II – 9  La deuxième guerre mondiale

1939 – 1945

 

Plan du Chapitre

 

A- Préludes à la guerre, les annexions territoriales du IIIe Reich allemand.

 

B- La mobilisation générale

 

C- La drôle de guerre du 2 septembre 1939 au 10 mai 1940

 

C1- A Méteren pendant ce temps ; de quelles sources disposons-nous ?

C2- Les soldats français cantonnés à Méteren

 

D- La Blitzkrieg ou guerre-éclair : du 10 mai au 22 juin 1940

 

D1- Quelques considérations générales de stratégie et tactiques

D2- Les forces en présence le 10 mai 1940

D3- De Sedan à la baie de la Somme : du 13 mai au 20 mai 1940

D4- Le long du littoral jusqu’à Dunkerque

D5- L’étau se resserre

D6- Repli général sur Dunkerque

D7- Pendant ce temps à Méteren et environs

        Bombardements

        Victimes civiles et militaires

 

E- L’occupation allemande

 

E1- La situation à Météren à l’arrivée des Allemands

E2- Premières réquisitions

E3- Les longues cohortes de prisonniers de guerre

E4- Une mort qui aurait pu être évitée

E5- Premières conséquences de l’occupation

       Rationnement des denrées – Tickets

        Restrictions à la liberté de circuler, différentes zones

        Le drapeau allemand flotte sur Méteren

E6- Incidents et évènements survenus sous l’occupation

E7- Entraide envers les prisonniers de guerre

 

F- La Libération de Méteren le 6 septembre 1944

 

F1- En attendant la Libération

F2- Le 6 juin 1944, le débarquement allié en Normandie

F3- Du 6 juin au 6 septembre 1944 à Méteren et environs

       Les photos de la Libération

F4- Après le 6 septembre 1944

       Le retour du dernier prisonnier de guerre méterennois

       Photo de groupe (prise en 1948-49) de l’Association des anciens prisonniers de guerre 1939-45

 

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A)   Les préludes à la guerre - Les annexions territoriales du IIIe Reich allemand:

 

Hitler accède au pouvoir en 1933 et devient Chancelier. Il va transformer progressivement le IIIe Reich en un état totalitaire, national-socialiste, se donnant pour mission, non seulement de rendre à l'Allemagne les territoires qu'elle avait perdus en 1919, mais encore de lui annexer  toutes les régions d'Europe où vivaient des Allemands.

Il voulait l'hégémonie européenne et exigeait pour l'Allemagne l' « espace vital » qu'il prétendait nécessaire à sa population sans cesse croissante.

 

Il va s'en donner les moyens. C'est ainsi qu'en 1935 il dénonce le Traité de Versailles et rétablit en Allemagne le service militaire obligatoire. En 1936 il devient le chef suprême des armées et dès le 7 mars 1936, les troupes allemandes pénètrent dans la zone démilitarisée de la Sarre et de la rive gauche du Rhin. L'Europe s'inquiète mais tergiverse.

 

Le 12 mars 1938, les troupes allemandes pénètrent en Autriche dont l'annexion sera plébiscitée le 10 avril 1938. Pendant ce temps la France est en pleine crise ministérielle et encore traumatisée par les conséquences de la Première Guerre de 1914-1918. Elle réagit mollement.

 

Le 2 septembre 1938, Hitler s'attaque à la Tchécoslovaquie et annexe le territoire des Sudètes, au sud de la Silésie, peuplé de nombreux allemands et délimitant au nord le fameux quadrilatère de Bohême qui commande l'accès à l'Europe Centrale. La France réplique en mobilisant 100 000 hommes sur la Ligne Maginot. Mais les accords de Munich du 30 septembre 1938 entérinent l'annexion, les démocraties reconnaissant un droit des minorités à disposer d'elles-mêmes. En réalité les démocraties capitulent une fois de plus devant la détermination d'Hitler que cette faiblesse encourage dans sa politique d'expansion. On croit à tort avoir échappé à la guerre. Les soldats français mobilisés rentrent chez eux début octobre.

Mais le nom de « Munich » restera synonyme de capitulation honteuse.

 

Le 15 mars 1939 les troupes allemandes entrent à Prague et le Reich annexe la Bohême-Moravie.

 

Le 23 août 1939 signature du pacte germano-soviètique de non-agression qui prévoyait le partage de la Pologne. Dès le 1er septembre Hitler attaque la Pologne.

 

 

 

B) La mobilisation générale :

 

Liés au peuple polonais par un pacte d'assistance en cas d'agression, l'Angleterre et la France déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939.

La mobilisation générale avait été décrétée en France dès la veille.

520 000 réfugiés français sont évacués des zones frontalières comprises entre la ligne Maginot et l’Allemagne.

 

L’affiche de la mobilisation générale du 2/9/1939

 

 

1

 

 

 

Mention manuscrite : « samedi 2 septembre à zéro heure »

 

 

Journal du samedi 2/9/1939 annonçant la mobilisation générale

 

 

Un journal du soir de la déclaration de guerre (3/9/1939)

 

 

 

    C) La drôle de guerre : 2 septembre 1939 – 10 mai 1940

 

La France et l’Angleterre adoptent une stratégie défensive. Plutôt que d’attaquer l’Allemagne pendant qu’elle est occupée à envahir la Pologne ils se contentent de réagir mollement. Dans la nuit du 5 au 6 septembre la France se borne à envoyer  9 de ses 102 divisions dans une offensive sur la Sarre qui se limitera à des opérations de faible d’envergure L’Allemagne n’y accorde que peu d’importance et termine rapidement l’invasion de la Pologne. Varsovie capitule le 27 septembre.

 

D’ abord prévue pour le 12 novembre l’offensive allemande contre la France sera plusieurs fois reportée par suite de périodes pluvieuses répétées. Les ajournements se succèdent : 12 puis 16, puis 20, 27 et 29 novembre, 4, 6, 12 décembre…Nos soldats se terrent dans leur cantonnements où ils s’ennuient, leur ardeur combative s’amenuise, mais ils demeurent prêts à faire leur devoir tout en espérant encore qu’une trêve permettra de rechercher un accord et d’éviter la guerre. D’ailleurs l’hiver qui arrive ne permet plus d’envisager sérieusement un déclenchement rapide de l’offensive allemande. On  attendra le printemps.

 

Mais notre intention n’est pas de reprendre ici tous les évènements qui se sont déroulés dans le monde durant les huit mois de la « drôle de guerre ». Nous n’en avons pas la compétence et il y a d’excellents livres et manuels d’Histoire pour satisfaire votre envie d’en savoir plus.

 

C1 ) à Méteren durant ce temps – De quelles sources nous nous inspirons.

 

 

Nous avons la chance de disposer du témoignage manuscrit de deux méterennoises qui ont vécu  sur place cette douloureuse période des années 1939 à 1945. Elles nous ont laissé de précieux cahiers sur lesquels  elles ont consigné les évènements qui se sont déroulés au village. Elles y ont aussi  transcrit leurs états d’âme, leurs désillusions et leurs espérances, tout au long de ce long conflit mondial.

 

 Chez les deux témoins la rédaction est parfois interrompue pendant une période plus ou moins longue. La cause en est probablement le découragement face à  la tournure des évènements.

 

Le cahier de Valentine :

 

Nous nous permettons cette familiarité parce que Melle Valentine BUTTIN (1894-1978) était très populaire à Méteren  (Voir sur ce site le Chap. III- 10 ci-après, qui lui est consacré) et que la quasi totalité des habitants l’appelaient ainsi ou savaient à qui correspondait ce prénom. Elle rendait tant de services aux gens de condition modeste, aux personnes en difficulté, qu’elle était considérée comme une assistante sociale bénévole.

Ci-contre : Valentine Buttin (la plus grande) et sa sœur Berthe en 1946

 

Son cahier commence le 14 mai 1940, deux semaines avant l’arrivée des Allemands au village. Après le 30 juin 1942 elle n’écrit plus guère, « A quoi bon ? » confie-t-elle. Elle reprend la plume à la Libération puis en 1945, notamment  le 19 août 1945, à l’occasion du  retour de Roger Bécuwe, le dernier prisonnier de guerre méterennois.

Elle a aussi écrit des articles sur cette période dans le journal « La Croix du Nord » dont elle était la correspondantelocale.

Dans les récits qui suivent les emprunts à son cahier seront signalés par les lettres V.B.

 

Le cahier d’Andrée et Marie-Thérèse :

Andrée et Marie-Thérèse D’Hem, deux sœurs, vivaient Rue Nationale, en direction de Flêtre. Leur nom est lié à une exploitation agricole, la « Ferme d’Hem », qui domine le secteur des Quatre Fils Aymon. Trois de leurs frères étaient exploitants agricoles : Emile à Méteren, Paul à Armbouts-Cappel et Jean en lisière de la Forêt de Nieppe.

C’était Andrée, qui deviendra par la suite Madame Boulogne, la rédactrice, mais Marie-Thérèse prenait parfois le relais quand sa sœur était empêchée.

Après quelques lignes sur l’hiver 1939-40, leur cahier débute le 10 mai 1940.

Leur témoignage est souvent complémentaire de celui de Valentine car, plus jeunes d’une génération, elles ne s’intéressent pas toujours aux mêmes évènements ou les commentent différemment.

Dans les récits qui suivent les emprunts à leur cahier seront signalés par les lettres AH.

 

C2) Les soldats français cantonnés à Méteren

 

Comme dans tous les villages et villes proches de la frontière, des troupes françaises cantonnaient à Méteren. Elles appartenaient au Secteur Fortifié des Flandres (S.F.F.) rattaché à la VIIe Armée. Le P.C. (Poste de Commandement) était localisé à Hazebrouck, puis à Saint-Omer à compter du 11/10/1939. A la veille de l’offensive allemande le S.F.F.comptait environ 11 000 hommes.

 

 

Il comprenait notamment trois régiments régionaux de travailleurs (que l’on appelait « régiments territoriaux » en 1914) chargés de renforcer le système défensif qui prolongeait la Ligne Maginot jusqu’à la Mer du Nord

 

-          le 14e R.R.T. (lieutenant-colonel Mirou)

 

-          le 15e R.R.T. (lieutenant-colonel Ployart)

 

-          le 221e R.R.T. (lieutenant-colonel Chauvin.

 

Ces régiments étaient composés  de réservistes, vétérans de toutes armes et pères de trois ou quatre enfants. Mobilisés parmi les derniers, l’armée leur avait attribué des tenues dépareillées et un armement hétéroclite. La photo ci-dessus , prise à Méteren, devant le Café de la nouvelle Forge, en est une belle illustration.

La jeune demoiselle qui pose avec les soldats est Nelly Loridan.

A côté de leurs tâches militaires de construction de casemates bétonnées, de creusement de tranchées ou de fossés anti-chars, de pose de réseaux de barbelés, ces soldats aidaient accessoi-rement aux travaux agricoles.

 

Méteren était le cantonnement du 15e R.R.T. commandé par le lieutenant-colonel Léon PLOYAERT (1885-1963), un homme de caractère et un personnage peu commun, à la fois prêtre, professeur au collège St Bertin de Saint-Omer et officier. Il fut blessé huit fois au cours de la guerre 1914-1918. En 1940 il avait sa chambre à la brasserie De Swarte où il est revenu à plusieurs reprises après la guerre.

 

D’autres régiments complètent les effectifs du Secteur Fortifié des Flandres (S.F.F.)

 

 En septembre 1939, le 16e Corps d’Armée (C.A.) mis sur pied à Montpellier arrive en Flandres et installe son P.C. à Saint-Omer puis à Cassel (18 mars 1940). Il prend en charge le S.F.F. plus la 9e Division d’Infanterie Motorisée (D.I.M.) et la 53e Division d’Infanterie (D.I.) et il coiffe deux autres Divisions d’ Infanterie qui joueront un rôle important dans la bataille de Dunkerque : les 21e et 60e D.I., pour ne citer que les principales unités.

 

Toutes ces troupes stationnent dans un espace limité au Nord par Bourbourg, Téteghem, Leffrinc-koucke,Ghyvelde et la frontière, au Sud par la Lys jusqu’à Estaires et le canal de la Lawe jusqu’à Béthune. A l’Est de la Lys, du côté d’Armentières et Lille, c’est le secteur du IIe Corps d’Armée britannique qui s’étend tout au long de la frontière belge, d’Armentières  à Baisieux.

 

Lesquels parmi les régiments du 16e Corps d’Armée ont cantonné à Méteren ?

 

« Ici ce sont des Français : bretons, normands, méridionaux. » écrit Andrée D’Hem à la première page de son cahier.

 

Melle Buttin cite plus précisément, page 11, « le Colonel Ployaert, le Lieutenant Petit et d’autres officiers du 15e ». Il faut comprendre « 15e R.R.T. » dont nous avons parlé ci-dessus.

 

A la page 17, elle se demande « Que sont devenus nos amis du 115e ? ». Il s’agit cette fois du 115e R.A.L.H. (Régiment d’Artillerie Lourde Hippomobile) qui semble avoir été cantonné  à Flêtre et à Méteren Il est en effet cité comme destinataire d’un document  relatif aux consignes générales du  cantonnement des troupes à Flêtre, édictées par le Chef de Bataillon Le Guevel du 65e Régiment d’Infanterie (65e R.I.)

Ce  65e R.I., rattaché à la 21e Division, est un régiment breton, venu dans le secteur au  printemps 1940. Il venait de Desvres (P. de C.). Il avait passé l’hiver 1939-40 dans  ce canton du Pas de Calais. Il y retournera le 22 mai 1940 et s’y illustrera dans des combats retardateurs. Un monument commémoratif  à été élevé à Desvres en souvenir des vaillants soldats du 65e R.I. (cf le site Internet « Mémoires de pierre dans le P. de C. »)

 

De son côté, notre ami André Heyman parlait souvent des soldats normands du 239e R.I.formé à Rouen et  du 329e R.I. formé au Havre, qui appartenaient tous deux à la 53e Division d’Infanterie (53e D.I.) déjà citée ci-dessus.

 

La présence du 239e R.I. à Méteren est doublement attestée :

 

-          par le programme d’une matinée récréative donnée par le 239e R.I. le 1er Octobre 1939, au Foyer du Soldat de Méteren (probablement l’ancienne Salle d’œuvres) sous la présidence du Colonel de Grouchy, commandant le 239e R.I.

-          et par un article de V.B. dans La Croix-Dimanche des 20/21 Avril 1974 intitulé « Il y a 34 ans ».

 

 

 

 

 

Pour ce qui concerne le  329e R.I. nous avons pris contact avec M. François Vaudour, spécialisé dans l’histoire militaire havraise, membre du Centre Havrais de Recherches Historiques, qui anime le site Internet consacré aux régiments havrais :

 

http://pagesperso-orange.fr/regiments.havrais/accueil

 

Monsieur Vaudour nous a fait parvenir un extrait de « L’historique du 329e R.I. 1914-1919, 1939-1940 » édité par l’Amicale des anciens du 329e, duquel il ressort que ce régiment a bien stationné dans les Flandres.  Nous reprenons ci-après un extrait de cet historique.

 

« Le 329e part du Havre le 12 septembre 1939. Le mouvement par fer s’effectue sans encombre. Aucun avion dans le ciel. Dans la journée du 13, le régiment atteint la zone de concentration affectée à la 53e D.I. dans la région de Bourbourg et débarque à Coudekerque-Branche pour s’installer à Capelle-la-Grande dans son premier cantonnement.

 

« Le 25 septembre, le 329e fait mouvement par route. En trois étapes de nuit (cantonnements à Wormhoudt et à Steenvoorde), il atteint, le 27 septembre la région de Flêtre, Mont des Cats, Berthen. Il est chargé d’organiser défensivement les positions du Mont des Cats et de Boeschèpe.

 

« Un léger déplacement le porte, le 18 octobre, dans la région de Bailleul où il restera tout l’hiver. Malgré la rigueur de la température et de pauvres moyens matériels, d’important travaux de terrassements et de fortification sont entrepris dans le secteur Mont-Noir, Ravensberg, Mont de Lille, tout le long de la frontière belge. Les plans de feux sont minutieusement étudiés et coordonnés….

 

« L’instruction de la troupe marche de pair avec les travaux. A tour de rôle, chaque bataillon effectue une période d’entraînement près de Béthune, à Choques et au camp d’Enguinegatte (près de Fauquembergues)…

 

« Du 14 au 18 janvier 1940, le régiment est en état d’alerte, puis les travaux reprennent. De temps en temps, un avion ou un groupe de chasseurs dessinent des arabesques dans la stratosphère et c’est tout…

 

«  Le 5 mars, le régiment fait mouvement par camions sur Colembert (canton de Desvres, Pas de Calais), près de Boulogne-sur-Mer…

 

« C’est en gare de Desvres que le 329e s’embarque, le 12 mars pour arriver – à la surprise générale – en gare d’Ermont-Eaubonne, tout près de Paris,  le 13 mars. »

 

Fin de l’extrait de l’historique

 

Note : le 1er mai 1940, le 329e s’embarque pour les Ardennes, à l’ ouest  de Charleville, dans les villages proches de Poix-Terron, où il va être rapidement confronté à la percée allemande du 13 mai à Sedan.

 

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D) La Blitzkrieg ou guerre-éclair : 10 mai – 22 juin 1940 .

 

Pendant ces longs mois d’attente léthargique l’armée française entretenait son moral en chantant « Nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried », ligne de fortifications allemandes, réputées pratiquement infranchissables.

 

 Elle-même retranchée dans les profondeurs des forts de sa ligne Maginot qui s’étendait de la frontière suisse à Montmédy, notre armée se préparait à une guerre défensive de position.  Tout est subordonné à la défense de la ligne Maginot à laquelle l’opinion française vouait une confiance totale.

 

De Montmédy à la Mer du Nord, les fortifications étaient plus sommaires et durant les mois de septembre 1939 à avril 1940, l’armée allait s’efforcer de les compléter par des terrassements défensifs, des postes de tirs et des ouvrages anti-chars. C’est d’ailleurs à ces travaux qu’étaient affectées les troupes cantonnées à Méteren.

 

D1 Quelques considérations générales de stratégie et tactique

 

Les départements du Nord et du Pas-de-Calais vont se trouver très fortement exposés pendant le premier mois de guerre, aussi est-il utile de faire le point sur les stratégies déployées par les armées alliées et leurs adversaires allemands. Pour mieux comprendre aussi pourquoi cette première phase de la guerre s’est terminée dans les Flandres et plus particulièrement dans « la poche de Dunkerque ».

 

Le plan français :

 

L’Etat-Major français privilégiait l’hypothèse d’une attaque allemande majeure par la Belgique, qui serait la répétition de celle de 1914, et avait donc massé ses meilleures troupes le long de la frontière belge faiblement fortifiée. L’attaque allemande pouvait éventuellement englober les  Pays-Bas, faisant fi de la neutralité de ces pays. On n’imaginait pas une attaque frontale de la Ligne Maginot réputée invulnérable.

 

Pour le cas où l’attaque allemande frapperait la Belgique et la Hollande il était prévu que les armées franco-britanniques pénètrent en Belgique pour soutenir les armées belge et néerlandaise. Les troupes franco-britanniques réparties sur la frontière de Dunkerque à Givet iraient alors prendre position sur une ligne Breda – Dyle – Meuse, les mouvements et les parcours à effectuer ayant été minutieusement préparés.

 

Le plan allemand :

 

La  stratégie de la guerre-éclair

Tirant la leçon de la 1ère guerre mondiale, l’ Allemagne veut  absolument éviter une guerre longue. Sa stratégie consistait à vaincre ses adversaires en une série de campagnes de courte durée. Elle s’appuyait sur une nouvelle tactique militaire baptisée "Blitzkrieg" (guerre éclair). Cette tactique consistait en une concentration d'armements offensifs (chars, avions et artillerie) sur un front réduit. Ces forces pratiquaient une brèche dans les défenses opposées, permettant ainsi aux divisions blindées de pénétrer rapidement et de manœuvrer librement derrière les lignes ennemies. La puissance aérienne allemande empêchait l'ennemi de se réapprovisionner ou de redéployer ses forces efficacement, et donc d'envoyer des renforts pour colmater les brèches pratiquées dans le front. Les forces allemandes pouvaient au contraire encercler les troupes ennemies et les contraindre à se rendre.

                                

Carte A

Ci-dessus en 1, le plan allemand Schlieffen, réédition du plan de 1914, en 2, le plan français Dyle-Breda mis en œuvre en mai 1940, et en 3, le plan allemand Manstein, encore appelé « Coup de Faucille », appliqué dès le 10 mai 1940.

Cette carte est extraite de « Le Nord dans la tourmente 1939-1945 » de Myrone N. Cuich, Imprimerie Jean Bernard, 52900 Tourcoing, 1994 (page 43)

L’Allemagne utilisa avec succès la technique de la Blitzkrieg contre la Pologne (attaquée le 1er septembre 1939), le Danemark (le 9 avril 1940), la Norvège (avril 1940), la Belgique (le 10 mai 1940), les Pays-Bas (mai 1940), le Luxembourg (mai 1940), la France (mai 1940), la Yougoslavie (avril 1941) et la Grèce (avril 1941). L'Allemagne ne parvint cependant pas à vaincre la Grande-Bretagne, qui était protégée contre l'offensive terrestre par la Manche et par la Royal Navy.

Le plan Manstein

Du nom du nom du général allemand Von Manstein qui, entre novembre 1939 et janvier 1940, réussit à convaincre Hitler du bien fondé de son plan audacieux. En quoi consistait-il donc ?

Considérant que le point faible du dispositif français se trouvait à la charnière des fortifications lourdes de la ligne Maginot et de la partie mobile des armées alliées, dans la région de Sedan, il fallait  lancer le gros de l’attaque dans cette direction. C’était aller à l’encontre de l’idée que le massif boisé ardennais constituait un obstacle impressionnant pour une armée de chars blindés lancés sur des routes étroites et en lacets avec de rares ponts et un relief tourmenté. Si le corps mécanisé allemand franchissait le massif sans trop de difficulté, il créerait un effet de surprise considérable et prendrait au dépourvu les défenseurs de ce secteur incomplètement fortifié.

La mission de ce corps blindé de rupture consisterait « à forcer le plus rapidement possible le passage de la Meuse entre Dinant et Sedan, puis à pousser avec le maximum de moyens et de vitesse en direction de l’embouchure de la Somme, afin de prendre à revers la zone fortifiée du nord de la France ». Les meilleures divisions françaises et la totalité du corps britannique seraient alors encerclés.

Une offensive allemande de fixation et de diversion, lancée plus au nord, dans la trouée Wavre-Gembloux, viendrait accréditer l’idée d’une réédition de l’offensive  de 1914, entraînant une pénétration des armées franco-britannique dans le piège tendu par Hitler et ses stratèges.

Malheureusement pour les armées alliées ce piège allait fonctionner pleinement.

 

D2 : les forces en présence le 10 mai 1940

 

 

Carte B

Le déploiement des troupes allemandes :

Quand on examine la carte ci-dessus, de même source que la précédente (page 43), on constate que trois  groupes d’armées  allemands se partagent la ligne de front :

Le Groupe d’Armées B (Général von Bock), au nord, fort de 32 divisions, se verra confier l’offensive de fixation et devra occuper rapidement  la Hollande afin d’empêcher la jonction des  forces anglo-belges et hollandaises. Il devra aussi briser les défenses de la frontière belge.

Le Groupe d’Armées A (Général von Rundstdedt), au centre, fort de 49 divisions dont 7 blindées, constitue le fer de lance à qui est confiée l’offensive de rupture du front entre Dinant et Sedan .

Le groupe d’Armées C (Général von Leeb), au sud, avec ses 19 divisions, gardera un front passif entre Luxembourg et Suisse.

Le déploiement des troupes françaises, anglaises et belges :

Le 10 mai 1940 au petit matin, les troupes allemandes attaquent simultanément  la Hollande, la Belgique et le Luxembourg. De violents bombardements aériens,  visant les aérodromes civils et militaires de l’arrière-pays, les dépôts militaires et les carrefours stratégiques , paralysent la circulation des troupes, déjà submergées par des flots de réfugiés qui fuient l’avance allemande.

A 7h30 les avant-gardes françaises entrent en Belgique. L’armée franco-britannique pivote. La charnière est la ville de Givet. Toujours en consultant la carte ci-dessus, on s’aperçoit  que c’est la VIIe Armée française (Général Giraud), à l’aile gauche de la manœuvre, forte de 9 divisions basées entre Dunkerque et la Lys, qui a le parcours le plus long à effectuer . Elle sera malgré tout  dès le 10 au soir aux approches de Bréda . 

A la droite de la VIIe Armée française, le Corps Expéditionnaire Britannique (Lord Gort) composé de neuf divisions, installé entre Armentières et la région lilloise, fait mouvement pour s’établir entre Louvain et Wavre  et renforcer les troupes belges  dont le front s’étend jusqu’à Anvers.

A la droite des Anglais, se positionne la meilleure des armées françaises, la Ière Armée (Général Blanchard), forte de 22 divisions,  qui s’installe en travers de la route classique des invasions, la trouée de Gembloux. C’est à cet endroit que l’Etat-Major français attend les Allemands. On y trouve une division complète pour un front moyen de 5 à 6 km.

Toujours plus à droite du front, la IX e Armée (Général Corap) et ses neuf divisions occupent les bords de Meuse entre Namur et le canal des Ardennes, aux abords de Sedan. Les fronts y sont énormes, 15 à 20 km par division. C’est un secteur supposé rester passif.

La IIe Armée (Général  Huntziger)  fait suite à la IXe . Son front commence au canal des Ardennes (près de Sedan) et s’étend jusqu’à Longuyon . On a coulé beaucoup de béton dans le secteur, surtout du côté de Montmédy où se termine la ligne Maginot, mais très peu du côté de Sedan. Les fortifications n’y sont pas terminées, les blockhaus manquent de portes blindées, de volets de créneaux et sont seulement protégés par des réseaux de barbelés. C’est pourtant là que, contrairement à toutes les prévisions  d’Etat-Major, va se décider le sort de la bataille.

De Longuyon à la Suisse s’alignent encore quatre armées (IIIe,IVe, Ve et VIIIe) soit quarante divisions de valeur et des centaines de chars alors qu’il n’y a en face d’elles qu’une vingtaine de divisions allemandes de second ordre.

D 3 : De Sedan à la baie de la Somme : du 13 au 20 mai 1940.

Evoquons rapidement la chronologie de l’avance fulgurante du Groupe d’Armées A du Général von Rundstedt vers la mer et plus spécialement celle du 19e Corps Blindé commandé par le célèbre Général Guderian. Nous les retrouverons dans notre région une semaine plus tard.

le 13 mai : franchissement de la Meuse en canot pneumatique par les soldats  du régiment Grossdeutschland à Sedan,

le 14 mai : construction de trois ponts de bateaux et franchissement de la Meuse par les chars de la 1ère Pz Div. qui reçoivent ordre de pousser tout droit vers l’ Ouest, de  la 10e Pz Div. qui flanquera le côté gauche de la 1ère Pz et enfin de la 2e Pz Div. sur le flanc droit. Le 14 mai au soir la tête de pont atteint Chèmery à une profondeur de 16 kilomètres, en direction de Vouziers.

Carte C

Cette carte est extraite de « La seconde guerre mondiale », tome 1, page 75, Larousse-Paris Match, Montrouge (Seine) août 1965. Les textes qui l’accompagnent en sont également inspirés.

 

le 15 mai : malgré une contre-attaque française et des affrontements locaux parfois très violents (Stonne, La Horgne) la percée prend de l’ampleur . Le 15 au soir l’avant-garde de Guderian est à 60 km à l’ouest de Sedan.

le 16 mai au matin Guderian est à nouveau sur les routes. La percée est faite. Toute résistance organisée a cessé. Plus rien ne l’arrêtera . Ses trois Pz Div. avancent de concert à grande vitesse, vers l’ouest. Le 17 elles arrivent à Montcornet (Aisne) où elles seront un moment tenues en échec par une unité de chars commandée par le Colonel de Gaulle, le 18 à Saint-Quentin, le 19 à Péronne, le 20 à Amiens, Abbeville et sur les plages de Noyelles-sur-mer, dans la baie de Somme, une semaine seulement  après avoir traversé la Meuse à Sedan !

D 4  Le long du littoral jusqu’à Dunkerque :

Comme on le constate sur la carte D ci-dessous, le 20 mai, les sept divisions blindées (Pz Div.) du Groupement A commandé par le Général Von Rundstedt (19e Corps Blindé Général Guderian, 41e C.B. Général Reinhardt, 39e C.B. Général Hoth) auxquelles se joindront les 21 et 22 mai les deux divisions blindées du 16e C.B. Général Hoeppner, sont occupées à encercler les armées alliées dans les Flandres.


Les trois Pz Div. du 19e C.B., commandé par le général Guderian, que nous avons suivies depuis Sedan se répartissent les rôles en marchant chacune sur un port important de la Manche ou de la Mer du Nord. La 2e Pz se charge de Boulogne où elle arrive le 22 au soir. La ville capitule le 25 après deux jours de résistance.

 

Carte D

Carte est extraite de « La seconde guerre mondiale », tome 1, page 112, Larousse-Paris Match, Montrouge (Seine) août 1965.

 

Calais (24 au 26 mai) – défendue par des éléments franco-britanniques hétéroclites et quarante chars légers rassemblés à la hâte, la cité opposera une résistance farouche à la 10e Pz Div. ennemie, refusant à plusieurs reprises des offres de capitulation. La citadelle, en grande partie détruite par les bombardements, fera l’objet d’un assaut général. Complètement submergée, elle se rend le 26 après-midi. Elle avait pleinement joué son rôle retardateur de l’avancée allemande vers Dunkerque.

 

La 1ère Pz Div. (général Kirchner) à qui a été assignée la prise de Dunkerque,  a atteint Gravelines le 23 au soir. A 16 km, soit à une heure de char de Dunkerque, dernier lien des armées franco-britanniques avec le monde extérieur ! C’est là qu’intervient une curieuse décision d’Hitler et de son Etat-Major. Il faut accorder une journée de repos aux unités blindées qui ne doivent pas dépasser la ligne Lens-Béthune-Aire-Saint-Omer-Gravelines.

Hitler veut-il épargner à l’ Angleterre l’humiliation de capturer son armée afin de pouvoir mieux traiter séparément avec elle par la suite, ou était-ce tout simplement parce que les troupes d’accompagnement ne suivaient pas d’assez près l’avant-garde blindée ? Toujours est-il que Dunkerque sera laissée à l’aviation et que les blindés s’en détourneront pour se consacrer à la deuxième partie de la guerre appelée par les historiens « Bataille de France » mais que nous n’aborderons pas ici.

D 5  L’étau se resserre:

A l’image du 19e Corps Blindé du général Guderian qui suit le littoral, les deux autres Corps du Groupe d’Armées « A »  commandés par le général Von Rundstedt, les 39e (6 et 8e Pz Div.) et 41e  (5 et 7e Pz Div.) s’infiltrent rapidement vers le Nord-Pas-de-Calais (cf cartes C et D).

Les 6e et 8e Pz Div. du 41e Corps contournent Hesdin dans un mouvement vers le nord en direction Saint-Omer, puis au-delà vers Cassel et Hazebrouck. Les 5e et 7e Pz (gén. Rommel) Div. du 39e Corps suivent un itinéraire parallèle dans le couloir d’invasion. Ces deux Pz Div. obliqueront vers Lille après avoir contourné Arras. Elles seront rejointes par les 3e et 4e Pz Div. du 16e Corps qui participeront également aux violents combats de Lille (cf cartes C et D).

Pendant ce temps, le 10 mai, la 7e Armée française était montée jusqu’à Breda, en Hollande où elle était au contact de l’ennemi dès le 11 mai à Bois-le-Duc ; à sa droite les armée belge et britanniques font face le long de la rivière Dyle. Plus à droite encore, la 1ère Armée française tient le secteur Wavre-Gembloux- Namur-Dinant. Des combats retardateurs sont livrés sur ce front du 12 au 14 mai. Des affrontements violents ont lieu les 15 et 16 mai mais les assauts allemands sont contenus à Gembloux.

Compte-tenu des moyens accumulés par les Allemands pour enfoncer ce secteur, le général Billotte, commandant le Groupe d’Armées n°1 (d’ouest en est) VIIe armée, Corps Expéditionnaire britannique, Ière Armée, IXe Armée et IIe Armée, ordonne le repli sur la position Escaut dans la nuit du 16 au 17 mai. Le repli sera achevé le 19.

Mais nous avons vu que dés le 20,  l’encerclement des armées du Nord est devenu réalité, aussi ne peuvent-elles désormais compter que sur elles-mêmes. Elles subissent les premières attaques venant du sud du 20 au 23 (Maubeuge, Le Quesnoy, Bavay, Valenciennes, Bouchain…) puis une offensive dans le secteur de Courtrai où l’ennemi franchit la Lys (24 mai). Le projet de contre-attaque franco-britannique entre Arras et Péronne pour briser l’encerclement et couper l’avant-garde allemande de ses soutiens, doit être abandonné.

Le 25 mai les Groupes d’Armées von Bock, à l’Est et von Rundstedt au sud et à l’ouest, arrivent à pied d’œuvre avec toutes leurs divisions. Sur la face ouest, entre la Bassée et la mer les groupements blindés ont terminé leurs mouvements de grande amplitude. Face au front des canaux déjà entamé dans le secteur anglais vers Hazebrouck, ils se prépare à attaquer à fond. Le commandement anglais prend une grave décision. Il retire ses deux divisions d’attaque ( 5e et 50e) du front de la Haute-Deule pour assurer ses communications vers la mer. En soirée le commandement français prescrit le repli des armées du Nord derrière la ligne Aa – Lys – Canal de dérivation (Gand).

Le 26 mai est le premier jour du repli concerté des armées alliées vers la Lys, sous la pression accrue des forces ennemies. Mais entre le 26 et le 29, une succession d’évènements va rendre la situation très difficile. 

Il y a tout d’abord les changements en cascade intervenus dans le commandement des troupes françaises du Nord à la suite de la mort accidentelle du général Billotte, commandant le groupe d’Armées n°1 qui couvrait le front de Dunkerque à Longwy, décédé le 22 mai des suites d’un accident de voiture survenu le 20 à Locre (B). Nous reviendrons sur cet accident car il impliquait un soldat du 15e R.R.T. cantonné à Méteren.

Le général revenait d’une importante réunion tenue à Ypres entre le généralissime Weygand (F), le général Billotte (F), l’amiral Abrial (F),  Lord Gort   (G.B.) commandant le Corps Exp. Britan.et le  roi Leopold (B). A l’ordre du jour figurait   les directives en vue de préparer une offensive tendant à briser l’encerclement. Aucun compte-rendu n’avait été établi. Il faudra donc un certain temps pour que le général Blanchard, successeur du général Billotte, s’informe de la teneur de ce qui avait été dit lors de la conférence. Un malheureux concours de circonstances a fait perdre 48 heures alors que des décisions s’imposaient dans l’urgence.

Un deuxième coup de théâtre se produit, aux conséquences encore plus graves :  Leopold , roi des Belges demande l’armistice. Les hostilités doivent  cesser le 27 à minuit. Un trou à combler sur le front défensif des alliés.            

Enfin les Britanniques décident de ne pas résister sur la Lys et de se replier sur la ligne Poperinghe – Ypres dans la nuit du 27 au 28 pour protéger leur couloir de repli vers Dunkerque.

D 6 :  Repli général sur Dunkerque :

Carte E

La carte ci-dessus, extraite du livre « Le drame de Dunkerque, Mai-Juin 1940 » Général J. Armengaud, Librairie Plon, Paris,1948, présente l’évolution du front défensif les 28 et 29 mai 1940 et met en évidence les trois itinéraires de repli des troupes françaises qui ont pu échapper à l’encerclement de Lille et des Britanniques qui  refluent.

On constate que la pression ennemie s’exerce sur les trois faces du couloir de retraite, bien que la percée des blindés dans le secteur Cassel – Hazebrouck  n’ait pas été exploitée. La bataille des Flandres n’intéresse plus Hitler et sa pensée est accaparée par la bataille de France, l’après Dunkerque. Les 2e, 9e et 10e Pz Div. sont  retirées du front du Nord pour être dirigées vers la Somme.

L’attaque du Mont des Cats le 28 mai :

C’est sur la face ouest du couloir que persiste le danger immédiat. « Au nord du Mont Cassel, le 19e « Corps Blindé allemand, après avoir refoulé pas à pas les troupes du secteur Fortifié des Flandres et la « droite  anglaise atteint la région au sud de Bergues . En direction des Monts des Flandres, de Bailleul « et  d’Armentières très sévèrement bombardés par avion, le 41e Corps Blindé (Gl Reinhardt), en liaison « à sa  droite avec le 16e Corps Blindé (cf carte D) resserre le contact sur le front tenu par les divisions « britanniques (Wormhout, Steenvoorde, Caestre, Strazeele) et par la 2e Division Légère Mécanique « (DLM) française (Vieux-Berquin, Neuf-Berquin, Estaires). Passant à l’attaque, l’ennemi est presque « partout arrêté, notamment devant la 2e D.L.M. qui tient solidement, avec un vigoureux appui « d’artillerie « la  rue de maisons » reliant Estaires à Vieux-Berquin. Sur son axe d’effort principal, il « parvient à  refouler les Britanniques, atteint Godewaersvelde et attaque le Mont des Cats. Dans ce « secteur délicat, « le Commandement local anglais (Gl Osborne) ne dispose plus de réserves. Le « commandant de la 1ère D.L.M. se tient en liaison avec lui et envoie à temps des escadrons Somua et « Hotchkiss du 4e Cuirassiers et du 18e Dragons. Les chars français contre-attaquent à 15 heures et « rejettent les engins  allemands. La position essentielle des Monts est sauvée, et les communications « vers la mer restent libres.

 

Les trois itinéraires de repli : (carte E)

Les troupes franco-britanniques vont s’y engager le 28 à 23 heures dans des conditions très difficiles, dans une impression de cohue sans désordre, de mélange d’unités au milieu d’un encombrement de véhicules abandonnés, des destructions causées par les bombardements, sur des chaussées étroites. Les automobiles avancent à la vitesse d’un homme à pied.

 

« Deux itinéraires partent de Neuve-Eglise (B) (Nieuwkerque sur la carte), ceux de l’est et du centre.

« Celui de l’ouest, ou de gauche, auquel nous allons nous intéresser, part de Bailleul.

« Sur l’itinéraire de gauche (Corps de Cavalerie), le démarrage est d’organisation plus difficile car les « Divisions Légères Mécaniques (DLM) et l’artillerie sont engagées. Le décrochage est délicat, et par « ailleurs à proximité de l’ennemi pendant le franchissement des Monts (quelques kilomètres à l’ouest) « impose une couverture rapprochée de l’itinéraire. Les Allemands se trouvent au pied du Mont des Cats « et dans la région de Flètre. A 3 km de Bailleul, le village de Méteren est tout près des premières lignes, « et des canons du 329e R.A. (Corps de Cavalerie) y sont installés en antichars………………………………

« Au départ de l’itinéraire de gauche, les unités doivent traverser Bailleul, complètement  bouleversée « dans la journée par les bombardements incessants de l’aviation. Les rues sont coupées en partie par « des entonnoirs qu’avoisinent camions renversés et chevaux morts . Il faut dans l’obscurité déblayer la « route et organiser le passage des voitures qui, une à une contournent obstacles et excavations. Des « unités hippomobiles de C.A. de la colonne du centre, se trompant d’itinéraire, viennent se mêler à la « colonne automobile du Corps de Cavalerie. Des éléments britanniques s’intercalent entre les unités. « Des hommes à pied s’infiltrent le long des voitures qui, serrées sans aucun intervalle, avancent par « saccades. Lorsque le jour se lève, la colonne du corps de Cavalerie s’écoule toujours dans Bailleul à « l’allure d’un homme au pas, tandis que l’ennemi commence à attaquer le Mont des Cats.

« Les chars et l’artillerie du corps de Cavalerie, poussés en avant, s’arrêtent comme prévu sur la « transversale Watou-Poperinghe, et s’y postent pendant l’écoulement des colonnes. La protection des « flancs à hauteur du goulot des Monts est assurée par des unités britanniques qui contiennent la « pression ennemie, face à l’est et face à l’ouest. Le Mont des Cats, violemment attaqué est « vigoureusement défendu…En fin d’après-midi, l’évacuation de la région des Monts est complète ; les arrières gardes du Corps de Cavalerie et le 38e G.R.D.I. se replient à leur tour sur la tête de pont de Dunkerque.

 

La Nationale Lille – Dunkerque n’a donc pas été utilisée pour le repli des troupes dans sa partie comprise entre Bailleul et Dunkerque. Trop exposée aux canons et tanks ennemis sur son flanc gauche, localement occupée par l’ennemi à Caestre, cette route n’offrait pas de garantie suffisante. Méteren  resta donc en dehors du passage de la majeure partie de cette longue cohorte des troupe alliées en retraite, à l’exception de celles en provenance de la vallée de la Lys qui tentaient de passer « par dessus les Monts ».

 

Nous n’aborderons pas les combats de la « poche » de Dunkerque. Ils sont bien connus et ont fait l’objet de nombreuses publications. Rappelons seulement que grâce à cette opération baptisée « Dynamo », qui a été un succès inespéré, on a extrait de la poche vers l’Angleterre, du 27 mai jusqu’au petit matin du 4 juin, 340 000 soldats dont 115 000 Français. La quasi totalité des soldats français valides sera ensuite réembarquée  vers Cherbourg et participera à la bataille de France du 5 au 24 juin 1940.

 

Carte F

Carte tirée du site Internet WORLD WAR II  day by day (site anglais – carte allemande de la situation

 le 29 mai 1940)

Adresse du site : http://www.wwiidaybyday.com

 

Quand on examine cette carte on est quelque peu embarrassé pour déterminer quelle est l’unité allemande qui, la première, a envahi Méteren. Si l’on se réfère au tracé de la frontière proche, on serait tenté d’affirmer qu’il s’agit de la 6e Panzer Division mais pourquoi pas la 29e Division Motorisée. Malgré de nombreuses lectures, nos recherches sont restées vaines à ce jour. Quelqu’un possède-t-il un document, une référence qui le précise ?

 

D 7 :  Pendant ce temps à Méteren…et proches environs :

Premiers bombardements :

 

Le 10 mai 1940,  dès cinq heures du matin, les bombardiers allemands attaquent 72 terrains d’aviation du nord de la France (dont Calais, Boulogne, Saint-Omer, Berck…) et de Belgique et détruisent une grande partie des avions de combat alliés.

Un de ces avions allemands fut touché après avoir survolé en rase-mottes une section anglaise à Merville et il s’écrasa à Borre, près d’Hazebrouck, provoquant une épouvantable tragédie. L’appareil attira en effet un grand nombre de curieux parmi les militaires français et la population locale. Malgré les avertissements (incompris) des survivants de l’équipage, rapidement enfermés dans la mairie, des dizaines de personnes entouraient joyeusement l’épave quand celle-ci a explosé, faisant 65 morts : 45 militaires français, 2 aviateurs allemands et 18 civils, ainsi qu’une quarantaine de blessés.

-cf  www.vieux-merville.com  et  http://fr.wikipedia.org/wiki/Borre

 

Le même jour un premier bombardement  dans le secteur vise et atteint l’usine à gaz de l’entrée de Bailleul (emplacement GDF actuel).

 

Le bombardement du 24 mai 1940 :

 

Les Stukas (avions) allemands bombardaient en piqué, sirène hurlante, ce qui avait un impact psychologique désastreux  sur la population visée. Méteren, à son tour, va subir leur attaque le 24 mai. Ce sont peut-être les grands bâtiments des écoles qui étaient visés. Les dégâts sont importants dans ce secteur.

L’église est touchée du côté de l’autel du Sacré-Cœur, de nombreux vitraux sont brisés et la toiture bien endommagée. A proximité, l’école de garçons, les maisons d’instituteurs, la boucherie Deloux, l’arrière des maisons Fache, tous immeubles situés rue de l’Haeguedorn, l’hospice non loin, ont subi d’importants dommages. Rue de la Fontaine aussi il y eut des dégâts chez Paul (tailleur) et René Brisse (charbons).

 

Le bombardement des  28-29 mai 1940 :

 

Bombardement par avion ou tirs d’artillerie ?

Il semble que Méteren, tout comme Strazeele, ait été la cible des tirs destructeurs de l’artillerie allemande installée probablement au delà de la ligne Strazeele, Caestre,Eecke (recoupements V.B.-A.H. et journal de marche du 18e Dragons à Strazeele le 28 mai). A.H. écrit en outre le 28 mai « il pleut très fort, nous ne voyons pas d’avions ».

Ces tirs provoquent des dégâts importants : trois commerces contigus sont détruits par incendie : au n°65 Rue Nationale, l’épicerie de Jérôme Croës, au n°67, la boulangerie d’André Houvenaghel (à l’emplacement de l’actuelle boulangerie), au n°69 la maison de Noël Cateau, artisan-commerçant. Voir la photo ci-dessous. Des destructions importantes ont touché le Café Le Lion Noir,les toitures des bâtiments de la brasserie De Swarte, l’atelier du tonnelier d’en face, la maison Plouvier, les maisons Smagghe et Houvenaghel sur le contour de l’église, l’ouvroir de Marthe Wyckaert et son habitation, la maison d’Aline Caulier

 

Les ruines des maisons Cateau et Houvenaghel, 67 et 69 rue nationale.

 

 

Victimes civiles et militaires :

 

Victimes civiles :

Des réfugiés, belges notamment, ont été tués sur le territoire de la commune.

Le 24 mai un obus tombé en face de l’épicerie Croës, rue nationale, a tué Monsieur Maximilien, Joseph Bouqueau, 63 ans, domicilié à Vézon, près de Tournai (Belgique).

 

Le 29 mai on déplore 6 morts dont trois réfugiés belges.

Une méterennoise, Florence Decuyper, 83 ans, demeurant Cité Beyheidt, tuée entre le café Vermeulen et la Cité Beyheidt. Probablement au même endroit ont été tués deux enfants de réfugiés bailleulois : Jacqueline Turck, 2 ans, fille de Henri Turck et de Denise Deroo, ainsi que Paul Vlaemynck, 7 ans, fils de Emmanuel Vlaemynck et de Madeleine Deroo

En un endroit non précisé, mais probablement dans le secteur de la Fontaine, un couple belge et sa servante ont été tués le même jour. Il s’agit de Vandenhoudt Théophile, de Van Bael Justine, 36 ans son épouse et de Van Haverbeke  Yvonne, 19 ans, leur servante, tous trois domiciliés à Uccle, Brabant belge.

 

 

 

Victimes militaires :

 

« Un obus tombe au coin de notre rue, près de la route nationale, en face de chez Omer Loridan :un  soldat français est tué, trois blessés. » (V.B. page 6 - 28 mai). Son corps fut enterré sur place. Dans son cahier V.B. y fait allusion le dimanche 21 juillet 1940, en ces termes « Ce matin, à 3 heures, par sa famille et en présence de celle-ci, la mise en bière du soldat Bouillon, tué le 28 mai au coin de cette rue. Le cercueil a ensuite réoccupé la place du corps, en face du monument aux Morts. La famille avait eu beaucoup de peine à obtenir l’autorisation du commandant de la place. »

 

Les soldats anglais avaient été les derniers à défendre Méteren. Ils avaient disposé une batterie antiaérienne autour de l’ église (voir photo).

 

 

Un des canons de la batterie antiaérienne britannique disposée au tour de l’église.

 

 

A la date du 1er juin V.B. mentionne : « Cet après-midi, un corps calciné de soldait anglais qui traînait près d’un camion a été enlevé, sans doute enterrera-t-on en même temps ce qui reste d’un autre carbonisé à son volant ». Il s’agit peut-être de deux des quatre soldats anglais inconnus de 1940 inhumés au cimetière militaire de Méteren.

 

 

Ci-dessus une photo prise du lieudit de l’Haeguedorn en direction du village : « Sur la route de l’Haeguedorn à Méteren, soit sur un kilomètre de parcours, j’ai compté trente quatre camions, autos et charrettes dans les fossés » écrit Andrée d’Hem dans son cahier.

                                                                                  

E) L’occupation allemande du 30 mai 1940 au 6 septembre 1944 :

 

E1 – La situation à Méteren à l’arrivée des allemands :

 

Une partie de la population évacuée :

 

Rappelons que le 20 mai la mairie a encouragé la population à évacuer, compte-tenu de l’avance ultra-rapide des colonnes blindées de l’envahisseur. Une bonne partie de la population, difficilement évaluable, a quitté Méteren, quelquefois pour n’aller pas bien loin, se réfugiant dans les fermes de la campagne proche. D’autres, qui disposaient d’une voiture, ont pris la route en tentant de rejoindre le sud, mais les plus nombreux sont partis à pied, poussant des brouettes ou des voitures d’enfants remplies de bagages ou des vélos chargés de valises. Ils rejoignaient ainsi le flot des réfugiés belges ou de la région lilloise, avançant sans but précis, livrés à toutes les rumeurs répandues sur l’avancée allemande, mais aussi parfois aux mitraillages des avions ennemis.

 

Evacuer à pied

Photo extraite de « Le Nord dans la tourmente 1939-45 » de M.N. Cuich

 

Tous ces efforts furent vains. Nous savons en effet, avec le recul, que le jour où la mairie conseilla à la population de partir, les panzers du général Guderian avaient atteint le littoral de la Manche, près d’Abbeville, et qu’en conséquence la route du sud était coupée.

 

Voici deux exemples méterennois d’évacuation tardive :

 

Les sœurs d’Hem :  Le 20 mai elles partent pour La Motte-au-Bois où elles font étape chez leur frère. Le lendemain 21 au matin elles repartent en direction de Saint-Pol-sur-Ternoise (P de C). Arrivées à Saint-Venant, à quelques km à peine du départ, des officiers français obligent les civils à faire demi-tour dans un embouteillage inimaginable. « Les uns vont, les autres retournent ayant trouvé la route barrée. La plupart du temps, il y a une file d’autos et d’attelages qui vont dans un sens, une autre file qui va dans le sens opposé, et au milieu  de tout cela, des soldats en déroute. On avance de 10 mètres toutes les heures, aussi il est facile aux avions ennemis de bombarder et mitrailler dans cette foule. Beaucoup trouvèrent ainsi la mort sur les routes et furent enterrés ça et là dans les champs, un mouchoir sur la figure… ». Le 22 mai elles sont de retour à la Motte-aux-Bois. Le jeudi 23, la circulation risquant d’être coupée, elles retournent à Méteren où elles trouvent leur maison et la ferme remplies de soldats anglais.

 

Valentine Buttin a consigné les tribulations identiques de « Maria Debruyne partie de Méteren en voiture le 20 après-midi, précédée par la voiture de son cousin, Mr Courdant, qu’accompagnait, Madeleine Marcant, dame de compagnie de Maria. Après s’être trouvée gênée par des mouvements de troupes, et avoir croisé des véhicules anglais abandonnés qui brûlaient, elle est passée à Frévent (P de C) dont la moitié était incendiée. A cet endroit-là ou à quelque distance, elle a dû s’arrêter ; depuis quelques temps elle rencontrait des cadavres de soldats. De 11 heures du soir à 8 heures du matin, le lendemain, elle a vu passer des tanks ennemis qu’elle avait d’abord pris pour des alliés. Elle a alors fait demi-tour, et est rentrée sans rien savoir de Mr Courdant et de Melle Marcant . » Elle était à nouveau chez elle le 21 après-midi.

 

 

 

Evacuer en voiture

Photo extraite de « Le Nord dans la tourmente 1939-45 » de M.N. Cuich

 

Etat général de la commune :

 

La photographie qui suit donne une idée du chaos indescriptible qui régnait dans les rues du village en cette fin du mois de mai 1940 : véhicules civils et militaires sabotés ou non, parfois incendiés, canons, armes et munitions jonchent les trottoirs et la chaussée déjà encombrés par endroit par les ruines des maisons bombardées.

 

Véhicules civils et militaires abandonnés

Photo extraite de « Le Nord dans la tourmente 1939-45 » de M.N. Cuich

 

 

Les personnes qui n’ont pas évacué, les « irréductibles » comme les appelle Cécile Plouvier dans une lettre du 16 septembre 1940 citant le Doyen, les Buttin, les religieuses…, sont privées d’eau potable car les conduites ont été gravement endommagées et d’électricité (depuis le 23).L’absence d’électricité entraîne l’arrêt des informations par la radio à un moment où on en aurait grand besoin. L’eau sera rétablie rapidement semble-t-il, mais pour l’électricité il faudra attendre le 1er septembre (A.H.).

 

Les magasins d’épicerie, le magasin de la brasserie De Swarte sont pillés et vidés de leurs marchandises. Les maisons inoccupées sont-elles aussi dépouillées de tout ce qui est facile à emporter . Heureusement des voisins non évacués et complaisants surveillent parfois les maisons inoccupées, limitant ainsi les préjudices causés.

Pendant ce temps des flots de réfugiés, belges en majorité, mais aussi français, rentrent chez eux, mêlés aux colonnes de soldats français en retraite, puis à partir du 30, aux troupes allemandes d’invasion . Celles-ci les bloquent et les parquent quand ils gênent leur progression. C’était le début de l’occupation. Il faudrait désormais se plier aux règles édictées par le vainqueur.

 

 

 

E 2 -  Premières réquisitions:

 

La première préoccupation des Allemands fut le logement des officiers et de la troupe. Ils occupent systématiquement les maisons et bâtiments vides mais cela ne suffit pas.

 

« Dès le 31 mai  à midi, diverses personnes ont été invitées à quitter leur maison dans un délai de 30 minutes : Mme P. Bertheloot, tonnellerie,  en face de la brasserie, 78 rue nationale, Emile Huchette, retraité, 59 rue nationale, Melle Maria Debruyne, 1 rue de la Fontaine ; les dames de l’école libre ont eu 8 minutes… » (V.B.)

 

« Les occupants logent tous au village, dans des lits, chez l’habitant. A la campagne il n’y a pas de soldats . Ils sont assez corrects, très disciplinés. Très peu nourris, ils achètent beaucoup. » (A.D.)

 

Les maisons sont rendues à leur propriétaires dès le 3 juin (V.B.)

 

Des cantonnements de troupes sont ensuite annoncés le 4 juillet, sans précision de durée, le 18 juillet, puis du 29 août au 2 septembre.

 

L’armée allemande, occupée à la fois à terminer la bataille de France et à préparer l’invasion de l’Angleterre (opération Seelöwe ou Otarie) ne quadrille encore que faiblement le territoire occupé. Ce n’est semble-t-il qu’à partir de la mi-octobre que l’occupation du village deviendra quasi permanente.

 

E 3 -  Les longues cohortes de prisonniers de guerre :

 

Les troupes françaises encerclées dans Dunkerque qui n’avaient pu être évacuées, ou que l’on avait sacrifiées pour protéger l’évacuation des autres, de même que celles qui n’avaient pu rallier la poche de Dunkerque, sont prisonnières de l’armée allemande. Rappelons que Dunkerque a capitulé le 4 juin au soir. On estime généralement à 34 000 hommes le nombre des soldats capturés dans la « poche ».

 

Les Allemands complètement débordés par le nombre de prisonniers, il y en a 1 800 000 au total  fin juin 1940, décident avant leur envoi en Allemagne, de les parquer dans des « Frontstalags », camps de transit improvisés dans des stades, des églises, des casernes, des usines. Il y eut un frontstalag à Hazebrouck (le n°100 au Petit Séminaire et au collège St Jacques), à Cambrai (le n°101) deux à Lille (n°102 et 186), à Tourcoing (n°185)…

La plupart des prisonniers des frontstalags ont été utilisés pour la récupération du matériel militaire abandonné par les troupes alliées ainsi qu’à la remise en état des installations de gaz, d’électricité et d’eau.

 

A Méteren les premiers passages de prisonniers sont signalés par V.B. le dimanche 9 juin à l’Haeghedorn, venant pour la plupart de Dunkerque, via Hazebrouck. Ils couvrent à pied de longues étapes de 30 à 40 km par jour, les plus forts soutenant ceux qui ne peuvent plus avancer. Le mois de juin 1940 fut très chaud et les prisonniers qui souffraient de la soif étaient ravitaillés en eau (et en vivres) par la population civile quand les sentinelles qui les accompagnaient voulaient bien se montrer compatissantes, ce qui était loin d’être le cas pour toutes.

Le lendemain 10 juin, des soldats qui étaient cantonnés à Méteren avant la retraite sur Dunkerque, ont pu faire prévenir les demoiselles Buttin qu’ils passeraient dans dix minutes à l’Haeghedorn. Celles-ci se précipitèrent pour leur apporter des victuailles et purent échanger quelques rapides paroles avec eux.

Le 15 juin, c’est au tour du Colonel Ployaert, du Lieutenant Petit et d’autres officiers et soldats du 15e Régiments de Travailleurs, de passer prisonniers au même endroit.

 

Tous ces prisonniers, après avoir marché souvent jusqu’à la frontière allemande, sont transportés dans des camps allemands, des « stalags », pour les hommes de troupe et les sous-officiers. Ils y seront affectés à des kommandos de travail dans des usines, des fermes, des mines, des carrières…Les officiers, qui ne sont pas soumis à l’obligation de travail, sont répartis dans des « oflags ».

 

Colonne de prisonniers français en route vers les camps

encadrés par des soldats- cyclistes allemands.

Photo extraite de « Le Nord dans la tourmente 1939-45 » de M.N. Cuich

 

 

E 4 -  Une mort qui aurait pu être évitée :

 

Nous sommes le 2 juillet 1940 après-midi.  Sur la place du village, Germain Plancke, qui a ramené des mines, au moyen d’un équipage de fortune, un chariot de charbon, vient de terminer de le vendre au  sac. Au prix de 38 francs les 100 kg précise V.B.

 

Tout à coup un coup de fusil claque, une fillette s’écroule, le visage à moitié emporté par la balle, morte sur le coup.

 

Depuis le13 juin les Allemands avaient exigé que les armes, les munitions et tout le matériel militaire divers abandonné dans le village soit trié pour le lendemain et regroupé sur la place du village. Le 29 juin ce travail avait été continué par des prisonniers français venus chercher les engins et munitions abandonnés près de l’église. Il subsistait sur la place un tas de fusils récupérés dont personne n’avait eu l’idée ou l’autorisation de les sécuriser en vérifiant qu’ils n’étaient plus chargés. Les conditions d’un horrible drame étaient réunies.

 

Des jeunes garçons d’une dizaine d’années jouaient sur la place et eurent la malheureuse idée de manipuler les fusils et de viser des personnes. Lucien C., pupille de l’Assistance Publique, comme on disait alors, en pension dans un foyer méterennois, mit en joue la jeune Andrée Hénuset, 9 ans ; le coup fatal partit et la fillette s’écroula. Elle était la fille unique d’Arille Hénuset, platrier, et de Marie Debruyne, demeurant Rue des Quatre Fils Aymon dont on imagine la détresse.

 

Nous consacrons un article plus long à cette tragédie au chapitre III « Mémoire des évènements » §12 : « Andrée, jeune victime civile de la guerre »

 

E 5 -  Premières conséquences de l’occupation :

 

Le rationnement des denrées :

 

Pour nourrir la troupe, mais aussi pour expédier en Allemagne, l’occupant prélève lourdement sur les productions françaises, notamment de céréales, de pommes de terre, de viande de boucherie. On recense le bétail dans les fermes, le nombre de vaches laitières en particulier, afin de cerner au plus près la production de lait et de beurre, chaque cultivateur devant livrer au centre de ramassage 240 grammes de beurre par jour et par vache donnant du lait, sous peine d’une amende de 100 francs par kilo manquant.

 

Progressivement la pénurie s’installe et début 1941 c’est l’institution de cartes de rationnement. Le lait, le pain à raison de 300 gr par jour, le beurre, la viande (60 gr), le sucre, l’huile, les pâtes, tout est strictement rationné, du moins en ville. A la campagne on arrive à améliorer les quantités distribuées. Le café « national » (orge grillée) remplace le café « colonial ». Les vêtements, les chaussures, les pneus de vélo, se délivrent parcimonieusement moyennant tickets.

 

 

 

Carte de ravitaillement (recto) de Mademoiselle Marie-Thérèse Deloux

Collection Daniel Fache

 

Carte de ravitaillement (verso) au nom de Mademoiselle Marie-Thérèse Deloux

Collection Daniel Fache

Le tabac était rationné, bien sûr, et attribué sur carte spéciale tous les dix jours (décade).

 

 

Carte  de tabac recto-verso au nom de HELE Bertin valable seulement dans le débit de tabac tenu à l’époque par Denis Colaert (Collection Daniel Fache)

 

 

 

Restrictions à la liberté de circuler entre les différentes zones.

 

Après l’armistice du 25 juin 1940, la France reçut une administration militaire. La France était divisée en deux parties, l’une appelée « Zone occupée » (voir carte) comprenant 46 des départements. L’autre partie, au sud,, appelée « Zone libre » ou zone non occupée par l’ennemi, dirigée par le gouvernement de Vichy.

La zone occupée, comprenant les départements du Nord et du Pas-de-Calais, était rattachée au commandement militaire de Bruxelles. Le 7 juillet 1940, le Nord et le Pas-de-Calais devenaient « zone interdite », avec une ligne de démarcation sur la Somme. Le premier effet de ce bouclage fut l’interdiction du retour des réfugiés. Le trafic avec la zone libre fut interrompu, les liaisons téléphoniques coupées, le courrier contrôlé et contingenté par la mise en place de « cartes de correspondance inter-zones »…

 

 

L’autorité allemande délivrait des laisser-passer au compte-gouttes. Mais des astuces permettaient de franchir la ligne de démarcation (complicité de cheminots, pots de vin aux gardes allemands, transports agricoles, faux convois funèbres !!!

 

 

Deux exemples de la vie méterennoise pour illustrer le caractère non étanche de la ligne de démarcation :

Marie-Thérèse D’Hem (la sœur d’Andrée qui a tenu le cahier journalier cité plus haut) part en cure à Châtel-Guyon dans le Puy-de-Dôme, le 9 mai 1940, la veille de l’attaque allemande contre la Belgique, la Hollande et le Luxembourg. Elle est bien sûr retenue sur place par les évènements et se retrouve donc de fait en zone libre. Le 29 septembre, elle rentre à Méteren. Malheureusement sa sœur ne nous dit pas au prix de quelles astuces elle a pu franchir les deux lignes de démarcation entre France libre et France occupée d’une part et à l’intérieur de la France occupée, la ligne de la Somme, d’autre part.

Valentine Buttin nous en signale un autre le 15 septembre 1940 : « Louis Baillon (boucher) est rentré hier pendant l’enterrement de Firmin Van Egroo. Il a laissé dans l’Aisne trois enfants ; les deux autres ont passé la Somme avec leurs parents, comme s’ils avaient été des gens habitant la région, et ce sont des personnes de l’endroit qui ont passé leurs bagages. »

 

Sur la  Route nationale :

 

  En pleine préparation du débarquement allemand en Angleterre, tout est mis en œuvre pour faciliter l’acheminement des troupes et du matériel lourd vers la Mer du Nord et la Manche. La Route nationale Lille-Dunkerque constitue un élément important du dispositif.

Dès la fin du mois de juin un second pont a été construit sur la Lys à Pont de Nieppe, en remplacement de l’ancien qui avait sauté en mai. Les travaux ont été menés avec une rare vélocité (V.B.).

Le 20 septembre 1940, tous les carrefours de Méteren reçoivent de nouveaux panneaux indicateurs, certains en caractères gothiques, tendant à réglementer la circulation.

 

 

La Route nationale est interdite aux véhicules civils à moteur, mais l’interdiction n’est pas strictement appliquée. Il est vrai que l’espoir d’envahir l’Angleterre s’amenuise et est plusieurs fois reporté. Les Allemands finiront par y renoncer devant les difficultés accumulées.

 

                            Sur la Place de Lille

Photo extraite de « Le Nord dans la tourmente 1939-45 » de M.N. Cuich

 

 

 

 

Le drapeau nazi flotte sur Méteren :

 

 

Image:Flag of Germany 1933.svg (La croix gammée ou svastika, symbole aux multiples significations ; en Chine, porteur de richesse et de longévité, au Viet-Nam, croix porte-bonheur, au Japon protégeait les samouraïs de leurs ennemis, en Inde signifie de bon augure. Ce symbole a été emprunté par les nazis lors de la montée au pouvoir d’Hitler) Un symbole désormais honni en Europe.

 

 

Ce fait n’a pas échappé à V.B. qui nous le signale le 18 octobre 1940. « Pour la première fois, un drapeau ennemi flotte dans le village ; il est hissé sur une perche, devant le poste de commandement, installé dans la maison inoccupée du directeur de l’école de garçons

 

 

 

E 6 -  Incidents et évènements survenus sous l’occupation :

 

Les fils téléphoniques coupés :

 

Le 14 septembre 1940, des fils téléphoniques auraient été coupés sur le territoire de la commune. On pense qu’en réalité ils ont été cassés par une tempête (V.B.).

Fin octobre les hommes du village doivent prendre la garde le long des lignes (V.B.).

Le 29 novembre trois méterennois , René Jourdin, Louis Heyman et le fils Vangrevelinge ont été arrêtés et conduits à la gendarmerie de Bailleul, au motif que le fil téléphonique le long de la Route nationale avait été coupé trois nuits de suite.  On ne sait pas ce qu’ils sont devenus et on ignore s’ils sont à Lille ou à Dunkerque. Circonstance aggravante : le fil a encore été coupé la nuit suivante. Mrs Degrendel et Gilloën, adjoints au Maire, tentent une démarche le 1er décembre, mais sans espoir (V.B.)

A la date du samedi 14 décembre, les cahiers de V.B. et d’ A.D. signalent tous deux que les fils ont été à nouveau coupés en trois endroits la nuit précédente. Les Allemands prennent des mesures de représailles : tous les hommes du village, de 18 à 60 ans, doivent monter la garde à raison d’un homme tous les cent mètres le jour, et tous les cinquante mètres la nuit. En faisant six heures de garde par 24 heures, chaque homme  reprendra la garde après 18 heures de pause. Il devient difficile de travailler dans ces conditions.

Mais à partir du 21 décembre un léger adoucissement est apporté aux mesures de représailles : il y aura un homme tous les 700 mètres le jour, placé de telle façon que deux voisins puissent se voir ; la nuit, tous les 300 mètres, placés de manière à s’entendre. En cas de nouvelle incartade, reprise automatique et immédiate des mesures répressives.

La veille de Noël, grande joie dans le village : les trois prisonniers sont revenus. Ils ont passé un mois de captivité à Hazebrouck avec des détenus de droit commun.

 

Cécile D’Hem-Ammeux avait du caractère :

 

Le 16 novembre 1940, première friction entre la population civile et ses hôtes obligés : une fermière de la route des Quatre Fils Aymon, Madame Cécile D’Hem-Ammeux, dont le mari Emile D’Hem était alors prisonnier en Allemagne, a lancé à un soldat allemand, au cours d’une altercation, l’épithète éminemment malsonnante de « sale boche » ! (soulignons au passage le style agréable et riche de V.B. qui relate les faits).

Elle a été emmenée au bureau de Méteren d’abord, puis à la kommandatur d’Hazebrouck. Elle était de retour en fin d’après-midi, eu égard à ses tout petits enfants. Elle a été condamnée à cinq jours de prison, peine remplacée par une amende de 500 francs.

 

Le cyclone du 14 novembre 1940 :

 

Dans la nuit du 13 au 14 novembre, une tempête, véritable petit cyclone, s’est abattue sur la région causant des dégâts considérables, d’autant plus mal venus que la plupart des maisons endommagées par les bombardements du mois de mai avaient été réparées récemment. De nombreux arbres ont été déracinés, quelques maisons ébranlées en mai se sont effondrées. Toutes les toitures ont été touchées.

L’église a une fois de plus souffert, des carreaux ont cédé sous la pression du vent et la toiture a subi d’importants dégâts.

 

 

Hitler visite la région :

 

Dès le 1er juin 1940, Hitler se pose à Bruxelles et se rend sur les théâtres d’opérations de 1914-1918 qui lui sont familiers, à Courtrai, Menin, Ypres, Langemark (mémorial allemand), Poelkapelle, Kemmel, Messines et Comines (Belgique).

Il passe la nuit à Lille et le lendemain il emmène son escorte  par Pont-à-Marcq, Avelin, Seclin, Carvin et Lens vers les hauts-lieux de Vimy, Souchez et Lorette où il explique à son entourage les combats de 1914-1918.

Il revient le 26 juin, débarque à l’aérodrome de Lille-Lesqin et de là en voiture il retrouve les lieux des combats de 1915 à 1918 : Fromelles, Wavrin, Fournes-en-Weppe, puis continue par Messines (B) à nouveau, Poperinghe et Dunkerque.

 

Il est à nouveau sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais le 23 décembre 1940 pour inspecter les ouvrages défensifs.

(Extrait de « Le Nord dans la tourmente 1939-1945 » de Myrone Cuich déjà cité)

 

 

Explosion du dépôt de munitions de la Rue du Sud à Bailleul :

 

Le 1er avril 1941 (ce n’est pas un poisson !) vers midi, une très forte explosion est perçue à Méteren. C’est un dépôt de munitions aménagé dans la ferme Jourdain située dans l’ancienne rue du Sud (actuelle Rue Philippe Van Thiegem) à Bailleul qui vient de sauter à la suite d’une maladresse des soldats affectés à sa garde. Les soldats responsables de l’explosion ont été emmenés par d’autres, menottés, baïonnette au canon au commandement militaire pour y être jugés. L’autorité allemande a présenté ses excuses à la population par voie d’affiche en l’invitant à garder son calme, les gens du quartier ayant malmené quelques militaires. On déplore en effet de nombreux dégâts matériels et quelques blessés légers. Un soldat allemand a été tué.

 

L’occupant étend son emprise sur le village :

 

Le 2 octobre 1941, veille de la rentrée des classes, les autorités occupantes ont réquisitionné le reste des bâtiments des écoles communales, dont ils occupaient déjà une partie. Il a fallu s’organiser hâtivement pour que tout soit prêt pour le lendemain matin.

On a installé les filles, peu nombreuses, dans la bibliothèque paroissiale, les petits garçons dans l’école dentellière rendue libre, et les grands dans la salle du haut de la mairie (V.B.)

On devra se passer de cour de récréation. Ils resteront dans ces bâtiments jusqu’à la libération du village en septembre 1944. L’école des filles brûlera au moment de leur départ et l’école de garçons sera gravement endommagée.

 

Les agriculteurs sous surveillance :  

 

La pression exercée par l’occupant sur les agriculteurs pour les obliger à livrer le maximum de leurs productions en blé, beurre et viande, se fait de plus en plus répressive. On perquisitionne les fermes et on sanctionne pour l’exemple, mais comme souvent dans ce cas, les exemples sont mal choisis. Deux cultivateurs méterennois vont en faire la triste expérience. Ils seront enfermés en camp de rétention et il faudra la ferme intervention du maire-adjoint pour les faire libérer :

« Le 26 mai 1942 P.P. est parti pour Doullens encadré par les gendarmes. Son crime : père de trois enfants, ayant tous les jours huit personnes à table, il a été trouvé, il y a trois mois, possesseur de 300 kg de farine. Les cultivateurs et leurs ouvriers peuvent, et doivent, travailler comme des nègres pour nourrir la population, mais doivent se contenter du ravitaillement général et ne rien distraire de leurs récoltes, pas même pour leur propre usage. P.P. est pourtant l’un des plus honnêtes ; la veille il a encore distribué gratuitement en tartines, deux pains aux ravitailleurs de passage ».

……………………………………………………………………………………………………………

« Hier soir, 6 juin, P.P. est rentré chez lui grâce, sans doute, à l’intervention de Mr Degrendel, adjoint faisant fonction de maire, près du Préfet, à qui il aurait dit que cette mesure ne s’appelait pas faire un exemple, mais un scandale » (V.B.).

 

De la même source (V.B.) le vendredi 29 juin 1942, « hier c’est R.J. qui est parti à Doullens. Du blé qu’il avait imprudemment confié à un tiers a été saisi en cours de route, il y a six mois. L’amende a été payée, il y a de beaux jours, mais… rien n’y fait. La stupéfaction et la rancœur sont grandes dans le village. Il y a des trafiquants, c’est certain, et leurs noms sont assez connus, mais ceux-là n’ont rien à craindre, c’est aux seules honnêtes gens qu’on en veut ».

 

Le martyre de la ville d’Hazebrouck :

 

La gare d’Hazebrouck draine en permanence du matériel militaire en direction du littoral et à ce titre elle constitue un objectif militaire de premier plan pour les bombardiers alliés. Le drame c’est que ces bombardements sont effectués à haute altitude et que souvent la cible visée n’est pas touchée, causant la mort de civils innocents et des dégâts importants dans la ville. Tel est le cas dans la nuit du 12 au 13 avril 1942. On relèvera 18 morts et une trentaine de blessés. (V.B. et A.D.).

Dans la nuit du 28 au 29 juin 1942, nouveau bombardement du quartier de la gare où l’on compte 15 morts civils (V.B. et A.D.).

A la date du 5 septembre 1943 A.D. nous signale qu’un bombardement de la gare d’Hazebrouck a eu lieu le vendredi précédent, c’est à dire le 3 septembre 1943. Elle n’en donne pas le bilan, elle se contente d’un commentaire désabusé, signe de la lassitude et de l’impuissance des civils « Hazebrouck a eu leur visite qui laissera bien des souvenirs dans la région de la gare ». Ce raid est sans doute lié à l’approvisionnement en matériaux de construction pour une rampe de lancement de « bombes volantes » de type V 1 dans le Bois des Huit Rues en forêt domaniale de Nieppe.

Enfin les 22 et 23 juillet 1944 une nouvelle visite des bombardiers alliés causera beaucoup de dégâts matériels. On comptera  surtout 43 morts. Circonstance navrante, le cimetière a été pitoyablement retourné par les bombes (A.D.)

 

Le site de lancement de bombes volantes de type V 1 en forêt de Nieppe :

 

Les vestiges de cette installation allemande de lancement de V 1 ont été mis en valeur par un « sentier de mémoire » aboutissement d’un partenariat entre diverses collectivités publiques dont entre autres les communes de Morbecque et Wallon-Cappel, la Coupole d’Helfaut et l’O.N.F.

Des panneaux expliquent la fonction de chaque abri dans le dispositif de lancement construit durant le second semestre de l’année 1943. Le parcours du sentier permet de remarquer l’aspect bouleversé du sous-bois qui porte encore la trace des nombreux bombardements menés par l’aviation alliée, des raids aériens très importants qui empêchèrent la mise en service du site.

 

   

Bombe volante V1 sur sa base de lancement puis en vol

Les premières lancées ne prenaient pas forcément la direction voulue et échappaient parfois à tout contrôle

 

Ces bombardements puissants, tout comme ceux d’Hazebrouck, étaient perceptibles depuis Méteren dont ils inquiétaient la population.

Nos chroniqueuses, les sœurs D’Hem, étaient tout particulièrement inquiètes de l’implantation de ces rampes car un de leur frère, Jean, était agriculteur en lisière de la Forêt de Nieppe. Le 28 juillet 1944, au plus fort d’un bombardement au phosphore, les bâtiments annexes de la ferme ont été détruits (grange, hangar et étable, prés labourés par les bombes) et leurs occupants réfugiés dans un abri ont bien cru mourir dans ce pilonnage systématique effrayant.

 

 Un site Internet permet de visiter le Sentier de Mémoire du Bois des Huit Rues à l’adresse suivante :

http://www.sitesv1du-nord-de-la-france.com/boisdeshuitrues.htm

 

 

E 7 -  : L’entraide envers les prisonniers de guerre :

 

Dans chaque village se créent des comités d’entraide aux prisonniers de guerre. Celui de Méteren est présidé par Emile D’Hem, ancien prisonnier, libéré le 9 mars 1941.

La commune de Méteren devait compter environ 110 prisonniers. Le fichier de l’association d’Anciens Combattants contient 94fiches, mais tous les anciens P.G. n’adhéraient pas à l’association, des familles n’avaient pas fait inscrire leurs prisonniers auprès du comité local et certains prisonniers n’avaient pas de famille.

Pour venir en aide aux prisonniers, par l’envoi de colis notamment, le comité organise des représentations théâtrales interprétées par des jeunes gens du village, des concours de boules, des matches de football, des ventes aux enchères…

Deux représentations théâtrales ont lieu les 12 et 19 juillet 1942 à la salle d’œuvres, juste avant que celle-ci ne soit réquisitionnée le 3 août 1942, pour en faire un Foyer du Soldat (Soldateheim)

Dans les écoles aussi on confectionne des colis destinés aux pères des élèves qui sont prisonniers. Les filles tricotent chandails, passe-montagne, cache-nez, gants…

 

 

A l’occasion d’un match de football organisé au bénéfice de prisonniers de guerre de Méteren

Collection Daniel Fache

 

Au premier rang de gauche à droite : Elie Béhaegel (béret), Jean Huyghe, Louis Loridan, André Houvenaghel, André Fache (le père de Daniel), Albert Boidin

Debout et derrière, Joseph Lamps (moustache) Paul Dehongher, Elie Salomez, Pierre Devos, Raymond Bailleul, Jérôme Westrelin, André De Swarte (chapeau), Louis Deutsch, André Cappoen, Jules Orbie, Maurice Gombert et Paul Deschilder

 

 

 

Le 7 mai 1944 elles ont préparé et servi un repas offert aux femmes de prisonniers

Collection Daniel Fache

De gauche à droite : Marie Vangrevelinge, Alice Loridan, Thérèse Baillon, Andréa Decoster,

une personnre portant lunettes dont nous ne connaissons pas le nom, Marie Wouts, Marthe Wyckaert et Germaine Kiecken.

 

 

Correspondances et colis adressés aux prisonniers :

 

Les correspondances :

Elles ne pouvaient s’échanger qu’en utilisant des cartes-lettres pré-formatées et imprimées à l’adresse du camp, en réponse à une carte reçue du prisonnier, du modèle ci-dessous, et selon une périodicité également réglementée : le prisonnier pouvait expédier deux cartes et deux lettres par mois.

 

 

 

Lettre à un prisonnier de guerre du Stalag 1B en mars 1942

La lettre est ici pliée en trois, prête pour l’expédition. Ci-dessous une autre, en format déplié.

 

Lettre préformatée envoyée par un prisonnier (grand format à ne pas dépasser)

 

Les colis :

Les prisonniers pouvaient recevoir deux colis par mois pour lesquels il leur était distribué deux étiquettes-adresses spéciales. La composition des colis correspondait à des normes précises (longueur, largeur et hauteur maximales) fixées par les autorités d’occupation et un colis ne devait pas dépasser 3 kilos. Mais des associations d’entraide, la Croix-Rouge se faisaient remettre directement des étiquettes par l’occupant.

 

 

F) La Libération de Méteren – 6 septembre 1944 :

 

 

 

Nous sommes passés un peu rapidement sur les quatre années d’occupation pour n’en retenir que ce qui a concerné plus particulièrement la commune. Peut-être reviendrons-nous ultérieurement sur certains aspects non traités.

Lorsque l’on aborde l’histoire relativement récente du village, il est bon de prendre un peu de temps pour confronter les récits que nous proposons avec les nombreux témoins vivants de cette période de la guerre 1939-1945. Toute remarque sera bienvenue, de même que toute information non traitée ou complémentaire d’un sujet déjà abordé.

 

F-1 : En attendant la Libération :

 

Intensification des opérations aériennes :

Alors que le débarquement approchait, les Alliés avaient décidé de paralyser l’armée allemande en France. Pour cela ils intensifièrent dès le début de l’année 1944 les destructions des communications , principalement des voies ferrées, des gares de triage, des ponts et des nœuds routiers, sans toutefois s’en tenir à la zone de débarquement prévue, pour ne pas donner aux stratèges allemands une indication sur le futur lieu de débarquement.

 

Dans le Nord-Pas-de-Calais les centres ferroviaires furent particulièrement visés : les Ateliers d’Hellemmes, la Délivrance à Lomme, Armentières, Hazebrouck, Saint-Omer, Calais, Boulogne et Amiens.

 

Parallèlement les routes devinrent dangereuses, tout véhicule, même civil, pouvait faire l’objet d’un mitraillage meurtrier.

 

Derniers évènements dans le Nord :

 

Le massacre d’Ascq :

 

 Dans la nuit du 1er au 2 avril, à Ascq, près de Lille, un sabotage est commis sur la voie au passage d’un train de soldats. Un wagon est renversé, mais il n’y a pas de victime, rien que des dégâts matériels.

Le train transportait 600 hommes du bataillon blindé de reconnaissance de la  12ème Division S.S. Hitlerjugend, 60 blindés et véhicules divers.

Le lieutenant qui commande le détachement ordonne à ses hommes de fouiller toutes les maisons du village pour retrouver les « terroristes ». Les Waffen S.S., par petits groupes, envahissent la bourgade, enfoncent les portes des maisons et font sortir tous les hommes pour les regrouper au poste d’aiguillage. Ils seront tous massacrés. On dénombrera 86 morts le lendemain matin.

Ce massacre a eu un retentissement considérable partout en France. Il connaîtra un épilogue judiciaire en 1949. Le verdict fut à la mesure des crimes commis mais il fit l’objet d’aménagements.

 

 

 

 

Voir les sites ci-après (parmi de nombreux autres) :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/massacre_d’ascq

 

http://asso.nordnet.fr/shvam/memorial_ascq_1944.htm

                                   
              
www.villeneuvedascq.fr/ascq/index.htm

 

 

 

Dimanche 9 avril, Pâques 1944 :bombardement de la région lilloise.

 

La stratégie militaire fait parfois le malheur de la population civile. Cette fois, outre le fait que la date fut particulièrement mal choisie, le bilan fut désastreux.

 

« Dans la nuit de Pâques 1944, les alliés ont bombardé la banlieue lilloise pendant une heure. Le journal annonce 486 victimes tuées, mais en réalité il y en aurait plus de mille. Les gens sont affolés. Des bombes sont tombées en quantité sur les quartiers ouvriers et, notamment sur les cités de cheminots. Beaucoup de familles sont sans abri et quittent la région ».(A.D.)

 

Voir le récit détaillé de ce dramatique bombardement sur le site suivant :

 

http://home.nordnet.fr/~jpcatteau/LommeBg/Paques1944/Bombardement.htm

 

La place Trocmet à Lomme

 

Les postes de radio, les métaux non-ferreux, les piquets anti-planeurs :

 

Vers le 20 avril, «chaque habitant des arrondissements de Dunkerque et Hazebrouck est invité à livrer son poste de radio (on disait alors T.S.F.) en état de marche. Les uns ont obéi, une centaine à Méteren, d’autres l’ont caché du mieux possible. De toute façon les nouvelles ne nous arrivent plus aussi facilement et c’est une grande privation pour la population continuellement à l’écoute » (A.D.)

 

« En même temps, chaque famille a reçu un billet lui signifiant d’avoir à livrer une certaine quantité de cuivre, pouvant être remplacée par du plomb, bronze, étain ou nickel. Cette quantité est calculée d’après le loyer matriciel figurant au cadastre. Nous devons livrer cinq kilos cent. A la ferme, huit kilos. L’insuffisance de livraison sera remplacée par une équivalence en espèces se montant à 90 francs  par hectogramme manquant ; ce qui nous ferait une jolie somme ! » (A.D.)

 

Piquets anti-planeurs :

« Le 23 avril il est affiché en mairie qu’il faut procéder à l’abattage de tous les arbres pouvant servir de poteaux de quatre mètres de long et de 15 à 20 centimètres de diamètre, y compris les arbres se trouvant le long des routes et les poteaux d’houblonnières…Cet abattage sera effectué par les habitants de 14 à 60 ans, (même les femmes) et à raison de trois arbres par habitant et par jour. C’est formidable…Attendons pour voir la suite…(A.D.)

……… …………………………………………………………………………………………………….

 « Après l’ordonnance du 23 avril, beaucoup d’arbres ont été abattus, non par chaque habitant comme il était spécifié, mais par les fermiers chez qui sont les arbres. Les gros arbres sont restés ainsi que ceux dont les propriétaires ont fait la sourde oreille. Les houblonnières ont pu être sauvées, et on n’a pas touché aux arbres le long des routes. Tous les poteaux fournis par la commune ont dû être amenés à Cassel par les fermiers.Ainsi la besogne fut partagée, les uns abattirent les arbres, les autres firent le trajet. Pendant quelques jours, on vit passer le matin, puis repasser le soir, des files de chariots. Certains venaient de Steenwerck, ce qui leur faisait une trentaine de kilomètres. »

« Et voilà que le 1er mai, il faut creuser des trous pour y mettre des poteaux venant de la forêt de Nieppe. Ont été requis pour cela, les cantonniers, garde-fils, ouvriers de la brasserie, en somme tous ceux que n’a pas atteint l’abattage des arbres. Ces trous de 1,50 m de profondeur se font tous les cinquante mètres sous la surveillance allemande. Il semble que l’occupant fait une ceinture autour du village. »

« Des travaux identiques, mais beaucoup plus importants se font dans la région côtière, même les femmes doivent y aller… » (A.D.)

 

 

F-2 : 6 juin 1944, débarquement allié en Normandie :

 

Juste avant :

 

Depuis la mi-mai, « les bombardements des gares sont continuels et efficaces. Les trains ne circulent presque plus, les colis ne partent plus »

Les mitraillages s’intensifient. Sur la route d’Hazebrouck, à deux ou trois kilomètres de Méteren, un camion de bouteilles vides de la brasserie du Coq Hardi à Lille qui venait de la direction de Strazeele et transportait plusieurs personnes a été mitraillé le 2 juin 1944. On releva cinq morts. Nous connaissons l’identité de trois d’entre eux qui ont fait l’objet d’une transcription de décès à la mairie de Méteren, il s’agit de :

Merainy Georges, garçon brasseur à Lille, de nationalité française.

Lepla Henri, chauffeur à Lille, de nationalité belge.

D’Haene Julien, menuisier à Ypres, de nationalité belge.

 

Le lieu du mitraillage est situé à la limite des communes de Méteren et Merris. Les trois personnes dénommées ci-dessus sont mortes sur le territoire de Méteren. Les deux autres sont décédées à quelques mètres mais sur Merris. Ces deux personnes ne sont pas pour l’instant formellement identifiées. Peut-être ont-elles été évacuées vers un hôpital de la région avant d’y mourir.

 

 

 

Le débarquement :

 

Le jour le plus long.

 

 

Pendant la nuit du 5 au 6 juin se déroulèrent, dans l’arrière pays côtier, d’importantes opérations aéroportées destinées à baliser le terrain, à s’emparer de ponts par surprise ou à retirer des champs les pieux que les Allemands avaient installés, pour permettre l’atterrissage des nombreux planeurs engagés.

 

On assistait à la plus grande opération combinée de tous les temps. L’objectif était d’enfoncer le « mur de l’Atlantique », de débarquer une armée qui irait combattre jusqu’en Allemagne.

 

De nombreux films ont popularisé cette énorme fresque historique :

 

Le Jour le plus Long de Darryl  Zanuck,

 

Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg,

 

Band of brothers (Frères d’armes) de Steven Spielberg et de Tom Hanks……et beaucoup d’autres.

 

Nous vous recommandons de les voir ou revoir, car il s’agit d’un moment essentiel de l’histoire de notre pays et d’une première étape vers la fin de la guerre, « mais cette déferlante ne balaya pas pour autant les armées allemandes. Il fallut dix mois de rudes combats et de lourds sacrifices avant que ne tombent Berlin et le régime nazi. » (D.Day-Le débarquement en Normandie.1994).

 

 

F-3 : du 6 juin au 6 septembre 1944 à Méteren et ailleurs :

 

Toute la région vit dans la hantise des bombardements mal contrôlés.

 

 Le 12 juin Merville subit un raid aérien très meurtrier en raison semble-t-il d’une erreur de cible. On releva 56 morts.

Le 22 juin c’est au tour d’Armentières de subir un déluge de bombes, le 23 c’est Hazebrouck.

 

Le 24, Bailleul reçoit plusieurs bombes dans le quartier le gare. Une famille méterennoise est tragiquement endeuillée. En effet une des bombes a détruit la maison du Docteur Henri Plouvier et de Marie Chauvière, son épouse, ensevelissant Dominique, le premier enfant du couple, âgé de quelques mois,  ainsi que la jeune fille préposée à sa garde, Yvonne Lehelle, fille unique d’une mère deux fois veuve, demeurant à St Jans Cappel. Ce très jeune enfant eût été le frère aîné de Madame Béatrice Descamps-Plouvier, sénatrice et maire de Méteren, sixième d’une fratrie de huit enfants.

 

Le 20 juillet, la nouvelle de l’attentat fomenté par une douzaine d’officiers supérieurs contre Hitler laisse planer un espoir de paix plus rapide. L’annonce de son échec et de l’implacable répression qui a suivi, anéantit rapidement tout espoir. Hitler s’en tire avec une légère brûlure au visage.

 

Le 15 août, les alliés débarquent en Provence.

 

A la même date les alliés s’extirpent définitivement du bocage normand et de Bretagne. Les opérations s’accélèrent. Les Allemands refluent . Le 29, l’Aisne est atteinte à Soissons. Dieppe, Amiens, Abbeville, Lens, Namur sont libérés le 2 septembre, Bruxelles le 3, Anvers le 4.

 

A Méteren, les mitraillages de routes sont journaliers. Du 30 août au 1er septembre, les avions s’y reprendront à 5 ou 6 fois. Des camionneurs, étrangers au village, sont tués ou blessés.

 

Le 1er septembre, les soldats allemands présents au village depuis quelques jours reçoivent l’ordre de partir. Pour cela ils réquisitionnent des chevaux et trois conducteurs. Les familles sont inquiètes en raison des risques de mitraillages. Ils sont en outre partis sans papiers, sans vêtements pour la nuit, sans provisions. Trois cultivateurs ont ainsi dû prendre la direction de la Belgique avec des bagages qu’ils ont  chargés au petit matin, les prenant sur des chariots venant de Roquetoire (P. de C.), lesquels s’en sont retournés chez eux. Heureusement ne sont allés que jusqu’à Messines.(V.B.)

 

Le même jour, à huit heures (il semble que se soit 8 h. du soir cf V.B.) les Allemands annoncent qu’ils vont faire sauter des munitions à l’école de garçons dans une demi-heure et qu’il est recommandé d’ouvrir portes et fenêtres. Les voisins de l’école partent à la campagne dans l’affolement, d’autres se dirigent vers leur abri. En réalité les deux explosions n’eurent rien d’extraordinaire : une partie de l’école de garçons s’écroula et quelques maisons d’en face furent légèrement endommagées.

 

Dans la cour de l’école communale de filles, les soldats alimentèrent un énorme brasier dans lequel ils brûlèrent papiers, bottes, motos, échelles, lits de camp, et parfois des cartouches et des grenades. Puis l’école fut incendiée, heureusement il n’y avait pas de vent. De l’école il ne restera que des pans de murs calcinés. Les étincelles volèrent très haut, tard dans la nuit, le tout ponctué d’explosions plus ou moins fortes.

 

Le 1er septembre, les soldats allemands font le vide par le feu

 

 

 

 

 

 

 

 

1er septembre, l’école  communale des filles flambe

 

 

Le 4 septembre arrivée de troupes et d’états-majors allemands dans le village. Il semblerait qu’il y avait ce jour là deux états-majors différents dans le bourg:

 

- l’un qui était arrivé vers 21 h à la tête de son unité, probablement un régiment, installé dans la maison bourgeoise de Maria Debruyne, Rue de la Fontaine, et dont les camions étaient hébergés dans les locaux de la brasserie De Swarte et la cuisine roulante mise en service dans la cour.

 

-l’autre, est arrivé un peu plus tard, vers 23 heures. Il était constitué d’une convoi de voitures camouflées sous des branchages dont une superbe Mercédès aux sièges de cuir rouge dont sortit un général. Les autres voitures contenaient une trentaine d’officiers de la Wehrmacht, de la Kriegsmarine et de la Lutwaffe. Ils firent déguerpir de la brasserie soldats, cuisine roulante et camions et investirent les lieux. Ils prièrent également la famille de quitter les lieux. Madame De Swarte demanda au général si son exil et celui de ses enfants allait durer longtemps. La réponse du général qui parlait un français très pur prouva qu’il avait de l’humour : « Certainement pas, Madame, les circonstances font qu’actuellement nous ne demeurons jamais longtemps nulle part. » (Témoignage de Francis De Swarte)

 

-Il y avait aussi un central téléphonique installé dans la salle de lavage des fûts de bière. J’ai le souvenir d’appels vers Boulogne répétés plusieurs fois et qui ne répondait sans doute plus, et vers Calais et Saint-Omer. Ma mère qui avait pu rentrer dans la maison pour chercher des couvertures avait vu de grandes cartes étalées sur la table à rallonges du salon . Tout cela ressemblait fort à un état-major interarmes chargé de coordonner la retraite des troupes allemandes et qui rendait compte directement à Berlin.(Témoignage de F. De S.)

Cet état-major n’a  pu être identifié à ce jour.

 

Le 5 septembre un jeune lorrain et son camarade, incorporés de force dans l’armée allemande, qui avaient faussé compagnie à leur régiment, se font reprendre à Méteren après une brève fusillade, en tentant de voler une moto. L’un est tué dans l’accrochage, l’autre, le jeune lorrain, sera jugé immédiatement et fusillé en début de matinée. Voir le chapitre III-11 consacré à cet événement.

 

« Ce même matin les soldats allemands et les états-majors sont partis de bonne heure en emmenant encore quelques attelages, fuyant devant l’avance rapide des alliés. Dans la nuit du 5 au 6 des troupes allemandes en retraite ont traversé le village, venant de l’ Haeghedoorn et se dirigeant vers la Belgique par la Rue de la Fontaine dans un grand fracas de tanks et de canons. »

 

« Le mercredi 6 septembre au matin ce fut le calme absolu. C’est désormais l’attente dans un certain climat d’anxiété.

Puis brusquement vers 11 heures 30 on entendit des cris. Les Anglais sont là !  En deux secondes, tous les gens furent dans la rue. »

 

« Une colonne de tanks (polonais, nous l’avons su le soir) venant de Flêtre par des petits chemins arrivait au Lieudit Le Tilleul, descendait vers les Quatre Fils Aymon, puis tournait en face vers La Fontaine ». Pierre D’Hem qui avait aperçu les tanks du champ où il travaillait venait prévenir ses sœurs au village.(A.D.).

 

Cette colonne d’engins militaires composée de chars lourds Sherman et de véhicules divers,  prenait ensuite la route du Schaexen et «  se dirigeait vers le Mont Noir, rejointe par des véhicules venant du Mont des Cats. C’était la 10e Brigade de cavalerie blindée de la 1ère Division blindée Polonaise qui s’apprêtait à entrer en Belgique. »

 (cf page 15 de La libération de Bailleul par le Centre d’Histoire et d’Archéologie de Bailleul, imprimerie de l’Indicateur, Hazebrouck, 3e trimestre 2004)

 

Char lourd Sherman type M4

 

Heure par heure :

Il semble donc qu’il n’y ait pas eu de passage de chars lourds dans le village même, la brigade polonaise le contournant par l’ouest, puis se dirigeant vers le nord-est, entre 10 h 30 et 11 h 30.

 

On peut encore déduire du témoignage écrit d’Andrée D’Hem, qu’un peu avant midi, il y a d’abord eu passage à toute vitesse d’un motocycliste  allié se dirigeant vers Bailleul, puis la confirmation du passage des blindés entre Méteren et le Mont des Cats. Le motocycliste, probablement en reconnaissance pour le compte de la brigade polonaise, est repassé vers 12 h 30 au milieu des acclamations des villageois, faisant un signe amical de la main, mais sans s’arrêter.

 

Les premières « chenillettes » devant le café-épiceriue des sœurs Boddaert

 

Les premières « chenillettes » devant le café-épiceriue des sœurs Boddaert (autre photo)

 

A 14 heures arrivent de Bailleul six « chenillettes » de reconnaissance de type Brenn-Carrier. La première s’arrête devant le café-épicerie des demoiselles Boddaert, rue nationale, la dernière, devant le magasin « Les Coopérateurs » plus souvent appelé la « Coop », tenu par Marthe Delmotte. « C’est un enthousiasme indescriptible. Les Anglais (cf renvoi 1 ci-dessous) sont entourés par une vraie foule qui les embrasse, leur donne des fleurs, leur verse à boire.  Ensuite les chenillettes se dirigent vers l’ Haeghedoorn en recevant au vol des bouquets qu’on leur jette »

 

 

« Entre-temps on a vu arriver un groupe d’hommes à pied. Ce sont quelques allemands faits prisonniers par les F.F.I. locaux. Ceux-ci ont en tout une mitraillette et quelques grenades échappées de l’explosion de vendredi dernier. » (A.D.).Voir le renvoi 2 ci-dessous.

 

Les paroissiens se sont ensuite retrouvés à l’église pour un « magnificat » chanté avec une ferveur toute particulière, empreinte d’un immense soulagement. La foule s’écoule ensuite dans les rues et les chenillettes repassent en direction de  la brasserie et s’arrêtent devant la maison de nos narratrices, les sœurs D’Hem. « Ils sont de nouveau fêtés, embrassés, on leur présente des bébés…et des bouteilles sorties de leurs cachettes ! Les chenillettes sont envahies par les enfants et les jeunes filles. Ils sont une vingtaine sur chaque voiture. Les soldats offrent des cigarettes et voilà que complaisants, ils mettent en route leurs véhicules et vont faire un petit tour avec leurs gaies passagères. C’est du délire, il est environ 15 h 30. Les Anglais font signe de descendre des voitures, puis après un virage savant, disparaissent sous les cris d’un triple Hourrah ! » (A.D.)

 

 

Les chenillettes reviennent d’une reconnaissance à l’Haeghedoorn, à l’arrière plan l’école de garçons qui a bien souffert

 

« Pendant ce temps le drapeau a été hissé à l’église et les cloches ont sonné, bien pauvrement, car il n’y a pas d’électricité. Mais la foule ne se disperse pas ; elle s’est portée au coin du magasin Béhague. » car les F.F.I. recherchent les femmes qui ont fréquenté les soldats allemands, afin de leur tondre les cheveux .Ils en trouvent deux qui subiront cette humiliation publique, mais d’autres y échapperont, les F.F.I. reculant devant les menaces dont ils sont l’objet.

C’est ensuite au tour de quatre personnes soupçonnées d’avoir fait du trafic (« marché noir ») d’être interpellées, mais pour être relâchées le soir même. (A.D.)

« En somme, cette journée qui avait si bien commencé se termine sinistrement », telle fut la conclusion tirée par Andrée D’Hem dans son cahier.

C’était suffisamment d’émotions pour cette journée. Le lendemain 7 septembre il pleuvait à seaux, on fut bien obligé de rester chez soi, les manifestations prévues n’eurent pas lieu, les F.F.I. ne bougèrent plus.

 

Renvoi 1 :  Il semble que le groupe de six chenillettes qui est arrivé vers 14 heures devant le café-épicerie Boddaert pourrait appartenir au 6e Bataillon Royal Welch Fusiliers qui est entré le premier à Bailleul.

En effet la chenillette de tête qui portait le n° 251297 a été photographiée successivement du côté de Steenwerck d’abord, puis dans la montée de la rue de Lille à Bailleul.

-Voir en haut de la page 24 de La libération de Bailleul par le Centre d’Histoire et d’Archéologie de Bailleul, imprimerie de l’Indicateur, Hazebrouck, 3e trimestre 2004

-et page n° 97 du cahier d’histoire de Bailleul n°8 de 2005

 

 

Renvoi 2 : les prisonniers allemands emmenés sur la Place par les FFI étaient en réalité six soldats d’origine italienne qui avaient déserté la veille d’une unité allemande stationnée dans la ferme Comyn. Ils s’étaient cachés dans une meule de blé de la ferme Comyn où travaillait et était logé Denis Deldycke, 14 ans ; Ce dernier remplissait des sacs d’engrais avec Jean Comyn , quand Robert Delaere, un maçon qui avait  longtemps travaillé à la ferme, arriva accompagné d’un déserteur italien et en confia la garde au jeune Deldycke qui devait trembler car l’Italien lui offrit une cigarette et lui dit « Toi pas peur ». Les autres prenaient leur paquetage dans la grange. Les six italiens sont donc partis pour le village, encadrés et sous la menace de grenades dont ils avaient expliqué le fonctionnement.

Témoignage de Jean Comyn du 7 février 2007 qui conclue par ces mots : on s’aperçoit que l’histoire est très loin du vécu des habitants.

 

 

Quelques photos du 6 septembre 1944 :

 

 

 

On accroche des bouquets aux engins blindés

 

 

 

 

 

 

 

Une des six chenillettes du premier convoi libérateur, rue nationale, devant le magasin des Coopérateurs

 

 

 

Ils ont pris le temps de descendre de leurs engins pour une pose photo

 

 

 

Jeunes méterennoises volontaires pour une promenade en chenillette

 

 

 

 

 

 

 

Autres jeunes méterennoises prêtes pour la ballade

 

 

 

Les libérateurs posent devant le Monument aux Morts

 

 

F-4 : Après le 6 septembre 1944 :

 

Tous les hommes partis avec leurs chevaux sont revenus le 9 septembre. Ils ont conduit les troupes allemandes jusqu’à Anvers où elles ont été faites prisonnières. Des chevaux ont été tués en route par la mitraille dont 2 à G. Herreman, 2 à J. Vanrenterghem, 1 à Kesteman, 1 à Deweppe et 1 à Jourdin .

 

La guerre se déplace vers l’est, seule la poche de Dunkerque, où sont encerclés de nombreux soldats allemands, résistera jusqu’à la signature de la paix, le 8 mai 1945.

 

Il reste à attendre le retour des prisonniers dont certains seront restés cinq ans derrière les barbelés des camps.

 

Le 19 août 1945 , retour du dernier prisonnier méterennois :

 

Cette fois c’est Melle Buttin qui reprend la plume pour nous relater cet événement heureux.

« La belle, la bonne journée !!! Cet après-midi le Comité des Prisonniers de guerre devait se dissoudre, après remise du carnet de pécule aux derniers rentrés, et leur passer la main pour la constitution d’un nouveau Comité. Et voilà qu’à 10 heures un télégramme annonce l’arrivée, le jour même, du dernier prisonnier, Roger Bécuwe. Aussitôt les organisateurs décident de retarder de deux heures la réunion projetée et d’aller en cortège recevoir à l’entrée du village,leur camarade qu’une auto y amènera ; ils réunissent à la hâte quelques musiciens pour rehausser la cérémonie. »

« Par ailleurs, Mr le doyen, qui a permis de faire sonner les cloches, traîne les Vêpres en longueur et retarde le salut d’une demi-heure. Mais nul n’avait pu être prévenu et c’est tout juste si le contour de l’église a pu pavoiser. Au son des cloches et de la musique, chacun s’est demandé ce qu’il y avait, et on a vu les gens accourir, émus aux larmes, rejoindre à l’église le cortège. Beaucoup de femmes étaient en cheveux, n’ayant pas eu le temps de réfléchir ; il a fallu saisir la minute au vol. Mais que c’était émouvant !

« Pour Méteren, c’est aujourd’hui qu’on a vraiment fêté la victoire. Avec moins de préparatifs, moins d’apparat, sans doute, mais avec quel cœur ! Ils sont tous là, ceux qui ont si longtemps captivé nos meilleures pensées. »(V.B.)

Ce chapitre clôture le « Cahier de Valentine » qui nous est si précieux.

 

 

 

 

Association des Anciens Combattants et Prisonniers de Guerre (A.C.P.G.) de Méteren.

 

Ci-dessous une photo de groupe de l’association des A.C.P.G prise en 1948 ou 1949 devant le « Café de la Nouvelle Forge », tenu par Auguste LoridanWouts.

 

 

 

 

 

Au 1er rang : DETURCK Albert, DELFLY Paul, LAUWERIE César, président de section, GOMBERT Alfred (père de Lucien), GOMBERT Lucien, HERREMAN Georges, maire, M. de VILLELUME, président d’arrondissement, STORME  Albert, président d’honneur, ORBIE Jules, DESWARTE Jean, BECUWE Roger.

 

2ème rang : COMYN Gustave, SCHRYVE Emile, VITSE Pierre, GRUSON Bertin, BECUWE André, porte-drapeau, D’HEM Emile, BECUWE Georges, MEERLYNCK Louis, FACON Gratien, PILET André.

 

3ème rang :  PLOUVIER Albert, D’HOUNDT André, POLLEY Jules, DUBORPER Eugène, DUBORPER Marcel, LORIDAN Auguste, GOMBERT Maurice, DUBORPER Henri, PROVO Joseph, DESWARTE Michel.