les comédiens. Il discute des problèmes de déplacement des microphones avec son assistant et lui propose des solutions. L'ingénieur du son veille à identifier chaque prise de son en lui attribuant une annonce. Après consultation du réalisateur et de la scripte, il remplit le rapport son indiquant les prises choisies.
Après l'enregistrement d'une prise, l'ingénieur du son doit immédiatement évaluer sa qualité sonore et décider avec le réalisateur de la nécessité d'une prise supplémentaire.
Il arrive suivant certaines contraintes qu'on décide avant le tournage que le son direct ne sera pas gardé. Dans ce cas on enregistre un son témoin qui servira au calage de tous les sons reproduits par la suite et qui permettra au monteur d'avoir une référence du son. Par exemple si l'histoire se passe au 19e siècle et que l'on tourne dans les rues de Paris, le bruit de la ville sera forcement capté par les micros.
Pour le montage son
En prévision du montage son, il est nécessaire de prévoir l'enregistrement de nombreux sons additionnels indépendants de l'image (bruits, ambiances, sons seuls, etc.). A la fin de la journée de tournage, l'ingénieur du son est responsable - en collaboration avec l'assistant de réalisation - de l'enregistrement de tous les sons additionnels nécessaires.
Ambiance sur le tournage
Pour assurer la qualité de son travail, l'ingénieur du son doit se battre en permanence. Tout en faisant preuve de finesse psychologique, il doit être capable de s'imposer face au réalisateur et au chef opérateur, tous deux centrés sur l'image. Demander le silence à chaque prise est essentiel mais ce n'est pas toujours facile. Il doit prendre des décisions en situation de stress et assumer des responsabilités.
L'oreille intelligente et le rapport son/cadre
Il est parfois difficile de dire, paradoxalement, à l'oreille si un endroit est calme ou non. C'est que notre oreille, justement, est sélective, au contraire d'un microphone, quel que soit son type. Cela signifie que, même dans un endroit très bruyant, nous sommes capables de suivre une conversation précise, sans gêne particulière. Nous pouvons focaliser notre attention auditive sur cette conversation et rejeter les bruits résiduels en arrière-plan. C'est ce qu'on appelle l'oreille intelligente. Un micro est incapable de faire cela, c'est un phénomène essentiel à connaître en prise de son…
Lors de la prise de son, il faut faire varier la distance du micro au sujet en fonction du cadre ou plan choisi. Des plans serrés exigent un micro proche, pour des plans plus larges, le micro doit se trouver plus éloigné. Ainsi la perspective sonore correspond à celle de l'image.
La technique…
On trouve souvent au bout de la perche un couple stéréo MS.
Les ambiances et les silences raccord sont enregistrés en stéréo.
Le son est enregistré soit sur DAT soit sur des enregistreurs magnétiques
de type Nagra. L'ingénieur du son a deux pistes indépendantes
pour enregistrer. Dans le cas de scènes de dialogue, on enregistre
sur une piste le signal M (middle) du couple MS et sur l'autre piste les micros
HF cravates des comédiens s'ils en ont.
III- Détection post-synchro
Une fois le montage image terminé, on réunit le monteur son,
le mixeur et le réalisateur pour décider scène par scène
de ce qu'on peut garder de la prise de son du tournage. On répertorie
alors tout ce qu'il manque et ce qu'il faut refaire. C'est ce qu'on appelle
la détection post-synchro. Toutes les scènes de dialogues qui
doivent être refaites sont envoyé à une entreprise spéciale
qui est spécialisé dans la post-synchro et la création
de bandes rythmo.
La bande rythmo (voire un bout en annexe) est une bande qui va défiler au-dessous de l'écran sur laquelle sera inscrite tous les dialogues exacts qui ont été dit lors du tournage.
IV- Post-synchro
Vient l'étape de Post-synchro proprement dite. On place un comédien dans l'auditorium qui doit refaire sa scène en regardant l'écran et la bande rythmo. Il est courant de faire entendre dans le casque du comédien le son direct pour que le comédien se synchronise encore mieux et surtout pour qu'il garde le même ton le même timbre et la même hauteur que la prise directe.
Le preneur de son quant à lui doit jouer avec ses micros et l'acoustique du studio pour reproduire le son du tournage. Par exemple pour une scène en extérieur, le comédien se placera dans la " cabane " qui simule un environnement d'extérieur par son absorption quasi totale du son.
On pourra alors être " raccord ", c'est à dire qu'on pourra sur certaines répliques avoir la post-synchro et pour d'autres le direct dans la même scène sans que cela s'entende.
V- Bruitage
On bruite souvent le film en entier pour plusieurs raisons :
- dans le cas ou le film sera vendu à l'étranger ; dans ce cas toutes les scènes ou il y a du dialogue doivent être entièrement refaites pour faire la V.I. La VI (version internationale) est toute la bande son du film sauf les dialogues qui seront refait dans la langue désiré.
- on peut mêler les bruitages au son du direct pour appuyer certains sons.
Le bruiteur ne se fie pas au texte, mais à l'image : en observant les scènes, il se fait une idée des sons à produire, on lui fait aussi écouter le son du tournage.
Pour certaines productions, le bruiteur a un travail de recherche à faire. Dans le cas des séries historiques, par exemple. Il faut que le son colle au lieu, à l'époque et à l'action. Une automobile des années 40 ne produit pas le même son qu'une autre des années 80. Une roue de bicyclette circulant sur l'asphalte ne rend pas le même son qu'une autre roulant sur la terre battue. Pour se renseigner, le bruiteur utilise des images d'archives. Il a ainsi une idée de l'environnement, des matériaux en vogue à l'époque, etc.
Une fois que le bruiteur sait
quel son il doit produire, la grosse question est de choisir avec quoi. Le
bruiteur ne produit pas nécessairement le son avec l'objet réel.
Souvent, de fait, il n'a pas le choix d'inventer un autre moyen : l'objet
est inaccessible (de la neige en été, par exemple) ou le micro,
trop sensible (un bruit de pas dans la gravelle enregistré de trop
près prend des airs d'éboulis...). Le génie d'un bruiteur,
c'est de savoir utiliser les objets les plus banals pour produire les sons
les plus divers.
Le Bruiteur doit savoir jouer de l'instrument microphone, c'est à dire
qu'il ne doit pas simplement chercher la consistance acoustique de ses sons
et les interpréter en parfait synchronisme avec l'image, il doit les
imaginer à travers le micro, à travers la prise de son en collaboration
avec le preneur de son.
En plus des sons réalistes
de la scène, on peut aussi demander au bruiteur de concocter des effets
sonores.
Les effets sonores désignent des sons complexes et des bruits inhabituels
destinés à enrichir le contenu sonore d'un film. Ces sons pourront
être traités spécialement. (correction de tonalité,
de dynamique et réverbération)
On compte 4 à 5 jours de bruitage pour un téléfilm de
90 mn
VI- Montage son
Le travail du monteur son commence une fois le montage image effectué,
avec un son "témoin" coupé en même temps que
l'image ("sortie Avid"). Il s'occupe d'assembler les sons directs
enregistrés lors du tournage des scènes, s'ils sont jugés
de bonne qualité, et les éléments rajoutés ensuite
: ambiances, effets, musiques. Tous ces éléments seront utilisés
par le mixeur, avec les voix refaites et les bruitages, pour donner la bande
son finale du film.
La première opération consiste à aller rechercher le son direct du tournage pour les prises que le monteur image a gardé. IL répartit les sons sur plusieurs pistes, en fonction des coupes, des champs/contrechamps, et des valeurs de plans : gros, moyen, large, et en soignant les crossfades, les niveaux, en "bouchant" par une rustine un bruit trop fort entre deux phrases d'un dialogue, par exemple. Les phrases non utilisables sont mises à l'écart, sur une piste "Out", à fin d'éventuelle référence ultérieure.
Il prépare et facilite le travail du mixeur. De même il s'efforce de garder des niveaux cohérents
Il reste à homogénéiser le son entre deux axes de prises
de vue dans une même scène, par exemple, l'ambiance sonore diffère
sensiblement selon que le micro pointe vers l'un ou l'autre des acteurs. Pour
cela, rien de mieux que de rajouter une ou plusieurs ambiances "raccord"
par-dessus. Les ingénieurs du son ayant de moins en moins de temps
pour enregistrer des sons seuls, le monteur son est souvent amené à
puiser des sonothèques
Si le son est entièrement refait, le monteur son a plus de liberté pour choisir ses ambiances, puisqu'elles ne doivent plus raccorder avec le direct ni masquer !
Les musiques
Les musiques arrivent en fin de montage son. Si la musique a été composée "à l'image", le calage est généralement rapide ; s'il s'agit de "musique de stock", le processus sera plus long. En tout, il faut compter environ 3 semaines de travail pour un téléfilm de 90 minutes. En cinéma, cette durée passe à 6-8 semaines.
VII- Mixage
Le mixage consiste à mélanger et à doser les différents
sons qui accompagnent et "habillent" les séquences d'un film.
Le but est de regrouper l'ensemble de ces enregistrements sonores sur une
seule bande son, celle qui est "couchée" sur la copie finale.
Le déroulement des opérations est accompagné d'une feuille
de conduite, un plan de mixage établi par le monteur son et qui indique
le timing de tous les sons, et l'endroit exact où ils sont répertoriés
sur les pistes.
Pré-mixage des voix et travail des post*synchros
La première source dont le mixeur s'occupe est le son direct, donc
en général les dialogues du film. Pour les dialogues il y a
souvent deux enregistrements distincts dans le temps et dans l'espace, l'un
enregistré lors du tournage, l'autre après en auditorium; il
faut masquer le mieux possible les passages de la post-synchro au son direct
afin d'éviter toute rupture de ton, de niveau, et surtout de couleur
de voix du comédien. Ce sont des phrases mais parfois seulement des
mots prélevés et replacés dans le continuum de la parole.
Cela peut-être très découpé et il faut rendre les
coutures imperceptibles à l'oreille. Les dialogues "raccommodés"
peuvent mobiliser jusqu'à 25 pistes différentes. Quand le travail
de "lissage" est bien fait, il est impossible de faire la distinction
à l'oreille nue. Techniquement, le mixeur a différents outils
a sa disposition : l'égalisation c'est à dire qu'il va corriger
le timbre d'un son, il peut jouer sur sa dynamique, son niveau, et aussi immerger
ses sons dans différentes acoustiques.
Ambiances, bruitages, effets et musiques
Ensuite le mixeur s'occupe de
tous les autres sons préparés par le monteur son. On "retouche"
aussi le mixage des musiques car l'écoute n'est pas la même au
cinéma que sur une chaîne hi-fi. Le mixage que l'on fait pour
une musique destinée à la télévision ou au cinéma
est distinct du mixage que l'on fera éventuellement pour l'édition
d'un CD.
Il pré-mixe tout sur des pistes séparées, les ambiances,
les effets, les bruitages et les musiques. A la fin il mixe enfin ensemble
tous ses pré-mix.
Le mixage répond à des choix esthétiques.
Le mixeur, donne un ordre d'importance à tous les éléments
sonores en fonction du résultat souhaité.
On comprend bien qu'une même scène peut être ressentie par le spectateur de manière fort différente selon l'environnement sonore que l'on crée. Tout est fonction du climat que l'on veut instaurer. Selon la dramaturgie, une scène d'appartement peut se peupler de bruissements hors-champ qui apporteront des connotations bien différentes : des cris d'enfants qui jouent, un coup de tonnerre, une dispute dans un appartement voisin,... Les possibilités sont infinies puisqu'on peut retrancher ou ajouter autant de sons que l'on veut. Et les doser à sa guise. On met à l'"avant-plan" le souffle d'un ventilo, on place en "arrière-plan" le vol d'un insecte, tout est possible. Certaines scènes sont peu travaillées, d'autres nécessitent une certaine dynamique sonore pour "fonctionner".
Les séances de mixage
Psychologiquement, il faut gérer les conflits qui peuvent naître entre les envies du monteur son, celles du réalisateur et ses propres attentes.
Le mixage est un travail très minutieux, assez fatigant d'autant plus que c'est la dernière étape du projet. Après une journée de mixage, on manque par moment de recul. On a perdu l'impact de la séquence et la perception de sa durée réelle.
C'est la raison pour laquelle après avoir travaillé sur le film morceau par morceau, par boucles comme on dit, on le revoit dans sa totalité. On peut procéder alors à quelques modifications.