|
I –
4 : HAMEAUX et LIEUX-DITS
Comme dans la quasi totalité
de la Flandre occidentale, l’habitat est très dispersé. La région est humide
et l’eau omniprésente a facilité cette dispersion. L’alimentation des puits
n’a semble-t-il jamais posé problème dans le passé car l’eau, arrêtée par une
épaisse couche d’argiles tertiaires, ne s’infiltre guère en profondeur.
La commune compte de nombreux
hameaux et lieux-dits habités aux noms flamands évocateurs.
Il y a ceux dont le nom est difficile à
traduire fidèlement, comme Gauweloosenhoeck, Lourdenhoeck, Rockelooshille,
-et ceux dont le sens est
resté relativement clair : l’Haege Doorne (la haie d’épines), aux
orthographes multiples), de Zaacht Leven (la vie douce), Hoogenacker (les
hauts champs)…
D’autres ont été traduits en français, probablement
entre 1850 et 1900, si l’on s’en réfère aux cartes de cette période, sous la
pression grandissante du voisinage de la frontière linguistique. On dit
depuis plus volontiers : les Sept Ormes plutôt que Zeve Olmen, les
Quatre Fils Aymon plutôt que Vier Ayms, le Tilleul plutôt que de Linden et Courte Croix pour
Korte Cruyce
L’ Abbé Béhague a longuement
exploré la signification de ces noms de hameaux et y a consacré une dizaine
de pages (88 à 97). A la page 208 de son livre sur lequel nous reviendrons
plus loin, César Lauwerie en a dressé la liste en donnant leur traduction.
Mais on a assisté à un retournement
de situation dû au renouveau de l’identité flamande et l’on a vu refleurir
de nombreuses plaques de rues en flamand dans les villages du Cœur de
Flandre.
Les vieux noms flamands des
lieux-dits sont, comme souvent ailleurs, inspirés par les particularités du
sol et de la végétation, la situation géographique, l’histoire, les légendes,
les noms de propriétaires…
Les particularités du sol et la géographie se retrouvent
dans :
-Hoogenaker (Les hauts
Champs),
-la Rouckelooshille (la
colline : hille) sur laquelle nous reviendrons,
-la Bergstraete (Rue du
Mont…des Cats)
-la Dwerstraete (rue
traversière) qui va de Flêtre à Berthen à travers le territoire de
Méteren…

La végétation a
beaucoup influencé les appellations de lieux :
-Nooteboom :
le noyer,
-Linde : le tilleul,
-Plaeneboom : le
platane,
-Zeven olmen : les Sept Ormes…
-Haegedoorn
(orthographes variées): la haie
d’aubépine,
-Queck ou Kwecstraete :
rue des cognassiers,
On retrouve des souvenirs
historiques à travers :
-La St Omaers Straete, ou rue
de Saint-Omer, ville jadis centre de la vie sociale autour de l’Abbaye
Saint-Bertin.
-La Curegoedstraete, au cœur
du village, qui semblait mener aux biens communaux (Keure, la charte et
probablement la propriété des biens en découlant), et qui a ensuite longtemps
mené aux « Jardins Ouvriers »
-Sans omettre un nom bien
français (l’exception qui …) la Voie Romaine !!!

Des noms de propriétaires
anciens s’affichent également sur les panneaux :
-non loin du village, tels
Berthelot et Beun, passés à la postérité depuis plusieurs siècles peut-être
et qui ont donné les Berthelotstraete et Beuns straete,
Des noms de lieux-dits qui nous
interpellent.
Régulièrement
des articles de la presse locale sont consacrés à des lieux-dits méterennois
à l’origine et à la signification mystérieuses. Ces endroits sont regroupés
autour des routes menant au Mont des Cats. Nous pensons bien entendu au Goddeloozenhoeck, à la
Rockelooshille, au Lourdenhoek, auxquels nous associerons, dans le même
secteur, deux appellations déjà francisées, La Besace (Boozatie) et les Quatre Fils Aymon (Vier
Ayms).
Sur les pas des
protestants du XVIe siècle
Nous avons vu (II-5 Du XVIe à
la Révolution) qu’il a existé à Méteren une communauté protestante organisée,
dont certains membres étaient des notabilités.
Cette communauté, réfugiée au Mont des
Cats pendant la période des troubles religieux (1560-1570), recevait des
subsides et des armes de l’Angleterre. Mais ses membres se livrèrent à de
nombreuses exactions dont le saccage de la nouvelle église de Méteren le 15
août 1566.
Ces protestants, qu’on appelait
« les Gueux », se tenaient à proximité du Mont des Cats et il
semble que leur présence en ces lieux soit à l’origine de deux noms de
lieux-dits :
La Besace (autrefois
« Boozatie ») :
Portée par les Gueux au cours de leurs
errances forcées, la besace, espèce de havresac passé autour du cou, était un de leurs trois emblèmes avec
l’écuelle en bois et les deux mains jointes.

On retrouvera le nom de la ferme de la
Besace à de nombreuses reprises dans les communiqués militaires d’avril-mai
1918. Le lieudit se trouvait alors en pleine ligne de front.
Le
Goddeloozenhouck :
-anciennement Gauweloosenhoeck- que l’on traduit généralement
par le quartier (houck ou hoeck) des Impies, de God, Dieu et de
loos, sans, privé de…
Il s’agirait donc là-aussi d’un
souvenir de cette douloureuse période des guerres de religion où les
protestants étaient paradoxalement considérés comme impies , athées, incroyants.
Les Quatre Fils Aymon ou « quand la légende s’en
mêle ! »
Bien des hypothèses ont été échafaudées quant à l’origine
ancienne du nom de ce lieudit qui figurait déjà aux «terriers » de 1632
et 1715 sous sa forme flamande « De Vierheems » (sous-entendu
« Kinderen – enfants de..), les Quatre Fils Aymon.
L’origine de ce nom remonte à une légende de l’époque
carolingienne, dont nous publions ci-après une des versions les plus
répandues et qui met en scène les exploits de Renaud, Allard, Richard et
Guichard, les quatre fils du Duc Aymon, poursuivis par les hommes de
l’Empereur Charlemagne dont ils ont tué le neveu.
L’abbé Béhague s’en tient à cette origine littéraire, « souvenir évident
de la chanson de geste du moyen-âge, partout répandue, et connue dans nos
campagnes par l’adaptation qu’en a faite la Bibliothèque bleue ».
Il ajoute « Nous soulignons avec
plaisir que dans des temps déjà anciens, il s’est rencontré des lettrés à
Méteren ».
* La Bibliothèque bleue était une collection de livres de
culture populaire diffusée par les colporteurs durant les
XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.

Dans le cadre de sa rubrique
dominicale « D’où ça vient ? » la Voix du Nord des
31/08 et 01/09/2003 a attiré l’attention de ses lecteurs sur les fresques du Café à l’enseigne des
Quatre Fils Aymon, au centre du village. S’interrogeant à son tour sur le
rapport pouvant exister entre Méteren et les Quatre Fils Aymon, le journal
cite la version des propriétaires du
débit de boissons selon laquelle il existait au lieudit même, route du Mont des
Cats, un café qui portait le nom des Quatre Fils Aymon. Celui-ci aurait été
tenu par des Ardennais qui lui auraient donné le nom des quatre personnages
de légende, en hommage à leur région d’origine.
En guise de réplique le même
journal publiait une semaine plus tard (07 et 08/09/2003) un article
très documenté inspiré
par les précisions apportées par M. Bernard
Houvenaghel, directeur d’école à Saint-Sylvestre-Cappel. Nous en
reprenons ci-après l’essentiel de la teneur.
« Le toponyme est attesté de
façon irréfutable sur Méteren par un document d’archives (Arch. Dép. du Nord
à Lille, série B, relief de fief) du 22 août 1632 qui le mentionne à
plusieurs reprises sous la forme flamande : De Vierheems, c’est à dire
les quatre Heems, sous-entendu enfants. »
« Quant à l’origine du toponyme,
je pense qu’il est difficile d’être affirmatif, mais l’explication selon
laquelle des tenanciers du café auraient voulu, à une époque indéterminée,
rappeler une légende de leur région natale est sujette à caution ».
« Il y a, peut-être une
explication plus prosaïque. La chanson de geste, Les Quatre Fils Aymon, alias
Renaud de Montauban, datée selon les médiévistes, de 1180 environ, diffusée
par les trouvères pour les provinces septentrionales et par les troubadours
pour les pays de langue d’oc, jouissait d’une grande notoriété dans la
société féodale. Il est tout à fait possible qu’un noble local ayant assisté
à une de ces prestations à l’occasion d’un tournoi ou d’une expédition
militaire (*)
et admiratif de l’épopée ait décidé de
la rappeler en baptisant une partie du terroir du nom de ses héros favoris.
Bien entendu, en l’absence de documents précis, ceci reste du domaine de la
conjecture, mais rien n’interdit de rêver… »
Références citées par M.
Houvenaghel :
Le Woordenboek der toponyme de Karel
de Flou (Gand 1920-Bruges 1938) mentionne à plusieurs reprises ce toponyme,
mais uniquement pour des communes belges :
-Ettelberg
cité en 1555 ;
-Bruges cité
en 1494.
Il est intéressant de noter que,
très souvent, il s’agit du nom d’une auberge. Il est, d’autre part, possible
que la forme Heems (d’ailleurs attestée également par De Flou en 1494 :
Bruges, « De vier Heems kinderen ») soit, en fait, la forme
flamande de Aymon.
*Selon Malbrancq (De Morinis III
230), Josse de Méteren participa, à la suite du comte de Flandre Bauduin, à
la quatrième croisade, en 1204.
La légende des Quatre Fils Aymon

Namur :Version moderne du Cheval Bayard emportant
les Quatre Fils Aymon
http://photos.de.belgique.over-blog.com/photo-25296-cheval-bayard-_jpg.html

LES QUATRE FILS AYMON
L'histoire des quatre fils Aymon est basée sur un roman
de chevalerie datant des XIIème et XIIIème siècles, mieux connu sous le nom
de "Renaud de Montauban". Cette chanson de geste de
dix huit mille vers fait partie d'une suite de romans francs qui tirent leur
substance de l'histoire des mérovingiens et des carolingiens. Ils étaient
écrits par des trouvères pendant que les jongleurs et les ménestrels,
accompagnés au luth, les récitaient. Cette œuvre reste un des romans de
chevalerie les plus passionnants même si parfois on en a tiré des versions
mutilées, destinées aux enfants, notamment sous forme de B.D.
Renaud,
Allard, Richard et Guichard sont les quatre fils du duc
Aymon de Dordogne. Ils font partie de la cour de Charlemagne. Leur
vie est une succession de tournois, de festins et de plaisirs. Mais à la
suite d’une discussion qui survint au cours d’une partie d’échecs, Renaud
blesse mortellement Bertolais, le neveu de Charlemagne, ce qui
l’oblige à quitter la cour avec ses frères pour fuir la colère de l’empereur.
La machine infernale de la vengeance se met en route sur le mode héroïque de
la démesure.
Chevauchant le cheval Bayard, doté d’une intelligence
humaine et d’une force surnaturelle, les quatre frères s’enfuient dans la
lointaine forêt d’Ardenne.
Avec l’aide de leur cousin l’enchanteur Maugis, ils
bâtissent un château sur un roc dominant la vallée où coule la Meuse, le
château de Montessor, plus tard désigné sous le nom Château- Regnault, dont une commune
ardennaise porte toujours le nom. Mais
bientôt Charlemagne connaît leur retraite et, avec une troupe importante, il
fait le siège du château. Les quatre fils Aymon résistent longtemps mais
trahis par le traître Ganelon, (le beau-frère de Charlemagne) ils doivent
fuir à nouveau. D’un seul bond le cheval magique Bayard leur fait franchir la
Meuse et ils se réfugient à nouveau en forêt d’Ardenne où ils se cacheront
sept ans durant.

Le rocher dit des Quatre Fils Aymon à Bogny-sur-Meuse
(08), un promontoire surmonté de quatre pointes de quartzite . Au sommet de
l’une d’elles on peut admirer une sculpture monumentale d’Albert Poncin
(1932) représentant les quatre frères et le cheval Bayard

Après ces sept années passées, lassés de mener cette
vie de souffrance, ils reviennent dans la demeure familiale en Dordogne où
leur mère leur donne l’argent nécessaire pour résister à l’empereur. Ils
arrivent en Gascogne, aident le roi Yvon à se débarrasser des
Sarrazins. Grâce à leur vaillance, le roi Yvon est victorieux et pour les
récompenser il leur donne le château de Montauban. Renaud
épouse Claire, la sœur du roi Yvon, dont il aura deux enfants mâles.
Mais Charlemagne découvre la retraite des frères et
somme le roi Yvon de les lui remettre sous peine d’être assiégé. Un premier
assaut est donné contre Montauban auquel participe le brave Roland, le neveu
de l’empereur. La bravoure de Roland va alors se mesurer à celle de Renaud,
mais l’affrontement est sans issue, les deux hommes sont de même valeur et
les combattants se dispersent.
Puis c’est le piège de Vaucouleurs. Persuadés qu’ils
vont faire la paix avec Charlemagne, les quatre fils Aymon s’y rendent, sans
armes, sans escorte et sont encerclés. Ils se défendent vaillamment mais ne
doivent d’avoir la vie sauve que grâce
à l’aide de leur cousin Maugis, le magicien. Richard, le plus jeune frère de
Renaud, est ensuite fait prisonnier et délivré in extremis par Renaud, au
moment d’être pendu. Ce rendez-vous qui faillit leur être fatal eut lieu au
château de Gombervaux, près de Vaucouleurs, dans les Vosges qui s’appelle
encore aujourd’hui le château des Quatre Fils Aymon.
Par la suite, Maugis, voyant que la lutte s’éternise, a
la sagesse de se faire ermite pour que la paix soit possible. Charlemagne
finit par céder sous la pression des pairs. Renaud lui livre le cheval Bayard
et part en pèlerinage à Jérusalem avec Maugis pour obtenir le pardon de leurs
fautes. Charlemagne fait précipiter Bayard dans la Meuse, une meule de moulin
au cou, mais le cheval réussit à s’échapper et la légende dit qu’il erre
encore dans la forêt d’Ardenne où, tous les ans, il hennit le 21 juin.
De retour à Montauban, Renaud apprend le décès de son
épouse, confie ses enfants à Charlemagne, quitte le château et se fait
engager comme maçon sur le chantier de construction de la cathédrale de
Cologne. Jalousé, il est assassiné par ses compagnons et jeté dans le Rhin.
Son corps miraculeusement préservé, il est vénéré comme un saint-martyr.
Renaud de Montauban est désormais appelé Saint Renaud, fêté le 7 janvier.
Le texte de la légende et les illustrations ont été en grande
partie repris sur l’excellent site Internet de la commune ardennaise de
Bogny-sur-Meuse, auquel ceux qui souhaitent en savoir plus iront rendre
visite.
Retour au sommaire
|