Fiche d’ histoire  N° 9 bis

 

Arthur PUISSANT, Horace MAUQUOY

et Léon LAMBERT

 

Les maçons belges de la reconstruction de l’église de Méteren

de 1923 à  1927.

 

Les informations recueillies sur la reconstruction de l’église ne cessent de rebondir. Grâce à la fée Internet, nous nouons des contacts particulièrement bénéfiques pour la connaissance de l’histoire du patrimoine communal.

 

Après  M. Jacques Pavlovsky, le fils de l’un des deux architectes qui, visitant incidemment le site, nous a dirigés vers de très intéressantes sources de renseignements, c’est au tour de l’arrière petit fils de l’entrepreneur belge qui a réalisé  l’imposante maçonnerie de l’église, de prendre contact le 14 juillet 2008.

Passionné de généalogie, M. Georges Dehasse, cet arrière-petit-fils, demeurant à Châtelineau, (Belgique), a retrouvé dans les archives familiales un acte enregistré du 20 août 1923 relatif à la sous-traitance de la maçonnerie de l’église de Méteren, ainsi qu’une vingtaine de photographies de la pose de la première pierre de l’édifice le 9 juillet 1923. A la recherche de l’église construite par ses ancêtres il rendit visite au site et prit contact avec nous le jour même pour nous faire part de ses découvertes dont nous donnons le détail ci-après. Qu’il en soit chaleu-reusement remercié.

 

La famille PUISSANT :

 

Arthur Puissant (1860-1931) a fondé son entreprise de maçonnerie à Baisy-Thy, petit village situé près de Genappe, sur la route de Waterloo à Charleroi.

 

Deux de ses  trois filles se marièrent à un maçon de l’entreprise :

Maria Puissant s’unit à  Léon Lambert et Sophie Puissant (1891-1952) épousa Horace Mauquoy (1888-1961), le grand-père de notre correspondant.

Les deux gendres devinrent des associés d’Arthur Puissant.

 

Après la guerre 1914-1918, durant laquelle les constructions de la région de Charleroi avaient été relativement épargnées, les travaux de maçonnerie se faisaient rares, Arthur Puissant décida de rechercher du travail dans les départements sinistrés du nord de la France.

 

C’est ainsi qu’il est arrivé à Méteren avec ses gendres et leurs familles. Aucun d’entre eux  ne parlait le flamand dont l’usage était encore très répandu à l’époque à Méteren.

La date de leur arrivée n’est pas connue. La deuxième fille d’Horace Mauquoy, prénommée Eva, étant née à Méteren le 17 juillet 1921, cette date constitue un premier repère.

 

 

 

 

 

 

A Méteren, devant la demi-lune de G à D, Léon Lambert, Arthur Puissant, Horace Mauquoy,

la jeune Victoire Mauquoy née en 1914, Sophie Puissant épouse Mauquoy et une française

Léontine Chevrin-Loyez

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

 

L’équipe des maçons et la famille Puissant

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

 

On suppose que l’entreprise Puissant, dès son implantation à Méteren, a été associée à la reconstruction de maisons particulières avant de se voir confier le plus important chantier de la commune, mais on ne possède aucun renseignement sur les premiers chantiers.

 

Arthur Puissant fait une apparition « officielle »  mais cependant anonyme, pour la première fois à l’occasion de la pose de la première pierre de l’hospice. César Lauwerie a publié à la page 131 de son livre, déjà souvent cité, la photographie de cet événement.  Georges Dehasse nous en a fait parvenir un autre exemplaire. Toutes les personnes présentes sont citées dans le livre, sauf une, Arthur Puissant. Il est pourtant le personnage central de la photo !

 

 

 

 

Sur la photo de G à D, René Vaneuville, André De Swarte, René Lecocq,

René Duretz, Georges Baey, Théophile Deconninck, Fidèle Ducornetz,  Hector D’Hem ,

Abbé Thorez, César Herreman (maire), Omer Geloen, Victor Malbrancke, Jérémie Collart,                

 Georges Deliesche (garde champ.), Jules Lemaire, Joseph Degrendel (adjoint),

Sœur Claudine, Sœur Germaine

et dans la tranchée de fondation, Arthur Puissant (l’oubli est réparé !)

 

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

 

 

 

L’équipe des maçons et leurs manœuvres qui reconstruisirent l’hospice inauguré le 28 juin 1925. Apparemment ils venaient de creuser une simple esquisse de tranchée de fondation pour la pose de la première pierre. Cette photo et la précédente ont en effet été prises le même jour. (Voir la lessive pendue au fond à droite qui figure sur les deux clichés).

 

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

Reconstruction de l’église : la sous-traitance des travaux

 

Comme nous l’avons déjà évoqué, la reconstruction de l’église a été déléguée à la Coopérative de reconstruction des églises dévastées du diocèse de Lille.

L’adjudication des travaux a eu lieu au siège de la Coopérative début juin 1923. Ont été déclarés adjudicataires pour la maçonnerie, messieurs Bouche et Clermont, entrepreneurs à Flers-Breucq, près de Villeneuve d’Ascq.

 

Le 20 août 1923, messieurs Bouche et Clermont, « entrepreneurs à Méteren » sous-traitent les travaux de maçonnerie de l’église à messieurs Arthur Puissant, Horace Mauquoy et Léon Lambert, maçons à Méteren, selon un acte officiel enregistré à Bailleul le 29 août 1923, dont une copie figure ci-après :

 

 

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

On ne connaît pas  les raisons de ce recours à la sous-traitance. Peut-être que les entreprises étrangères ne pouvaient soumissionner à de tels travaux et que l’on tournait la difficulté en passant par l’intermédiaire d’une entreprise française qui gardait la responsabilité du chantier sous la direction des architectes.

 

La pose de la première pierre de l’église le 9 juillet 1923

 

« Une grande fête fut organisée pour cette cérémonie de pose et de bénédiction de la première pierre de la nouvelle église. Les rues de la commune furent décorées avec fausses portes, drapeaux et mâts fleuris. Les fondations de la nouvelle église furent délimitées par des poteaux enguirlandés et à l’endroit du chœur fut dressée une croix de bois. »

« Un cortège fut formé devant l’église provisoire, rue des Quatre Fils Aymon. Dans ce cortège il y avait un groupe de dix fois quatre garçons représentant  architectes, maçons, aide-maçons, charpentiers, couvreurs, zingueurs, plâtriers, vitriers, peintres et sculpteurs. Tous ces garçons portaient des objets représentant les participants aux travaux de reconstruction. »

(César Lauwerie, page 116)

 

 

 

Le cortège arrive à l’emplacement de la nouvelle église.

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arrivée du parchemin et de la première pierre (datée « 1923 ») portée entre autres par Maurice Baye, Paul D’Hem, Pierre Dericke et Gaston Boone.  (Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

Les personnalités et la foule se regroupent  à l’emplacement de la nouvelle église.

Il devait faire très chaud, en ce 9 juillet, si l’on considère le nombre d’ombrelles.

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

«  Arrivé sur les lieux de la reconstruction de la nouvelle église, le Vicaire Général Jourdin procède à la bénédiction de la pierre portant sur l’une de ses faces la date de « 1923 », puis l’Abbé Thorez, curé-doyen de Méteren donna lecture du parchemin qui sera inséré dans la pierre et dont voici le texte :  « A la gloire du Très-Haut, l’an de grâce 1923, le 9 juillet, sa Sainteté Pie XI étant souverain pontife, Monsieur Alexandre Millerand étant président de la République,  Monseigneur Raphaël Quillet étant évêque de Lille et Monsieur Alfred Morain Préfet du Nord, Monsieur César Herreman étant Maire de Méteren et l’Abbé Julien Thorez, curé-doyen de Méteren. »

 

Le discours de circonstance fut prononcé par Monsieur l’Abbé Julien Baron, aumônier diocésain des Œuvres. Puis le clergé se dirigeant ensuite jusqu’à l’emplacement du chœur, procède à l’aspersion des fondations qui doivent resservir pour la nouvelle église.

 

Après une exécution musicale par l’Harmonie, le cortège se reforme pour retourner à l’église provisoire. »

(César Lauwerie, pages 116 et 117)

 

 

 

Le Vicaire-Général Jourdain procéde à la bénédiction de la pierre. A droite de la pierre, au fond, on reconnaît Arthur Puissant (moustache blanche)

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arthur Puissant, pelle à la main, scelle la première pierre de l’église

(Collection Georges Dehasse)

 

 

Les architectes André Pavlovsky et Louis Quételart parmi trois hommes alignés, à droite du tambour à terre, dont deux tiennent leur chapeau à la main. Au milieu, il s’agit d’André Pavlovsky. Louis Quételart est le plus grand, vers le fond.

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

Pendant le discours de circonstance de l’Abbé Julien Baron, aumônier diocésain des Œuvres

(Collection Georges Dehasse)

 

 

Pendant le discours de circonstance de l’Abbé Julien Baron, aumônier diocésain des Œuvres (suite)

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La foule se disperse après la cérémonie.

Méteren en juillet 1923, nous vous donnerons ultérieurement la position exacte de cette photo.

Bonne recherche en attendant (réponses sur : contact@meteren.net ) Merci !

 

Les travaux de reconstruction

 

Le déroulement des travaux de maçonnerie de l’église est chronologiquement un peu flou pour l’instant.

Page 117 de son livre, César Lauwerie indique que les travaux commencèrent rapidement et que le gros œuvre fut exécuté durant les années 1924 et 1925, ajoutant que la construction de la tour ne fut terminée qu’en 1926, après que la charpente métallique fut posée au-dessus de la nef (photo).

 

La tour fut peut-être terminée un peu avant l’année 1926 car dans le même livre on peut lire page 159 : « Le 10 octobre 1925, l’assemblée communale constate que le maçonnerie de la nouvelle église, ainsi que celle de la tour est terminée. Elle remercie la famille Puissant qui a procédé à ce laborieux travail et lui envoie un témoignage de reconnaissance ».

 

En dehors des clichés ci-dessous, dont la qualité laisse à désirer, il y a peu d’autres photos de la reconstruction en cours de l’église :

 

 

La charpente métallique de la nef est posée, la construction de la tour va pouvoir continuer.

 

 

 

Derrière la mairie-poste on aperçoit la tour de l’église en construction

(Collection Daniel Fache)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En guise d’épilogue

 

Une fois le gros œuvre terminé la famille Puissant s’en est-elle aussitôt retournée  dans son Hainaut natal ? Dans l’état actuel des recherches de M. Dehasse, aucune date ne peut être avancée.

 

La famille était bien présente à Méteren le 29 mars 1925, date de la communion solennelle de Victoire Mauquoy (1914-1981), la mère de notre correspondant à Châtelineau, mais c’est normal, à cette date l’église n’était pas achevée.

 

 

 

 

 

 

 

Autre repère dans le temps, Arthur Puissant, le « patriarche » est décédé le 28 octobre 1931 à Montignies-sur-Sambre (Charleroi).

 

Ci-contre photographié peu de temps avant son décès à l’âge de 71 ans.

 

En 1959, Horace Mauquoy lui aussi maçon à Méteren, que nous avons cité plus haut, a demandé à son gendre, Sylvain Dehasse, de le mener à Méteren, revoir « son » église. Son vœux a été exaucé. Il a pleuré en revoyant cette magnifique construction. Deux ans après il mourrait. Il était le dernier des maçons de l’équipe de son beau-père ayant travaillé à Méteren.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un dernier hommage à ces maçons d’au-delà la frontière

 

 

Les maçons et leurs jeunes apprentis sur un chantier de maison provisoire

Certains apprentis sont peut-être méterennois.

(Collection Georges Dehasse)

 

 

 

31 Juillet 2008

Daniel Fache – Jean-pierre Deswarte