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III-10 Le cahier de Valentine BUTTIN (1894-1978)
Elle y fait preuve d'un patriotisme
intransigeant, exacerbé, refusant obstinément la capitulation, contre
l'évidence parfois. Son patriotisme est soutenu par une ardente foi
chrétienne, une foi militante et combative, difficile à imaginer avec le
recul du temps. Son récit nous fait revivre l'atmosphère particulière de cette «
drôle de guerre », la déroute des soldats désemparés devant l'inégalité du
combat, le colportage des fausses rumeurs, la terreur des civils bombardés,
les difficultés du ravitaillement, la libération tant attendue, le retour des
prisonniers de guerre. Mais Valentine a du mal à partager l'allégresse qui a suivi la
Libération. Le sort fait au Maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun, le commandant
en chef de 1918, lui est insupportable. Elle a vécu l'horrible guerre de 1914-18 et elle refuse sa condamnation
par la Haute-Cour de Justice, comme la plupart des
gens de sa génération. M.
Maurice Comyn, un de ses neveux, a bien voulu nous tracer,
ci-après, le portrait de cette dame qui s’est beaucoup dévouée à la cause des
plus humbles et qui a durablement marqué son passage dans la commune. Après cette présentation vous trouverez un
extrait de son cahier qui décrit les derniers jours avant l’arrivée des
Allemands à Méteren (14 mai-1er juin
1940) puis nous ferons un saut dans le temps pour accueillir avec elle, le 19
août 1945, le dernier prisonnier de guerre rentrant au village. Il s’agissait
de Roger Bécuwe. Il est possible
de consulter en mairie de Méteren une version,
imprimée par la famille, de l’intégralité du cahier. Signalons aussi qu’au
chapitre III-9, La Guerre 1939-45, nous avons
de nombreuses fois fait des emprunts au
précieux cahier de Valentine Buttin. Daniel Fache, J.P. Deswarte Présentation Valentine BUTTIN est née à Armentières le 10 juillet 1894. Elle
est la fille d’Edouard BUTTIN né le 31 août 1867 à Armentières dont il sera
le premier bachelier. Il est employé à l’Enregistrement mais revient à la ferme-laiterie après le décès de son frère Polycarpe. Cette
ferme-laiterie était située en plein cœur de la
ville à 200 mètres du beffroi. Sa
mère était Hermance FRUCHART, née à la ferme des Sept Ormes à Méteren le 8 février 1872. Valentine
était l’aînée de six filles dont les deux plus jeunes sont mortes en bas-âge. Elle avait passé le brevet élémentaire.
Les sœurs Valentine (la plus grande) et Berthe Buttin En
1914 Valentine avait 20 ans : la ville était continuellement sous le feu
ennemi. Deux oncles maternels étaient à la guerre. On peut supposer que c’est
de cette époque que date sa confiance illimitée en Philippe Pétain qui
transparaît tout au long de son récit, malgré un patriotisme exemplaire. Le
28 septembre 1916, son père est mortellement blessé par un obus allemand.
Cinq femmes restent seules, la mère et ses quatre filles de 15 à 22
ans : elles vont rejoindre à Méteren la ferme
de l’oncle qui est aux environs de Verdun à cette époque. Valentine, qui est
de santé délicate, participe peu aux travaux de la ferme. Elle s’occupera des
formalités administratives, pour les dommages de guerre notamment… En
1923 la ferme est reprise par sa sœur et son beau-frère, Gilbert et
Fernande COMYN-BUTTIN (nos parents).Valentine regagne le village, dans une
maison près du presbytère où beaucoup l’ont connue. Cette proximité avec le
presbytère explique ses fréquentes allusions aux deux doyens qui se
succèderont durant la guerre 1939-1945. Elle
assure bénévolement le secrétariat de l’assurance « La Famille »
(avant l’U.R.S.S.A.F), la comptabilité du Syndicat
des dentellières de Méteren…Elle s’occupe des
formalités administratives de gens modestes parlant très peu le français.
Elle avait un cachet « Valentine BUTTIN, secrétariat du peuple,
METEREN » et était un peu assistante sociale bénévole. C’est
en revenant de remplir une demande d’allocation aux vieux travailleurs
salariés, qu’en 1938, en descendant le
Mont des Cats à bicyclette, elle sera accidentée, accrochée par le facteur
qui roulait sur sa gauche dans un virage. Elle marchera 40 ans avec des
béquilles. Le procès aura lieu pendant l’Occupation à Paris. Elle n’obtiendra
pour toute indemnité que le remboursement de ses frais médicaux, mais rien
pour le pretium doloris, ni aucune pension. En
1945 elle sera la première femme conseillère municipale de Méteren. Pendant une vingtaine d’années et jusqu’ à sa
disparition, elle sera la correspondante du journal « La Croix du
Nord », mettant ses multiples compétences et son style (que nous aurons
plaisir à découvrir ci- après) au service du journalisme. Bien
sûr étant l’un de ses neveux, je suis sans aucun doute partial à son égard et
un peu élogieux. C’était une femme de caractère et d’un grand dévouement mais ayant aussi les
défauts de ses qualités. Un de ses
neveux, Maurice Comyn Extrait
du journal relatif à l’invasion de
1940
Période du 14
mai au 1er juin 1940 (Un tableau
des renvois, situé après l’extrait du journal, renseigne sur les personnes
citées) Mardi
14 mai 1940
A 14 h.,
réunion des dizainières de la Ligue (1). La
situation commence à devenir grave. Je demande à Mr le Doyen de vouloir bien
autoriser que la Présidente demande à Mr le Maire de faire une promesse
solennelle, au cas où Méteren serait préservé des
bombardements et de l’évacuation. Toutes les dizainières
approuvent mais, malgré leur insistance, Mr le Doyen refuse. Dimanche
19 mai : Aux deux
messes, Mr le Doyen dit un mot de la situation, affirmant qu’elle est bien
loin d’être désespérée, et invitant les paroissiens à la prière et à la
confiance. Lundi
20 mai : Les réfugiés qui passaient de
plus en plus nombreux depuis ces derniers jours, sillonnent les routes. Il en
vient, non plus seulement de Belgique, mais de la région lilloise en grand nombre.
D’après certains, la 5e colonne (2) aurait à Roubaix et à
Tourcoing, apposé des affiches au cours de la nuit, ordonnant l’évacuation de
la population ; le matin, les autorités auraient fait enlever ces
affiches. Mr Caron (3) nous fait visite et
nous incite à la confiance, certains indices de son service sont rassurants.
Les autorités et le haut du pavé de Méteren se
sauvent littéralement ; c’est une panique indescriptible et bien peu
honorable ; Hitler doit bien rire. Melle Gabrielle (4) reste seule à la
Mairie, où elle s’occupe à mettre les registres d’ état-civil
dans des caisses, qui du reste, ne partiront pas. Sœur Germaine (5) se serait
procuré deux camions au moyen d’un bon de réquisition plus ou moins régulier
établi par Mr Gilloën,(6)
mais elle n’a pas de chauffeur et les vieux de l’hospice ne peuvent évacuer.
Quelques vieillards se sont joints à eux. On dit que les nouvelles sont plus
rassurantes. Beaucoup de fermiers sont partis, ayant tout abandonné. Mr M. Béhaeghel (7) est un des rares conseillers municipaux non
évacués. Mr Degrendel (8) est resté. Mardi
21 mai : Les habitants restés à Méteren, libérés des lamentations des froussards évacués,
se rassurent ; les réfugiés passent toujours aussi nombreux. Une crainte
se fait jour : l’ennemi ne cherche-t-il pas à nous encercler ?. S’il en est ainsi, attendons avec calme. Toute idée de
fuite est vouée à l échec : l’ennemi arrivera bon premier. Pris pour
pris, autant l’être chez soi, où on peut vivre sur ses réserves, entouré de
gens que l’on connaît, que chez l’étranger, fût-ce seulement à vingt
kilomètres d’ici.. Que nous soyons envahis, ce sera
un grand malheur, surtout qu’il y a encore parmi nous beaucoup d’hommes
jeunes ; mais ce sera un malheur, sans plus, nous sommes civils… Mais je pense aux
soldats alliés, si nombreux dit-on, qui seraient
pris en même temps. Porter l’uniforme, et être pris sans avoir même eu
l’occasion de se défendre… Quelle honte,ou plutôt,
quelle humiliation, car on ne doit pas être honteux quand on n’a pas fauté.
L’après-midi, un communiqué nous apprend, à la stupéfaction générale,
qu’Arras et Amiens sont pris par l’ennemi. C’est un vrai coup de massue…Oh
nos petits soldats français… Nos pauvres amis… Vendus et livrés avec nous… La veille, une affiche avait
été apposée, ordonnant, par ordre de la Préfecture du Nord, l’évacuation dans
le Loir-et-Cher, par tous les moyens, des hommes de 16 à 52 ans, sauf les
employés des P.T.T., des Chemins de fer et des Finances. Deux heures après,
l’affiche est enlevée ; on dit qu’elle était l’œuvre de la 5e
colonne ; elle était manuscrite. Hier aussi, Melle Philomène (9) est
arrivée, puis un réfugié belge, de Moustiers, près
de Namur, 19 ans, qui a seulement passé la nuit. Mr Roussel (10) nous fait
visite… Ses sentiments sont ceux de tout vrai soldat. Lui comme nous, il
espère encore parce que, quand on est français, on ne désespère pas de la
France. Il ne croit pas qu’il nous faudra quitter Méteren
mais, en ce cas improbable, il insiste pour que nous n’hésitions pas à
nous rendre chez lui ; nous le
remercions en lui disant que, si Mme Roussel jugeait bon de quitter Guines, nous la recevrions volontiers. Melle Debruyne
(11) est rentrée d’évacuation. Partie hier après-midi, elle a perdu en cours
de route Mr Courdant (12) dont la voiture précédait
la sienne. Après s’être trouvée gênée
par des mouvements de troupe, et avoir croisé des véhicules anglais
abandonnés qui brûlaient, Melle Debruyne est passée
à Frévent dont la moitié était incendiée. A cet endroit-là, ou à quelque
distance, elle a dû s’arrêter ; depuis quelques temps, elle rencontrait
des cadavres de soldats. De onze heures du soir à huit heures du matin le
lendemain, raconte-t-elle, elle a vu passer des tanks ennemis, qu’elle avait
pris d’abord pour des alliés. Elle a fait alors demi-tour, et est rentrée
sans rien savoir de Mr Courdant (12) qu’ accompagnait Melle M. Marcant
(13). Mercredi
22 mai : Les méterennois
se ressaisissent ; les réfugiés passent toujours très nombreux, mais
beaucoup moins de voitures. Les Anglais occupent plusieurs maisons
inhabitées. Une bonne nouvelle: Arras est repris par les Anglais. Les convois militaires, depuis
lundi, passent nombreux et à une allure ultra-rapide.
Les hommes ont de nouveau l’ordre de partir. On dit… (est-ce exact ?)
que le docteur Habourdin (14) a quitté Bailleul, et
on ignore si le docteur Bels (15) est encore là. Un peu à la fois on apprend
que, un peu partout, les municipalités ont honteusement déserté leur poste.
Lucie Petitprez
(16) demande à Mr le Doyen qu’on organise un neuvaine en l’honneur du
Sacré-Cœur, pour obtenir notre délivrance par une rapide victoire de nos
armes ; elle obtient l’autorisation de demander de proche en proche que chacun prenne l’initiative de pratiques
de dévotion qui lui seront particulières pendant la neuvaine du 23 au 31. A
onze heures arrivent Mme Turpin (17) et sa fille, de La Chapelle
d’Armentières ; elles nous apprennent que l’Abbé Vanthuyne
(18) a aussi quitté sa paroisse en direction, croient-t-elles, de Neuve-Chapelle. A 13 h 30 la famille Malbrancke-Beheydt
(19) rentre d’exil ; les Anglais installés chez elle lui cèdent la
place. Michel Ricour (20) est rentré aussi ;
la famille Delannoye (21) arrive. Mr Roussel est
entré en passant nous dire au revoir ; il regagne Steenvoorde, qui ne
sera qu’une étape vers… Il est désolé, mais crâne encore, et confiant. J. Comyn (22) est rentré ; il est allé jusqu’à un
endroit que j’ignore, mais occupé par l’ennemi. Ils ont été bombardés et
mitraillés (I. Malbrancke l’avait été à
Arques) ; il y a eu des victimes ; Joseph a même aidé à ensevelir
l’une d’elles. Au retour, la voiture a eu une panne à proximité de Béthune,
il a fallu l’abandonner avec son chargement, sauf les bicyclettes qui ont
servi à Joseph et à sa femme pour rentrer ; ils ignorent ce qu’est
devenue leur fille, partie lundi matin (le 20) avec Mr de Swarte
(23) et Mme Plouvier. Mr Plouvier
(24), qui a refusé de quitter Méteren, réconforte
ceux qui le rencontrent. Mr Legrand (25) me dit que son frère a reçu deux
réfugiées qui lui ont raconté avoir passé la nuit dans leur voiture sur la
place de Béthune, et avoir vu deux groupes de quatre ombres chacun semblant
faire des signaux ; peu après, quelques tanks seraient arrivés sur la
place ? Jeudi
23 mai : Beaucoup de monde à l’église
ce matin, et beaucoup de communions. Toujours de plus en plus de réfugiés,
car ils stationnent maintenant, leur acheminement ne pouvant se poursuivre.
Pas de nouvelles, sauf des rumeurs : on dit qu’Amiens est repris, ou
encerclé, que Cambrai est repris, que des éléments motorisés ennemis sont
entrés à Saint-Omer… On dit des choses bien plus tristes ; on parle de
trahisons, de lâchetés… les bruits les plus invraisemblables circulent, il en
est qu’on s’étonne d’entendre colporter par des français. Un fait est certain
cependant : hier matin la camionnette du petit Mr Bigand
(26) a tamponné la voiture du général commandant (27) notre région, lequel a
été tué. Sœur Germaine continue à semer la panique ; elle prévoit les
pires mutilations pour les hommes valides qui n’auront pas fui. Le 21, elle
avait conseillé au faubourg que chacun se munisse d’une couverture et passe
la nuit dans une maison ayant une bonne cave : il y aurait eu ainsi une
trentaine de personnes (on m’a dit 50) qui ont passé la nuit sur une chaise
chez G.Vermeulen (28). Joseph Lamps
(29) est allé à Lille hier ; la vie normale reprend peu à peu, on
recommence à travailler. V. Hallynck (30) est mort ; il a fallu, me dit Mr le
Chanoine, que la famille s’occupe de tout : transport du corps sur une
charrette à bras et, même confection de la fosse… On dit que, hier, quatre
avions ennemis ont été abattus au cours d’un combat aérien vers Cassel ;
ce matin un autre a été abattu vers Merris ;
l’équipage, prisonnier, est passé à Méteren. Mr Turpin est arrivé à midi.
Pas de nouvelles, le courant étant coupé, nous verrons ce soir. Le soir,
dernier communiqué : nos éléments avancés sont dans les faubourgs
d’Amiens ; on se bat à Boulogne. Vendredi
24 mai : Mr le Doyen a entendu dire
que, hier, quelques éléments motorisés sont venus à Hazebrouck ; il est
obligé, ce matin, de séparer les Hosties en petites parcelles, car il en
reste peu. Mr Turpin part à La
Chapelle, aux renseignements. Mr Gilloën est
rentré, sans doute hier soir. L.Storme (31) est
rentrée hier à midi. La matinée se
passe comme à l’ordinaire. Melle Wyckaert (32) a
donné rendez-vous pour le Chemin de
croix à 15 h. Vers 13 h., un avion allemand
passe très bas. Tout à coup, plusieurs bombes : près de chez O. Deloux (33), chez H. Woots
(34), sur la remise de I. Malbrancke, dans le
jardin de F. Van Egroo (35), sur le petit
patronage, la maison de P.Brisse (36), la cuisine
de R. Brisse (37). Inutile de dire la frayeur
générale. Bris de vitres considérable… et le reste. Beaucoup de gens font à
la hâte quelques paquets, et l’exode recommence… Nous apprenons que, hier, un avion volant très bas a mitraillé gens
et chevaux travaillant dans le Meulen Acker (38).
Mr Turpin revient chercher sa mère et sa sœur. Il a vu Mr l’Abbé Vanthuyne, qui revient de Vieille-Chapelle
où il a couché chez Delbarre (39) ; Henri,
Lucienne (40), et leurs enfants étaient partis depuis dimanche, et il est à
présumer qu’ils ont pu passer en France libre. Gilbert (41) vient par deux
fois nous offrir l’hospitalité; nous en sommes très touchées, mais nous
décidons de ne pas nous éloigner encore. Notre départ, dans l’état de
validité, ou plutôt d’invalidité où nous sommes, se ferait sans esprit de
retour ; le jour même peut-être, la maison serait occupée et pillée.
Peut-être, et nous l’espérons, ce bombardement sera-t-il unique. Nous
apprenons qu’une bombe est tombée dans le terre-plein, en face de chez J. Croës (42); un réfugié a été
tué. Georges Plancke (43) est mort cet après-midi.
Toujours pas de nouvelles de la situation, ni d’aucun des méterennois
évacués ; nous espérons que ces jours d’angoisse seront courts. Samedi
25 mai : Toute la nuit, passage
incessant de véhicules militaires, à toute allure ; nous apprenons
ensuite que c’étaient des patrouilleurs à la recherche d’éléments motorisés ennemis.
A minuit, passage plus lent de lourdes masses semble-t-il. Nous nous demandons avec angoisse, dans notre ignorance, si
les tanks ennemis ne sont pas là et, de crainte qu’une bataille s’engage sur
place, nous descendons à la cave où nous restons jusqu’à 1 h 45. Nous
regagnons alors nos lits, et pouvons enfin dormir. Le matin, très peu de
monde à la Communion et à la Messe pour laquelle Mr le Doyen, à 7 h 10,
cherche encore vainement un enfant de chœur ; Melle Solange (44) dira
les répons. A 9 h., il y aura de la viande à la boucherie Baillon
(45). A. Crabbe (46), J. Beudin (47) et J. Lamps s’en occupent ; la bête vient de chez J.B. Dethoor (48), qui n’a pas été exigeant, et sera vendue
sans bénéfice. Mr Gilloën n’approuve pas le fait,
dit-on. On enterre, sans aucune assistance, le refugié
à 11 h, G. Plancke à 16 h. Plusieurs survols d’avions
ennemis au cours de la matinée nous font passer bien des moments à la cave.
Nous y prions avec ardeur, et pensons avec angoisse aux pauvres gens, si
nombreux, qui n’ont pas de cave. Nous apprenons que R. Béhaeghel
(49) et sa famille étaient partis, par prudence, dans une des maisons de
l’ancienne ferme Sepieter (50) ; une bombe est
tombée très près, les rendant inhabitables, Jeanne (51) est blessée par un
éclat de bois. On fait les premières
réparations aux immeubles endommagés. On apprend que des tanks ennemis
sont cernés dans la forêt de Nieppe, à laquelle les Anglais ont mis le feu.
Un officier anglais a tenté hier d’aller à Hazebrouck pour y chercher des
hosties ; à Borre on lui a fermement conseillé
de rebrousser chemin. D’après les on-dit, Hazebrouck serait férocement
bombardée, non seulement par avions, mais aussi… dit-on… par les tanks cernés
dans la forêt. Un bombardier ennemi est abattu par la D.C.A.(52)
et tombe en flammes à Merris. On dit que les
nouvelles sont plus rassurantes mais, privés d’électricité, nous sommes
séparés du reste du monde. Nous descendons un lit-cage à la cave pour la mère
de Gilbert. L’après-midi est plus calme, et nous sommes moins énervés. Dimanche
26 mai : La nuit a été bonne ;
nous sommes descendues à la cave à 0 h. 30, à cause du passage d’un avion
ennemi, mais l’alerte n’a pas été chaude et nous nous recouchons à 1 h. ; nous avons toutes fait une très bonne nuit. A 6
h. 20, comme nous attendions l’ouverture de l’église, il passe huit avions
ennemis. A 8h., Messe à laquelle il y a une
assistance plus considérable qu’on aurait pu s’y attendre. Au dernier
Evangile, passage de nombreux avions ennemis, à très basse altitude ; on
entend l’éclatement des bombes à un endroit qu’on ignore, peut-être sur la
voie ferrée. L’assistance, très calme, se rend sous les orgues et dans le
portail ; on récite une dizaine de chapelet. Les avions s’éloignent, on
rentre chacun chez soi. On dit que l’ennemi a reculé
vers les côtes de 10 km ; ceux qui entendaient bien le canon les jours
précédents le croient ; on dit –c’est moins sûr- que les alliés
auraient pris l’offensive dans la
région de Sedan. Dans la matinée, le canon tonne avec acharnement du côté
d’Ypres, ou dans la région avoisinante, semble-t-il. Aujourd’hui, deux Messes
basses, pas de Vêpres. Reine Lamps (53) est morte
hier; demain Messe à 7 h.30 pour elle, le service aura lieu plus tard. Mardi
28 mai : Je sors ce cahier d’une
cachette où je l’avais mis hier, en prévision de l’invasion qu’on nous
annonçait imminente ; c’est la raison pour laquelle je n’ai rien écrit.
Nous avons appris hier après-dîner que l’ennemi était à la Courte-Croix ; nous avons aussitôt été chercher la
mère de Gilbert, et avons descendu à la cave du linge, des chaises, des
couvertures, des victuailles et le réchaud, de façon à pouvoir résister le
plus longtemps possible. Les troupes passent toute la journée sans
interruption ; elles vont vers le Mont des Cats
et le Mont Noir ; d’autres arrivent ensuite, qui rejoignent la route
d’Hazebrouck. Nous remontons souper de bonne heure, et nous établissons à la
cave pour la nuit. Vers le matin, nous sommes bombardés, par deux obus à la
fois, vers Bailleul ; un obus tombe… Jeudi
30 mai : J’allais écrire : un obus
tombe au coin de notre rue, près de la route Nationale, en face chez O. Loridan (54): un soldat français est tué, trois
blessés. Lundi 27, on arrangeait les toitures endommagées ; les travaux
avaient cessé chez I. Malbrancke à 13 h. Ce qu’il y a d’affolant, ce
sont les bombardiers ennemis qui passent chaque jour plusieurs fois, au
nombre de 20 à 50, avec un vrombissement qui ressemble à un mugissement de
sirène. Melle Philomène a apporté son
cierge bénit, qu’on allume pendant chaque alerte, afin qu’il prie avec nous
et pour nous. Le 28 au matin les soldats français arrivent ; Mr le Doyen
amène un lieutenant blessé pour lui faire un pansement ; celui-ci nous
réconforte. Il affirme que l’ennemi n’est pas à Hazebrouck, que tiennent les
Anglais, mais peut-être à St-Omer, et qu’on
l’attaque à Boulogne et dans la Marne. Les soldats français viennent assez
nombreux prendre du café ; quelques-uns sont démoralisés. Berthe (55)
cuit des haricots, car nous pourrions manquer de pain. Nous faisons chaque
repas à la hâte puis redescendons à la cave. Les troupes s’en vont ;
nous ne pouvons rien conjecturer, mais nous comprenons que la situation est
inquiétante, angoissante. Nous descendons des traversins pour mettre sur des
chaises, en guise de matelas, pour y passer la nuit. La nuit… la plus
terrible, sans doute, que nous dussions vivre… Nous avons d’abord pu dormir.
Puis sans doute vers le matin (nous ne nous souvenons plus) le bombardement
commence. Les obus ne sont pas de gros calibre, mais nous recevons aussi
beaucoup de bombes, celles-ci toutes dans notre voisinage, une batterie de
canons se trouvant ici dans la rue, devant chez nous. Mr le Doyen nous dira
par la suite qu’il est parti avec Marie (56) après avoir reçu une bombe à
côté de sa cuisine, c’est-à-dire assez tôt. Nous allumons un nouveau cierge
bénit, et nous prions, nous prions… avec l’accent du désespoir… Combien de
fois ne réciterons-nous pas en commun l’acte de contrition ! Lors de la
chute des bombes, la cave oscille littéralement… Et les canons de la batterie
tirent sans arrêt, et les obus et les bombes leur répondent, toujours sur
notre petit coin… Nous sommes à bout de prier, et c’est dans notre désespoir
même que nous retrouvons par moments la force de recommencer. Mais la
situation est devenue intenable, il faudra partir…on se chausse et s’habille
en conséquence. Pour ma part, je ne vois aucune possibilité de fuite, étant
trois invalides sur cinq ; s’il faut s’y résigner, je conseille
l’abandon de tout bagage, sauf les valeurs… Personne ne veut prendre de
décision ; je conseille la récitation d’un chapelet pour les Ames du
Purgatoire, afin d’avoir une indication. Ce chapelet, comme les précédents,
est très fréquemment interrompu par des invocations succédant à la chute de
bombes ; après chaque dizaine, nous disons celle-ci : Esprit-Saint dirigez nos pas ! Le chapelet fini,
quelques obus arrivent, et nous nous rendons compte qu’une fuite est
impossible. Je conseille d’offrir notre vie pour la France et pour notre
famille, et d’attendre avec confiance. Les canons tirent toujours, et
toujours on leur répond… Ces artilleurs anglais ont vraiment fait montre de
courage. Plusieurs fois, il y a eu de courts arrêts de bombardement et, à
chaque fois, nous avons cru que la résistance était finie. Avouons-le, nous
le déplorions avec, cependant, une espérance : nous voulions bien
continuer à subir ce martyre si nos armes devaient vaincre… mais, tant qu’ à devoir céder… pardon, mon Dieu !… mais la
délivrance de cet enfer, s’il vous plaît…Grâce au réchaud, le matin nous
avons pris une tasse de café très fort ; ensuite, un peu de chocolat en
tablette ; ce sera tout jusqu’ à midi. Enfin… à quelle heure ? Nous
ne nous remémorons plus rien du temps, nous ne savons plus, c’est bien le cas
de le dire, comment nous vivons. A ce moment-là, donc, le canon cesse pour
faire place à la mitrailleuse. On entend en même temps fendre du bois, nous
nous rendrons compte par la suite que c’est pour mettre le feu aux tracteurs
des canons. Puis on entend une auto arriver, sans doute pour chercher les
artilleurs qui, répétons-le, ont fait preuve de beaucoup de courage. Un quart d’heure après, nous savons que
nous sommes envahis. Quelles ruines… Nous sommes encore parmi les
privilégiés, la maison n’a rien reçu directement. Merci, mon Dieu !… Mr
le Chanoine arrive pour une lecture, en même temps que deux ou trois
obus ; il affirme du reste que rien ne vient de tomber. La veille déjà,
nous avions commencé une lecture, et dû interrompre à cause d’un bombardement
aérien. Mr le Doyen a passé la plus grande partie du bombardement chez G. Herreman (57); I. Malbrancke
a été chez son frère, Paul (58) a été blessé au bras, G. Deliesche
(59) est blessé aux reins. Les maisons de J. Croës
(60) et A. Houvenaghel (61) étaient brûlées lorsque
nous sommes sorties de la cave, celle de N. Cateau
(52) flambe ensuite. Peu à peu, on voit ici et là quelques civils. Mr le
Doyen revient, et nous apprend qu’il avait, la veille, mardi 28, enlevé le St
Sacrement à l’église et à l’hospice. Nous descendons des matelas à la cave
pour y dormir plus commodément. Nous dînons à la cave, dans une assiette sur
nos genoux ; le soir nous mangerons dans la cuisine. Aujourd’hui jeudi, Mr le Doyen
dit la Messe à l’église ; dès maintenant il faut le prévenir d’avance si
on veut faire la Ste Communion et ce, au cours de la Messe seulement. I.Malbrancke nous apprend qu’il est parti vers 4 h. du
matin par chez Van Egroo ; c’est dans le
jardin que Paul a été blessé. Les gens tâchent un peu partout de se
réinstaller ; on pille plus ou moins les maisons inhabitées. F. Decuyper (63) a été tuée, ainsi que deux enfants de
réfugiés bailleulois (64). Tout au long du
bombardement, nous n’avions cessé de penser aux habitants de la ferme, nous
demandant s’ils avaient pu rester chez eux, si aucun d’eux n’avait été
atteint ; le soir Marcel et Yvonne (65) viennent nous dire qu’ils ont
été bombardés, mais qu’aucun d’eux n’est blessé ; seuls, deux chevaux et
deux vaches ont été tués. Les troupes sont passées très nombreuses hier, et
vraisemblablement aussi cette nuit ; nous voulons trouver là l’assurance
que les alliés, trop éloignés, ne nous bombarderont pas. Samedi 1er juin : Hier matin, fête du
Sacré-Cœur, une cinquantaine de personnes ont communié au cours de la Messe
de 7 h.1/2, dite pour F. Decuyper, dont le corps
était présent. Dès ce jour, Mr le Doyen ne consacrera que suivant le nombre
de communiants, car l’église est dans un tel état qu’il n’est plus possible
de conserver le St-Sacrement. Les gens commencent à
rentrer chez eux. Nous avons reçu la visite de Gilbert et Fernande ;
nous sommes toujours sans nouvelles de Lucienne et de sa famille. A midi, diverses personnes ont
été invitées à quitter leur maison
dans un délai de 30 minutes : Mme P. Bertheloot
(66), E. Huchette (67), Melle Debruyne ;
les dames de l’école libre ont eu 8 minutes. Les soldats s’installent ainsi
un peu partout. Ils sont entrés chez M. Legrand hier dans la journée ;
ce matin, en leur absence, je suis allée fermer la porte. On a enlevé les
meubles du salon, sauf un fauteuil, et les meubles de la salle à manger. Les réfugiés français, et
surtout les Belges, passent très nombreux, retournant chez eux. Qu’est devenu
notre cher ami Mr Roussel ? Bien souvent nous nous posons la
question ; la nuit dernière spécialement, j’ai bien prié pour lui, je
crois, car j’ai toujours pensé à ceux qui se trouvaient alors bombardé. Cet après-midi, un corps calciné de
soldat anglais qui traînait prés d’un camion a été enlevé ; sans doute
enterrera-t-on en même temps ce qui reste d’un autre carbonisé à son volant. Dimanche
19 août 1945 La belle, la bonne journée !!! Cet après-midi, les
Comités de Prisonniers de Guerre devaient se dissoudre, après remise du
carnet de pécule aux derniers rentrés, et leur passer la main pour la
constitution d’un nouveau Comité. Et voilà qu’à 10 h. un télégramme annonce
l’arrivée, le jour même, du dernier prisonnier, Roger Bécuwe.
Aussitôt, les organisateurs décident de retarder de deux heures la réunion
projetée et d’aller en cortège recevoir à l’entrée du village leur camarade
qu’une auto y amènera ; ils réunissent à la hâte quelques musiciens pour
rehausser la cérémonie. Par ailleurs, Mr le Doyen, qui a permis de faire
sonner les cloches, traîne les Vêpres en longueur et retarde le Salut d’ une demi-heure. Mais nul n’avait pu être prévenu, et
c’est tout juste si le contour de l’église a pu pavoiser. Au son des cloches
et de la musique, chacun s’est demandé ce qu’il y avait, et on a vu les gens
accourir, émus aux larmes, rejoindre à l’église le cortège. Beaucoup de
femmes étaient en cheveux, n’ayant pas eu le temps de réfléchir même ;
il a fallu saisir la minute au vol. Mais que c’était émouvant ! Pour Méteren, c’est
aujourd’hui qu’on a vraiment fêté la Victoire. Avec moins de préparatifs,
moins d’apparat, sans doute, mais avec quel cœur ! Ils sont tous là,
ceux qui ont si longtemps captivé nos meilleures pensées ! Valentine Buttin Renseignements
relatifs aux renvois du texte du cahier :
Et pour suivre : Enfin si vous
voulez savoir pourquoi Valentine avait du caractère, lisez ce qui suit. Vous
y découvrirez
qu ' elle était l'arrière-petite-nièce de Louis Fruchart surnommé « Louis XVII », dit aussi « le chouan des Flandres » Louis FRUCHART (1791 - 1851) dit « Louis XVII » Louis, Célestin, Joseph FRUCHART est né le 30 janvier 1791 à Merville au lieudit «Le Robermetz ». Son père Pierre-Joseph FRUCHART, cultivateur aisé, est natif de La Gorgue et sa mère, Caroline-Françoise DESCHILDRE est originaire de Merville. Louis FRUCHART est le second d'une famille de sept enfants comptant 4 garçons (Pierre, Louis, Benoit et Daniel, mort jeune) et trois filles (Augustine, Catherine et Pauline). Comme la majorité de la population des campagnes du Nord, ses parents sont catholiques et fidèles au roi. La mère de Louis FRUCHART aurait failli être écharpée sur la place de La Gorgue pour avoir foulé aux pieds la cocarde tricolore. C' est en 1813, lors de la révolte des conscrits, que Louis FRUCHART va connaître son heure de gloire et vivre une surprenante épopée. Après la retraite de Russie (1812) et la défaite de Leipzig (1813) 1' armée impériale est décimée et Napoléon doit procéder à des levées répétées de conscrits pour défendre les frontières menacées par 1' Europe entière. Les classes 1803 à 1807 sont incorporées pour la deuxième fois, celles de 1808 à 1814 pour la troisième fois et celles de 1809 à 1812 pour la quatrième ! Le 22 novembre 1813,jour prévu pour la revue des conscrits, le Sous-Préfet d' Hazebrouck doit faire face à une véritable émeute des conscrits excédés par ces mobilisations à répétition. La sous-préfecture est entièrement saccagée et les rebelles se replient en forêt de Nieppe. Le mouvement va s' étendre au département du Nord (Avesnes, Dunkerque) et aux arrondissements de Bruges et Ypres, alors français. Les rebelles vont se donner un chef. Le 16 décembre 1813, c' est jour de marché à Estaires et soudain la foule est en émoi. La cause c' est 1' apparition d' un fort gaillard. Vingt deux ans, de haute taille, solidement bâti, les sourcils épais, le front haut...l'allure autoritaire, bien campé sur son cheval...une paire de pistolets à la ceinture, le sabre pendant sur les flancs de sa monture, botté, éperonné, couvert d' une blouse bleue, coiffé d' un large chapeau noir, omé d' une cocarde blanche, sur laquelle se détache un papier portant inscrits ces mots : Je combats pour Louis XVII, surmonté de trois fleurs de lys. Le personnage à l'allure mâle et décidée, rustique et soldatesque, donne l'impression d'un parfait aventurier ; aussitôt, de bouche en bouche, un nom vole : Fruchart ! . Il harangue la foule, 1' exhorte à aider les Alliés à rétablir les Bourbons, à refuser de servir le tyran. On 1' acclame, on 1' escorte et il sort librement d' Estaires. Ses lieutenants battent la campagne. Le 24 décembre on compte près de 2000 insurgés. Le 26, ils affronteront victorieusement à Merville un détachement militaire envoyé de Lille pour réprimer la sédition dans 1' arrondissement d' Hazebrouck. La révolte des paysans commence par une victoire qui provoque un grand émoi à Paris. Le 1er décembre 1813, 1' Empereur charge le général Boyer d' arrêter les séditieux, de fusiller les hommes armés. Mais les insurgés se sont dispersés ou, comme Fruchart, ont gagné le département de la Lys (Bruges, Courtrai) où ils rameutent les insoumis et accomplissent maints exploits pour préparer le terrain aux armées coalisées. A la mi-janvier 1814, Fruchart rentre à Merville où, à la révolte ouverte, a succédé une résistance passive, mais la sédition couve toujours. Il parcourt la campagne, échappe plusieurs fois à la capture, excite les courages et prêche 1' insurrection. Mais la défense de 1' Etat exige des troupes à Bruxelles où sont appelées d' urgence les garnisons de Merville, Estaires, Cassel et Hazebrouck. Dès lors 1' arrondissement d' Hazebrouck, totalement dégarni, est livré aux insoumis. Fruchart est à la tête d' un millier d'hommes et, à la mi-février, assaille partout victorieusement les détachements impériaux qui traversent la contrée. La rébellion s' étend à la quasi totalité du département et aux arrondissements de St-Pol, Béthune et St-Omer. En outre, 1' invasion étrangère se précise : Bruxelles est tombée le 1er février, Bruges le 3 et le 7, l'ennemi est à Hirson. Le 11, il pénètre dans Avesnes, le 16 il est à St-Quentin ; le 16 également, des uhlans, des cosaques et des hussards entrent à Bailleul. Les troupes étrangères sont commandées par un colonel russe, le baron de Geismar. Ce dernier cherche à contacter Fruchart, dont il connaît les exploits. Les réfractaires royalistes seront des recrues dévouées. La rencontre avec Fruchart a lieu à Hazebrouck le 18 février. «Louis XVII» s' engage à accompagner le colonel de Geismar dans sa marche sur Paris ; il lui servira de guide et, partout où 1' on passera, s' efforcera de lui recruter des partisans dont il aura le commandement. La colonne conduite par « Louis XVII », symbole de 1' insurrection des campagnes contre la levée en niasse et la guerre perpétuelle, se met en route dès le 19 février. Ils sont à Saint-Pol-le jour même, le lendemain et jusqu' au 24, ils livrent un combat difficile à Doullens. Puis ils se mettent en route pour Albert, Roye, Noyon, Chauny, traversent 1' Oise, sans que leur marche en avant ne soit entravée. Au cours du mois de mars 1814, les Alliés éprouvant le besoin de regrouper leurs troupes et de coordonner leurs actions, les opérations vont se stabiliser dans les trois départements de l'Aisne, de la Somme et de 1' Oise. Mais dès le 28 mars la marche forcée en avant vers Paris reprend. Le 31 Paris capitule et Fruchart revient dans le Nord où il est signalé dès le 3 avril. Il peut être fier de son œuvre. Le 6 avril 1814, Napoléon abandonné, trahi et vaincu, abdique. Le 3 mai, Louis XVIII couche aux Tuileries. Fruchart , rentré à Merville, décoré du Lys, reprend les travaux des champs, satisfait d'avoir été utile à son roi et à sa patrie. Il cherche une ferme plus importante et la trouve à Clairmarais où il s' installe en mars 1815 avec deux de ses sœurs. Trois jours après il apprend le débarquement de Napoléon et sa marche sur Paris (Les Cent Jours : 20/3-22/6/1815). Louis XVIII se retire à Gand. Fruchart le rejoint le 13 avril, se met à son service, aidé cette fois par ses deux frères Célestin et Benoit. Ils participent à la campagne de Belgique, organisent et arment une compagnie de volontaires. Mais dès le 18 juin 1814, c' est Waterloo. Louis XVIII, remonté sur son trône, appelle à Paris
Louis Fruchart, 1'
indemnise des pertes subies dans sa ferme, lui sert une rente
et le fait sous-lieutenant porte-drapeau dans la lere
légion départementale du Nord, puis au 28e de ligne. Le 9 novembre
1815 il est élevé chevalier de la Légion d' Honneur. Le 27 novembre 1822 il est nommé
lieutenant, garde du corps du comte d'Artois,
frère du roi. A la mort de Louis XVIII, le comte d' Artois
monte sur le trône le 19 septembre
1824, sous le nom de Charles X. Il reconduit Louis Fruchart
dans son grade de garde du corps,
du roi cette fois, qu' il ne quittera plus. La
révolution de 1830 chasse Charles X, et Louis Philippe, son successeur, demeure insensible aux
sollicitations de Louis Fruchart qui est licencié, puis réformé le 25 octobre 1837. Il n' a que 46 ans. Désabusé, écoeuré de 1' ingratitude des grands, il rentre au pays et attelle ses chevaux à la charrue. Le 8 janvier 1851, Louis Fruchart s' éteignit, célibataire, à Lestrem, chez sa sœur Catherine où il s'était retiré. Il avait 60 ans. Quel fabuleux parcours ! Valentine Buttin était, par sa mère née Fruchart, 1' arrière-petite nièce de « Louis XVII ». Ce résumé fait de très larges emprunts à un ouvrage de Paul FAUCHILLE paru en 1905 et intitulé : «Une chouannerie flamande au temps de 1' Empire (1813-1814) Louis FRUCHART , dit LOUIS XVII » Paris, A. PEDONE, Editeur, 13 Rue Soufflot. Mais où sont donc passés
les huit neveux et nièces de Valentine Buttin ? Valentine Buttin, née en 1894,
restée célibataire, avait trois
sœurs : -Berthe, née en 1895, célibataire elle aussi, qui vécut
avec Valentine, Contour de l’Eglise. Elle est décédée à Méteren
en 1962. -Lucienne, née en 1898, mariée à Henri Walle, agriculteur à Vieille-Chapelle,
décédée en 1959. -Fernande (1901-1987) qui épousa Gilbert Comyn
(1899-1985), avec qui elle exploita la ferme des Sept Ormes et dont elle eut
douze enfants, dont quatre décédés en bas-âge. Un
seul d’entre eux, Maurice, habite encore Méteren.
Que sont-ils donc devenus ? 1-Marie, l’aînée, née en 1924, a
épousé un méterennois, Pierre
Jourdin.
Tous deux issus de familles d’agriculteurs, ils suivirent la voie et
partirent s’installer sur une
exploitation agricole à Cayeux-en-Santerre, dans la
Somme. Ils y jouissent de leur retraite. Ils ont eu cinq enfants. Pierre Jourdin fut pendant 42 ans maire du village de Cayeux, de
1953 à 1995 2-Marcel, né en 1926, a épousé une méterennoise, Antoinette Delannoye,
issue elle aussi d’une famille d’agriculteurs. Comme le couple précédent, ils
partirent dans la Somme pour s’installer sur une exploitation agricole à Tilloloy dont Marcel Comyn fut
maire de 1965 à 1987. Ils ont eu
également cinq enfants et sont eux aussi en retraite. 3-Yvonne, née en 1930, a épousé un méterennois, André Delannoye, le
frère d’Antoinette, précédemment citée. Et devinez la suite…Ils partirent
dans la Somme pour s’installer sur une exploitation agricole à Tilloloy. Ils ont eu quatre enfants et sont en retraite. Difficile de varier son
vocabulaire ! 4-Marguerite, née en 1933, fut religieuse chez les Petites Sœurs de Foucauld
au couvent de Banneux (Belgique) où elle est
décédée le 6 août 2007. 5-Jean, né en 1935, est marié à Marie-Claire Brugnon originaire d’Ecueil
(Marne). Après avoir été agriculteurs un moment, ils ont eu l’opportunité de
se former à la viticulture, en Champagne qui plus est, et de s’y faire un nom
à Mont-Saint-Père dans l’Aisne. Il y a été
président du Comité des Fêtes et son épouse, 1ère adjointe au
maire. Jean fut aussi conseiller prud’homme à Soissons pendant près de 25 ans
Ils ont eu trois enfants et profitent de leur retraite. 6-Maurice, né en 1937, le seul de la
fratrie qui soit resté méterennois, est marié à Lucienne Thibaut, elle aussi issue d’une
famille d’agriculteurs de Méteren. Ils reprirent
naturellement la ferme des Sept Ormes. Ils eurent quatre enfants. Maurice fut
conseiller municipal de 1983 à 2008. Les
animateurs du site sont heureux de saluer au passage ce passionné d’histoire
locale avec lequel ils ont toujours plaisir à partager leurs recherches. 7-Gérard, né en 1943, est marié à Marie-Françoise Boddaert
originaire de Bailleul. Ils ont rejoint à Tilloloy
les couples Comyn-Delannoye et Delannoye-Comyn
et y furent bien sûr agriculteurs. Ils ont eu deux enfants. Gérard est maire
de Tilloloy depuis 1987, succédant ainsi à son
frère Marcel. 8-Françoise, née en 1946 a épousé un
breton, André Le Martret,
dont elle est veuve. Ils étaient bien entendu agriculteurs et exerçaient à Le
Plouha, Côtes du Nord. Ils ont eu
trois enfants ensemble et ont élevé six, car André en avait trois de
son premier mariage.
Gilbert et Fernande COMYN et leurs huit enfants en
1959.
De gauche
à droite, en avant et accroupis : Marcel, Marguerite, Françoise, Derrière : Marie, Jean, Gilbert le père,
Gérard, Fernande la maman, Maurice, Yvonne.
Les parents Gilbert et Fernande Comyn au centre, Valentine Buttin
à l’extrême droite, et trois couples d’enfants mariés en
1959. De G. à D. Antoinette Delannoye
et Marcel Comyn, Marie Comyn
et Pierre Jourdin, André Delannoye
et Yvonne Comyn Rédigé en collaboration avec la famille Comyn 30 mai 2009 D.F. – J.P.D |