Trans-en-Provence. Le bilan scientifique... dix ans après !

Pr Michel Bounias (laboratoire de biochimie - INRA - Avignon)

Ovni-Présence n°46, août 1991

L'événement du mois de janvier 1981 n'aurait été qu 'une simple (et l'on serait tenté d'ajouter, même : banale) observation parmi beaucoup d'autres, s'il ne s'était produit dans des conditions particulièrement inhabituelles qui l'ont fait tomber dans un piège tendu par la science !
C'est, en effet, dès 1980, qu'une convention de recherche avait été conclue entre le CNES et l'INRA, en vue de permettre la mise en route immédiate d'un programme de collaboration scientifique au cas où un phénomène aérospatial non-identifié, mais suffisamment bien caractérisé pour justifier une étude approfondie, viendrait à se produire.


La méthodologie scientifique
La première démarche consistait a savoir que faire en fonction de ce qui pouvait se produire. Si le phénomène ovni (comme bien d'autres, d'ailleurs) a été catalogué, jusqu'à présent, comme n'étant pas du domaine de la science, c'est pour plusieurs raisons, dont deux méritent d'être soulignées. En premier lieu, le phénomène échappe à toute prévision de temps et de lieu, de sorte qu'i1 rend difficile tout travail de préparation pour son étude rationnelle. Ensuite - et il s'agit-là d'une composante plus subjective du problème - l'hypothèse ovni entraîne certaines implications susceptibles de perturber le mode actuel de pensée scientifique, tel qu'il est construit sur la base des concepts généralement acceptés a ce jour. Aucun de ces deux arguments n'est valable. En effet, le contrôle des conditions expérimentales ne met en cause que la qualité de l'analyse, et non la réalité éventuelle du phénomène a étudier, du moins a l'échelle de cette catégorie d'événement. Ensuite, c'est bien l'observation des cas de non-respect des lois momentanément adoptées en physique, qui peut en faire apparaître les points faibles et initier l'élaboration de concepts de plus large portée. 

Dans le cas des ovnis, j'avais répondu au représentant du CNES qu'il serait possible de mettre en évidence des effets biologiques éventuels, consécutifs au passage d'un ovni, sous réserve que certaines conditions favorables soient réunies, a savoir :
a) La présence, sur le terrain, d'êtres vivants situés a des stations fixes : végétaux, colonies animales non-mobiles, etc.
b) Des stations successives des mêmes espèces vivantes présentes a des distances croissantes a partir du point de contact, le long d'un axe écologique homogène.
Moyennant quoi, si l'ovni provoque des effets, ceux-ci seront non seulement décelables par comparaison avec des témoins prélevés le plus loin possible sur le même site, mais la succession des échantillons permettra, en outre, d'établir des relations quantitatives entre l'intensité des réponses et l'éloignement du point de contact : seules de telles relations peuvent confirmer le lien objectif entre les modifications analysées et le phénomène observé, dans la mesure où celui-ci aura été localisé avec précision sur le terrain.


La phase des recherches
La nature des analyses effectuées ne constitue pas un facteur essentiel : les réactions biochimiques qui constituent l'ensemble du métabolisme sont toutes interdépendantes, à des degrés divers. Le choix des « cibles ›› dépend donc en premier lieu des moyens analytiques dont dispose le scientifique. La probabilité de déceler certains effets sera, ensuite, d'autant plus élevée que les « cibles ›› potentielles analysées seront plus nombreuses et couvriront un plus large secteur du métabolisme. Ce domaine fait l'objet d'une réflexion permanente, au laboratoire, dans le cadre d'un programme conceptuel plus large, en toxicologie générale, et susceptible de permettre le pilotage de recherches ultérieures, en cas de nécessité. Les détails des réflexions préliminaires et de la description des analyses effectuées à Trans-en-Provence, ainsi que de leur interprétation, ont été exposées dans un livre en cours d'édition (1). Une partie des données numériques a été, d'autre part, communiquée à la communauté scientifique dans une revue spécialisée (2).

Les résultats et leur discussion
L'interprétation des données numériques obtenues dans les échantillons de luzerne sauvage analysés à Trans-en-Provence a été confortée par l'étude de « témoins a posteriori ›› constitués par des échantillons prélevés sur le même site et à des distances du même ordre de grandeur, par rapport au point d'atterrissage de l'ovni, deux ans après l'événement. L'ensemble des résultats (1) (2) montre qu'il existe, sur le site de Trans-en-Provence, un lien étroit entre les modifications biochimiques observées dans les végétaux et leur distance par rapport au point d'atterrissage. Un inventaire détaillé des autres facteurs qui auraient pu provoquer des effets de même nature a été dressé, mais au terme de cette analyse critique, il s'avère que rien, jusqu'à présent, ne permet de remettre en cause la validité du témoignage de M. Renato Niccolai, toujours confirmé par l'expertíse scientifique.


Conclusion
Ce qui s'est passé, à Trans-en-Provence, a laissé des traces qui confirment les indications fournies par le témoin et tendent à orienter les conclusions dans le sens de l'objectivité du phénomène observé. Mais quant à dire quelle est la nature exacte de l'« objet ›› décrit, ceci est une autre affaire, qui ne relève pas des mêmes orientations scientifiques.

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Quelles modifications ont-elles été observées dans les végétaux à Trans-en-Provence ?
Les modifications biochimiques ont été suivies, dans les limites des moyens disponibles, dans le temps et dans l'espace.


a) dans le temps : A court terme, soit quatre jours après l'observation, on pouvait constater un affaiblissement de l'équipement photosynthétique, c'est-à-dire de la machine à faire de l'énergie à partir de la lumière. Les chlorophylles étaient plus dégradées que les caroténoïdes, et la concentration des sucres, liés à l'énergie disponible pour leur fabrication, était réduite. Parallèlement, les amino-acides libres, c'est-à-dire les briques servant à construire les protéines, étaient accumulées : dans un chantier, quand l'énergie vient à manquer, la construction s'arrête, ou ralentit, et les matériaux de base s'entassent. Tout ceci correspond à ce qui se passe au cours des phénomènes de vieillissement, observés dans les feuilles des plants de luzerne “témoins” prélevés à 20 m du point d'atterrissage. Mais au bord de la trace attribuée à l'ovni, ce sont de toutes jeunes feuilles, anatomiquement parlant, qui présentaient ces caractéristiques. A moyen terme, soit 40 jours après l'observation, les traumatismes ont évolué vers un état très particulier : si les concentrations des composants de l'appareil photosynthétique sont toujours très affaiblies au voisinage de la trace, en revanche, le glucose y est fortement augmenté, tandis que les acides aminés libres sont alors, pour la plupart, anormalement peu concentrés. Ceci est à mettre en relation avec la dernière série d'analyses.


A très long terme, soit deux ans après l'observation, les pluies ont lavé le sol, les générations de luzerne se sont succédées sans que l'on ait pu déceler de mutations morphologiques (fréquentes, lorsqu'il y a mutagenèse provoquée, donc constituant un indice), bref, il est permis de considérer, alors, que la zone (le biotope, si l'on préfère) concernée est redevenue très proche de l'état naturel. Et, en effet, les analyses effectuées sur une série de stations végétales ont montré que les plantes respectaient les fluctuations naturelles normales, avec des relations également caractéristiques de plants normaux, à savoir que les teneurs en acides aminés libres variaient comme l'inverse de celles des pigments chlorophylliens et caroténoïdes, et que celles du glucose variaient dans le même sens. Un retour à la normale qui permettait, du même coup, de mieux apprécier les variations obtenues deux ans auparavant, c'est-à-dire plus près de la zone "temporelle" d'influence éventuelle de l'ovni.


b) dans l'espace : Le calcul algébrique a permis de montrer que, dans bien des cas (encore réexaminés récemment), les altérations biochimiques observées s'atténuaient avec l'éloignement de la trace : le maximum d'intensité était observé à l'épicentre et les effets décroissaient ensuite, dans de nombreux cas, en fonction inverse des distances et plus précisément de manière très proche de l'inverse du carré des distances à l'épicentre. Un résultat statistiquement significatif, dont l'importance n'est pas à souligner, puisqu'il suggère l'hypothèse d'un facteur de nature électromagnétique ou gravitationnelle, par exemple, sous réserve d'une certaine linéarité de réponse du métabolisme végétal à l'intensité de tels phénomènes. Il convient alors d'ajouter que d'autres formes de réponses, de type biphasique, ont été également observées : ces relations impliquent une inversion du sens des réponses lors de l'augmentation d'intensité de leur cause - Pr Michel Bounias

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Quels sont les facteurs connus auxquels pourraient être imputées les modifications biochimiques observées à Trans-en-Provence ?
Le seul moyen permettant de résoudre de manière à peu près complète et définitive l'affaire de Trans-en-Provence, serait de disposer du même modèle d'ovni, devenu ovi (identifié, cette fois), et d'organiser une ou plusieurs répétitions de l'atterrissage sur le même site et dans des conditions (climatiques et autres) aussi voisines que possible de celles de 1981 et 1983, puis de procéder aux mêmes analyses. L'appel d'offre est donc lancé, mais qui l'entendra ?


Une autre interprétation des modifications observées sur les végétaux consiste a postuler que celles-ci ont pu résulter d'une cause naturelle ou d'origine humaine, accidentelle ou intentionnelle (et, dans ce dernier cas, quelque soit le but recherché, qui n'est pas forcément une mystification destinée aux “ufologistes“, voire aux... chercheurs sous contrat !). Dans cette hypothèse, qu'aurait-il pu se produire ?


a) une intoxication chimique : L'étude, au laboratoire, de différentes catégories d'inhibiteurs métaboliques (poisons), a donné une gamme de symptômes affectant les composants biochimiques analysés dans la luzerne sauvage. D'autre part, de récentes publications décrivent, de manière détaillée, les effets des herbicides (une hypothèse pouvant paraître plus plausible que les précédentes). Certaines analogies apparaissent, mais des divergences interdisent toute conclusion. L'éventualité d'un épandage de ciment ou de laitance de mortier est, par ailleurs, démentie par l'étude du pH du sol au niveau des échantillons. La présence de résidus d'hydrocarbures (huiles, carburants, graisses) n'a pu être mise en évidence dans le sol, au voisinage de la trace. Par ailleurs, l'hypothèse d'un agent chimique se complique singulièrement des lors qu'il s'agit d'expliquer, en outre, la présence de relations quantitatives doses/effets et temps/effets, ce qui suppose que les concentrations adéquates de toxiques aient été présentes au moment favorable, compte tenu des délais d'accès et pénétration puis d'action du toxique à l'intérieur de la plante, de la rémanence de sa molécule dans le sol, du lessivage par les pluies, abondantes après l'observation, etc. Reconstituer artificiellement une telle affaire à partir d'une trace donnée supposerait un très long et lourd travail préliminaire de recherche scientifique "dure". Superposer une fausse trace à un site d'épandage effectué avec un produit de plus en plus dilué, au fur et à mesure de l'éloignement du point de départ, suppose à la fois une intention délibérément falsificatrice jointe à un "succès" dont la vraisemblance reste à démontrer : il convient de ne pas oublier que personne ne savait à l'avance qui prélèverait quoi, à quel endroit, ni à quel moment !


b) un facteur physique : La modélisation expérimentale d'un effet purement thermique s'est avérée intéressante, mais insuffisante à expliquer l'ensemble des observations. La foudre aurait, également, pu constituer un excellent coupable, mais là encore, des divergences s'ajoutent aux analogies. Dans les limites du comparable, les radiations ionisantes ne semblent pas non plus pouvoir être facilement incriminées. L'éclairement, par ses variations plus ou moins nuancées, entraîne des effets dont certaines caractéristiques permettent d'exclure la possibilité qu'il ait pu, à lui seul, provoquer les traumatismes observés. ll reste une hypothèse qui, pour l'instant, semble la plus compatible avec l'ensemble des faits, mais demanderait la mise en œuvre de recherches expérimentales complémentaires destinées à vérifier point par point les divers éléments du dossier : il s'agit de celle d'un champ électromagnétique. L'« affaire » de Trans-en-Provence est donc encore bien loin de pouvoir être « classée ››... - Pr Michel Bounias

NOTES

(1) - M. Bounias, Une approche scientifique du phénomène ovni, Robert Laffont, 1991

(2) - M. Bounias, "Biochemical traumatology as a patent tool for identifying actual stresses elicited by unidentified sources : evidence for plant metabolic disorders in correlation with a UFO landing", Journal of Scientific Exploration, vol 4, n°1, 1990, pp. 1-18 - http://www.scientificexploration.org/journal/jse_04_1_bounias.pdf

AJOUTS PERSONNELS

CNES-GEPAN, "Enquête 81/01 : Analyse d'une trace", Note Technique n°16, mars 1983, 66 pp. - http://www.cnes-geipan.fr (fichier PDF)

Jean-Jacques Vélasco, "Report on the analysis of anomalous physical traces : the 1981 Trans-en-Provence UFO case", Journal of Scientific Exploration, vol.4, n°1, 1990, pp. 27-48 - http://www.scientificexploration.org/journal/jse_04_1_velasco.pdf

Retour à Trans-en-Provence, Dr Jacques Vallée

Evocation du cas de Trans-en-Provence dans l'émission "Temps X" sur TF1 en 1984 (vidéo)

Evocation du cas de Trans-en-Provence dans l'émission "Mystères" sur TF1 en 1992 (suivi d'un débat avec Jean-Jacques Vélasco, Renato Niccolai, Michel Bounias et Perry Petrakis, ancien directeur de la publication "Ovni-Présence", puis "Phénomèna") (vidéo en 3 parties)

Evocation de Jean-Pierre Petit concernant la maquette de l'ovni qui servit au cours de l'émission "Temps X" en 1984

"Cas de Trans-en-Provence", Ovnis-Direct - Avec extrait d'interview de Jean-Pierre Petit daté de août 2009 concernant cette affaire

"Quantification biophysique des effets liés à l'OVNI de Trans-en-Provence", par le Pr Michel Bounias (avec la collaboration de Mme M.M. Le Vagueresse-Daurade) - Actes des Quatrièmes Rencontres Européennes de Lyon (28-29-30 avril 1990), pp. 4-7

"Retour sur le cas de Trans-en-Provence", par Michel Figuet et  "Trans : analyses de traces d'un Objet Roulant Non Identifié ?", par Eric Maillot - Actes des Sixièmes Rencontres Européennes de Lyon (1-2-3 mai 1992), pp. 24-48 

Lumières dans la Nuit n°207 (août/septembre 1981), enquête de M. Julien, pp. 11-17 - n°231-232, "Sur ce site, des preuves scientifiques", par Fernand Lagarde (septembre/octobre 1983)

Jean-Jacques Vélasco et Jean-Claude Bourret : "OVNIS, la science avance" (Ed. Robert Laffont, 1993) - pp. 78-95

Jean-Jacques Vélasco et Nicolas Montigiani : "OVNIS, l'évidence" (Ed. Carnot, 2004) - pp. 74-84

Jean-Pierre Petit : "Enquête sur les OVNIS" (Ed. Albin Michel, 1990) - pp. 120-125

Jacques Vallée : "Confrontations" (Ed. Robert Laffont, 1990) - pp. 133-137 


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