Patrimoine

 

Fiche d’ histoire n°10

 

 

Camille Debert (1867 – 1935) le sculpteur

du Monument aux Morts de Méteren

 

L’historique et la description du Monument aux Morts de la commune sont développés sous le chapitre III –5 de la rubrique « Histoire-Géographie de ce site. Il est souhaitable de s’y référer avant d’aborder ce texte qui est essentiellement consacré à la personnalité et à l’œuvre de Camille Debert.

 

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Camille Debert vers 60 ans

Repr. V.d.N.

 

Camille Debert est né à Lille le 15 Avril 1867. Son père Charles Debert, maître sculpteur, était installé rue de Lille à Bailleul.

 

Le jeune Camille fit ses études classiques au Collège de Bailleul. Pour suivre les cours académiques de l’Ecole de Dessin dirigée par M. Swinghedauw, il dut attendre la sortie de l’école et la période d’apprentissage manuel.

 

Puis il fut confié à M. Pickery, grand artiste brugeois. Il travailla aux côtés du professeur, suivit les cours  du soir à l’ Ecole des Beaux-Arts, visita les musées. Il y resta  deux années.

 

Rentré au pays natal, couronné de tous les lauriers académiques de Bruges, il est doté de la bourse créée par la Fondation De Puydt et suit les cours de l’Ecole des Beaux-Arts de Lille. Après deux années d’études, titulaire de la bourse départementale pour l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, il arrive dans la capitale : pour lui s’ouvrent alors cinq années de haute lutte et de prestigieux succès.

 

Seul le service militaire vient  les interrompre en 1891 ; désigné par ses nombreux diplômes à l’attention de ses chefs, le jeune soldat est dirigé sur Nancy, centre artistique par excellence, où son génie ne tarde pas à le mettre en valeur. Il érige dans la cour de la caserne un monument à Turenne.

 

 

Les premiers succès :


         Libéré de ses obligations militaires, Camille Debert regagne Paris. Il se remet à l’œuvre dans l’atelier du célèbre sculpteur Jules Cavelier 1814-1894.

 

Son cousin, Constant Sonneville architecte, fait appel à sa collaboration en vue d’un concours international ouvert par la ville de Tournai (B.). Ils obtiennent le premier prix et la commande d’un monument commémoratif « Aux soldats français tués sous les murs d’Anvers en 1832 ».

 

A peine âgé de 27 ans, Camille Debert obtient une première mention au Salon des Artistes Français, pour lequel il a exécuté une statue « A la source ».

En 1903, il invente la néo-cérame, pâte nouvelle, quatre fois plus légère que les agglomérés ordinaires. Mais il se garde bien d’abandonner les matériaux classiques. Il sculpte avec la même aisance le bois, le marbre, le bronze ou la pierre. Son atelier, 4 rue Franquet à Paris XVe, est une galerie de chefs-d’œuvre où tout exprime et la poésie de l’artiste et la foi du chrétien.

 

Avec la célébrité, les commandes lui viennent désormais comme par enchantement. Pour orner les terrasses du château du Chapuis dans l’Ain, il sculpte deux petits groupes « amours » en bronze. Il taille un tympan pour le tombeau d’un artiste à Louviers (Eure). Il exécute des médaillons et  des bustes pour des tombeaux. Au cimetière de Bailleul, le général Cheroutre (1847-1913), gouverneur de la Corse, revit dans le bronze.

 

image004Il sculpte les traits de M. Swynghedauw, son premier maître, à l’occasion du cinquantenaire de celui-ci. Il taille le buste de Pierre De Coninck (1911), Grand Prix de Rome et du Commandant Clemmer, tous deux enfants de Méteren. (Cf V–2). Il sculpte le médaillon de Mgr Lobbedez, évêque de Moulins, pour son monument funèbre de Bergues.

 

Ci-contre le médaillon représentant P. De Coninck

 

L’inspiration religieuse.

 

Camille Debert est avant tout un artiste religieux. Avec un extraordinaire relief, il a sculpté une vieille flamande en prière.

 

 

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Dans le bronze « En Flandres » il affirme son talent dans la plénitude de sa puissance. Cette figure émaciée, ces yeux profonds, ces mains osseuses, tout l’être tendu vers le Ciel, n’est-ce pas l’incarnation de la prière ou l’extase d’une âme ravie ?

Père Clovis de Provin(1882-1945)

 

 

 

image008On retrouve cette inspiration dans le haut-relief en bronze du monument aux morts de Méteren, à travers la femme en costume flamand, agenouillée sur la tombe du « poilu ». (Illustration ci-contre)

 

Avec la même intensité d’expression, il a réalisé le curé d’Ars, Jeanne d’Arc dans son invocation, etc

 

C’est surtout dans l’art de sculpter la suave figure de Notre-Dame, que son talent est souple, expressif, nuancé, à la fois fort et délicat.

 

 

Ainsi, il a exécuté :

-                             « La Vierge protectrice » pour l’hospice Condé, devenu Hôpital, à Chantilly.

-                             « La Vierge à la Chaise » pour le parc du château du comte de Varennes.

-                             « Notre Dame des Fontenelles » à Nanterre.

-                             « Notre Dame des trois Ave Maria »ou « de la Trinité ».

-                             « La Vierge au Bambino », ou « Vierge à l’Enfant » etc., etc.

 

Camille Debert est l’auteur de nombreuses autres œuvres d’inspiration religieuse : autels, confessionnaux, tympans, chaires, etc…qui ornent actuellement les églises de Bailleul et des environs. Citons encore l’oratoire du cardinal-archevêque de Paris, les églises de Corbehem, du Pré-Saint-Gervais, la chapelle de Jeanne d’Arc et celle des Dames Franciscaines à Paris, ainsi que l’originale église paroissiale de Saint-Maurice, à Bécon-les-Bruyères (Seine).

 

Après la guerre 1914-1918, Camille Debert taille de nombreux monuments aux morts : à Bailleul, Méteren, Vieux-Berquin, à Bergues, à Saint-Gilles-Vieux-Marché (Côtes du Nord), à Saint-Germain des Prés, à la Plaine-Saint-Denis, à Montreuil-sous-Bois (Seine), au patronage Sainte-Mélanie à Paris, au Collège d’Arras, à Cornaing, à Guseriff (Morbihan), au Mur-de-Bretagne (Côtes-du-Nord), à Sainte-Marie-Kerque, à Crosnes (Seine-et-Oise), etc

 

Avec une extrême variété toujours, l’artiste a su garder le sentiment dramatique le plus véhément. Camille Debert est décédé à Paris en septembre 1935, à l’âge de 68 ans. Il laisse le souvenir d’un artiste délicat, modeste, travailleur, plein de talent.

 

 

 

Ce texte est la reprise d’un article légèrement modifié de la Voix du Nord du 5 février 1949, intitulé : « Les grandes figures bailleuloises – Le sculpteur Camille Debert ». Cet excellent article n’a pas été signé.

 

 

Le 6 février 2008

Daniel Fache, Jean-Pierre Deswarte