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De
circonstance ! Le
baiser. Le mot est joli qui s'ouvre par un
frisson et se clôt sur un soupir. D'autant, qu'on ne sait trop, s'il
s'agit du verbe ou du nom et qu'à tout prendre la confusion est
délicieuse. Du baisemain à l'étreinte, n'y a-t-il pas mille formes de
baisers ? Les uns courtois, distants, respectueux, les autres tendres,
enflammés, passionnées. A moins que ce ne soit le même. N'est-ce-pas
Sacha Guitry qui dit galamment du baisemain qu'il faut bien commencer par
quelque part ? Ou, c'est-à-dire quand ? à quel moment ? Une chose
est sûre pour le petit enfant tout se joue dès les commencements. Dès
cette bouche qui cherche le sein et prend déjà ses premières leçons
d'amour. Un exercice dont se souviendront plus tard les amants, lorsqu'ils
se dévoreront mutuellement de baisers. Et à belles dents encore ! Jusqu'à
plus soif ! Or curieusement ce baiser passionné, ce baiser fou qui
appelle le vertige, jamais une société n'a comme la nôtre éprouvé le
besoin de le représenter. C'est simple, il et partout il s'étale
insolemment sur les murs de la ville comme il musarde, romantique, entre
les pages des magazines. Il nous attend dans les musées. Il prend la pose
dans des jardins. Mais, surtout, il triomphe sur l'écran. Il y est
roi. Peut-être parce que le cinéma l'a réinventé en même temps qu'il
réinventait le visage. Mais peut-être aussi parce que ces lèvres qui
s'entrouvrent en gros plan, ces lèvres merveilleuses, vivantes, peintes,
frémissantes, évoquent voluptueusement, irrésistiblement d'autres lèvres.
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