L'article du mois :

Manches à air et bombes à eau :

 

Dans notre précédente édition, nous vous avons présenté 2 modèles de structures volantes en tissu, mises au point par Sylvain Turina et Stéphane Fardel. Nous vous proposons ce mois-ci une interview des créateurs de Babylon, basés à Ampuria, afin qu'ils nous donnent plus de détails sur ces drôles de machines.

 

Propos recueillis par Bruno Passe - Photos Stéphane Fardel et Bruno Brokken


ParaMag : Comment vous est venue cette idée des structures volantes ?
Babylon : En observant les réalisations de Hans Walter Muller, un architecte plasticien installé à la Ferté-Alais. Ses travaux sont très étendus et utilisent notamment de très grands éléments gonflables. On peut le rencontrer lors de manifestations comme le Festival du vent et voir ses travaux un peu partout dans le monde lors d'expositions. Il anime ses tubes à l'aide de grands ventilateurs, nous avons pensé que le vent de la chute pouvait faire le même office. Nous avons donc réfléchi et mis au point ces systèmes pendant un an et demi.

PM : Comment cela fonctionne-t-il ?
Babylon : Le modèle le plus simple est la structure pilotée. C'est une sorte de manche à air, ou de cheminée en tissu, de 5 mètres de hauteur qui est fixée à chaque pieds du chuteur (évidemment, on chute tête en bas...) par un système de libération fonctionnant sur le principe du 3 anneaux, avec câbles et poignée. Les jambes sont un peu entravées, mais il est possible de bouger et d'évoluer par rapport à un autre chuteur équipé lui aussi d'une structure. Les structures peuvent également servir de référence pour un groupe de chuteur, toutes disciplines confondues.

PM : Et pour l'ouverture ?
Babylon : Nous libérons la structure vers 5 000 ou 4 000 pieds. Une fois libérée, la structure reste gonflée et elle chute à la vitesse d'un POD de secours. Il est possible de continuer le jeu sous voile, en virage. Il n'y a pas de risque à l'atterrissage.

PM : La structure autonome, type "bombe à eau" semble un peu plus complexe. Qu'apporte-t-elle ?
Babylon : L'idée est de mettre au point une structure autonome qui serve de référence aux chuteurs, cela évite de "sacrifier" quelqu'un dans cette position. Nous appelons cette structure la "bombe à eau" car elle est composée d'un bidon de 30 litres, rempli d'eau. Un système de largage par déclencheur Kap 3 ouvre le couvercle et retourne le bidon. L'eau se vide et la structure descend toute seule, freinée par un petit parachute. L'ensemble pèse alors 3 kg.

PM : Ce système est-il vraiment au point ?
Babylon : A ce jour, nous totalisons une dizaine de sauts sans aucun problème. Nous sommes largués au-dessus d'une zone dégagée, en dehors du terrain d'Ampuriabrava en Espagne. Le taux de chute est calé sur du "tête en bas" assez lent. Nous maîtrisons tous les aspects techniques et nous pouvons aborder maintenant une phase plus créative : nouvelles formes de structures, plus en largeur, jeux de couleurs, etc. Les possibilités sont vastes. Par exemple : lorsque la bombe à eau se vide, cela produit une immense gerbe d'eau assez spectaculaire. Il est possible de teinter l'eau pour augmenter le jeu de couleurs.

PM : Y a-t-il une technique particulière pour utiliser ces structures ?
Babylon : En sortie d'avion, il y a des orientations spécifiques à respecter pour un bon déploiement dans le vent relatif. Du fait de ses 30 kg, la bombe à eau est assez spéciale à sortir. On part en position assise à la porte et on sort avec elle pour bien la positionner dans l'air. Ensuite tout est automatique, à condition d'avoir bien réglé et positionné le mécanisme d'ouverture et de décrochement du couvercle. Pour les manches à air aux pieds, il faut bien maîtriser le système de libération.

PM : Cette idée ressemble à celle que Patrick de Gayardon avait développée pour ses courses de dérive avec la combinaison "wing suit" (voir ParaMag n°129), autour d'un grand pilonne en tissu. Vous étiez-vous concertés ?
Babylon : Malheureusement, nous n'en avons pas eu le temps... Durant l'hiver dernier, nous ne souhaitions pas trop divulguer notre projet tant que nous étions dans la phase de mise au point. En début de saison, nous avons découvert ce que faisait Deug. En fait, sa manche à air est beaucoup plus volumineuse, elle est portée par un pilote tandem. Son idée était d'intéresser le public, il fallait donc une structure qui soit bien visible du sol. Actuellement notre recherche est plus basée sur l'aspect visuel et esthétique en chute.

PM : Que comptez-vous développer autour de ces éléments volants ?
Babylon : L'aspect "rencontre du troisième type" est passionnant, il est en effet peu commun de se trouver en vol autour d'éléments aussi volumineux, c'est donc toujours un moment d'émotion. Lors des événements auxquels nous allons participer et tout au long de l'année à Ampuriabrava, nous irons présenter ces structures aux différents groupes qui trouveront un jeu adapté à leur vol, à plat, en freefly, en skysurf ou même en tandem !... Notre concept est d'amener en chute des éléments de grande taille et d'évoluer autour en 3 dimensions. Cela permet de confronter des formes animées de tailles différentes et dans un espace permettant une liberté totale de mouvements. Les nombreuses formes possibles et les jeux de couleurs apportent une notion esthétique et artistique qui place la chute libre en second plan par un effet visuel surprenant. De plus, les structures peuvent être très agrandies pour être visibles par le public au sol.

 

Remerciements...

... à Colin Thompson pour sa collaboration sur la mise au point des mécanismes.
Au centre d'Ampuria, qui y a cru dès le départ et nous a fait confiance.
A Marie Monier, pour les peintures.

 

A propos des créateurs

Après avoir participé à la création de K-Ramba, Sylvain Turina et Stéphane Fardel ont décidé de créer Babylon. La société s'organise autour de l'école de freefly et animations lors de boogies. Ils ont également l'intention de développer l'aspect visuel et les jeux autour des structures volantes et d'autres objets qu'ils ont en projet. Ils sont soutenus par : Parachutes de France, Time-Out!!, Skycorder, les combinaisons Falcon et le centre d'Ampuriabrava en Espagne.

Sylvain, 28 ans, totalise 6 000 sauts dont 1 500 en freefly, membre de l'équipe de France de VR-8 de 1992 à 199
Stéphane, 32 ans, totalise 4 000 sauts exclusivement en freefly et presque tous avec vidéo ou photo.
Alexandre Gillard, 22 ans, 1 500 sauts dont 1 000 en freefly est instructeur au sein de l'école.

 


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