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282, la belle histoire !
Une aventure prend tout son sens lorsqu'au départ on n'en connaît pas la finalité. Elle gagne en vraie grandeur quand on atteint difficilement le but fixé. Si elle concerne un groupe international d'environ 350 parachutistes, soutenu du fond du coeur par le peuple thaïlandais, la belle histoire est alors incrustée dans leur ciel pour l'éternité...
P a r P a t r i c k P a s s e  
Debout sur le balcon inférieur de l'ancienne tour de contrôle de la Royal Thaï Air Force Base, B.J. Worth annonce enfin la bonne nouvelle aux membres du World Team 99 qui l'écoutent dans l'émotion. Le nouveau record du monde de grande formation est désormais gagné avec une figure à 282 qui, il y a une heure environ, volait durant un peu plus de sept secondes dans le ciel bleu d'Ubon, à 600 kilomètres au Nord-Est de Bangkok. Le World Team a bien failli repartir sans ce record que B.J. Worth dédie maintenant au peuple thaïlandais.
"Thaï" veut dire "sourire", "Land" se traduit par "pays". Le pays du sourire a apporté sans aucun doute la synergie nécessaire qui manquait au World Team 99 pour accomplir avec succès une aventure commencée cinq années plus tôt à Bratislava, en Slovaquie.
C'était là, en août 1994, que B.J. Worth avait donné rendez-vous pour la première fois à ce groupe de chalengers qu'il baptisait "World Team". Le but du World Team 94 était de battre le record à 200 que Guy Manos avait organisé en Caroline du Sud (U.S.A.) et qui trônait depuis 1992.
À cause d'une erreur de créneau de l'un de ses membres, le World Team 94 devait repartir de Slovaquie sans record F.A.I. officiel, se consolant amèrement de ce qu'on appelle "une meilleure performance" qui fut, pour cet épisode, un 216 au goût de trop peu.
Deux années plus tard, B.J. Worth donne rendez-vous au World Team 96 à Anapa, en Russie, pour le gros morceau : un 300 qui se conclut par une formation à 297 construite à bout de bras dans un pays de misère. Mais là-aussi, pas de record pour B.J. et ses fidèles, car en périphérie de ce magnifique 297, trois personnes battent la semoule sans jamais parvenir à accrocher la figure au chiffre mythique.
Le World Team 96 doit une fois encore se contenter de... "la meilleure performance", titre de consolation quand il n'y a pas de victoire. Et pour qu'il y ait victoire, il faut absolument que tous les relativeurs au départ des avions et prévus dans la formation dessinent exactement dans le ciel, durant trois secondes minimum, la figure qui est déposée aux juges, juste avant la tentative.
Au jeu de la course au record, c'est Roger Nelson qui gagne l'étape suivante. En juillet 98, il organise un 246 à Chicago. Nelson pensait officialiser un 300 et prendre ainsi B.J. Worth à contre-pied, alors que ce dernier commençait déjà à donner rendez-vous au World Team 99 au Brésil, pour le même but. Mais un 300 n'est pas si facile à construire si on n'a pas les gens. Et des gens, il n'y en a pas suffisamment à Chicago. Après plusieurs sauts de galère, Roger Nelson doit réduire son groupe de 54 personnes.
Avant la Thaïlande, c'est donc au Brésil que le World Team 99 avait rendez-vous, en février dernier. Mais deux mois avant le départ, le Brésil est annulé pour cause de déséquilibre économique au sein du pays.
Alexis Perry va sauver la situation. Connaissant le coeur ouvert qui bat dans le pays du sourire pour y avoir organisé trois boogies exotiques avec succès, Alexis suggère à B.J. Worth de présenter son projet à la Royal Thaï Air Force. Il pense que les militaires pourraient certainement mettre à la disposition du World Team les gros porteurs nécessaires.
En avril dernier, les négociations prennent rapidement un tournant positif. Les Thaïs souhaitent définitivement accueillir le World Team. La période est fixée du 1er au 17 décembre, au moment où le peuple thaï sera en joyeuse effervescence pour l'anniversaire de son Roi qu'il aime avec dévotion. En échange de quatre Hercules C 130 et de toute la logistique nécessaire à l'accomplissement du projet, le World Team devra être un élément des festivités organisées en l'honneur de l'anniversaire du Roi. Et c'est maintenant que commence la belle histoire...
Mercredi 1er décembre. Nous sommes des dizaines de relativeurs atterrissant à l'aéroport de Bangkok, en provenance des quatre coins du monde. Grâce aux agents du service d'immigration thaïlandais qui nous attendent à la sortie de nos avions, nous passons rapidement le contrôle des passeports, pour ensuite récupérer tout aussi rapidement nos bagages. On nous transporte ensuite au Windsor Hôtel qui se dresse luxueusement sur trente-cinq étages, au beau milieu de la capitale.
Déjà, l'organisation à la B.J. Worth semble définitivement bien réglée et les participants du World Team se sentent immédiatement soutenus par les Thaïlandais prenant part à son fonctionnement. Pour la plupart d'entre nous, ce sont les retrouvailles dans une nouvelle aventure "World Team".
Après la Slovaquie, puis la "campagne de Russie", l'ambiance exotique qui se mélange au taux de pollution très élevé de la ville la plus "chaude" au monde, nous présage du bon temps. En Thaïlande, on se sent déjà bien et le taux du Baht (monnaie locale) nous gratifie d'une oisiveté bon marché qui commence dès maintenant dans les rues enfiévrées de Bangkok.
572 : un pari fou !
Dans quatre jours, à la date anniversaire de ses 72 ans, le monarque du pays du sourire entamera le cinquième terme de sa royauté. A l'ouverture de la grande cérémonie royale, le chiffre symbole qui illuminera l'esprit de B.J. Worth est donc 572 pour un pari qui semble fou.
Demain, le 2 décembre, le World Team et deux bonnes centaines de parachutistes thaïlandais s'associeront pour le plus grand saut de démonstration jamais encore réalisé : 572 parachutistes seront largués en un seul passage depuis six gros porteurs se suivant à une minute trente secondes d'intervalle. L'aire de posé est grande comme trois ou quatre terrains de football juxtaposés sur leur longueur.
La scène se déroulera dans "down town" Bangkok avec, comme seul dégagement le sommet d'immeubles haut de plusieurs étages, les rues entoilées de câbles électriques et engorgées par le trafic et le fleuve marron Chao Phraya où prolifèrent bactéries de toutes sortes. Le plus accueillant des dégagements serait certainement le Grand Palais Impérial éclatant de dorure et de tradition orientale, mais Bouddha ne l'entendrait pas de la sorte. Un seul atterrissage, même de détresse, y serait définitivement considéré comme un sacrilège inacceptable par le peuple thaïlandais.
Jeudi 2 décembre. Les quelque 350 parachutistes du World Team se retrouvent tôt le matin dans le grand hall du Windsor Hôtel. Nous avons tous enfilé nos survêtements et chaussures de marque Nike, fournis par l'organisation à nos tailles respectives. Nous embarquons dans les bus militaires qui nous emmènent à la base aérienne Don Muang. Le briefing s'organise rapidement pour le saut sur la zone, que l'on découvre seulement sur une grande photo aérienne.
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Nous sommes maintenant réunis avec plus de 200 parachutistes thaïlandais, heureux de partager avec nous ce record du monde de largage en masse. Cinq Hercules C 130 et un Fiat G 222 attendent que l'on embarque par catégorie de poids et taille de voile. De cette façon, le trafic vertical au-dessus de la zone d'atterrissage se fera en toute fluidité. Le timing est important car des milliers de personnes nous attendent dans "down town" Bangkok, à 10 h 30 exactement, heure à laquelle commencera la grande cérémonie en l'honneur de leur Roi.
Les moteurs des six gros porteurs vrombissent maintenant et nous attendons le décollage imminent. Chaque groupe a son altitude de saut et son altitude d'ouverture s'étageant entre 1 000 et 2 000 mètres, après une courte dérive individuelle perpendiculaire à l'axe de largage. Chacun déploiera ensuite la banderole jaune de trois mètres de long qui est roulée dans une petite sacoche que nous portons à la ceinture. Nous sommes autant excités qu'anxieux. Il faut maintenant faire confiance au système car les avions s'alignent pour le décollage.
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Vingt minutes plus tard, les tranches arrières s'ouvrent. Le largage se fait au G.P.S. doublé d'un contrôle visuel. Le vert s'allume, le "go" se fait clair, il faut courir sans réfléchir pour ne pas casser le rythme fluide de nos colonnes qui vident l'avion en moins de dix secondes.
Un brouhaha se fait maintenant entendre. À une centaine de mètres du sol, nous pénétrons dans un monde sonore différent où résonnent les applaudissements, les cris d'admiration et d'étonnement. Sur le terrain, il y a des voiles partout. Il faut ramasser son parachute sans attendre et dégager l'aire de posé pour ceux qui s'y présentent à leur tour. On a plaisir à se retrouver et se dire qu'on vient de vivre un moment inoubliable, partagé dans l'étonnement avec les milliers de spectateurs thaïlandais qui nous entourent maintenant.
Bangkok est en effervescence : 572 parachutistes de trente-huit nations différentes viennent d'établir en Thaïlande un premier record du monde qui ouvre les festivités pour le 72ème anniversaire du Roi. En début d'après-midi, le World Team est transporté vers la place royale pour s'installer dans les tribunes, face à celle de sa Majesté. ![]() Nous assisterons à un défilé coloré, exécuté par environ deux mille soldats thaïlandais. Après cette journée inoubliable, nous sentons que le peuple thaï est avec nous. Le record du saut de masse est diffusé sur plusieurs chaînes de télévision. La Thaïlande sait aussi que nous devons maintenant partir vers Ubon où nous tenterons d'établir le nouveau record du monde de grande formation en chute libre. Le 3 décembre sera une journée libre à Bangkok avant le grand départ. Samedi 4 décembre. Ce matin, le World Team fait sérieusement chauffer les ascenseurs du Windsor Hôtel. Il faut d'abord regrouper les tonnes de bagages que l'armée thaïe s'occupera d'acheminer efficacement vers notre destination. Nous embarquons ensuite dans plusieurs Hercules et G 222 qui, après une heure et demie de vol, nous débarquent à la base aérienne d'Ubon, là où nous tenterons d'établir le record. .../... Retrouver
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