Le mépris est précisément l'option qu'avaient choisie, sans la moindre ambiguïté, les auteurs de ce texte invraisemblable. Quelle mouche avait bien pu les piquer ? La question pourrait sembler superflue; elle ne l'est pas nécessairement, car les manœuvres visant à étouffer l'affaire du 5 novembre, notamment en discréditant les témoignages les plus significatifs, allaient se poursuivre avec l'entrée en scène d'un autre olibrius. En 1995, il publia un opuscule visant, lui aussi, à occulter le problème du 5 novembre, non plus en ignorant les cas rebelles, mais en délayant le problème dans une approche statistique (9) bien propre à créer l'illusion d'une recherche sérieuse, et surtout en proposant, pour trois de ces cas (Villavard, Vert-le-Grand et Gretz-Armainvilliers), des explications aussi délirantes qu'artificielles.

A propos du cas de Villavard (10), il suggère que MM. Descy et Davézé aient triché sur l'heure de leur observation afin de l'accorder à celle de M. Guion, lequel aurait simplement vu... un avion ! Quant à Vert-le-Grand (11), il propose froidement comme explication: « un hélicoptère ou un autre appareil militaire effectuant des recherches peu après l'événement observé par des dizaines de milliers de témoins ». Quel autre « appareil militaire » ? un sous-marin ?

Voici une photo des lieux de l'observation de Vert-le-Grand, prise en direction du sud-ouest, d'un point situé à quelques centaines de mètres à l'est de l'agglomération, sur un chemin menant à Echarcon.

Ci-contre: le lieu de l'observation de Mme Mariotte, à Vert-le-Grand. Elle circulait dans le sens de la voiture qu'on voit dans la légère montée. C'est 200 ou 300 m plus loin, arrivant sur le plat et dans la ligne droite, qu'elle vit sur sa gauche le phénomène représenté ci-dessous (dessin de couverture de notre numéro 303). L'idée qu'un hélico ait pu évoluer, de nuit, au voisinage de cette forêt de pylônes (sans parler des câbles !) est aussi plausible que le reste de la démonstration...

On voit là une forêt de pylônes qui portent quatre lignes à haute tension. Quel pilote d'hélicoptère aurait été assez fou pour aller évoluer là-dedans, de nuit ? Si ce n'est pas rigoureusement impensable, c'est du moins extrêmement peu probable. Or, la même « démonstration » suggère la même explication pour la multitude de points lumineux (dont un portant un puissant phare) vus dans le ciel par le témoin, juste avant l'observation proprement dite. Résumons: une multitude d'avions (militaires !) poursuivent activement la rentrée atmosphérique passée par là un quart d'heure plus tôt. L'un d'eux est équipé d'un puissant phare (pour repérer un phénomène lumineux, c'est ce qu'il y a de plus pratique, cela revient à chercher un réverbère allumé à l'aide d'une lampe torche !), tandis qu'un autre -disons un hélicoptère silencieux (c'est courant)- fouille à l'aide de 3, 4, ou 5 projecteurs sous les lignes à haute tension, pour voir si la rentrée atmosphérique ne serait pas cachée là afin d'échapper à ses poursuivants. Voilà, en somme, le scénario suggéré par notre énergumène.

L'objet observé à Vert-le-Grand. Lors de l'enquête sur place, quelques jours après le 5 novembre, Mme Mariotte ne pouvait dire si l'objet se trouvait juste devant, ou juste derrière la ligne à haute tension. Elle estimait la distance d'observation à une trentaine de mètres.

La démolition du cas de Gretz-Armainvilliers est tout aussi rigoureuse et objective: les témoins ont simplement vu la rentrée atmosphérique, et « les changements de caps observés ou supposés s'expliquent assez naturellement ». Quand c'est nécessaire pour une démonstration, les rentrées atmosphériques avancent désormais en zigzags. Quand un détail est gênant, il devient « supposé ».

Inutile de dire que l'auteur de ces explications ahurissantes fut accueilli comme un inventeur de génie par la grande confrérie du debunking. Le rapport Cometa a dit, en termes diplomatiques et feutrés, ce qu'il convient de penser de cette entreprise, et d'où vient son « inspiration ».

Mais le secret sur les OVNI est-il uniquement américain ? Apparemment, non: tout récemment, le 9 septembre 2001, on a pu voir sur France 2 une brève interview du général Norlain, ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, et Président du Cometa. Il a fait allusion (mais hélas sans donner de date) à un cas où on avait cru avoir affaire à des ovnis, et où finalement on s'est aperçu qu'il s'agissait d'une rentrée atmosphérique. De quelle affaire s'agit-il, si ce n'est celle du 5 novembre ?

Et si c'est bien du 5 novembre qu'il s'agit (ce qui ne fait guère de doute), cette manière de résumer le dossier a de quoi surprendre, venant d'un groupe censé œuvrer pour la levée du secret. Certains diront qu'il est des levées de secret qui doivent être lentes et progressives. En l'occurrence, si levée il y a, on bat ici des records de lenteur et de progressivité (12).

Toute porte donc à croire que, depuis les premières heures du 6 novembre 1990, on a estimé « en haut lieu » que la révélation de certains aspects des événements du 5 n'était pas souhaitable. Et qu'il fallait recruter les « experts » capables de maintenir le peuple à un niveau convenable d'ignorance. C'est certainement pour notre plus grand bien, n'en doutons pas un seul instant !

Au delà des arrière-plans obscurs qu'on devine derrière les vérités officielles et leurs contradictions avec les faits, intéressons nous maintenant aux conclusions pratiques que l'on peut tirer de cette histoire, dans le seul but de mieux appréhender les vagues d'apparitions qui pourraient se produire à l'avenir.

Nous avons vu que les articles de journaux n'ont fourni que des indications très insuffisantes, et le plus souvent, pas d'indications du tout, sur les trajectoires apparentes du 5 novembre 1990. C'est infiniment regrettable, car s'ils s'étaient intéressés à ces données (au lieu de brasser d'emblée des hypothèses, ou de mettre l'accent sur les impressions ressenties par les témoins), nous disposerions d'un grand nombre d'observations bien documentées. Il serait alors relativement facile, soit en construisant de grandes maquettes (13), soit en faisant un peu de géométrie analytique, de chercher à voir dans quelle mesure les trajectoires apparentes convergent vers une trajectoire correspondant à celle de la rentrée.

Cette situation n'est pas propre au 5 novembre: on la retrouve notamment dans d'autres cas de vagues-éclairs, comme celles du 18 juillet 1967 (LDLN 295 et 306, Phénomènes Spatiaux 15), du 21 décembre 1988 (LDLN 295 et 298), du 3 octobre 1991 (LDLN 343), du 31 mars 1993 (LDLN 317 et 318) ou du 1er août 1996 (LDLN 340 et 341).

Plus que jamais, il est donc évident que des données géométriques très simples permettraient de mieux comprendre ce qui s'est passé lors de ces vagues quasi-instantanées: azimuts et hauteurs angulaires au début et à la fin de chaque observation, ainsi que lors du passage au plus près du témoin; tailles apparentes correspondantes.

Pour conclure, voici deux comptes-rendus exemplaires d'observations du 5 novembre: ce sont des modèles de précision quant aux trajectoires apparentes. Si davantage d'observations avaient été rapportées avec autant de soin, la situation serait plus claire, et la désinformation moins aisée.

Ces deux observations ne concernent pas nécessairement le phénomène qui a « parasité » la rentrée de l'engin soviétique: il se peut qu'elles se rapportent à cette rentrée elle-même; peu importe: la trajectoire sur fond de voûte céleste est, dans chacun de ces deux cas, décrite avec une rare précision.

Voici tout d'abord l'observation de M. Robert Macé:

Date: 5 novembre 1990 vers 19 h (La nuit vient de tomber).

Lieu: Saint-Marc-sur-Mer (Loire-Atlantique), entre La Baule et Saint-Nazaire; 47° 15'N; 2° 16,5'W

Description: Au premier étage du pavillon de mes parents, je remarque rapidement dans la direction du sud-sud-ouest, bas sur l'horizon (h= 10 ± 5°) un cortège de 7 à 10 points lumineux non clignotants (couleur dominante: rouge) approximativement groupés en périphérie et faisant penser à des feux de position d'un avion à très basse altitude. Le tout « se rapproche » et « monte » silencieusement dans le ciel presque sans nuages, vers le sud. Pas de mouvements relatifs visibles de ces points lumineux, ils semblent « voler » d'un seul bloc. Mon amie, puis mes parents, observent à leur tour la suite de ce spectacle tout à fait inhabituel et unique ! Après disparition derrière le sommet d'une maison voisine, ces points lumineux sont de nouveau visibles, moins nombreux (phase d'éloignement vers l'est), mais avec (pas pour tous ?) derrière eux, dans le sillage, des traînées (blanches ou grises ?) du style condensation d'avion en altitude.

Durée totale de l'observation: 1 mn 30 à 2 mn 30.

Dimension angulaire maximum: 2 à 5°

Dessin d'après mon amie:

Remarque: observation assez proche de celle décrite à Voutezac (Corrèze), dans LDLN 310, p.13.

Mesures relevées en 1992, au moyen d'une table équatoriale graduée d'un instrument astronomique:

Apparition: azimut: 247° (sud-sud-ouest) ± 15° - Site: h = 10° ± 5°

Culmination: azimut: 170° ± 20° (sud) - Site: h = 30° ± 5°

Disparition derrière une maison: azimut: l20° ± 10° - Site: h = 25° ± 5°

NDLR: Deux remarques à propos de ce compte-rendu:

1°) Le mot site est synonyme de hauteur angulaire.

2°) Le témoin indique non seulement les azimuts et les sites nécessaires à un bon repérage de la trajectoire apparente, mais aussi les incertitudes qui entachent nécessairement ces évaluations. Le symbole ± se lit « plus ou moins ». Lorsqu'on écrit h = 25 ± 5°, cela signifie que la hauteur angulaire était comprise entre 20 et 30°

Voici pour terminer notre second exemple. Il prouve que, même si on n'est pas familiarisé avec les notions d'azimut, de hauteur angulaire, de taille apparente, etc., il est parfaitement possible de produire un compte-rendu limpide et parfaitement exploitable.

Il s'agit du témoignage de Mme Médard, que nous devons à l'amabilité de Pierre van Oudenhove. L'observation s'est déroulée à Trilport, près de Meaux, en Seine-et-Marne.

Trilport, lundi 5 novembre 1990, juste avant 19 h

Je revenais par les bords de la Marne. Engagée dans le sentier qui remonte à la rue de Fublaines, à la hauteur de la rue du Bout Cornet, j'aperçois en direction de Nanteuil, sur ma droite et à travers les branchages, trois grandes lumières blanches disposées en triangle, à très basse altitude. J'ai pensé à un avion; ensuite, avec la traînée derrière lui, à un avion dans l'ennui. Je continuais d'avancer, et les trois lumières continuaient de venir dans ma direction au lieu de traverser la Marne comme le font tous les avions de transport. Elles semblaient survoler la rue de Nanteuil. Je commençais à le trouver bizarre pour un avion.

Etant arrivée au petit chemin des jardins, donc un endroit dégagé, je me suis arrêtée pour le regarder. Les lumières blanches étaient bien rondes, et bien que paraissant plus grosses que des phares d'autos, n'irradiaient pas. Elles se trouvaient bien cernées. Un peu séparée, la traînée était plus foncée et droite comme une règle. Je ne réussis pas à voir d'où elle sortait, et bien qu'elle soit dans leur trajectoire, d'une certaine façon paraissait au-dessus d'elles. Un peu en retrait sous la traînée, il y avait comme un rectangle très étroit mais assez long, dont seule la partie supérieure était bien délimitée; le reste semblait (...) scintillement sombre, mauve violet très foncé, mais brillant quand même. Ne voyant pas bien, je me forçais à regarder, croyant à une publicité, et je pensais que cela ne rendait rien dans la nuit.

Ensuite (je pensai) à un essai quelconque, et même à une blague. Les lumières étant au-dessus de la rue de Fublaines depuis un peu, donc proches de moi, j'entendis un vrombissement continu très assourdi, et ressentis l'impression de quelque chose de lourd qui volait au-dessus de moi. Et là, les lumières passant devant moi, je réalisai soudain que cela pouvait être un ovni. Je me suis trouvée toute émue. A ce moment les lumières disparurent derrière le grand arbre se trouvant dans le jardin sur ma gauche. Je me retournai immédiatement en courant vers la Marne, sans plus réfléchir ni rien observer espérant le retrouver traversant celle-ci, et je l'ai perdu. Quand je suis revenue dans le chemin, 19 h sonnait au clocher de l'église.

Outre l'original (au crayon) du schéma ci-dessus, une peinture à la gouache, sur un papier fort, bleu sombre, indique les couleurs du phénomène.

Pas d'azimuts, pas de hauteurs angulaires, et pourtant, tout y est ! Si tous les comptes-rendus avaient cette précision, que l'ufologie serait belle !

On n'a jamais vraiment terminé avec un tel sujet. Il nous faudra revenir encore sur le 5 novembre, par exemple pour évoquer une observation dont nous n'avons eu connaissance que récemment, et qui se distingue de toutes les autres par une durée extraordinaire: une vingtaine de minutes !


9: Rappelons l'adage « Les chiffres ne mentent jamais, mais il arrive que les menteurs chiffrent ». On en a ici une démonstration exemplaire: les données (chiffrées ou non) ne sont prises en compte que si elles peuvent être interprétées en faveur de la thèse choisie.

10: Ce cas a été exposé dans LDLN 304.

11: Voir LDLN 303

12: Voir à ce sujet l'article intitulé « Bloubouque-sur-Garonne ? », dans LDLN 321, p.3. En huit ans, la situation semble avoir très peu évolué.

13: En effet, la donnée d'une trajectoire apparente équivaut à celle d'un secteur angulaire dans un plan, ce qui permet de construire des modèles en 3 dimensions, ou de calculer des intersections de plans. Il y a là une possibilité de comparaison qui n'a pas été exploitée.


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