
ParaMag : Comment vous est venue cette idée
des structures volantes ?
Babylon : En observant les réalisations
de Hans Walter Muller, un architecte plasticien installé à
la Ferté-Alais. Ses travaux sont très étendus et utilisent
notamment de très grands éléments gonflables. On peut
le rencontrer lors de manifestations comme le Festival du vent et voir
ses travaux un peu partout dans le monde lors d'expositions. Il anime ses
tubes à l'aide de grands ventilateurs, nous avons pensé que
le vent de la chute pouvait faire le même office. Nous avons donc
réfléchi et mis au point ces systèmes pendant un an
et demi.

PM : Comment cela fonctionne-t-il ?
Babylon : Le modèle le plus
simple est la structure pilotée. C'est une sorte de manche à
air, ou de cheminée en tissu, de 5 mètres de hauteur qui
est fixée à chaque pieds du chuteur (évidemment, on
chute tête en bas...) par un système de libération
fonctionnant sur le principe du 3 anneaux, avec câbles et poignée.
Les jambes sont un peu entravées, mais il est possible de bouger
et d'évoluer par rapport à un autre chuteur équipé
lui aussi d'une structure. Les structures peuvent également servir
de référence pour un groupe de chuteur, toutes disciplines
confondues.
PM : Et pour l'ouverture ?
Babylon : Nous libérons
la structure vers 5 000 ou 4 000 pieds. Une fois libérée,
la structure reste gonflée et elle chute à la vitesse d'un
POD de secours. Il est possible de continuer le jeu sous voile, en virage.
Il n'y a pas de risque à l'atterrissage.

PM : La structure autonome, type "bombe à
eau" semble un peu plus complexe. Qu'apporte-t-elle ?
Babylon : L'idée est de
mettre au point une structure autonome qui serve de référence
aux chuteurs, cela évite de "sacrifier" quelqu'un dans cette position.
Nous appelons cette structure la "bombe à eau" car elle est composée
d'un bidon de 30 litres, rempli d'eau. Un système de largage par
déclencheur Kap 3 ouvre le couvercle et retourne le bidon. L'eau
se vide et la structure descend toute seule, freinée par un petit
parachute. L'ensemble pèse alors 3 kg.

PM : Ce système est-il vraiment au point
?
Babylon : A ce jour, nous totalisons
une dizaine de sauts sans aucun problème. Nous sommes largués
au-dessus d'une zone dégagée, en dehors du terrain d'Ampuriabrava
en Espagne. Le taux de chute est calé sur du "tête en bas"
assez lent. Nous maîtrisons tous les aspects techniques et nous pouvons
aborder maintenant une phase plus créative : nouvelles formes de
structures, plus en largeur, jeux de couleurs, etc. Les possibilités
sont vastes. Par exemple : lorsque la bombe à eau se vide, cela
produit une immense gerbe d'eau assez spectaculaire. Il est possible de
teinter l'eau pour augmenter le jeu de couleurs.
PM : Y a-t-il une technique particulière
pour utiliser ces structures ?
Babylon : En sortie d'avion, il
y a des orientations spécifiques à respecter pour un bon
déploiement dans le vent relatif. Du fait de ses 30 kg, la bombe
à eau est assez spéciale à sortir. On part en position
assise à la porte et on sort avec elle pour bien la positionner
dans l'air. Ensuite tout est automatique, à condition d'avoir bien
réglé et positionné le mécanisme d'ouverture
et de décrochement du couvercle. Pour les manches à air aux
pieds, il faut bien maîtriser le système de libération.

PM : Cette idée ressemble à celle
que Patrick de Gayardon avait développée pour ses courses
de dérive avec la combinaison "wing suit" (voir ParaMag n°129),
autour d'un grand pilonne en tissu. Vous étiez-vous concertés
?
Babylon : Malheureusement, nous
n'en avons pas eu le temps... Durant l'hiver dernier, nous ne souhaitions
pas trop divulguer notre projet tant que nous étions dans la phase
de mise au point. En début de saison, nous avons découvert
ce que faisait Deug. En fait, sa manche à air est beaucoup plus
volumineuse, elle est portée par un pilote tandem. Son idée
était d'intéresser le public, il fallait donc une structure
qui soit bien visible du sol. Actuellement notre recherche est plus basée
sur l'aspect visuel et esthétique en chute.
PM : Que comptez-vous développer autour
de ces éléments volants ?
Babylon : L'aspect "rencontre du
troisième type" est passionnant, il est en effet peu commun de se
trouver en vol autour d'éléments aussi volumineux, c'est
donc toujours un moment d'émotion. Lors des événements
auxquels nous allons participer et tout au long de l'année à
Ampuriabrava, nous irons présenter ces structures aux différents
groupes qui trouveront un jeu adapté à leur vol, à
plat, en freefly, en skysurf ou même en tandem !... Notre concept
est d'amener en chute des éléments de grande taille et d'évoluer
autour en 3 dimensions. Cela permet de confronter des formes animées
de tailles différentes et dans un espace permettant une liberté
totale de mouvements. Les nombreuses formes possibles et les jeux de couleurs
apportent une notion esthétique et artistique qui place la chute
libre en second plan par un effet visuel surprenant. De plus, les structures
peuvent être très agrandies pour être visibles par le
public au sol.
... à Colin Thompson pour sa collaboration sur la mise au point
des mécanismes.
Au centre d'Ampuria, qui y a cru dès le départ et nous
a fait confiance.
A Marie Monier, pour les peintures.
Après avoir participé à la création de K-Ramba, Sylvain Turina et Stéphane Fardel ont décidé de créer Babylon. La société s'organise autour de l'école de freefly et animations lors de boogies. Ils ont également l'intention de développer l'aspect visuel et les jeux autour des structures volantes et d'autres objets qu'ils ont en projet. Ils sont soutenus par : Parachutes de France, Time-Out!!, Skycorder, les combinaisons Falcon et le centre d'Ampuriabrava en Espagne.
Sylvain, 28 ans, totalise 6 000 sauts dont
1 500 en freefly, membre de l'équipe de France de VR-8 de 1992 à
199
Stéphane, 32 ans, totalise 4 000 sauts
exclusivement en freefly et presque tous avec vidéo ou photo.
Alexandre Gillard, 22 ans, 1 500 sauts dont
1 000 en freefly est instructeur au sein de l'école.