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III-15 : Arrêt à Méteren de Napoléon 1er et de l’Impératrice Marie-Louise, lors de leur voyage de noces en 1810. Leur visite à l’Ecole Dentellière ou Edouard Leurs, qui fut maire de Méteren, a-t-il bluffé le Sous-Préfet
d’Hazebrouck en prétendant dans une lettre du 23 mai 1844 que Napoléon 1er
avait visité l’école dentellière de Méteren lors de
son passage en 1810 Rappel du contexte et des évènements :
1-Les deux mariages
de Napoléon 1er : Joséphine, puis Marie-Louise 2-Le voyage de noces
de Napoléon 1er et Marie-Louise dans le nord de la France, en Belgique et aux Pays-Bas. 3-Edouard Leurs et
l’arrêt de Napoléon à Méteren le 22 mai 1810 4-Pourquoi Edouard
Leurs aurait-il travesti la vérité ? - :- :- :- :- M. Fabrice De Meulenaere,
auteur d’un article très documenté intitulé : « Un
établissement d'instruction
original : l'école dentellière de Méteren (vers 1750 - vers 1850) » paru dans le bulletin du Comité Flamand
de France N° 76 d’octobre 2006 et que nous avons été autorisés à reproduire au chapitre IV-1 « La dentelle, une tradition méterennoise », signale
l’existence aux Archives Départementales du Nord (AD 6Z 1357) d’une lettre
adressée au Sous-Préfet d’Hazebrouck le 23 mai 1844
par Edouard Leurs, juriste et notable méterennois,
qui sera maire de la commune par la suite. Cette lettre, qui est
intégralement reproduite au chapitre IV-1, déjà cité ci-dessus, a
particulièrement attisé notre curiosité parce qu’elle fait état d’une visite de
l’empereur Napoléon 1er à l’école dentellière de Méteren en 1810. C’est à notre connaissance le seul
document qui évoque cet évènement et nous nous sommes efforcés d’approfondir
cette affirmation de M.Leurs.
Nous vous proposons de nous
remémorer les deux mariages de Napoléon 1er et de voir ensuite ce
que l’on connaît du voyage de noces de l’empereur dans le Nord en 1810, puis de faire un peu mieux connaissance
avec Edouard Leurs et ses motivations. 1-Les deux mariages de Napoléon 1er
Un court rappel
matrimonial :
Joséphine
Napoléon, encore Bonaparte, épousa en premières noces le 10 mars 1796 à Paris, Joséphine Tascher de la Pagerie, 33 ans, issue d’une famille créole de planteurs martiniquais, fille d’un officier de marine, Veuve d’Alexandre Vicomte de Beauharnais, qui fut président de l’Assemblée législative lors de la fuite du roi Louis XVI à Varennes. Le couple de Beauharnais fut arrêté sous la Terreur en 1794. Seule Joséphine échappa à la guillotine.Elle rencontra Bonaparte en 1795 chez le révolutionnaireTallien dont l’épouse est, avec Joséphine,
une des « reines » du Directoire. Bonaparte et Joséphine se
marièrent le 9 mars 1796 à Paris. Désespérant,
après quinze ans, d’avoir des enfants
de son mariage avec Joséphine, le désormais Empereur se résout au divorce
afin d’assurer la succession au trône. Le divorce est prononcé le 15 décembre
1809. Marie-Louise et
son voyage de noces d’avril-mai 1810
Passons sur les considérations politiques qui ont présidé au
choix de la nouvelle épouse. Ce sera Marie-Louise, fille de François II , empereur germanique. Cette jeune femme de 19 ans se
sacrifie sur l’autel du rapprochement franco-autrichien, mais elle s’adaptera
rapidement à la situation. Le mariage a lieu le 2 avril 1810. La lune de miel du couple
impérial ne fut que de courte durée : de mauvaises nouvelles parvenaient à
Napoléon au sujet du Blocus continental. L’interdiction du commerce avec
l’Angleterre, introduite par le Décret de Berlin, en 1806, serait
transgressée de toutes parts ! Le bien fondé de cette mesure résultait de la
destruction de la flotte française par les Anglais à Trafalgar, en 1805. Il
s’agissait de faire rendre gorge à l’ennemi d’outre-Manche
en boycottant son commerce avec le continent. Mais le barrage dressé tout
autour de l’Europe présentait de nombreuses fissures. La contrebande n’avait
cessé, permettant l’acheminement en Europe, et jusqu’au cœur de la cour
impériale à Paris, de produits anglais. C’était surtout via la Hollande que
ce négoce de contrebande s’exerçait. 2-Le voyage de noces de Napoléon 1er
et Marie-Louise dans le nord de la France, puis en Belgique et aux Pays-Bas
(27 avril 1810 au 1er juin 1810) Aussi prit-on prétexte de
faire découvrir à la jeune impératrice les régions du nord de la France et
les territoires de Hollande annexés pour décider et organiser un grand voyage
(de noces !) Il fut donc convenu que l’on prendrait la route de Saint-Quentin
pour se rendre à Cambrai, où l’on irait voir le nouveau canal en
construction; puis par Valenciennes,
on continuerait sur Bruxelles. Par les cours d’eau, on ferait bien
ensuite un détour par la Zélande.
« Le « voyage de noce » ne fut guère un voyage d’agrément.
« Au lieu de la grasse
matinée et du petit déjeuner au lit et au lieu « qu’ils puissent
s’habiller à l’aise, on les réveillait brusquement à l’aube, parfois
dès quatre heures du matin, lorsque Napoléon avait fixé le départ à
cinq heures. À l’arrivée à l’étape, par des chemins cahotants, c’était
chaque fois la déception. Ou bien « le logement était très quelconque
et « pas propre » ou bien c’était « un vacarme continuel dans la cour »
ou « encore, on était dérangé par des «odeurs épouvantables »…sans
oublier les « fatigues des péripéties du voyage lui-même. « À l’étape, pas question de
pouvoir se retirer et se détendre : le travail ne faisait que
commencer. L’empereur, évidemment, semblait ne jamais connaître la
fatigue et participait à des réceptions interminables, tandis que pour
Marie-Louise ces audiences étaient à
en mourir : l’on devait rester tout le temps debout. À peine à table pour manger, il
fallait faire vite pour assister au bal qui suivait. C’est dans un climat de
nervosité générale que se poursuit le voyage. Le but premier du voyage
était essentiellement politique et l’objectif aurait été largement
atteint… »
L’Impératrice Marie-Louise et le « roi de
Rome » C’est
lors du voyage de retour, au cours de l’étape de Dunkerque à Lille que le
couple impérial est passé à Méteren le 22 mai
1810. Les différentes traversées de villes et villages ont fait l’objet
d’une relation détaillée parue notamment dans l’Annuaire Statistique du
Département du Nord sous le titre « Voyage de leurs Majestés Impériales
et Royales en 1810 » pages 216 à 224. Voici en quels termes sont décrites les traversées de Caestre, Flêtre et Méteren : « -A Caestre, des pyramides de verdure formaient une voie triomphale, « d’un arc de triomphe à l’autre. « -A Flêtre, c’étaient des guirlandes de fleurs . « -A Méteren, toutes les maisons étaient extérieurement ornées
de guirlandes de fleurs et de rameaux verts. Cent jeunes filles de huit à
quatorze ans, habillées en blanc, avec une ceinture de rubans et une couronne
de fleurs sur la tête, formaient la haie, élevées sur des estrades, dans
l’intervalle des deux arcs de triomphe » Il n’y est donc pas fait mention d’un
arrêt à Méteren. Or un tel événement ne pouvait
raisonnablement échapper aux chroniqueurs de l’époque. Nous
sommes donc assez sceptiques quant aux affirmations d’Edouard Leurs. Mais qui
était-il exactement ? Quel intérêt aurait-il eu à travestir la
réalité ? 3-Qui était
donc Edouard Leurs ?
L’abbé Béhague ( op.cit.p.228) nous a laissé un témoignage sur le personnage qu’il présente en ces termes :«…. Il serait injuste de ne pas
mêler à leurs noms celui qui fut, pour « Clemmer,
De Coninck, et d’autres, le bon génie, le mécène
qui leur « prodigua ses encouragements, ses démarches, sa bourse et
« surtout son cœur, le maire Edouard Leurs. C’était d’ailleurs un
« esprit distingué ; on s’en aperçoit par certains
considérants que nous « trouvons dans nos archives : Considérant
« que, cinquante
tisserands « de toile d’emballage étaient sans ouvrage, il vaut mieux
les secourir, « non par une aumône stérile, mais d’une manière
profitable à la « communauté en leur fournissant du travail » ; c’est le bon sens même ; - que
« l’on ne saurait,
sans violer ce grand principe d’ordre, inscrit au « frontispice de nos
codes, donner à cette décision un effet « rétroactif » ; on entend ici le juriste ; et voici qui est
d’un homme « d’esprit, d’un humoriste : (il s’agit d’une terre
située le long de « l’ancienne Voie Romaine). « Attendu que, sans contester à
la famille P… « une possession antérieure à la
conquête de Jules César… »
« Avec
cela, sous un air gentilhomme, jovial, familier avec les humbles, l’élu
« de la population ; mais libéral impénitent qui se fit révoquer à
deux « reprises par l’autorité préfectorale ; incroyant sans cesser
d’être en « excellente relation avec le curé, et possédant, de par
ailleurs, assez de « sens artistique pour orner sa maison, en même temps
que de souvenirs de « chasse, de quelques belles toiles de De Coninck… » Edouard Balthazar Leurs est né à Volkerinckhove
le 5 vendémiaire de l’ an VIII soit le 27 septembre
1799. Il est décédé à Méteren le 9 mai 1881. Il avait pour épouse
Marie-Anne Thérèse Reine Devrière Succédant à Pierre Jean De Swarte,
maire de 1841 à 1846, avec qui il avait des rapports très tendus, il fut
maire de Méteren de 1846 à 1848 (écarté pendant
la Seconde République), puis de
nouveau maire jusqu’en 1861, année au cours de laquelle il sera révoqué par
un décret impérial du 21 septembre ; on le
retrouve à nouveau maire de 1875 (peut-etre 1870) à
1880. Il n’était donc pas encore maire lorsque le 23 mai 1844 il
évoque, dans une lettre au Sous-Préfet d’Hazebouck, « la visite de Napoléon 1er à
l’ Ecole Dentellière de Méteren en 1810, l’empereur
y faisant un don de 1 000 francs sur sa cassette ». Cette affirmation nous surprend beaucoup pour au moins
deux raisons déjà évoquées ci-dessus : -
L’abbé Béhague notre éminent historien local, ni aucune autre
personne n’a jamais relaté une aussi prestigieuse visite à l’Ecole
Dentellière. C’était là un événement d’une importance telle qu’il ne pouvait
échapper à la mémoire collective. -
Aucun des
comptes-rendus du voyage ne mentionne un tel arrêt. 4-Pourquoi
Edouard Leurs aurait-il travesti la vérité dans sa lettre au Sous-Préfet pour l’influencer ? Le contexte de fermeture de l’ Ecole Dentellière de Méteren par une décision administrative du Sous-Préfet d’Hazebrouck du 21 mai 1844. A la suite de sa visite à
l’ « Ecole Dentellière » de Méteren
le 21 mai 1844, le Sous-Préfet d’Hazebrouck décide
sa fermeture pour divers manquements aux obligations légales relatives à l’instruction
de l’enfance et à l’exploitation de ses facultés physiques. Le
lendemain 22 mai, le maire, P.J. Deswarte,
envoie le garde champêtre vérifier que l’école a bien cessé toute activité,
mais ce dernier revient en mairie annoncer
qu’au contraire « presque tous les enfants étaient en pleine
activité ». Le maire convoque Barbe Lambin, une des surveillantes de
l’établissement et lui renouvelle l’injonction de fermeture mais la dame
Lambin lui répond « qu’elle était ordonné de continuer les travaux,
indépendamment des ordres de M. le Sous-Préfet et
de continuer à recevoir tous les enfants qui sont habitués de fréquenter leur
établissement » De quoi le maire dresse un
procès-verbal qu’il envoie au Sous-Préfet. Le 23 mai, Edouard Leurs adresse au Sous-Préfet une lettre dans laquelle transparaît sa
rancœur vis à vis du Maire, et où de manière inconditionnelle il prend la
défense de l’Ecole Dentellière. Pour renforcer son argumentation a-t-il volontairement « bluffé »
le Sous-Préfet en inventant la visite de Napoléon 1er
à l’Ecole Dentellière de Méteren ainsi que le don
de 1.000 francs sur sa cassette ? Trente quatre ans seulement après les
faits une telle affirmation était risquée .
Serait-elle vraie ? Ou n’y avait-il pas là une occasion de
se rendre populaire parmi les électeurs de Méteren
sûrement très sensibilisés par cette affaire ? Les élections de 1846 se
profilaient à l’horizon ! Pour l’instant nous penchons pour l’ hypothèse du « bluff », tout en espérant un
jour pouvoir l’infirmer ou la confirmer. L’affaire n’est pas classée !!! |