II – 5 Du XVIe siècle à la Révolution
1)
Le XVIe siècle :
Repères historiques :
Rois de France
Louis
XII, roi de 1498 à 1515
François 1er, roi de 1515
à 1547
Henri
II, roi de 1547 à 1559,
Charles IX, roi de 1560 à 1574,
Henri III, roi de 1574 à 1589,
Henri IV, roi de 1589 à 1610
Comtes de Flandre
Maximilien
d’Autriche, Comte de Flandre de par son
mariage avec Marie de Bourgogne de 1477 à
1482, puis régent du comté de 1506 à 1519
Ci-contre
le portrait de Maximilien d’Autriche
Philippe
le Beau, fils de Maximilien, né en 1478,
reçoit les Pays-Bas, dont la Flandre, à la mort de sa mère Marie en 1482.
Sous la régence de son père jusqu’en
1495. En 1496 il épouse Jeanne (« la Folle »), la fille de Ferdinand,
roi d’Espagne. En 1500 naquit un fils Charles, le futur Charles Quint. En 1504,
Jeanne devient par héritage reine de Castille. Philippe le Beau exerce le
pouvoir réel, mais il meurt prématurément à l’âge de 28 ans en 1506.
Charles
Quint, comte de Flandre de 1506 à 1555.
En 1519 Charles est élu empereur de l’Empire Romain Germanique sous le
nom de Charles Quint
Philippe II, roi
d’Espagne de 1555 à 1598, hérite des Pays-Bas. Son long règne sera surtout
marqué, au milieu du siècle, par une flambée protestante cruellement réprimée.
Les faits marquants majeurs à Méteren au XVIe siècle
Nous avons retenu deux évènements marquants, la
reconstruction de l’église et
l’apparition dans la commune d’un mouvement protestant sérieux et profond.
a) La
reconstruction de l’église :
Nous avons déjà évoqué les incertitudes qui, en l’absence
d’archives, entourent la reconstruction de l’église en 1550. Etait-elle devenue
trop petite, trop vétuste ? Fut-elle victime d’un incendie ?
Seule la date de reconstruction est certaine. Elle était
gravée sur la poutre-linteau au-dessus de la porte d’entrée sous forme d’un
« chronogramme » flamand : Ter eeren goDs d’ye t’aLLes
verLichtiCh is dit ghemaeCht in t’yaer XV ende viChtich. ce qui, en
vieux flamand, pouvait vouloir dire « En l’honneur de Dieu et de
tous les saints, a été construit en l’an 1550 » .

La nouvelle église était spacieuse. Elle comprenait trois
nefs aux voûtes élevées, flanquées à l’ouest d’une tour massive. Elle était
longue de 52 mètres (soit 13 m. pour le sanctuaire, 28 m. pour l’église et 11
m. pour le vestibule) pour une largeur de 18 m et une hauteur intérieure de 13 m.
Le coq culminait à 49 m ( tour proprement dite 28 m et
flèche 21 m.)
Les nefs nord et sud comportaient chacune huit fenêtres
tandis que la nef centrale, arrondie devant le maître-autel, comportait deux
fenêtres.
On trouvera dans l’ouvrage déjà cité de César Lauwerie,
pages 105 à 112, davantage de détails sur l’église, de sa construction en 1550
jusqu’à sa destruction lors des bombardements d’avril 1918 (cloches, décoration
intérieure, mobilier, statues, chapelles et vitraux).
Une interrogation: on aperçoit sur une arête de la tour
une petite tourelle qui déborde légèrement en hauteur. Pourquoi cette
dissymétrie ? Contenait-elle un escalier tournant permettant d’accéder aux
différents étages ? Etait-ce une tour d’observation pour permettre
d’alerter la population en cas d’agression extérieure ?
b) Le
protestantisme à Méteren (Abbé
Béhague op.cit. p.61 à 69)
Alors que l’on venait d’inaugurer la nouvelle église qui
faisait honneur à la commune, on aurait pu penser qu’ un édifice aussi spacieux devait accueillir une
nombreuse population pratiquante.
Et cependant sous cette apparence de ferveur chrétienne
se cache une secrète et habile infiltration protestante et l’on assiste en
Flandre de 1560 à 1570 à des troubles religieux importants. Les progrès
du calvinisme concordant avec des complots contre l’Etat génèrent dans la
région des destructions et saccages d’églises. En réaction, il s’ensuit tout un
cortège de répressions, condamnations et exécutions.
Payés par l’étranger, des émissaires, bravant les interdits, s’infiltrent dans les marchés, les maisons, distribuant livres, brochures, chansons, font des prêches, ouvrent des temples et organisent le culte.
Un consistoire à Méteren vers 1560 :
Jacques de Buysère,
ex-moine des Augustins d’Ypres, fait de Bailleul un des centres les plus
actifs de la Réforme. Sous son impulsion un consistoire s’établit à Méteren,
ayant à sa tête deux anciens : Martin Nachtigale et Mathieu Mortier,
entourés de quatre diacres : Charles Weexsteen, Jean Martin, Chrétien
Thooris et Pierre de Bertene, dit Edelynck.
Le mouvement protestant est sérieux et profond ; à
côté de la paroisse catholique, il existe une paroisse protestante,
parfaitement organisée dont certains membres sont des notabilités, comme trois
anciens échevins : Mathieu Van den Dycke, Pierre Beaupré et François De
Caestekère.
Les raisons du développement du protestantisme :
On invoque généralement :
-
les
relations commerciales fréquentes avec l’ Angleterre et la Hollande, pays
protestants.
-
Les
ambitions politiques de la noblesse qui y trouve un moyen politique de
contrarier la domination espagnole.
-
Le
fléchissement de la foi : une religion faite de routine et de pratiques,
plus que de convictions réelles comparée au protestantisme moins mystique, plus
simplifié, d’apparence plutôt austère qui correspond bien au caractère flamand.
Le
protestantisme a conquis par la persuasion une partie de l’élite, des notables,
des échevins, de paisibles fermiers.
L’ère des troubles et des émeutes :
Un
actif conventicule se constitue au Mont des Cats en 1557 et reçoit de
l’Angleterre armes et argent. Pour contrer la répression on s’organise en
bande, armée d’épées et de pistolets, comme pour une lutte de guérilla. La
bande est forte d’une quarantaine d’hommes. Le Catzberg, comme on disait à
l’époque, est leur forteresse. Il n’est guère peuplé, il est isolé, loin de la
ville, de la police et des troupes régulières, le sommet forme un excellent
observatoire et les pentes boisées offrent des retraites sûres. (L’abbaye de la
Trappe n’existait pas, elle date de xxxxx)
Les
« gueux des bois » ou « sectaires » partaient piller et
saccager les églises, chapelles, oratoires souvent avec la complicité de la
population.
La justice, poussée énergiquement par le
fameux Duc d’Albe, gouverneur espagnol des Pays-Bas dont dépendait la Flandre, sévit
avec rudesse. Il s’ensuivit une pluie de condamnations et d’exécutions. En 1562,
173 hérétiques de la châtellenie de Bailleul sont condamnés au bannissement,
Méteren en compte 17 ; (leur liste figure dans Abbé Béhague,
op.cit. page 65). Les bannis se retirent en Angleterre, ils y rejoignent des
fugitifs, et s’installent dans les villages de Noorwich et Zandwich (l’identification exacte de ces villes mérite
un approfondissement : on trouve Norwich en Angleterre et Zandwich aux
Pays-Bas !) pour y continuer leur métier de tisserand, revenant parfois à
Méteren en cachette pour y acheter de la laine.
Les
bannis complotent de l’étranger et débarquent à Boulogne. Ils se divisent en
petits groupes se dirigeant vers Hondschoote, Steenvoorde,
Caestre et le Mont des Cats. Le groupe d’Hondschoote se fait arrêter et
incarcérer à Hazebrouck. Un regroupement s’opère au Mont des Cats où on
dénombre 200 à 300 « gueux » de plus en plus déterminés à en découdre
avec les autorités.
Le
saccage de l’église de Méteren :
Le
15 août 1566, au cours d’une action concertée, les « gueux »
saccagent les églises de Méteren, Bailleul, Merris, Vieux-Berquin, Neuf-Berquin
et Estaires.
A
Méteren les statues sont brisées, les autels renversés, les meubles détruits,
les reposoirs et fonts baptismaux fracturés.
Ces
excès motivèrent l’intervention énergique du Grand Bailli de Bailleul, Pierre
de Morbecque, homme à poigne, qui fit arrêter et juger les factieux. Le 30
octobre 1568 le Conseil des troubles prononce un certain nombre de condamnations dont nous
retenons :
-Jean
de Bleuf, de Méteren, à la mort par l’épée avec confiscation de ses
biens pour avoir participé activement aux saccages d’églises le 15 août 1566.
En réalité il fut décapité à Bailleul.
-François
de Vos, cabaretier à Méteren, un des plus exaltés, convaincu d’avoir
pillé les églises de Méteren, Vieux-Berquin, Merris, Estaires…, agissant comme
chef de bande, arrêté en septembre 1567, mené à Bailleul, évadé avec la
complicité de sa femme, repris à Calais, fut pendu sur la place de
Bailleul.
Henri
Van de Walle, cabaretier à Méteren,
complice du saccage de l’église, chez qui les « gueux » festoyèrent
après leur exploit, condamné à suivre la procession et à prier, vêtu de blanc,
un cierge de deux livres et demi à la main, ainsi qu’à effectuer des travaux de
restauration à l’église, sous peine de pendaison.
Pierre
Danis, dit Ghildekin, de Méteren,
condamné à prier à deux genoux, vêtu de blanc, un cierge de deux livres à la
main, banni du territoire pour un an. Il avait été pris dans un prêche
calviniste au Mont des Cats en 1567.
Trois
méterennois seront en outre exécutés après supplice à Honsdchoote comme
« anabaptistes, opiniâtres et relaps ». Il s’agit de Charles
Eylynck, fils Agnus ; Peronne Pertrys épouse de Charles Van
de Velde ; et sa sœur Claire Pertrys épouse de François de
Swarte.
Ces
condamnations ramènent le calme au village, mais il n’en est pas de même au
Mont des Cats. On y prépare la sédition et la lutte armée. Le Grand Bailly de
Bailleul, à la tête d’une petite troupe chasse les « gueux » du Mont,
les disperse à nouveau à Caestre. Leur chef , Hans Camerlynck, est fait
prisonnier et exécuté. Les autres vont grossir les bandes de Nieppe,
Neuve-Eglise et Dranoutre. A Méteren on recrute toujours des hommes au Café de
Vos mais ils sont destinés à des actions extérieures au village.
Le
bilan de ces dix années d’insurrection protestante est lourd pour
Méteren : outre les exécutions capitales relatées ci-dessus, on compte une
centaine de bannis et fugitifs dont les biens sont confisqués au profit du
prince. La population est en diminution, des familles de tisserands émigrées en
Angleterre ne reviendront plus et l’essor économique est entravé.
L’église,
toute neuve, a été saccagée de fond en comble, les cloches emportées, les
vitraux brisés, il faudra attendre 1617
pour qu’elle retrouve sa beauté initiale.
Rappelons
pour mémoire que le massacre (des protestants) de la nuit de la Saint-Barthémy
est intervenu en 1572, que les protestants obtiendront la liberté de
pratiquer leur culte par l’édit de Nantes en 1598. Cet édit sera révoqué
sous louis XIV en 1685, entraînant de nouveaux troubles et une émigration
massive vers l’Allemagne et l’Angleterre.
2) Le XVIIe siècle :
Repères historiques :
En France :
Henri
IV, roi de France, de 1589 à 1610 (assassiné
par Ravaillac)
Louis
XIII, roi de France, de 1610 à 1643, avec
régence de Marie de Médicis de 1610 à 1614 (en fait 1617)
Louis
XIV, roi de France, de 1643 à 1715
En Flandre :
A sa
mort en 1598, Philippe II laisse les Pays Bas du Sud à sa fille, l’infante Isabelle
qui épouse l’archiduc Albert d’Autriche en 1599. Après un tiers de
siècle de troubles, le bilan est lourd. Les destructions agricoles entraînent
de sévères crises de subsistance. La disette et la peste font leur apparition
Les
archiducs exerceront ensemble un règne pacificateur, relanceront l’industrie
textile et l’activité agricole, assainiront des terres marécageuses. Une
architecture flamande civile voit le jour, en partie inspirée de la Renaissance
italienne (Bourse de Lille par ex.). Mais faute d’héritier à la mort d’Albert
en 1621 et d’Isabelle en 1633, le gouvernement retourne sous l’autorité
espagnole qui délègue en Flandre des gouverneurs.
La
conquête française du Nord :
La
guerre reprend contre l’Espagne en 1635. La France annexe l’Artois en 1640.
Bataille de Rocroi en 1643. Rachat de Dunkerque aux Anglais en 1662. Louis XIV
s’empare de Douai et Lille en 1667, de Valenciennes et Cambrai en 1677.
En
Flandre maritime, entre Lys et Dunkerque, le saillant espagnol subsistant est
réduit à la suite de la victoire française à Cassel en 1677 (3e
bataille de Cassel, encore appelée bataille de la Peene, en limite de
Noordpeene et Zuytpeene). Cette bataille met aux prises Philippe d’Orléans,
frère de Louis XIV, et le prince Guillaume d’Orange. De cette bataille découle
le traité de Nimègue (1678) qui entérine le rattachement d’une partie de
la Flandre à la France.
Souvenir
de cette époque, un monument, en forme d’obélisque, dit des trois
batailles surplombe la ville de Cassel. Trois dates y sont gravées :
20 février 1071, 23 août 1328 et 11
avril 1677.
La
guerre reprend en 1690. Elle se terminera
par le traité de Ryswick de 1697 qui confirme celui de Nimègue de 1678.
Les faits
marquants majeurs à Méteren au XVIIe siècle
Nous
avons choisi d’attirer l’attention sur trois évènements survenus au cours de ce
siècle :
a)
la
publication en 1632 du premier terrier (cadastre) connu de
Méteren, à partir duquel l’Abbé Béhaghe nous emmène en promenade dans le
village de l’époque.
b)
en 1659, le procès en sorcellerie de Thomas Looten, marchand de
bestiaux à Méteren, âgé de 50 ans.
-c) en 1689, l’effondrement de la tour
de l’église, entraînant des dégâts considérables.
a)
En 1632 la publication du
premier terrier connu de la commune :
Les
archives de la commune possèdent deux terriers ou anciens cadastres : l’un
est de 1632, l’autre de 1715. L’étude de ces documents fournit de nombreuses
indications sur la toponymie, sur le parcellaire (très morcelé : en 1632
il y avait 2347 parcelles), les chemins de communication, le paysage, les
cultures, l’habitat des hameaux…

Le
territoire y est divisé en trois sections :
-
Le
Kerkeliet ou domaine de l’église, qui
comprend un rayon d’environ un kilomètre autour du centre, auquel s’ajoute une
pointe au sud, jusque Outtersteene.
-
Le
Westhouck, qui en est séparé à l’ouest,
vers Strazeele, par le cours de la Becque.
-
Le
Berghouck, aux abords du Mont des Cats
(alors Mont des Cattes), au nord d’une ligne allant sensiblement de la
« Belle Vue » jusqu’un peu au-dessus de « La Fontaine ».
Ces
trois sections sont divisées en 45 cantons (leygers) et les cantons en 2347
parcelles. Chaque description de parcelle mentionne le nom du propriétaire,
la contenance (en mesures, quartiers et verges) et les propriétaires attenants
autour de ladite parcelle. C’est une mine pour les généalogistes !
Promenade
dans le centre du village en 1632, sous la conduite de l’Abbé Béhague :
« Voici
d’abord l’agglomération. L’église est à l’emplacement actuel et sa tour
domine tout le magnifique panorama. Au débouché de tous les villages
voisins , Flêtre, Strazeele, Merris , Outtersteene, Bailleul, vous la
voyez se dresser fièrement…Le cimetière (kerkhof) qui l’entoure est
bordé d’une double rangée d’arbres (kerkebilk) : ormes, chênes et
bois blancs ; puis vient une allée où aboutissent les « kerke-wegen » ;
tout autour, un fossé, (le kerke-dyck), sur lequel aux quatre coins un
pont de bois donne accès à l’église ; à l’ouest un mur longe le fossé et
limite la place publique ; à l’angle nord est un puits ou steenput,
qui devient un danger pour les enfants qui se plaisent à jouer aux abords et
que le conseil échevinal fera combler en 1730. »
« L’agglomération
est très restreinte. Outre le presbytère (qui est à l’emplacement actuel), la
maison vicariale et l’école (située au coin des
rues de l’Hospice et de l’Haeghedorn), le terrier ne signale que quinze
maisons, très modestes, à un seul étage et couvertes de chaume élevées sur 27
verges* de terrain »
« A
l’angle est du cimetière aboutit la « Doel-Drève, ruelle en pente, sans
habitation, bordée de jardins et de prairies, sur lesquelles se trouvaient les
« doelen » (buts, bersaults) qui servaient aux archers de la
ghilde Saint-Sébastien, d’où son nom. »
« Le
pavé actuel de Bailleul à Cassel n’existe pas encore; il sera construit en
1760. La grande artère qui traverse alors le village est un chemin de terre,
qui descendant de la rue des Moulins à
Bailleul, passe par le Calverdaens (relais très important), la chapelle St
Donat (sur l’actuelle route d’Hazebrouck), et de là se dirige droit vers
Méteren : on l’appelait – et on l’appelle encore – la Voie Romaine.
Aboutissant au cabaret du Schacksen (à l’angle, en haut de la Doel Drève, actuelle Rue Neuve), elle
suit sensiblement le pavé actuel
jusqu’au cabaret du Lion Noir (Zwaart
Leeuw), et de là descend directement vers la route de St Omer et la Courte
Croix (Korte Cruyce) ».
La
population :
Si
l’on considère que le village comptait alors environ 450 « feux » ou
foyers, dont seulement une vingtaine au centre, on en déduit que la population
était disséminée sur toute l’étendue du territoire, ce qui explique
l’importance qu’avaient alors les nombreux hameaux.
Le
village comptait 278 familles cultivant au moins un lopin de terre à son compte
et pour soi. Ces « censes à brouette » étaient tenues par des
ouvriers agricoles qui louaient leurs bras à des cultivateurs
voisins, lesquels en échange, avec leurs
chevaux, labouraient les terres et rentraient les récoltes. C’est également une
des causes de la dispersion de la population. Souvent ces ouvriers se faisaient
tisserands l’hiver.
Cf Abbé Béhague, op.cit. pages 80 à 107
b)
En 1659 le procès en sorcellerie
de Thomas Looten, marchand de bestiaux.
Compte-tenu du
caractère, souvent cité comme exemplaire, de ce
procès,
le déroulement de l’ensemble de la procédure fait l’objet
d’un
traitement particulier au Chapitre III « La mémoire des
évènements » que vous trouverez un peu plus loin.
c)
en 1689, l’effondrement de la
tour de l’église.
Des notes trouvées
par notre historien local au presbytère de Méteren il résulte que le six décembre
1689 « par manquement du pilier nord-ouest, la tour s’est
inclinée et a fini par écraser la partie ouest des trois nefs du chœur, et
une partie de l’intérieur de l’église y compris les autels, sièges et
confessionnaux, chaire à prêcher et autres ornements de l’église ».
La restauration fut entreprise de suite comme
en témoignait la première colonne à droite, en sortant du chœur, qui portait,
taillée en relief sur la pierre de soubassement, la date de 1690. De même les deux dates de 1699 et 1700 que l’on lisait à
des hauteurs différentes, sur la façade de la tour, prouvent qu’ en dix ans le
gros œuvre était achevé.
Les
briques remplacèrent les pierres du Mont des Cats et le bois d’orme fut préféré
au chêne pour les charpentes
On
travaillera avec non moins de zèle, au début du XVIIIe siècle, à son
ameublement et à l’achèvement de la tour (1720)
C’est sans doute à cette
restauration que doit être attribuée l’étrange anomalie qui avait placé huit
fenêtres dans la nef de gauche, alors que la nef de droite n’en avait que six.
3) Le XVIIIe siècle :
Repères historiques :
Rois de France
Louis
XIV, roi de 1643 à 1715, époux de
Marie-Thérèse d’Autriche
Louis XV, roi de 1715 à 1547, époux
de Marie Leszczynska
Louis
XVI, roi de 1774 à 1791, époux de
Marie-Antoinette d’Autriche
La
Flandre est désormais rattachée à la France depuis 1678
Les faits
marquants majeurs à Méteren au XVIIIe siècle
Les
archives de la commune sont incomplètes et ne couvrent que les périodes suivantes :
-années 1709 à 1715
-années 1754 à 1774
Nous
sommes cependant bien informés sur des évènements importants tels que :
-
l’état
de guerre du début du siècle avec son cortège habituels de réquisitions
de chariots, chevaux, bétail de boucherie, de misères et de maladies …
-
l’établissement
d’ un nouveau « terrier » en 1715
-
la
canalisation des sources du Mont des Cats en 1718
-
la construction
d’une flèche pour compléter le gros œuvre de l’église en 1718 avec
ascension du coq en 1721
-
la
création d’une école dentellière en 1750
-
la
construction de la route nationale de Lille à Boulogne en 1755, ce qui
provoqua pas mal de remous au village. On parle du « pavé de
Méteren »
-
Les
malheurs de la nouvelle flèche de
l’église, emportée par la tempête en 1769, puis à peine restaurée, incendiée
par la foudre en 1772 .
a)
Construction et malheurs de la
flèche de l’église.
Rappelons
que l’église reconstruite en 1550 vit sa tour s’effondrer en 1689, ce qui
occasionna de gros dégâts aux nefs attenantes à la tour. La restauration de
l’église et la reconstruction de la tour furent achevées vers 1700. Enfin en
1718 on songe à compléter le gros œuvre de l’église par la construction d’une
flèche, mais on s’apercevra qu’il faut au préalable renforcer
« l’étoile » de la tour qui est appelée à supporter la flèche, d’où
des difficultés avec l’adjudicataire des travaux et des retards dans le
chantier. Enfin, le 8 octobre 1721, les ouvriers font solennellement
l’ascension du coq qui culmine à 49 mètres soit 28 mètres de tour et 21
mètres de flèche.
C’est
le couronnement de trente ans de travaux pour réparer les ruines de
l’effondrement de la tour en 1689.

La
tempête de 1769 :
Le
vent enlève « jusqu’à la lanterne » la flèche construite en 1720. Le contrat
du couvreur chargé du remplacement
prévoit que « la flèche en chêne aura dix huit pieds de haut et la
croix en fer, 17 pieds ».
La
foudre en 1772 :
La
restauration est à peine terminée que, le 6 mai 1772, la foudre tombe
sur la tour et consume la flèche. On fait aussitôt descendre ce qui a échappé à
l’incendie, et, par précaution, des veilleurs sont placés dans la tour pendant
trois jours, afin d’éviter une éventuelle reprise du feu.
On
reconstruit la flèche qui aura cette fois 20 pieds de haut.
b) la construction de la route
nationale de Lille à Boulogne :
Cette
construction répondait à la richesse économique de la région et aux besoins
d’un commerce grandissant. En reliant les communes desservies par une voie
directe, large et empierrée, à Lille, la capitale des Flandres, et à Boulogne,
le port de mer, elle donnait aux productions locales des débouchés plus
faciles.
Le
projet fut d’abord accueilli avec satisfaction à Méteren. Tant qu’il s’est agi
de transporter, sur réquisition, les
pavés de la Lys à la route de Nieppe, la commune a répondu avec zèle aux
demandes des autorités, dépassant même le contingent de pavés qui lui était
assigné.
Protestations
des édiles locaux :
Mais
quand, en octobre 1755, la commune est informée que l’on va commencer le
tronçon de Bailleul à Caestre, d’après le tracé que nous connaissons
encore de nos jours, elle proteste énergiquement et bailli, échevins et
notables signent la grave délibération suivante, que nous reprenons
intégralement :
« Nous
pensons et jugeons que se servir de la route existante vers la Korte-Cruyce –
voie dite de Saint-Omer – est le moyen de beaucoup le meilleur et le plus
facile pour faire le pavé avec la moindre dépense pour la commune ; car si
la route allait en ligne droite de la paroisse de Méteren à celle de Caestre, à
travers champs et prairies, de grands dommages seraient apportés en toutes
manières. Le pavé devrait traverser quatre ou cinq grandes dépressions de
terrain, des becques et beaucoup de près qui sont bas, dont le terrain est
difficile, humide et plein d’eau. Par suite le pavé n’aurait pas un fond
solide, malgré les grandes et excessives dépenses qu’il faudrait faire pour
aplanir et exhausser le terrain. Tandis qu’au contraire, le long de la route de
Saint-Omer, le terrain est très bon, élevé, sec et solide jusqu’à la
Korte-Cruyce, et le pavé pourrait y être construit avec de bien moindres
dépenses »
C’était
le bon sens campagnard qui parlait mais il ne fut pas écouté. Voyant qu’on allait
passer outre, la municipalité revient vigoureusement à la charge le 29
juillet 1757, évoquant le préjudice subi par certains particuliers, les
maisons et censes à abattre, la diminution de la valeur des terres…mais sans plus d’effet et l’on
construisit la route directe.
Les craintes furent balayées, le pavé est
solide, les perspectives ouvertes par ce ruban bordé d’arbres qui se déroule
dans la plaine vers Bailleul et vers Flêtre sont magnifiques.
Bouleversements
dans le terrier de 1715 :
Le
terrier (cadastre) de 1715 est très raturé et surchargé de notes pour indiquer
les changements survenus dans les parcelles du cadastre incorporées dans la
route ou mutilées par elle. D’autres parcelles étaient rendues à la culture par
la suppression de tronçons de l’ancienne route.
Les
deux voies qui reliaient antérieurement Bailleul à Méteren, l’une, du
Calverdaens par la Voie Romaine, l’autre, de la rue des Foulons par la
Curegoedstraete, ont perdu de leur importance et ne servent plus que de
débouchés aux fermes.
Modifications
de l’agglomération :
Aussitôt
le « pavé » construit, on s’empressa de bâtir des maisons le long de
la nouvelle voie : la commune prit l’aspect d’un bourg. La municipalité
imposa de véritables contraintes d’urbanisme aux nouvelles constructions :
défense de bâtir sans autorisation et sans plan, défense de couvrir en paille,
obligation de posséder une échelle (éventuel incendie), minimum de front à rue
de 30 pieds, obligation de laisser un large trottoir le long du pavé.

De
1760 à 1770 s’élevèrent une douzaine de maisons larges et spacieuses qui
contribuaient à donner fière allure au village.
Dans
les années qui suivirent, Méteren prit peu à peu l’aspect que nous restituent
les cartes postales des premières années 1900.
On
s’achemine ensuite vers la Révolution de 1789 qui sera traitée dans le chapitre
suivant…