La Voix du Nord

La Voix de la littérature d'expression populaire (27 mars 2002)

Rue de Rivoli. Au premier étage d'une petite maison, un bureau. À l'intérieur, un ordinateur, un massicot, une agrapheuse, une tonne de papiers et de nombreux volumes. Nous sommes aux éditions Sansonnet, une petite maison qui annonce clairement la couleur. Ici, depuis plus de six ans, on fait de la littérature d'expression populaire et on s'y tient. Devenu éditeur après un parcours en zigzag, Vincent Valdelièvre, cheville ouvrière de la petite entreprise, explique simplement la démarche: "La littérature d'expression populaire, ce sont des auteurs dont les œuvres sont marquées par une appartenance sociale, tout en oubliant jamais que cela doit valoir le coup d'être publié". Au catalogue, autant de récits de pure ficton que de tentations autobiographiques, des contes, des histoires d'enfance, quelques polars, les r&eacutes;cits d'ici et les récits d'ailleurs, des petits ouvrages entièrement artisanaux, des livrets qui évoquent les livres à deux sous que les colporteurs d'autrefois avaient dans leurs bagages.

Avant de devenir éditeur, Vincent Valdelièvre a eu une première partie de carrière passée à faire tous les petits métiers possibles sans qualification, vendeur de lessive au porte-à-porte, auxiliaire de comptabilité... Il finit par devenir menuisier et se forme sur le tas. En 1978, il arrive dans le monde du social avec sa caisse à outils et devient formateur en menuiseries pour les jeunes. En 1983, une réforme universitaire lui permet de faire valoir son parcours. Il entre alors en licence de formations d'adultes, continue vers la maîtrise, un diplôme qu'il mettra du temps à obtenir. Pour avoir une maîtrise, il faut réaliser un mémoire, il faut donc en passer par l'écrit. Ce ne sera pas simple et c'est certainement parce qu'il a pris ces difficultés à bras-le-corps, qu'il a trouvé les moyens de les dépasser, que par la suite, on lui confiera lesuivi des écrits d'étudiants. En 1993, l'association qui l'employait comme formateur dépose le bilan. Changement d législation, les entreprises et l'État se désengage de la formation professionnelle. C'est une maivaise époque pour chercher un emploi dans la formation pour adultes.

Des récits d'ici et d'ailleurs

Alors il décide de se jeter à l'eau, risque son petit pécule et lance les éditions du Sansonnet. Les premiers auteurs, Vincent Valdelièvre les débusque grâce à ses relations. La diffusion, ce sont les salons, les réseaux de formation qu'il connaît bien. Tout commence par des souscriptions qui lui permettent de tirer les exemplaires en fonction de la demande. Le premier ouvrage, ce sera L'argent ne fait pas le bonheur, une petite nouvelle policière écrite par Corinne Mascret. Il y en aura beaucoup d'autres. Mais les fascicules ne suffisent plus, l'artisanat montre ses limites, les éditions du Sansonnet lancent alors la collection de l'églantine. Des livres à part entière, qui peuvent être distribués par les réseaux traditionnels. Les deux premiers ouvrages sont publiés avec le soutien des éditions VO (Vie ouvrière), une émanation de la CGT. Mais au bout d'un an, VO doit abandonner l'édition pour se recentrer sur son activité première, la publication de son journal. Dans les cartons, il y a Les Mains bleues, l'ouvrage écrit par les anciennes ouvri&egraves;res de Levis, les 3000 premiers exemplaires sont d'ailleurs presque épuisés, un retirage est en préparation.

Pour la collection de l"églantine, les éditions du Sansonnet ne changent pas de cap, les œuvres sont liées à la critique sociale. Aujourd'hui neuf titres sont disponibles à l'églantine, la diffusion va être lancée dans les réseaux traditionnels, les éditions du Sansonnet entrent dans la cour des grands. Et ce n'est pas sans une certaine appréhension. Beaucoup de petites maisons d'édition tombent et ne se relèvent pas de l'expérience. Mais il faut sauter le pas, prendre ce risque, et les six années d'expérience de Vincent Valdelièvre devrait permettre de négocier ce cap sans trop d'encombres. Les éditions du Sansonnet ont aussi une autre ambition: lancer une fresque basée sur les cycles de circulation de l'argent oùdes économistes et des auteurs pourraient se croiser. C'est un grand projet, mais Vincent Valdelièvre sait prendre le temps. Aujourd'hui, il est un éditeur à part entière.

C.B.