Affaire à suivre
Journal d’un conseiller de quartier
— Mars-avril 2008. La municipalité qui vient d’être élue décide de modifier la composition de ses conseils de quartier. Dorénavant, un collège d’habitants vient s’ajouter au collège politique et à celui des représentants des associations et des commerces. Les habitants sont tirés au sort à partir des listes électorales.
— Mai 2008. Les courriers arrivent dans les boites aux lettres des élus du sort.
L’ouvrage
L’auteur de l'ouvrage est l’un de ceux-ci. D’abord surpris par l’annonce, il accepte de participer à cette expàrience innovante. Très vite, après sa prise de fonction et les découvertes qui vont avec, il décide de tenir un journal. Grâce à celui-ci, il nous livre un témoignagne bien documenté sur sa première année de conseiller de quartier, relatant dans le détail les événements et les correspondances qui le concernent, confiant au lecteur ses impressions et réflexions. À la suite de son observation méthodique des conditions et des circonstances dans lesquelles il exerce sa nouvelle responsabilité, il nous entraîne avec humour et perspicacité dans deux réunions fictives de conseil... pour l’exemple. Bref, un petit volume de 128 pages clair et concis.
L’auteur & l’illustratrice
Jean-Luc Van Gheluwe a déjà publié aux éditions Sansonnet un recueil de poésie intitulé
Carnaval. Très différent, pensez-vous. Certes, mais tout de même. Dans ces deux ouvrages, nous dit-il, « l’observation des hommes et des situations ; le rapport subtil entre ce que nous sommes et ce que nous paraissons être ; une confrontation permanente entre nous-mêmes, le monde tel que nous le rêvons et le monde tel qu’il est. »
Le récit est illustré par la compagne de l'auteur, Paz. Elle raconte : « Des silhouettes, d’abord hésitantes, ont pris vie pour illustrer quelques scènes de la vie municipale. Expérience très plaisante qui me laisse en compagnie de petits bonshommes qui continueront à vivre… »
Déjà au catalogue
Lille vert avenir (2007) nous montre précisément comment
Éric Quiquet, nouvel élu et adjoint au maire, a pu initier des actions au cours de son mandat, avec quel bonheur ou quelles difficultés il a pu les mettre en place. Voici donc deux visions du fonctionnement municipal qui se rencontrent et se complètent pour donner au lecteur des clefs de lecture d'une mairie, vue du centre ou de la périphérie. Et n’oublions pas
Le Polar de Lille-Sud dont une scène se déroulait dans la réunion du conseil de ce quartier.
En regard de Sangatte (2002) est le récit d’un comédien qui se rendait volontairement au centre d'accueil des réfugiés.
Denis Lecat a tenu le journal de son expérience et en a rapporté un récit détaillé qui dépasse de loin le simple rapport d'un témoin occulaire.
Affaire à suivre et
En regard de Sangatte partent tous deux d’un journal et livrent deux témoignages « de l'intérieur », pour des récits très différents.
Les Mains bleues (2001),
La Dame à sa fenêtre (2004),
Calais-dal (2004),
Robin des Bois-Blancs (2004) ou
Pacifique Aventure (2005), sont issus d’écritures collectives, pas
Affaire à suivre, mais dans tous les cas c’est l’expérience vécue qui nourrit ces récits.
La démocratie locale
La démocratie représentative est plus ou moins en difficulté, subissant une perte de confiance. On parle moins souvent des élus que de la classe politique, une classe à part qui tendrait à devenir un milieu fermé. Y a-t-il un rapport direct ? La loi de 2002 relative à la démocratie de proximité a rendu obligatoire l’institution de conseils de quartier pour les villes de plus de 80.000 habitants, laissant chaque conseil municipal libre de définir la dénomination, la composition et le fonctionnement de ces conseils.
Différents modes de fonctionnement se sont donc mis en place, sachant que certaines villes avaient créé ce genre d’instance dès les années 80. Des collèges habitants ont été ajoutés aux conseils de quartier dans de très nombreuses villes de France et nous pouvons remarquer que les deux modes de composition les plus utilisés sont le tirage au sort et l’appel au volontariat, utilisés ou non de façon combinée. Nous pouvons observer quelques cas particuliers comme la ville de Nice où les conseillers habitants sont choisis par le député-maire. D’autres conseils de quartier sont à l’inverse très ouverts et n’importe quel habitant du quartier peut y prendre part (Lyon, Bordeaux, certains arrondissements de Paris, Rennes, etc). Certains conseils de quartier ont intégré des ressortissants non-communautaires (Ve, XVIIIe et XXe arrondissemnt de Paris) et d’autres sont dirigés par un conseiller habitant.
Affaire à suivre est donc une contribution locale qui entre dans une question bien au-delà de l’intêret local. Cette question, nous pouvons la poser ainsi : si dans la démocratie représentative on introduit d’autres participants choisis selon d’autres méthodes, ceux-ci auront-ils la possibilité de se constituer une légitimité ? Peut-on compter sur eux pour enrichir, consolider, rénover ou rajeunir les instances existantes ?