III-13 Les deux méterennois de la Bande POLLET

 

A l’occasion des récents centenaires de l’arrestation de la bande Pollet (4 mai 1906), du procès (16 juin- 26 juin 1908) et de l’exécution des principaux protagonistes  (11 janvier 1909), la presse régionale a longuement évoqué la dérive meurtrière de ces anciens petits fraudeurs devenus de dangereux assassins.

 

Si l’on connaît donc généralement bien les grandes lignes de l’affaire criminelle, on ignore souvent l’origine méterennoise de deux membres de cette bande, les frères Théophile et Marcel Deroo. L’un, Théophile sera même guillotiné avec trois autres meneurs de la bande : Abel et Auguste Pollet natifs de Vieux-Berquin et Canut Vromant, un malfrat né à Bavinchove en 1878.

 

De janvier 1898 à avril 1906, les Pollet et leurs complices vont répandre la terreur sur un vaste territoire qui s’étend de la Belgique frontalière au nord-est du bassin minier d’Artois, avec une prédilection pour la plaine flamande, commettant 108 vols et agressions à main armée, sept tentatives d’assassinat et massacrant six personnes.

 

 

Les frères Deroo

 

 

                           

 

 

A gauche Théophile Deroo, né  à Méteren en 1878,  guillotiné le 11 janvier 1909 à Béthune.

                                              A droite, son frère Marcel Deroo, né à Méteren en 1880, condamné à huit années de travaux forcés.

 

 

Elie Théophile Deroo naquit à Méteren, le 24 octobre 1878. Il  était le fils d’Emile Deroo, tisserand, 25 ans,  et de Sidonie Deeken, ouvrière, 26 ans, tous deux nés  à Flêtre et domiciliés à Méteren, sur la route de Flêtre à Merris. Marcel Deroo, le frère cadet, naquit à Méteren en 1880, suivi par deux sœurs : Madeleine en 1884, et Marguerite en 1890.

La famille Deroo quitta Méteren (après 1890, puisque Marguerite y est née, mais à une date indéterminée) pour le village voisin de Pradelles où elle recensée en 1906.

 

Théophile Deroo rejoint la bande Pollet au cours de l’été 1905, mais il en était déjà connu ; on avait « travaillé » ensemble en 1899 pendant la période des vols alimentaires dans les caves de  fermes. On s’était perdu de vue depuis. Théophile recrute à son tour son frère Marcel. Tous deux vont désormais suivre Abel Pollet  dans son escalade meurtrière. La bande fait preuve d’une grande mobilité pour déjouer les pièges de la police. Quelques exemples : le 26 août 1905 ils volent à Westoutre (B), le 6 septembre à Houtkerque, le 7 septembre à Proven et à Elverdinge, le 12 septembre à Ypres, le 22 septembre à Neuve-Eglise, puis ils opèrent de jour dans la région de Poperinghe, pendant que la population est occupée à la cueillette du houblon…

Vers le banditisme : pour faire avouer à leurs victimes où se trouve le « magot », tous les moyens sont bons :

 Le 27 décembre ils dévalisent la Vve Verlinde à Pollinkhove (B). Cette vieille dame de 90 ans mourut le 18 janvier 1906 des suites des mauvais traitements qui lui avaient été infligés. C’est le premier crime de la bande qui ne tarde pas à récidiver.

Le 2 janvier 1906, ils s’attaquent à la famille Louzie à Krombeke (B), un couple de septuagénaires torturés et laissés pour morts à leur départ. Le mari survécut, totalement défiguré, son épouse mourut le 10 janvier.

Les Deroo ne sont pas présents à Violaines, le 19 janvier 1906, lorsque la bande assassine les époux Lecocq et leur fille, leur crime le plus abominable.

Dénoncés par le beau-frère d’Abel Pollet, les membres de la bande sont arrêtés les 4 et 15 mai 1906. Leur procès durera dix jours (16 juin- 26 juin 1908).

Théophile Deroo y fut accusé de 18 cambriolages, trois tentatives de meurtre et un assassinat (Krombeke). Son frère Marcel est impliqué à un degré moindre, présent malgré lui au crime de Krombeke.

Il y avait 27 inculpés présents dans le box. Le jury eut à répondre à 998 questions. Le verdict prononçait quatre peines de mort, 18 peines de prison ou de travaux forcés et 5 acquittements.

Les quatre condamnés à mort déposèrent un recours en grâce auprès du Président de la République, le Président Fallières, qui depuis quelques années graciait automatiquement. Mais devant l’horreur des crimes commis et sous la pression de l’opinion publique, la grâce fut refusée le 9 janvier 1909. Dès lors tout allait très vite et les quatre têtes tombèrent le 11 janvier 1909 devant la prison de Béthune, au lever du soleil.

Les derniers instants de Théophile Deroo :  « lorqu’on vint lui annoncer le rejet de sa demande en grâce et l’imminence de son exécution, le condamné se dressa en sursaut, devint d’une pâleur cadavérique, fou de peur, retomba sur sa couchette, tremblant de tous ses membres. Il fallut l’aider à s’habiller ».

« Deroo et Vromant acceptèrent les secours de la religion et se confessèrent à l’aumônier. Ils assistèrent à une messe pour le repos de leur âme. Puis on procéda à la préparation des condamnés : leurs cols furent échancrés, leurs cheveux coupés, on leur offrit du rhum, de l’eau de vie et une cigarette. Deroo fut exécuté le premier. »

« Lorsque le gardien-chef parut sur le perron de la prison, suivi d’un prêtre muni d’un crucifix, « Deroo ! » murmura-t-on dans la foule. Théophile Deroo passa la porte, il avait un aspect terrifiant, son regard était sinistre, ses yeux regardaient dans le vide, l’aumônier l’embrassa. Deroo jeta son mégot de cigarette. Quand il découvrit la guillotine il eut un sursaut, un mouvement de recul, mais il fut plaqué sur la bascule à 7h22. Un bruit sourd, un jet de sang, une tête qui roule dans le panier de son…Théophile Deroo avait payé sa dette à la société. »

 

 

La quadruple exécution publique a provoqué un exceptionnel mouvement de curiosité dans toute la région. On avait déployé des moyens considérables pour contenir la foule, 40 gendarmes à pied, 90 à cheval, un bataillon du 73e en garnison à Béthune et 200 cavaliers du 21e Dragons de Saint-Omer. Les opérateurs des Actualités Pathé étaient présents eux aussi, bien que le ministre de la Justice, craignant l’escalade d’un voyeurisme trop macabre, ait interdit la reproduction des exécutions. Les opérateurs ayant passé outre à l’injonction ministérielle, il fallut interdire toute projection de la scène filmée. La censure du cinéma français venait de naître officiellement.

 

 

Ci-dessus, trois des quatre têtes tranchées : celle de Théophile Deroo (à gauche de la photo), voisine avec celle des deux frères Pollet.

 

 

                                Daniel Fache, J.P.Deswarte

                                                                 Juin 2009

Bibliographie :

 « Abel Pollet et la Bande d’Hazebrouck » de Constant Jardinier, librairie Opdebeek, Anvers, 1910

« La Bande Pollet » de Michel Loosen, Foyer Culturel de l’Houtland, Steenvoorde, 1991