COMPLEMENT LDLN 361 - RUBRIQUE "REACTIONS"


Autre sujet: les événements du 5 novembre 1990. Plusieurs abonnés se sont étonnés que nous n'ayons cité que des observations faites en France, et souhaiteraient savoir si nous avons connaissance d'incidents survenus ce soir-là dans d'autres pays. La presse des jours qui ont suivi le 5 novembre signale de telles observations, notamment dans le Sud de l'Angleterre, en Allemagne, en Suisse et en ltalie, mais sans fournir de précisions. Il y en aurait eu également dans le Sud de la Pologne, et la presse espagnole a parlé d'observations jusqu'en Autriche et en Yougoslavie. Toutefois, nous n'avons jamais eu la chance de recueillir beaucoup de données précises concernant ce qui a été vu dans ces pays. En fait, nous (LDLN) ne connaissons guère (et assez superficiellement) que trois cas hors de France ce soir-là: deux en Allemagne et un en Suisse. C'est dire qu'un travail de recherche auprès de nos homologues, notamment en Allemagne, en ltalie et en Suisse, serait susceptible de produire des résultats utiles. Dans ces trois cas que recèle la documentation de LDLN, les descriptions sont à peine assez détaillées. Néanmoins, un des cas allemands présente un réel intérêt: l'heure indiquée par les témoins prouve qu'on a affaire à autre chose que la rentrée atmosphérique: cette observation (comme celle de Villemomble et quelques autres) s'est déroulée nettement avant le pic de 19 h, confirmant ainsi un point sur lequel nous avons insisté dans notre dernier numéro: les observations du 5 novembre 1990 sont beaucoup plus étalées dans le temps qu'un simple passage de rentrée atmosphérique. Quant au cas suisse, il pourrait - sous réserves de vérifications - conduire à une conclusion analogue non pas à cause de l'heure, mais en raison de considérations de directions et de mouvement (qui restent toutefois à clarifier). Voici les données dont nous disposons, concernant ces trois observations, et tout d'abord celle, faite en Allemagne, qui est très antérieure au pic d'activité:

1°) Il existe un livre, dont LDLN n'a probablement jamais signalé l'existence (et pour cause: nous n'en avons eu connaissance que très récemment), mais qui compte parmi les plus solides qui aient jamais été publiés sur le problème OVNI:: il s'agit de Interdisciplinary UFO Research, un livre en anglais réalisé en 1993 par des Allemands, plus précisément par un éminent physicien, le Pr Illobrand von Ludwiger, sous les auspices du MUFON-CES qui est la branche centre-européenne du MUFON. Cet ouvrage au contenu très riche (mais en partie ardu) exprime une volonté d'aborder le problème d'une manière scientifique, et d'établir un lien entre l'ufologie et la physique. Il est donc principalement destiné aux personnes qui ont une solide culture dans ce domaine, Pourtant, on pourrait dire qu'il est ufologiquement correct, en ce sens qu'il aborde franchement, sans détours et sans hypocrisie, les manifestations du phénomène, y compris ses formes les plus « dures », comme les abductions. Ce livre est donc doublement remarquable. On y trouve, p.56, la mention (hélas très brève) d'une observation faite à « Kelkheim, Hessen » (dans le Land de Hesse, probablement), le 5 novembre 90 entre 17 h 25 et 17 h 30. Qu'il s'agisse de notre heure légale (d'hiver) ou de l'heure en temps universel, il est clair que l'observation se situe bien avant le pic de 19 h, et n'a donc rien à voir avec la rentrée atmosphérique. Elle concerne un objet opaque, de forme triangulaire, vu à une distance supérieure à un mille (1,6 km) sous un angle d'un quart de degré (soit la moitié du diamètre apparent de la pleine lune). Il y a deux témoins, dont la fiabilité a été jugée excellente par les enquêteurs du MUFON-CES. Un croquis très succinct suggère un défilement de la droite vers la gauche des témoins, mais l'orientation de la trajectoire apparente n'est pas précisée dans ce court résumé.

2°) Un second cas allemand nous est fourni par l'observation du Dr Josef Maier, un Allemand qui, à l'époque, vivait en Espagne. Ce soir là, vers 19 h, il conduisait sa voiture sur l'autoroute Leipzig-Halle (en Allemagne orientale), roulant en direction (approximative, sans doute) du sud. Il vit passer devant lui, lentement, de sa droite vers sa gauche (c'est à dire vers l'est), un groupe de boules de feu, de couleur orange, laissant derrière elles des traînées très longues et fines. L'une d'elles, curieusement, n'était pas parallèle aux autres. Ce détail est clairement apparent sur le schéma ci-dessous, réalisé par le Dr Maier lui-même.

Le croquis réalisé par le Dr Josef Maier pour illustrer le compte-rendu de son observation sur l'autoroute entre Halle et Leipzig, aux environs de 19 h, le 5 novembre 90.

3°) Le cas suisse est le moins bien documenté des trois: les éléments dont nous disposons sont non seulement imprécis, mais même contradictoires sur l'essentiel: les données géométriques concernant la trajectoire apparente. Ce cas nous a été communiqué par un enquêteur qui connaît personnellement les deux témoins, prénommés Anne-Séverine et Philippe (témoins dont nous connaissons l'identité). Au stade actuel, les données sont de deux sortes: elles comprennent un compte rendu sommaire rédigé par Anne-Séverine (1ère source), plus des compléments recueillis sur place, en présence des témoins, par l'enquêteur (2ème source).

Les deux témoins circulaient, à 19 h, sur l'autoroute qui relie Genève à Lausanne, et traversaient Morges (12 km avant Lausanne). Les cartes montrent qu'à cet endroit, l'autoroute, qui longe la rive nord du Lac Léman, est orientée du sud-ouest vers le nord-est. Les deux automobilistes virent tout-à-coup un ensemble de trois points lumineux (non clignotants), avec à l'arrière une queue de couleur orange, ne ressemblant pas à une queue de comète (et d'aspect plus cylindrique). La 1ère source comporte un croquis dessiné par Anne-Séverine, montrant le phénomène avec la queue à gauche, comme si l'ensemble se déplaçait de la gauche vers la droite des observateurs. Cela suggère une trajectoire parallèle à celle de la voiture et de même sens, décalée vers le nord-ouest (trajectoire 1 sur le plan): nous pouvons alors supposer qu'il s'agit de la rentrée atmosphérique.

Mais la seconde source comprend les deux photos ci-dessous, prises par l'enquêteur en 1992, en deux endroits distants l'un de l'autre d'environ 1 km et correspondant approximativement au début et au milieu de l'observation. Sur ces photos, l'enquêteur a dessiné le phénomène observé, avec la traînée lumineuse à droite, ce qui suggère un déplacement de la droite vers la gauche, sur une trajectoire coupant la route en avant des témoins (trajectoire 2 sur le plan). Un schéma, dessiné par la jeune femme et complété par son mari, indique effectivement une trajectoire (orientée approximativement sud-nord) qui coupe la route. Si ce détail (crucial !) est exact, alors ce n'est certainement pas la rentrée atmosphérique qui a été observée, puisque celle-ci se trouvait assez loin sur la gauche des témoins, cheminant parallèlement à la voiture. Mais les ambiguïtés et la contradiction que nous venons de voir interdisent de conclure. Cette affaire ne présente, finalement, qu'un seul intérêt: elle montre à quel point il est nécessaire d'être précis dans le positionnement des trajectoires. Peu importe, au fond, que la queue du phénomène ait été orange, verte ou violette, qu'il y ait eu trois points lumineux à l'avant, ou bien quatre. Ce qu'il faudrait, pour comprendre la nature du phénomène observé à Morges, c'est savoir si sa trajectoire était grosso modo parallèle à celle de la voiture, ou bien si elle coupait la route. Le compte rendu (succinct !) rédigé par la jeune femme indique que la chose a disparu derrière l'horizon, mais oublie de dire dans quelle direction. C'est une carence classique: trop souvent, les témoins, et même les personnes qui recueillent leurs récits, négligent les éléments géométriques (pourtant simples) qui seuls permettraient de comprendre la situation. On ne le répétera jamais assez.

Début de l'observation à Morges. Le phénomène est figuré en noir.

Seconde photo prise sur les lieux de l'observation de Morges, 1 km plus loin.


Toujours à propos du 5 novembre, voici ce que nous écrit Jean-Claude Dufour:

Cette longue série d'observations du 5 novembre 1990 me rappelle une affaire à peu prés semblable, vers la fin des années 60, en tout cas entre 1966 et 1969; là aussi une « rentrée de fusée soviétique » avait été accompagnée d'un tas d'observations sur la France, et en particulier la Corse et la Côte d'Azur du même genre que celles décrites en 1990. J'avais interviewé une dame (Mme Pariset), domiciliée alors dans un quartier nord de Nice, une ex-secrétaire particulière du Général de Gaulle lorsqu'il était à Alger, puis devenue membre du BCRA (ancêtre du SDECE et de la DGSE...); bref, cette dame n'avait rien d'une illuminée ou d'une fantaisiste. Le « soir de la fusée russe », c'est une énorme machine volant à basse altitude qu'elle avait vue arriver du nord, un énorme cigare noir comportant des « hublots », des feux de position, une sorte de « cheminée coudée » lumineuse à l'arrière et par en-dessous, des projecteurs latéraux, j'en passe et des meilleurs. Cette « apparition » avait fait du sur-place quelques secondes avant de virer de bord en direction du sud-sud-est et de disparaître derrière les immeubles où habitait cette dame.

Les dimensions apparentes de l'objet, reconstituées sur place, dans l'appartement occupé par le témoin, et de nuit, étaient fabuleuses. Il aurait fallu, selon les critères de l'époque, un avion de type Caravelle faisant du sur-place à moins de deux cents mètres de la fenêtre de l'immeuble pour avoir la même impression ! Or ce « machin » était bien plus loin, en tout cas devant les contreforts du Mont Chauve, qui culmine à 830 m au sorti de la ville de Nice. Cette colline est située à environ trois km de l'ensemble d'immeubles où résidait le témoin à l'époque. Mais le témoignage complet devrait être retrouvé dans les archives de LDLN; il y aurait un parallèle intéressant à faire entre cette série d'observations de la 2éme moitié des années 60 et celles de 1990. Trente ans plus tard, on se retrouve avec quasiment des termes identiques ! On n'ose croire que tous les témoins sont abusés par des illusions d'optique comme l'observatoire de Nice l'avait annoncé fin des années 60. Ceci dit, pourquoi seules les « fusées soviétiques » engendreraient-elles de semblables phénomènes ?

L'observation en question remonte à la nuit du 17 au 18 juillet 1967. La voici, telle qu'elle était exposée dans le numéro de novembre 1971 de Contact lecteurs (un supplément à LDLN, bourré de récits d'observations, dont 24 numéros sont sortis, de mai 68 à janvier 73.)

ALPES-MARITIMES, NICE - 18 juillet 1967 à 1:15 - J'attendais le retour de ma fille, au balcon de mon appartement, au 5ème étage d'un immeuble, rue du Soleil. Le ciel était très pur, et j'apercevais distinctement les collines au NE et au NO de Nice. Du NO je vis apparaître ce que je pris au premier regard pour un avion commercial, bien qu'il ne soit pas sur une ligne aérienne. L'objet me semblait très proche, et je n'entendais aucun bruit, Il s'arrêta soudain face à ma fenêtre, en direction d'une grue d'un chantier voisin, et je réalisais qu'il ne s'agissait pas du tout d'un avion. L'engin était apparemment plus long que le bras de la grue, et se tenait absolument immobile. Sur le côté de cet engin en forme de fuselage (nous dirions un cigare), je distinguais cinq hublots rougeâtres également espacés, situés vers l'avant. Sous l'engin, il y avait une sorte de grille rouge, comme un grille-pain incandescent. Au-dessus de cette « fusée », un projecteur tournait et lançait de brillants éclairs lumineux. L'engin est resté au moins dix secondes au-dessus du sol, immobile, et s'est remis en route en direction du NE très lentement. A la hauteur du Mont Vinaigrier, il a effectué un virage en direction du sud. Assez effrayée, je suis rentrée dans l'appartement et j'ai fait le croquis de ce que j'avais vu. (Observation de Mme Pariset)

Je prenais le frais à Nice, avenue de Verdun avec un camarade. Il devait être 1:20, le 17 juillet 1967, lorsqu'en levant la tête, j'ai vu, volant très bas, des feux dans une trajectoire NS. Semblables à ceux d'un avion, ces feux étaient suivis d'une traînée lumineuse. Je fus surpris de sa direction, celle-ci n'étant pas celle des avions quittant l'aéroport de Nice. Il y avait cinq petits feux de couleur rose orangé, comme des hublots. La vitesse n'était pas rapide, comme celle d'un avion qui va atterrir. L'objet fut masqué par les arbres du jardin Albert-1er. Nous courûmes pour le repérer à nouveau ; en vain, il avait disparu. (Observation de M. Mihaliev Kostia communiqué par M. Chasseigne) - Dessin d'après croquis et description.

Effectivement, le rapprochement avec les événements du 5 novembre 1990 s'impose. Il s'impose même tellement qu'il a été fait: voir LDLN 306, pp.4 à 7. Cette nuit-là, vers 1 h 15 du matin, pendant que ce cigare à hublots était observé par plusieurs personnes à Nice (avec des éléments de description concordants: les cinq hublots rougeâtres), un objet assez semblable, long comme « deux fois le fuselage d'un Boeing 707 » était observé de très près, dans d'excellentes conditions (trop excellentes à leur goût !) par trois automobilistes à Grandvilliers, dans l'Oise (voir LDLN 295, pp.35 à 37). En même temps, un objet plus ou moins relatée, avec une précision remarquable, par Mme Guéneau: voir LDLN 295, pp.35 à 37. En même temps, un objet plus ou moins comparable se montrait à Lausanne, tandis que des ovnis de formes diverses apparaissaient en Sologne, au Chapus (près de l'île d'Oleron), au Buisson-de-Cadouin (Dordogne), près de Brioude, à Saint-Raphaël, à Saint-Tropez...

Cette nuit-là, entre 1 h 10 et 1 h 15, des Côtes d'Armor jusqu'au Nord de l'Italie, le troisième étage de la fusée porteuse de Cosmos 169 rentrait dans l'atmosphère. On ne me fera jamais croire que les observations de Nice (et d'ailleurs), juste à la même heure, se rapportent à cette rentrée. Les événements de cette nuit du 18 juillet 1967 présentent, c'est évident, une ressemblance profonde avec ceux du 5 novembre 1990. On retrouve, par exemple, le léger étalement de la vague dans le temps: au Buisson-de-Cadouin, le phénomène a été observé à exactement 2 h du matin, trois quarts d'heure après les autres apparitions. Et d'autres ont été signalées nettement avant 1 h 15 ! Tout cela suggère évidemment la manifestation d'une intelligence ayant non seulement le désir de se montrer en se faisant passer pour autre chose, en semant la confusion, mais ayant également la connaissance préalable du fait que la rentrée allait avoir lieu. Cette idée, bien qu'elle découle très directement de témoignages nombreux, précis, convergents, donc parfaitement respectables, ne séduit pas tout le monde, comme on a pu le constater après la parution de notre numéro 306. Elle présente en effet un vice impardonnable: elle fait apparaître les OVNI comme une réalité objective, semblant connaître (en profondeur) les circonstances dans lesquelles elle se manifeste et adoptant des comportements. Elle contredit ainsi le dogme implicite, quasi-officiel, selon lequel les OVNI ne seraient envisageables qu'en tant que mythe, rumeur, et autres subtilités relevant des « sciences humaines ».

Une fois de plus, les faits ont donc « eu tort », face à des croyances sures d'elles-mêmes et dominatrices. Et nous avec eux. Mais quelque chose me dit que l'histoire n'est pas tout à fait terminée... Elle l'est d'autant moins que, si le 5 novembre constituait, lorsqu'est paru LDLN 306 (au printemps 91), le dernier en date de quatre exemples de parasitage des rentrées, d'autres exemples se sont manifestés par la suite. Dans un monde où beaucoup de choses bougent, il ne semble pas exclu que la situation puisse « mûrir »...

Joël Mesnard


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