III-10 Le cahier de Valentine BUTTIN (1894-1978)

 

 

Valentine BUTTIN nous a laissé, sur la période douloureuse de la guerre 1939-1945 à Méteren, un cahier de notes personnelles qui constitue le précieux témoignage d'une femme peu commune.

 Elle y fait preuve d'un patriotisme intransigeant, exacerbé, refusant obstinément la capitulation, contre l'évidence parfois. Son patriotisme est soutenu par une ardente foi chrétienne, une foi militante et combative, difficile à imaginer avec le recul du temps.

Son récit nous fait revivre l'atmosphère particulière de cette « drôle de guerre », la déroute des soldats désemparés devant l'inégalité du combat, le colportage des fausses rumeurs, la terreur des civils bombardés, les difficultés du ravitaillement, la libération tant attendue, le retour des prisonniers de guerre.

Mais Valentine a du mal à partager l'allégresse qui a suivi la Libération. Le sort fait au Maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun, le commandant en chef de 1918, lui est insupportable. Elle a vécu l'horrible guerre de 1914-18 et elle refuse sa condamnation par la Haute-Cour de Justice, comme la plupart des gens de sa génération.

 M. Maurice Comyn, un de ses neveux, a bien voulu nous tracer, ci-après, le portrait de cette dame qui s’est beaucoup dévouée à la cause des plus humbles et qui a durablement marqué son passage dans la commune.

Après cette présentation vous trouverez un extrait de son cahier qui décrit les derniers jours avant l’arrivée des Allemands à Méteren (14 mai-1er juin 1940) puis nous ferons un saut dans le temps pour accueillir avec elle, le 19 août 1945, le dernier prisonnier de guerre rentrant au village. Il s’agissait de Roger Bécuwe.

Il est possible de consulter en mairie de Méteren une version, imprimée par la famille, de l’intégralité du cahier. Signalons aussi qu’au chapitre III-9, La Guerre 1939-45, nous avons  de nombreuses fois fait des emprunts au précieux cahier de Valentine Buttin.

Daniel Fache, J.P. Deswarte

 

 

 

Présentation

 

Valentine BUTTIN est née à Armentières le 10 juillet 1894.

 

Elle est la fille d’Edouard BUTTIN né le 31 août 1867 à Armentières dont il sera le premier bachelier. Il est employé à l’Enregistrement mais revient à la ferme-laiterie après le décès de son frère Polycarpe.

Cette ferme-laiterie était située en plein cœur de la ville à 200 mètres du beffroi.

Sa mère était Hermance FRUCHART, née à la ferme des Sept Ormes à Méteren le 8 février 1872.

Valentine était l’aînée de six filles dont les deux plus jeunes sont mortes en bas-âge. Elle avait passé le brevet élémentaire.

 

 

 

Ci contre :

Les sœurs Valentine (la plus grande) et Berthe Buttin

 

En 1914 Valentine avait 20 ans : la ville était continuellement sous le feu ennemi. Deux oncles maternels étaient à la guerre. On peut supposer que c’est de cette époque que date sa confiance illimitée en Philippe Pétain qui transparaît tout au long de son récit, malgré un patriotisme exemplaire.

 

Le 28 septembre 1916, son père est mortellement blessé par un obus allemand. Cinq femmes restent seules, la mère et ses quatre filles de 15 à 22 ans : elles vont rejoindre à Méteren la ferme de l’oncle qui est aux environs de Verdun à cette époque. Valentine, qui est de santé délicate, participe peu aux travaux de la ferme. Elle s’occupera des formalités administratives, pour les dommages de guerre notamment…

 

En 1923 la ferme est reprise par sa sœur et son beau-frère, Gilbert et Fernande COMYN-BUTTIN (nos parents).Valentine regagne le village, dans une maison près du presbytère où beaucoup l’ont connue. Cette proximité avec le presbytère explique ses fréquentes allusions aux deux doyens qui se succèderont durant la guerre 1939-1945.

 

Elle assure bénévolement le secrétariat de l’assurance « La Famille » (avant l’U.R.S.S.A.F), la comptabilité du Syndicat des dentellières de Méteren…Elle s’occupe des formalités administratives de gens modestes parlant très peu le français. Elle avait un cachet « Valentine BUTTIN, secrétariat du peuple, METEREN » et était un peu assistante sociale bénévole.

 

C’est en revenant de remplir une demande d’allocation aux vieux travailleurs salariés, qu’en  1938, en descendant le Mont des Cats à bicyclette,  elle sera accidentée, accrochée par le facteur qui roulait sur sa gauche dans un virage. Elle marchera 40 ans avec des béquilles. Le procès aura lieu pendant l’Occupation à Paris. Elle n’obtiendra pour toute indemnité que le remboursement de ses frais médicaux, mais rien pour le pretium doloris, ni aucune pension.

 

En 1945 elle sera la première femme conseillère municipale de Méteren. Pendant une vingtaine d’années et jusqu’ à sa disparition, elle sera la correspondante du journal « La Croix du Nord », mettant ses multiples compétences et son style (que nous aurons plaisir à découvrir ci- après) au service du journalisme.

 

Bien sûr étant l’un de ses neveux, je suis sans aucun doute partial à son égard et un peu élogieux. C’était une femme de caractère et  d’un grand dévouement mais ayant aussi les défauts de ses qualités.

Un de ses neveux,

Maurice Comyn

 

 

Extrait du journal relatif à  l’invasion de 1940

 

 

Période du 14 mai au 1er juin 1940

 

 

(Un tableau des renvois, situé après l’extrait du journal, renseigne sur les personnes citées)

 

 

Mardi 14 mai 1940

A 14 h., réunion des dizainières de la Ligue (1). La situation commence à devenir grave. Je demande à Mr le Doyen de vouloir bien autoriser que la Présidente demande à Mr le Maire de faire une promesse solennelle, au cas où Méteren serait préservé des bombardements et de l’évacuation. Toutes les dizainières approuvent mais, malgré leur insistance, Mr le Doyen refuse.

 

Dimanche 19 mai :

Aux deux messes, Mr le Doyen dit un mot de la situation, affirmant qu’elle est bien loin d’être désespérée, et invitant les paroissiens à la prière et à la confiance.

 

Lundi 20 mai :

Les réfugiés qui passaient de plus en plus nombreux depuis ces derniers jours, sillonnent les routes. Il en vient, non plus seulement de Belgique, mais de la région lilloise en grand nombre. D’après certains, la 5e colonne (2) aurait à Roubaix et à Tourcoing, apposé des affiches au cours de la nuit, ordonnant l’évacuation de la population ; le matin, les autorités auraient fait enlever ces affiches.

Mr Caron (3) nous fait visite et nous incite à la confiance, certains indices de son service sont rassurants. Les autorités et le haut du pavé de Méteren se sauvent littéralement ; c’est une panique indescriptible et bien peu honorable ; Hitler doit bien rire. Melle Gabrielle (4) reste seule à la Mairie, où elle s’occupe à mettre les registres d’ état-civil dans des caisses, qui du reste, ne partiront pas.

Sœur Germaine (5) se serait procuré deux camions au moyen d’un bon de réquisition plus ou moins régulier établi par Mr Gilloën,(6) mais elle n’a pas de chauffeur et les vieux de l’hospice ne peuvent évacuer. Quelques vieillards se sont joints à eux. On dit que les nouvelles sont plus rassurantes. Beaucoup de fermiers sont partis, ayant tout abandonné. Mr M. Béhaeghel (7) est un des rares conseillers municipaux non évacués. Mr Degrendel (8) est resté.

 

Mardi 21 mai :

Les habitants restés à Méteren, libérés des lamentations des froussards évacués, se rassurent ; les réfugiés passent toujours aussi nombreux. Une crainte se fait jour : l’ennemi ne cherche-t-il pas à nous encercler ?. S’il en est ainsi, attendons avec calme. Toute idée de fuite est vouée à l échec : l’ennemi arrivera bon premier. Pris pour pris, autant l’être chez soi, où on peut vivre sur ses réserves, entouré de gens que l’on connaît, que chez l’étranger, fût-ce seulement à vingt kilomètres d’ici.. Que nous soyons envahis, ce sera un grand malheur, surtout qu’il y a encore parmi nous beaucoup d’hommes jeunes ; mais ce sera un malheur, sans plus,  nous sommes civils… Mais je pense aux soldats alliés, si nombreux dit-on, qui seraient pris en même temps. Porter l’uniforme, et être pris sans avoir même eu l’occasion de se défendre… Quelle honte,ou plutôt, quelle humiliation, car on ne doit pas être honteux quand on n’a pas fauté. L’après-midi, un communiqué nous apprend, à la stupéfaction générale, qu’Arras et Amiens sont pris par l’ennemi. C’est un vrai coup de massue…Oh nos petits soldats français… Nos pauvres amis… Vendus et livrés avec nous…

La veille, une affiche avait été apposée, ordonnant, par ordre de la Préfecture du Nord, l’évacuation dans le Loir-et-Cher, par tous les moyens, des hommes de 16 à 52 ans, sauf les employés des P.T.T., des Chemins de fer et des Finances. Deux heures après, l’affiche est enlevée ; on dit qu’elle était l’œuvre de la 5e colonne ; elle était manuscrite. Hier aussi, Melle Philomène (9) est arrivée, puis un réfugié belge, de Moustiers, près de Namur, 19 ans, qui a seulement passé la nuit.

Mr Roussel (10) nous fait visite… Ses sentiments sont ceux de tout vrai soldat. Lui comme nous, il espère encore parce que, quand on est français, on ne désespère pas de la France. Il ne croit pas qu’il nous faudra quitter Méteren mais, en ce cas improbable, il insiste pour que nous n’hésitions pas à nous  rendre chez lui ; nous le remercions en lui disant que, si Mme Roussel jugeait bon de quitter Guines, nous la recevrions volontiers.

Melle Debruyne (11) est rentrée d’évacuation. Partie hier après-midi, elle a perdu en cours de route Mr Courdant (12) dont la voiture précédait la sienne. Après s’être trouvée gênée  par des mouvements de troupe, et avoir croisé des véhicules anglais abandonnés qui brûlaient, Melle Debruyne est passée à Frévent dont la moitié était incendiée. A cet endroit-là, ou à quelque distance, elle a dû s’arrêter ; depuis quelques temps, elle rencontrait des cadavres de soldats. De onze heures du soir à huit heures du matin le lendemain, raconte-t-elle, elle a vu passer des tanks ennemis, qu’elle avait pris d’abord pour des alliés. Elle a fait alors demi-tour, et est rentrée sans rien savoir de Mr Courdant (12) qu’ accompagnait Melle M. Marcant (13).

 

Mercredi 22 mai :

Les méterennois se ressaisissent ; les réfugiés passent toujours très nombreux, mais beaucoup moins de voitures. Les Anglais occupent plusieurs maisons inhabitées. Une bonne nouvelle: Arras est repris par les  Anglais. Les convois militaires, depuis lundi, passent nombreux et à une allure ultra-rapide. Les hommes ont de nouveau l’ordre de partir. On dit… (est-ce exact ?) que le docteur Habourdin (14) a quitté Bailleul, et on ignore si le docteur Bels (15) est encore là. Un peu à la fois on apprend que, un peu partout, les municipalités ont honteusement déserté leur poste. Lucie Petitprez  (16) demande à Mr le Doyen qu’on organise un neuvaine en l’honneur du Sacré-Cœur, pour obtenir notre délivrance par une rapide victoire de nos armes ; elle obtient l’autorisation de demander de proche en proche  que chacun prenne l’initiative de pratiques de dévotion qui lui seront particulières pendant la neuvaine du 23 au 31. A onze heures arrivent Mme Turpin (17) et sa fille, de La Chapelle d’Armentières ; elles nous apprennent que l’Abbé Vanthuyne (18) a aussi quitté sa paroisse en direction, croient-t-elles, de Neuve-Chapelle. A 13 h 30 la famille Malbrancke-Beheydt (19) rentre d’exil ; les Anglais installés chez elle lui cèdent la place. Michel Ricour (20) est rentré aussi ; la famille Delannoye (21) arrive. Mr Roussel est entré en passant nous dire au revoir ; il regagne Steenvoorde, qui ne sera qu’une étape vers… Il est désolé, mais crâne encore, et confiant. J. Comyn (22) est rentré ; il est allé jusqu’à un endroit que j’ignore, mais occupé par l’ennemi. Ils ont été bombardés et mitraillés (I. Malbrancke l’avait été à Arques) ; il y a eu des victimes ; Joseph a même aidé à ensevelir l’une d’elles. Au retour, la voiture a eu une panne à proximité de Béthune, il a fallu l’abandonner avec son chargement, sauf les bicyclettes qui ont servi à Joseph et à sa femme pour rentrer ; ils ignorent ce qu’est devenue leur fille, partie lundi matin (le 20) avec Mr de Swarte (23) et Mme Plouvier. Mr Plouvier (24), qui a refusé de quitter Méteren, réconforte ceux qui le rencontrent. Mr Legrand (25) me dit que son frère a reçu deux réfugiées qui lui ont raconté avoir passé la nuit dans leur voiture sur la place de Béthune, et avoir vu deux groupes de quatre ombres chacun semblant faire des signaux ; peu après, quelques tanks seraient arrivés sur la place ?

 

Jeudi 23 mai :

Beaucoup de monde à l’église ce matin, et beaucoup de communions. Toujours de plus en plus de réfugiés, car ils stationnent maintenant, leur acheminement ne pouvant se poursuivre. Pas de nouvelles, sauf des rumeurs : on dit qu’Amiens est repris, ou encerclé, que Cambrai est repris, que des éléments motorisés ennemis sont entrés à Saint-Omer… On dit des choses bien plus tristes ; on parle de trahisons, de lâchetés… les bruits les plus invraisemblables circulent, il en est qu’on s’étonne d’entendre colporter par des français. Un fait est certain cependant : hier matin la camionnette du petit Mr Bigand (26) a tamponné la voiture du général commandant (27) notre région, lequel a été tué. Sœur Germaine continue à semer la panique ; elle prévoit les pires mutilations pour les hommes valides qui n’auront pas fui. Le 21, elle avait conseillé au faubourg que chacun se munisse d’une couverture et passe la nuit dans une maison ayant une bonne cave : il y aurait eu ainsi une trentaine de personnes (on m’a dit 50) qui ont passé la nuit sur une chaise chez G.Vermeulen (28). Joseph Lamps (29) est allé à Lille hier ; la vie normale reprend peu à peu, on recommence à travailler.  V. Hallynck (30) est mort ; il a fallu, me dit Mr le Chanoine, que la famille s’occupe de tout : transport du corps sur une charrette à bras et, même confection de la fosse… On dit que, hier, quatre avions ennemis ont été abattus au cours d’un combat aérien vers Cassel ; ce matin un autre a été abattu vers Merris ; l’équipage, prisonnier, est passé à Méteren.

Mr Turpin est arrivé à midi. Pas de nouvelles, le courant étant coupé, nous verrons ce soir. Le soir, dernier communiqué : nos éléments avancés sont dans les faubourgs d’Amiens ; on se bat à Boulogne.

 

 

Vendredi 24 mai :

Mr le Doyen a entendu dire que, hier, quelques éléments motorisés sont venus à Hazebrouck ; il est obligé, ce matin, de séparer les Hosties en petites parcelles, car il en reste peu.  Mr Turpin part à La Chapelle, aux renseignements. Mr Gilloën est rentré, sans doute hier soir. L.Storme (31) est rentrée hier  à midi. La matinée se passe comme à l’ordinaire. Melle Wyckaert (32) a donné rendez-vous pour le Chemin de  croix à 15 h. Vers 13 h., un avion allemand passe très bas. Tout à coup, plusieurs bombes : près de chez O. Deloux (33), chez H. Woots (34), sur la remise de I. Malbrancke, dans le jardin de F. Van Egroo (35), sur le petit patronage, la maison de P.Brisse (36), la cuisine de R. Brisse (37). Inutile de dire la frayeur générale. Bris de vitres considérable… et le reste. Beaucoup de gens font à la hâte quelques paquets, et l’exode recommence…

Nous apprenons que, hier,  un avion volant très bas a mitraillé gens et chevaux travaillant dans le Meulen Acker (38). Mr Turpin revient chercher sa mère et sa sœur. Il a vu Mr l’Abbé Vanthuyne, qui revient de Vieille-Chapelle où il a couché chez Delbarre (39) ; Henri, Lucienne (40), et leurs enfants étaient partis depuis dimanche, et il est à présumer qu’ils ont pu passer en France libre.

Gilbert (41) vient par deux fois nous offrir l’hospitalité; nous en sommes très touchées, mais nous décidons de ne pas nous éloigner encore. Notre départ, dans l’état de validité, ou plutôt d’invalidité où nous sommes, se ferait sans esprit de retour ; le jour même peut-être, la maison serait occupée et pillée. Peut-être, et nous l’espérons, ce bombardement sera-t-il unique. Nous apprenons qu’une bombe est tombée dans le terre-plein, en face de chez J. Croës (42); un réfugié a été tué. Georges Plancke (43) est mort cet après-midi. Toujours pas de nouvelles de la situation, ni d’aucun des méterennois évacués ; nous espérons que ces jours d’angoisse seront courts.

 

Samedi 25 mai :

Toute la nuit, passage incessant de véhicules militaires, à toute allure ; nous apprenons ensuite que c’étaient des patrouilleurs à la recherche d’éléments motorisés ennemis. A minuit, passage plus lent de lourdes masses semble-t-il. Nous nous demandons avec angoisse, dans notre ignorance, si les tanks ennemis ne sont pas là et, de crainte qu’une bataille s’engage sur place, nous descendons à la cave où nous restons jusqu’à 1 h 45. Nous regagnons alors nos lits, et pouvons enfin dormir. Le matin, très peu de monde à la Communion et à la Messe pour laquelle Mr le Doyen, à 7 h 10, cherche encore vainement un enfant de chœur ; Melle Solange (44) dira les répons. A 9 h., il y aura de la viande à la  boucherie Baillon (45). A. Crabbe (46), J. Beudin (47) et J. Lamps s’en occupent ; la bête vient de chez J.B. Dethoor (48), qui n’a pas été exigeant, et sera vendue sans bénéfice. Mr Gilloën n’approuve pas le fait, dit-on. On enterre, sans aucune assistance, le refugié à 11 h, G. Plancke à 16 h.

Plusieurs survols d’avions ennemis au cours de la matinée nous font passer bien des moments à la cave. Nous y prions avec ardeur, et pensons avec angoisse aux pauvres gens, si nombreux, qui n’ont pas de cave. Nous apprenons que R. Béhaeghel (49) et sa famille étaient partis, par prudence, dans une des maisons de l’ancienne ferme Sepieter (50) ; une bombe est tombée très près, les rendant inhabitables, Jeanne (51) est blessée par un éclat de bois. On fait les premières  réparations aux immeubles endommagés. On apprend que des tanks ennemis sont cernés dans la forêt de Nieppe, à laquelle les Anglais ont mis le feu. Un officier anglais a tenté hier d’aller à Hazebrouck pour y chercher des hosties ; à Borre on lui a fermement conseillé de rebrousser chemin. D’après les on-dit, Hazebrouck serait férocement bombardée, non seulement par avions, mais aussi… dit-on… par les tanks cernés dans la forêt. Un bombardier ennemi est abattu par la D.C.A.(52) et tombe en flammes à Merris. On dit que les nouvelles sont plus rassurantes mais, privés d’électricité, nous sommes séparés du reste du monde. Nous descendons un lit-cage à la cave pour la mère de Gilbert. L’après-midi est plus calme, et nous sommes moins énervés.

 

 

Dimanche 26 mai :

La nuit a été bonne ; nous sommes descendues à la cave à 0 h. 30, à cause du passage d’un avion ennemi, mais l’alerte n’a pas été chaude et nous nous recouchons à 1 h. ; nous avons toutes fait une très bonne nuit. A 6 h. 20, comme nous attendions l’ouverture de l’église, il passe huit avions ennemis. A 8h., Messe à laquelle il y a une assistance plus considérable qu’on aurait pu s’y attendre. Au dernier Evangile, passage de nombreux avions ennemis, à très basse altitude ; on entend l’éclatement des bombes à un endroit qu’on ignore, peut-être sur la voie ferrée. L’assistance, très calme, se rend sous les orgues et dans le portail ; on récite une dizaine de chapelet. Les avions s’éloignent, on rentre chacun chez soi.

On dit que l’ennemi a reculé vers les côtes de 10 km ; ceux qui entendaient bien le canon les jours précédents le croient ; on dit –c’est moins sûr- que les alliés auraient  pris l’offensive dans la région de Sedan. Dans la matinée, le canon tonne avec acharnement du côté d’Ypres, ou dans la région avoisinante, semble-t-il. Aujourd’hui, deux Messes basses, pas de Vêpres. Reine Lamps (53) est morte hier; demain Messe à 7 h.30 pour elle, le service aura lieu plus tard.

 

Mardi 28 mai :

Je sors ce cahier d’une cachette où je l’avais mis hier, en prévision de l’invasion qu’on nous annonçait imminente ; c’est la raison pour laquelle je n’ai rien écrit. Nous avons appris hier après-dîner que l’ennemi était à la Courte-Croix ; nous avons aussitôt été chercher la mère de Gilbert, et avons descendu à la cave du linge, des chaises, des couvertures, des victuailles et le réchaud, de façon à pouvoir résister le plus longtemps possible. Les troupes passent toute la journée sans interruption ; elles vont vers le Mont des Cats et le Mont Noir ; d’autres arrivent ensuite, qui rejoignent la route d’Hazebrouck. Nous remontons souper de bonne heure, et nous établissons à la cave pour la nuit. Vers le matin, nous sommes bombardés, par deux obus à la fois, vers Bailleul ; un obus tombe…

 

Jeudi 30 mai :

J’allais écrire : un obus tombe au coin de notre rue, près de la route Nationale, en face chez O. Loridan (54): un soldat français est tué, trois blessés. Lundi 27, on arrangeait les toitures endommagées ; les travaux avaient cessé chez I. Malbrancke à 13 h.

Ce qu’il y a d’affolant, ce sont les bombardiers ennemis qui passent chaque jour plusieurs fois, au nombre de 20 à 50, avec un vrombissement qui ressemble à un mugissement de sirène.

Melle Philomène a apporté son cierge bénit, qu’on allume pendant chaque alerte, afin qu’il prie avec nous et pour nous. Le 28 au matin les soldats français arrivent ; Mr le Doyen amène un lieutenant blessé pour lui faire un pansement ; celui-ci nous réconforte. Il affirme que l’ennemi n’est pas à Hazebrouck, que tiennent les Anglais, mais peut-être à St-Omer, et qu’on l’attaque à Boulogne et dans la Marne. Les soldats français viennent assez nombreux prendre du café ; quelques-uns sont démoralisés. Berthe (55) cuit des haricots, car nous pourrions manquer de pain. Nous faisons chaque repas à la hâte puis redescendons à la cave. Les troupes s’en vont ; nous ne pouvons rien conjecturer, mais nous comprenons que la situation est inquiétante, angoissante. Nous descendons des traversins pour mettre sur des chaises, en guise de matelas, pour y passer la nuit. La nuit… la plus terrible, sans doute, que nous dussions vivre… Nous avons d’abord pu dormir. Puis sans doute vers le matin (nous ne nous souvenons plus) le bombardement commence. Les obus ne sont pas de gros calibre, mais nous recevons aussi beaucoup de bombes, celles-ci toutes dans notre voisinage, une batterie de canons se trouvant ici dans la rue, devant chez nous. Mr le Doyen nous dira par la suite qu’il est parti avec Marie (56) après avoir reçu une bombe à côté de sa cuisine, c’est-à-dire assez tôt. Nous allumons un nouveau cierge bénit, et nous prions, nous prions… avec l’accent du désespoir… Combien de fois ne réciterons-nous pas en commun l’acte de contrition ! Lors de la chute des bombes, la cave oscille littéralement… Et les canons de la batterie tirent sans arrêt, et les obus et les bombes leur répondent, toujours sur notre petit coin… Nous sommes à bout de prier, et c’est dans notre désespoir même que nous retrouvons par moments la force de recommencer. Mais la situation est devenue intenable, il faudra partir…on se chausse et s’habille en conséquence. Pour ma part, je ne vois aucune possibilité de fuite, étant trois invalides sur cinq ; s’il faut s’y résigner, je conseille l’abandon de tout bagage, sauf les valeurs… Personne ne veut prendre de décision ; je conseille la récitation d’un chapelet pour les Ames du Purgatoire, afin d’avoir une indication. Ce chapelet, comme les précédents, est très fréquemment interrompu par des invocations succédant à la chute de bombes ; après chaque dizaine, nous disons celle-ci : Esprit-Saint dirigez nos pas ! Le chapelet fini, quelques obus arrivent, et nous nous rendons compte qu’une fuite est impossible. Je conseille d’offrir notre vie pour la France et pour notre famille, et d’attendre avec confiance. Les canons tirent toujours, et toujours on leur répond… Ces artilleurs anglais ont vraiment fait montre de courage. Plusieurs fois, il y a eu de courts arrêts de bombardement et, à chaque fois, nous avons cru que la résistance était finie. Avouons-le, nous le déplorions avec, cependant, une espérance : nous voulions bien continuer à subir ce martyre si nos armes devaient vaincre… mais, tant qu’ à devoir céder… pardon, mon Dieu !… mais la délivrance de cet enfer, s’il vous plaît…Grâce au réchaud, le matin nous avons pris une tasse de café très fort ; ensuite, un peu de chocolat en tablette ; ce sera tout jusqu’ à midi. Enfin… à quelle heure ? Nous ne nous remémorons plus rien du temps, nous ne savons plus, c’est bien le cas de le dire, comment nous vivons. A ce moment-là, donc, le canon cesse pour faire place à la mitrailleuse. On entend en même temps fendre du bois, nous nous rendrons compte par la suite que c’est pour mettre le feu aux tracteurs des canons. Puis on entend une auto arriver, sans doute pour chercher les artilleurs qui, répétons-le, ont fait preuve de beaucoup de courage. Un quart d’heure après, nous savons que nous sommes envahis. Quelles ruines… Nous sommes encore parmi les privilégiés, la maison n’a rien reçu directement. Merci, mon Dieu !… Mr le Chanoine arrive pour une lecture, en même temps que deux ou trois obus ; il affirme du reste que rien ne vient de tomber. La veille déjà, nous avions commencé une lecture, et dû interrompre à cause d’un bombardement aérien. Mr le Doyen a passé la plus grande partie du bombardement chez G. Herreman  (57); I. Malbrancke a été chez son frère, Paul (58) a été blessé au bras, G. Deliesche (59) est blessé aux reins. Les maisons de J. Croës (60) et A. Houvenaghel (61) étaient brûlées lorsque nous sommes sorties de la cave, celle de N. Cateau (52) flambe ensuite. Peu à peu, on voit ici et là quelques civils. Mr le Doyen revient, et nous apprend qu’il avait, la veille, mardi 28, enlevé le St Sacrement à l’église et à l’hospice. Nous descendons des matelas à la cave pour y dormir plus commodément. Nous dînons à la cave, dans une assiette sur nos genoux ; le soir nous mangerons dans la cuisine.

Aujourd’hui jeudi, Mr le Doyen dit la Messe à l’église ; dès maintenant il faut le prévenir d’avance si on veut faire la Ste Communion et ce, au cours de la Messe seulement. I.Malbrancke nous apprend qu’il est parti vers 4 h. du matin par chez Van Egroo ; c’est dans le jardin que Paul a été blessé. Les gens tâchent un peu partout de se réinstaller ; on pille plus ou moins les maisons inhabitées. F. Decuyper (63) a été tuée, ainsi que deux enfants de réfugiés bailleulois (64). Tout au long du bombardement, nous n’avions cessé de penser aux habitants de la ferme, nous demandant s’ils avaient pu rester chez eux, si aucun d’eux n’avait été atteint ; le soir Marcel et Yvonne (65) viennent nous dire qu’ils ont été bombardés, mais qu’aucun d’eux n’est blessé ; seuls, deux chevaux et deux vaches ont été tués. Les troupes sont passées très nombreuses hier, et vraisemblablement aussi cette nuit ; nous voulons trouver là l’assurance que les alliés, trop éloignés, ne nous bombarderont pas.

 

Samedi 1er juin :

Hier matin, fête du Sacré-Cœur, une cinquantaine de personnes ont communié au cours de la Messe de 7 h.1/2, dite pour F. Decuyper, dont le corps était présent. Dès ce jour, Mr le Doyen ne consacrera que suivant le nombre de communiants, car l’église est dans un tel état qu’il n’est plus possible de conserver le St-Sacrement. Les gens commencent à rentrer chez eux. Nous avons reçu la visite de Gilbert et Fernande ; nous sommes toujours sans nouvelles de Lucienne et de sa famille.

A midi, diverses personnes ont été invitées à quitter leur maison  dans un délai de 30 minutes : Mme P. Bertheloot (66), E. Huchette (67), Melle Debruyne ; les dames de l’école libre ont eu 8 minutes. Les soldats s’installent ainsi un peu partout. Ils sont entrés chez M. Legrand hier dans la journée ; ce matin, en leur absence, je suis allée fermer la porte. On a enlevé les meubles du salon, sauf un fauteuil, et les meubles de la salle à manger.

 

Les réfugiés français, et surtout les Belges, passent très nombreux, retournant chez eux. Qu’est devenu notre cher ami Mr Roussel ? Bien souvent nous nous posons la question ; la nuit dernière spécialement, j’ai bien prié pour lui, je crois, car j’ai toujours pensé à ceux qui se trouvaient alors bombardé.

Cet après-midi, un corps calciné de soldat anglais qui traînait prés d’un camion a été enlevé ; sans doute enterrera-t-on en même temps ce qui reste d’un autre carbonisé à son volant.

Dimanche 19 août 1945

La belle, la bonne journée !!! Cet après-midi, les Comités de Prisonniers de Guerre devaient se dissoudre, après remise du carnet de pécule aux derniers rentrés, et leur passer la main pour la constitution d’un nouveau Comité. Et voilà qu’à 10 h. un télégramme annonce l’arrivée, le jour même, du dernier prisonnier, Roger Bécuwe. Aussitôt, les organisateurs décident de retarder de deux heures la réunion projetée et d’aller en cortège recevoir à l’entrée du village leur camarade qu’une auto y amènera ; ils réunissent à la hâte quelques musiciens pour rehausser la cérémonie. Par ailleurs, Mr le Doyen, qui a permis de faire sonner les cloches, traîne les Vêpres en longueur et retarde le Salut d’ une demi-heure. Mais nul n’avait pu être prévenu, et c’est tout juste si le contour de l’église a pu pavoiser. Au son des cloches et de la musique, chacun s’est demandé ce qu’il y avait, et on a vu les gens accourir, émus aux larmes, rejoindre à l’église le cortège. Beaucoup de femmes étaient en cheveux, n’ayant pas eu le temps de réfléchir même ; il a fallu saisir la minute au vol. Mais que c’était émouvant !

Pour Méteren, c’est aujourd’hui qu’on a vraiment fêté la Victoire. Avec moins de préparatifs, moins d’apparat, sans doute, mais avec quel cœur ! Ils sont tous là, ceux qui ont si longtemps captivé nos meilleures pensées !

 

Valentine Buttin

 

Renseignements relatifs aux renvois du texte du cahier :

 

 

 

1

Dizainières de la Ligue

Personnes chargées chacune d’ environ une dizaine de foyers dans le cadre de la Ligue Féminine d’Action

Catholique Française

2

5e colonne

Ensemble de partisans clandestins qu’ une armée compte dans les rangs adverses

3

Mr Caron

Devait être un soldat ayant séjourné dans la famille Buttin

4

Mle Gabrielle

Gabrielle Smagghe, employée de mairie, domiciliée au Mont des Cats, adjointe d’ Ignace Malbrancke,

5

Sr Germaine

Responsable de l’ Hospice de Méteren  durant de longues années

6

Mr Gilloën

Etait adjoint au maire ou conseiller municipal

7

Mr Béhaeghel

Marcel Béhaeghel, adjoint au maire demeurait 39 Rue Nationale

8

Mr Degrendel

Joseph Degrendel, agriculteur au Mont des Cats, fera fonction de maire toute la durée de la guerre

9

Mle Philomène

Amie de la famille Buttin d’ Armentières

10

Mr Roussel

Militaire, originaire de Guines, qui avait séjourné dans la famille Buttin

11

Melle Debruyne

Maria Debruyne, propriètaire d’un immeuble  bourgeois,  n°1 Rue de la Fontaine, (« le château ») souvent réquisi-tionné par l’ occupant, s’occupait du catéchisme et autres responsabilités paroissiales

12

Mr Courdant

Cousin de Maria Debruyne

13

Melle Marcant

Madeleine Courdant était la dame de compagnie de Maria Debruyne

14

Dr Habourdin

Médecin généraliste, Rue d’ Occident à Bailleul

15

Dr Bels

Médecin généraliste, Rue du Collège à Bailleul

16

Lucie Petitprez

Agricultrice demeurant Bertelootstraete

17

Mme Turpin

Une des nombreuses amies de la famille Buttin

18

Ab. Vanthuyne

Curé de la Chapelle d’ Armentières, ami de jeunesse d’ Edouard Buttin, le père de Valentine

19

I. Malbrancke

Famille Malbrancke-Beheydt citée à plusieurs reprises : Ignace, secrétaire de mairie, son fils Paul qui fut notaire et

Jeanne,  qui succéda à son père comme secrétaire de mairie également.

20

Michel Ricour

Agriculteur Rue de la Besace

21

Famille Delannoye

Agriculteurs Rue Cupperstraete (Les Sept Ormes)

22

J. Comyn

Joseph Comyn, qui demeurait près de l’ Hospice avait servi de chauffeur à la famille Plouvier lors de la débâcle

23

Mr de Swarte

André de Swarte, brasseur, Rue Nationale

24

Mr et Mme Plouvier

Léon Plouvier, beau-frère de Mr de Swarte, ancien marchand de vin, Rue Nationale

25

Mr Legrand

Ami de la famille Buttin, habitait Bailleul

26

Mr Bigand

Militaire stationné à Méteren

27

Général Commdt

Il s’ agit du Général Gaston Billotte, commandant du Groupe d’ Armées n°1 accidenté à Locre (B) dans la nuit

du 21 mai (décédé le 23) en revenant d’ une conférence interalliée à Ypres où il avait été nommé commandant

unique des forces belges, britanniques et françaises pour le front nord.

28

G. Vermeulen

Germain Vermeulen, marchand de charbon, tenait le café “Au bon coin” en bas de la Rue Neuve

29

Joseph Lamps

Célibataire demeurant 81 Rue Nationale

30

V. Hallynck

Victor Hallynck, retraité, était boulanger avant 1914-1918

31

L. Storme

Lucie Storme, mère du Capitaine Storme, demeurait 6 Contour de l’ Eglise, près de chez Buttin

32

M. Wyckaert

Marthe Wyckaert demeurait 45 Rue Nationale, était responsable de l’ ouvroir et infirmière bénévole

33

O. Deloux

Omer Deloux était boucher à l’ angle de la Rue de l’Hospice et de la Rue de l’ Haegedorn n°19

34

H. Woëts

Henri Wouts demeurait Rue des Quatre Fils Aymon

35

F. Van Egroo

Firmin Van Egroo était artisan 46 Rue Nationale

36

P. Brisse

Devait être tailleur Rue Nationale

37

R. Brisse

René Brisse était marchand de charbon, Rue de la Fontaine

38

Le Meulen Acker

Situé entre la Route d’ Hazebrouck, la Bertelootstraete et la Cupperstraete. En français, c’ est le « Champ du

Moulin »

39

Delbarre

Voisin de Henri et Lucienne (cf 40)

40

Henri et Lucienne

Henri Walle et Lucienne Buttin, beau-frère et sœur de Valentine

41

Gilbert et Fernande

Gilbert Comyn et Fernande Buttin, cultivateur à Méteren, beau-frère et sœur de Valentine

42

J. Croës

Jérôme Croës  était épicier 65 Rue Nationale

43

G. Plancke

Georges Plancke semble mort naturellement

44

Melle Solange

Devait être une des enseignantes de l’ Ecole privée

45

Bouch. Baillon

Grand Place, à l’ emplacement de la boucherie tenue actuellement par le petit-fils de Louis Baillon

46

A. Crabbe

Alphonse Crabbe, boucher à la retraite, demeurait au n°8 de la Place

47

J. Beudin

Jules Beudin, retraité, habitué à l’ abattage des bovins, demeurait 6 Vyverputstraete

48

J.B. Dethoor

Jean-Baptiste Dethoor, agriculteur, Rue Vyverput

49

R. Béhaeghel

Rémi Béhaegel habitait Rue Neuve

50

Ferme Sepieter

Cette ferme était Rue du Lourdenhouck, route complètement coupée par l’ autoroute au-delà du lieudit

« La Houblonnière »

51

Jeanne

Jeanne Béhaegel épouse de Rémi (49)

52

D.C.A.

Lire Défense Contre Avions

53

Reine Lamps

Devait être la mère de Joseph Lamps, cf  n°29

54

O. Loridan

Omer Loridan, maréchal-ferrant, demeurait à l’ angle de la Rue de la Fontaine et de la Rue Nationale et son épouse tenait le « Café du Maréchal »

55

Berthe

Berthe Buttin, sœur de Valentine

56

Marie

Gouvernante du Doyen Thorez

57

G. Herreman

Georges Herreman, agriculteur Route du Doulieu, fils de César, Maire en exercice.

58

Paul

Paul Malbrancke, fils d’ Ignace, secrétaire de mairie

59

G. Deliesche

Garde champêtre retraité depuis 1937, rappelé en service pendant la mobilisation et la captivité de son succes-

seur, Jean Deswarte.

60

Maison Croës

Jérôme Croës était épicier 65, Rue Nationale

61

Maison Houvenaghel

André Houvenaghel était boulanger 67 Rue nationale, à l’ emplacement de la boulangerie actuelle

62

Maison Cateau

Noël Catteau était artisan-commerçant 69 Rue Nationale

63

F.Decuyper

Florence Decuyper, 83 ans, demeurait Cité Beyheidt, tuée près du Café Vermeulen

64

Réfugiés bailleulois

Il s’agit de deux enfants : Jacqueline Turck, 2 ans, fille de Henri Turck et de Denise Deroo ainsi que Paul Vlaemynck, 7 ans, fils d’Emmanuel Vlaemynck et de Madeleine Deroo, tués près du Café Vermeulen.

65

Marcel et Yv.

Marcel et Yvonne Comyn sont les neveux de Valentine Buttin

66

P. Berthelot

Paul Berteloot était tonnelier, face à la brasserie, 78 Rue Nationale

67

E. Huchette

Emile Huchette, agriculteur retraité, demeurait 59 Rue Nationale

 

 

 

Et pour suivre :

Enfin si vous voulez savoir pourquoi Valentine avait du caractère, lisez ce qui suit. Vous y découvrirez qu ' elle était l'arrière-petite-nièce de Louis Fruchart surnommé « Louis XVII », dit aussi « le chouan des Flandres »

 

Louis FRUCHART (1791 - 1851) dit « Louis XVII »

Louis, Célestin, Joseph FRUCHART est né le 30 janvier 1791 à Merville au lieudit «Le Robermetz ». Son père Pierre-Joseph FRUCHART, cultivateur aisé, est natif de La Gorgue et sa mère, Caroline-Françoise DESCHILDRE est originaire de Merville.

Louis FRUCHART est le second d'une famille de sept enfants comptant 4 garçons (Pierre, Louis, Benoit et Daniel, mort jeune) et trois filles (Augustine, Catherine et Pauline). Comme la majorité de la population des campagnes du Nord, ses parents sont catholiques et fidèles au roi. La mère de Louis FRUCHART aurait failli être écharpée sur la place de La Gorgue pour avoir foulé aux pieds la cocarde tricolore.

C' est en 1813, lors de la révolte des conscrits, que Louis FRUCHART va connaître son heure de gloire et vivre une surprenante épopée.

Après la retraite de Russie (1812) et la défaite de Leipzig (1813) 1' armée impériale est décimée et Napoléon doit procéder à des levées répétées de conscrits pour défendre les frontières menacées par 1' Europe entière. Les classes 1803 à 1807 sont incorporées pour la deuxième fois, celles de 1808 à 1814 pour la troisième fois et celles de 1809 à 1812 pour la quatrième ! Le 22 novembre 1813,jour prévu pour la revue des conscrits, le Sous-Préfet d' Hazebrouck doit faire face à une véritable émeute des conscrits excédés par ces mobilisations à répétition. La sous-préfecture est entièrement saccagée et les rebelles se replient en forêt de Nieppe. Le mouvement va s' étendre au département du Nord (Avesnes, Dunkerque) et aux arrondissements de Bruges et Ypres, alors français.

Les rebelles vont se donner un chef. Le 16 décembre 1813, c' est jour de marché à Estaires et soudain la foule est en émoi. La cause c' est 1' apparition d' un fort gaillard. Vingt deux ans, de haute taille, solidement bâti, les sourcils épais, le front haut...l'allure autoritaire, bien campé sur son cheval...une paire de pistolets à la ceinture, le sabre pendant sur les flancs de sa monture, botté, éperonné, couvert d' une blouse bleue, coiffé d' un large chapeau noir, omé d' une cocarde blanche, sur laquelle se détache un papier portant inscrits ces mots : Je combats pour Louis XVII, surmonté de trois fleurs de lys. Le personnage à l'allure mâle et décidée, rustique et soldatesque, donne l'impression d'un parfait aventurier ; aussitôt, de bouche en bouche, un nom vole : Fruchart ! . Il harangue la foule, 1' exhorte à aider les Alliés à rétablir les Bourbons, à refuser de servir le tyran. On 1' acclame, on 1' escorte et il sort librement d' Estaires. Ses lieutenants battent la campagne. Le 24 décembre on compte près de 2000 insurgés. Le 26, ils affronteront victorieusement à Merville un détachement militaire envoyé de Lille pour réprimer la sédition dans 1' arrondissement d' Haze­brouck. La révolte des paysans commence par une victoire qui provoque un grand émoi à Paris.

Le 1er décembre 1813, 1' Empereur charge le général Boyer d' arrêter les séditieux, de fusiller les hommes armés. Mais les insurgés se sont dispersés ou, comme Fruchart, ont gagné le département de la Lys (Bruges, Courtrai) où ils rameutent les insoumis et accomplissent maints exploits pour préparer le terrain aux armées coalisées.

A la mi-janvier 1814, Fruchart rentre à Merville où, à la révolte ouverte, a succédé une résistance passive, mais la sédition couve toujours. Il parcourt la campagne, échappe plusieurs fois à la capture, excite les courages et prêche 1' insurrection.

Mais la défense de 1' Etat exige des troupes à Bruxelles où sont appelées d' urgence les garnisons de Merville, Estaires, Cassel et Hazebrouck. Dès lors 1' arrondissement d' Hazebrouck, totalement dégarni, est livré aux insoumis. Fruchart est à la tête d' un millier d'hommes et, à la mi-février, assaille partout victorieusement les détachements impériaux qui traversent la contrée. La rébellion s' étend à la quasi totalité du département et aux arrondissements de St-Pol, Béthune et St-Omer.

En outre, 1' invasion étrangère se précise : Bruxelles est tombée le 1er février, Bruges le 3 et le 7, l'ennemi est à Hirson. Le 11, il pénètre dans Avesnes, le 16 il est à St-Quentin ; le 16 également, des uhlans, des cosaques et des hussards entrent à Bailleul. Les troupes étrangères sont commandées par un colonel russe, le baron de Geismar. Ce dernier cherche à contacter Fruchart, dont il connaît les exploits. Les réfractaires royalistes seront des recrues dévouées. La rencontre avec Fruchart a lieu à Hazebrouck le 18 février. «Louis XVII» s' engage à accompagner le colonel de Geismar dans sa marche sur Paris ; il lui servira de guide et, partout où 1' on passera, s' efforcera de lui recruter des partisans dont il aura le commandement. La colonne conduite par « Louis XVII », symbole de 1' insurrection des campagnes contre la levée en niasse et la guerre perpétuelle, se met en route dès le 19 février. Ils sont à Saint-Pol-le jour même, le lendemain et jusqu' au 24, ils livrent un combat difficile à Doullens. Puis ils se mettent en route pour Albert, Roye, Noyon, Chauny, traversent 1' Oise, sans que leur marche en avant ne soit entravée.

Au cours du mois de mars 1814, les Alliés éprouvant le besoin de regrouper leurs troupes et de coordonner leurs actions, les opérations vont se stabiliser dans les trois départements de l'Aisne, de la Somme et de 1' Oise. Mais dès le 28 mars la marche forcée en avant vers Paris reprend. Le 31 Paris capitule et Fruchart revient dans le Nord où il est signalé dès le 3 avril. Il peut être fier de son œuvre.

Le 6 avril 1814, Napoléon abandonné, trahi et vaincu, abdique. Le 3 mai, Louis XVIII couche aux Tuileries. Fruchart , rentré à Merville, décoré du Lys, reprend les travaux des champs, satisfait d'avoir été utile à son roi et à sa patrie. Il cherche une ferme plus importante et la trouve à Clairmarais où il s' installe en mars 1815 avec deux de ses sœurs. Trois jours après il apprend le débarquement de Napoléon et sa marche sur Paris (Les Cent Jours : 20/3-22/6/1815). Louis XVIII se retire à Gand. Fruchart le rejoint le 13 avril, se met à son service, aidé cette fois par ses deux frères Célestin et Benoit. Ils participent à la campagne de Belgique, organisent et arment une compagnie de volontaires. Mais dès le 18 juin 1814, c' est Waterloo.

Louis XVIII, remonté sur son trône, appelle à Paris Louis Fruchart, 1' indemnise des pertes subies dans sa ferme, lui sert une rente et le fait sous-lieutenant porte-drapeau dans la lere légion départementale du Nord, puis au 28e de ligne. Le 9 novembre 1815 il est élevé chevalier de la Légion d' Honneur. Le 27 novembre 1822 il est nommé lieutenant, garde du corps du comte d'Artois, frère du roi. A la mort de Louis XVIII, le comte d' Artois monte sur le trône le 19 septembre 1824, sous le nom de Charles X. Il reconduit Louis Fruchart dans son grade de garde du corps, du roi cette fois, qu' il ne quittera plus. La révolution de 1830 chasse Charles X, et Louis Philippe, son successeur, demeure insensible aux sollicitations de Louis Fruchart qui est licencié, puis réformé le 25 octobre 1837. Il n' a que 46 ans.

Désabusé, écoeuré de 1' ingratitude des grands, il rentre au pays et attelle ses chevaux à la charrue. Le 8 janvier 1851, Louis Fruchart s' éteignit, célibataire, à Lestrem, chez sa sœur Catherine où il s'était retiré. Il avait 60 ans. Quel fabuleux parcours !

Valentine Buttin était, par sa mère née Fruchart, 1' arrière-petite nièce de « Louis XVII ».

Ce résumé fait de très larges emprunts à un ouvrage de Paul FAUCHILLE paru en 1905 et intitulé : «Une chouannerie flamande au temps de 1' Empire (1813-1814) Louis FRUCHART , dit LOUIS XVII »

Paris, A. PEDONE, Editeur, 13 Rue Soufflot.

 

 

 

Mais où sont donc passés les huit neveux et nièces de Valentine Buttin ?

 

Valentine Buttin, née en 1894,  restée célibataire, avait trois sœurs :

 

-Berthe, née en 1895, célibataire elle aussi, qui vécut avec Valentine, Contour de l’Eglise. Elle est décédée à Méteren en 1962.

 

-Lucienne, née en 1898, mariée à Henri Walle, agriculteur à Vieille-Chapelle, décédée en 1959.

 

-Fernande (1901-1987) qui  épousa Gilbert Comyn (1899-1985), avec qui elle exploita la ferme des Sept Ormes et dont elle eut douze enfants, dont quatre décédés en bas-âge. Un seul d’entre eux, Maurice, habite encore Méteren. Que sont-ils  donc devenus ?

 

1-Marie, l’aînée, née en 1924, a épousé un méterennois, Pierre Jourdin. Tous deux issus de familles d’agriculteurs, ils suivirent la voie et partirent  s’installer sur une exploitation agricole à Cayeux-en-Santerre, dans la Somme. Ils y jouissent de leur retraite. Ils ont eu cinq enfants. Pierre Jourdin fut pendant 42 ans maire du village de Cayeux, de 1953 à 1995

 

2-Marcel, né en 1926, a épousé une méterennoise, Antoinette Delannoye, issue elle aussi d’une famille d’agriculteurs. Comme le couple précédent, ils partirent dans la Somme pour s’installer sur une exploitation agricole à Tilloloy dont Marcel Comyn fut maire de 1965 à 1987.  Ils ont eu également cinq enfants et sont eux aussi en retraite.

 

3-Yvonne, née en 1930, a épousé un méterennois, André Delannoye, le frère d’Antoinette, précédemment citée. Et devinez la suite…Ils partirent dans la Somme pour s’installer sur une exploitation agricole à Tilloloy. Ils ont eu quatre enfants et  sont en retraite. Difficile de varier son vocabulaire !

 

4-Marguerite, née en 1933, fut religieuse chez les Petites Sœurs de Foucauld au couvent de Banneux (Belgique) où elle est décédée le 6 août 2007.

 

5-Jean, né en 1935, est marié à Marie-Claire Brugnon originaire d’Ecueil (Marne). Après avoir été agriculteurs un moment, ils ont eu l’opportunité de se former à la viticulture, en Champagne qui plus est, et de s’y faire un nom à Mont-Saint-Père dans l’Aisne. Il y a été président du Comité des Fêtes et son épouse, 1ère adjointe au maire. Jean fut aussi conseiller prud’homme à Soissons pendant près de 25 ans Ils ont eu trois enfants et profitent de leur retraite.

 

6-Maurice, né en 1937, le seul de la fratrie qui soit resté méterennois, est marié à Lucienne Thibaut, elle aussi issue d’une famille d’agriculteurs de Méteren. Ils reprirent naturellement la ferme des Sept Ormes. Ils eurent quatre enfants. Maurice fut conseiller municipal de 1983 à  2008.

Les animateurs du site sont heureux de saluer au passage ce passionné d’histoire locale avec lequel ils ont toujours plaisir à partager leurs recherches.

 

7-Gérard, né en 1943, est marié à Marie-Françoise Boddaert originaire de Bailleul. Ils ont rejoint à Tilloloy les couples Comyn-Delannoye et Delannoye-Comyn et y furent bien sûr agriculteurs. Ils ont eu deux enfants. Gérard est maire de Tilloloy depuis 1987, succédant ainsi à son frère Marcel.

 

8-Françoise, née en 1946 a épousé un breton, André Le Martret, dont elle est veuve. Ils étaient bien entendu agriculteurs et exerçaient à Le Plouha, Côtes du Nord. Ils ont eu  trois enfants ensemble et ont élevé six, car André en avait trois de son premier mariage.

 

 

 

 

Gilbert et Fernande COMYN et leurs huit enfants en 1959.

De gauche à droite, en avant et accroupis : Marcel, Marguerite, Françoise,

Derrière : Marie, Jean, Gilbert le père, Gérard, Fernande la maman, Maurice, Yvonne.

 

 

 

 

Les parents Gilbert et Fernande Comyn au centre, Valentine Buttin à l’extrême droite,

et trois couples d’enfants mariés en 1959.

De G. à D. Antoinette Delannoye et Marcel Comyn, Marie Comyn et Pierre Jourdin, André Delannoye et Yvonne Comyn

 

 

 

Rédigé en collaboration avec la famille Comyn

30 mai 2009

D.F. – J.P.D