II – 6 : de la Révolution à 1900

 

1)           La Révolution :

 

 

La prise de la Bastille le 14 juillet 1789

 

Repères historiques :

 

Louis XVI, roi de France de 1774 à 1791, roi des Français de 1791 à 1792, époux de Marie-Antoinette d’Autriche, exécuté le 21 janvier 1793.

 

De nombreux évènements importants jalonnent la période révolutionnaire :

 

Réunion des Etats généraux le 5 mai 1789.

Assemblée Nationale Constituante le 23 juin 1789 (Serment du Jeu de paume) .

Prise de la Bastille 14 juillet 1789

Abolition des privilèges le 4 août 1789

Fuite du Roi le 20 juin 1791

Invasion du territoire, Valmy, septembre 1792

La Convention (sept.1792 – oct. 1795)

La Terreur (1793 – 1794)

Le Directoire (1795 – 1799), Bonaparte, les guerres d’Itale, d’Allemagne, la campagne d’Egypte.

 

 

Les évènements à Méteren lors de la Révolution

 

L’Abbé Béhague a analysé de manière très approfondie cette période mouvementée de l’histoire méterennoise, bien qu’il ait été limité dans ses investigations par l’absence d’archives communales pour les périodes allant de 1775 à 1790 (préparation de la Révolution) puis de 1795 à 1835 (fin de la Révolution et époque de reconstitution).

 

De la consultation des archives, hélas partielles, il lui semble ressortir un sentiment de lutte continuelle aux épisodes multiples :

 

-         lutte de la municipalité, bousculée par les évènements et comme traquée par les ordres et les exigences de l’autorité supérieure, contre les idées nouvelles et les mesures légales,

 

-         lutte au sein de la population, entre l’agitation d’une minorité bruyante mais superficielle, et le conservatisme foncier et tenace de la grande majorité,

 

-         sur le plan économique, lutte patiente et souvent madrée de la population qui voulait travailler et vivre, contre les entraves de tout genre apportées à son activité.

 

Dans le cadre du rapide survol historique que nous proposons sur ce site, nous avons été obligés de nous limiter et nous avons retenu  quatre thèmes :

 

-  Les cahiers de doléances.

 

- Les municipalités de la Révolution.

 

- Les mesures antireligieuses

 

- Les émigrés méterennois.

 

 

a)    Les cahiers de doléances de Méteren :

 

Les paroisses ont été invitées à rédiger des cahier de doléances (cdd) en vue de la préparation des Etats Généraux convoqués pour le 5 mai 1789. Dès le début de l’année 1789 on fait appel aux paroissiens. Trois « suppliques » sont déposées à Méteren. Elles reflètent les trois courants d’opinion qui s’expriment alors dans la paroisse :

 

 

La supplique de douze cultivateurs « paisibles » :

Elle s’élève contre :

- le trop grand nombre d’impôts secondaires,

- le mode de perception des impôts : les décimateurs devraient payer proportionnellement à leurs encaissements de dîme , ne plus  détruire les haies, laisser le droit de fusil aux paysans,

- les confréries de chemins (steenghilde) qui devraient être organisées au niveau du district et non plus de la paroisse, pour une meilleure continuité,

-les exemptions trop nombreuses du droit de moulage (moulins banaux) 

Elle réclame enfin une publicité des comptes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La supplique des six futurs « girondins » :

 

Elle est  uniquement axée sur des revendications à caractère fiscal :

 

Les impôts sont trop lourds et écrasent le peuple. Il s’ensuit une énumération historiquement intéressante et chiffrée des divers impôts supportés à l’époque. (op.cit. page 152).

 

Le droit d’aumône au profit des pauvres doit être transféré sur les seuls propriétaires terriens au lieu d’être supporté par tous les habitants. C’est le retour au système antérieur établi en 1672 qui est réclamé.

 

La supplique des futurs « montagnards » :

 

Elle est animée par un ton de révolte démocratique et les citoyens qui la rédigent se retrouveront  tous les six parmi les fondateurs en 1793 de la Société populaire et montagnarde. Elle n’en n’est pas moins respectueuse de la personne de Louis XVI.

 

Elle est presque entièrement consacrée, comme la précédente,  à la réforme nécessaire du droit d’aumône qu’elle juge « trop avantageuse aux grands laboureurs ».

 

La synthèse de la municipalité :

 

Ainsi éclairée des voeux et récriminations de ses concitoyens, la municipalité, échevins et notables, se réunit le 26 mars 1789 sous la présidence du bailli Mathieu Sériez. Elle élit d’abord les délégués qui la représenteront aux assemblées du baillage à Bailleul.

Sont nommés le bailli Seriez, Jean-Joseph Delassus, Pierre Vanuxem, Pierre Syssau, Jacques Deswarte et le greffier Huyghe.

Puis elle discute les doléances et vœux qu’elle rédige en six articles. Vous trouverez en annexe ( cliquer ici) l’intégralité de ce texte.

 

Conclusion :

 Ces doléances sont pleines de mesure et de sagesse. Elles n’ont rien de révolutionnaire. Une seules chose intéresse nos municipaux : les impositions. Ils ne se plaignent pas de l’impôt, mais seulement de son mode de perception : il faudrait supprimer les intermédiaires, les « fermiers » des domaines et simplifier les rouages. Ils veulent que les décimateurs paient leur part des impôts.

Ils proposent de faire droit aux réclamations des habitants concernant l’impopulaire taxe d’aumône et de la remplacer par un octroi sur les vins et bières débités ainsi qu’on faisait jadis.

Les réformes désirées ne font pas appel  à un régime nouveau. Elles souhaitent un retour vers le passé. On n’est pas plus traditionaliste et conservateur.

 

 

 

 

 

 

b) Les municipalités de la Révolution :

 

     Trois municipalités, dont nous possédons les archives, vont se succéder sur la courte période du 12 février 1790 au 8 novembre 1795 :

 

 

-         celle de Joseph DELASSUS  (1790 / 1792) au cours de la période de la Constituante

 

 

-          

-         celle de Benoît HUYGHE  (1792 / 1793) au cours de la période de la Convention

 

 

-          

-         celle d’ Emmanuel BERTHELOOT  (1793 / 1795) au cours de la période de la Terreur et du début du Directoire.

 

 

 

 

 

Officier municipal

 
 

 

 


b1) la municipalité de Joseph DELASSUS du 12 février 1790 au 7 novembre 1792 :

L’élection du premier « Conseil Général » de la commune fut laborieux et dura deux jours. Le bailli avait convoqué à l’église les 97 « citoyens actifs » de la commune. Ils se réunissent le 12 février 1790 sous la présidence du curé Theeten ( !). Joseph Delassus est élu Maire au 2e tour par 52 voix. Le lendemain ils élisent les officiers municipaux : Pierre Decherf, Jacques De Swarte, Jacques Van de Velde, Frans Vanuxem et Antoine Deloux. Pour l’élection du Procureur de la commune c’est Mansuet De Beer qui sort au 3e tour tandis que le secrétaire du Conseil est Benoît Huyghe.

La municipalité est nettement conservatrice et tout se passe comme si la réunion des Etats Généraux et la prise de la Bastille n’avaient rien changé.

C’est ainsi que le règlement de police municipale adopté sera celui qui était en usage auparavant. Il en sera de même pour le règlement du Bureau de Bienfaisance et celui des chemins. La municipalité traîne les pieds pour envoyer les documents réclamés par le département et le district d’Hazebrouck. L’évaluation des biens nationaux, le recensement de la population, les évaluations foncières pour la fixation des contributions sont envoyés avec plus d’une année de retard ! On sent percer la défiance, voire une certaine hostilité à l’égard du nouveau régime

 

 

 

 

La mise en place de la Garde Nationale prévue par un décret du 20 juin 1790 jette un peu d’émoi dans la commune. Ce n’est au début qu’une espèce de gendarmerie municipale composée de citoyens actifs et qui reste sans emploi jusqu’en juin 1791, période de la fuite du Roi durant laquelle il faut signaler tout mouvement suspect dans la commune. Mais cela ne dura que quelques jours après lesquels le pouvoir réorganise la garde nationale en compagnies de volontaires rassemblés à Bailleul. Mais à Méteren on fait traîner les choses puisqu’en mai 1792, rien n’est toujours organisé. Il faudra attendre qu’à la suite de la proclamation de la République (22/9/1792) la guerre éclate à la frontière du Nord pour que la municipalité réagisse, mais pas dans le sens souhaité par les autorités . En effet elle s’insurge contre l’envoi de volontaires qu’elle juge « injuste, désastreuse et inutile ». Aucun volontaire ne se manifeste, c’est la résistance passive.

La proclamation de la République est suivie de nouvelles élections début novembre 1792. La levée de volontaires et les persécutions religieuses, que nous aborderons un peu plus loin, vont porter à la tête de la commune une municipalité carrément réactionnaire.

 

b2) La municipalité de Benoît HUYGHE du 8 novembre 1792 au 8 avril 1793

 

Joseph DELASSUS était souple et conciliant, Benoît HUYGHE était autoritaire par tempérament et il prit de suite une attitude de résistance énergique. Mathieu DECREUS qui a refusé de servir le curé constitutionnel, retrouve sa fonction d’officier public (Etat-Civil) et l’on forme le tribunal de police.

Le premier travail de ce tribunal sera de déférer le citoyen Pierre DENIER, partisan des idées nouvelles, ancien collecteur d’impôts qui refusait de reverser à la commune des sommes restées en sa possession. Cette action contre Denier va provoquer une violente diatribe avec le District. Benoît Huyghe ne désarme pas et réagit en provocateur, réclamant un prêtre pour la paroisse. Le district lui en envoie un, le citoyen COUPRANT, élu par le Directoire d’Hazebrouck. M.Huyghe rejette tout d’abord cette nomination pour vice de forme, mais COUPRANT, marié et père de six enfants, s’installe et prête serment. Il lie connaissance avec quelques « vauriens », prépare la mise en place d’un « Comité de Surveillance » et prend un rôle actif dans la fondation de la « Société Montagnarde ».

 

L’exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793 entraîna une nouvelle coalition contre la France, la guerre extérieure s’ajouta aux troubles intérieurs (Vendée notamment). On appela le quart des volontaires, 21 pour Méteren, mais le Maire HUYGHE rassemble la population le 14 mars, laquelle décide que ces 21 volontaires seront affectés à la seule « sûreté de leurs foyers ». C’est l’affrontement avec le District de Bailleul. B.HUYGHE et tous les officiers municipaux sont suspendus le 8 avril.

 

b3) La municipalité d’ Emmanuel BERTHELOOT du 9 avril 1793 au 18 juillet 1795

 

On ne sait pas dans quelles conditions cette municipalité fut installée car il n’y a pas trace d’élection.

Emmanuel BERTHELOOT est issu d’une vieille famille terrienne, mais il a abandonné la culture, il est médecin et républicain gagné aux idées nouvelles. Il est entouré d’officiers municipaux modérés, des girondins comme lui, notamment Schrevel et Tancré.

Mais à Paris les choses s’accélèrent, la Terreur s’installe. Les prêtres réfractaires sont déportés, des commissaires sont nommés pour traquer les suspects. A Méteren les « jacobins » Denier et Couprant recrutent et s’organisent. Le conseil municipal est très divisé, Pierre Denier y triomphe et se prépare à imposer sa dictature.

Sa « bande », Mathieu Delaetre aubergiste, Pierre Bubbe brasseur, François Vanuxem agent national et trois autres Denier, Jean-Baptiste, François et Léandre, réclame la constitution d’un Comité de Salut Public que la municipalité installera le 20 août. Outre les six pétitionnaires ci-dessus il comprend Couprant, curé intrus, Lacaes, Daniel Valkenaere, gardien des biens d’émigrés, Pierre Baelde, François Vitse et Charles Schrevel. Ces hommes s’érigent en commission de surveillance. Ils s’appuient sur la loi du 17 septembre, dite loi des suspects, pour révoquer à nouveau Mathieu Decreus de sa fonction d’officier public, et pour inviter la population à dénoncer tous ceux qui tiennent des propos contraires aux libertés républicaines.

 

 

Le comité s’attelle ensuite à l’inventaire et à la vente des biens d’émigrés, mais sa vigilance républicaine va devoir se concentrer sur un autre terrain, celui de la conscription : tous les citoyens de 18 à 25 ans, non mariés ou veufs sans enfants, doivent se présenter le 14 septembre à Hazebrouck pour s’organiser en compagnies et de là, rejoindre Bergues. Nombre de jeunes gens passent prudemment la frontière, d’autres ne répondent pas et le comité les traque. Leurs biens sont confisqués et vendus publiquement..

L’anarchie règne dans l’administration municipale. La municipalité règne mais ne gouverne pas. C’est la commission de surveillance qui détient le pouvoir et reçoit les instructions du district. Mais bientôt la Commission de Surveillance elle-même, bien que triée sur le volet, ne donnera plus de garanties suffisantes de civisme. A Paris la Terreur est maîtresse et les clubs sont tout puissants. Il faut qu’il y ait un club tout puissant également dans chaque village. Ce sera :

 

La Société Populaire et Montagnarde et un exemple de manifestation révolutionnaire à Méteren :

 

Elle voit le jour le 13 décembre 1793.  On fait sonner la cloche pour assembler tous les citoyens dans l’église et devant la population on constitue un bureau provisoire avec Couprant comme Président et Dennetier comme secrétaire, puis on passe, par acclamation,  à la réception des citoyens candidats qui vont constituer le noyau de la Société Populaire et Montagnarde : Pierre Denier, Mathieu Delaetre, Pierre Bubbe, Baelde, J.B Denier, Ch. Schrevel, J.P. Walbrou, P. Pruvost, J. Beau, P. Cabotse, Cleenewerck, Lenière, Vuicart, Cnapelynck, Loyette, Dennetier, J.B. Fache, Ch. Claro et François Denier. Des noms déjà connus pour la majorité d’entre eux.

On fait des discours énergiques et l’on donne rendez-vous le lendemain pour une manifestation grandiose. Il s’agit de faire dans le cimetière un feu de joie des saints de toutes couleurs qui se trouvent tant dans l’intérieur qu’ à l’extérieur de l’église. On fait sonner la cloche et l’on annonce dans les rues que ceux qui ne se rendraient pas à la manifestation  seraient considérés comme suspects. Puis l’on fait chercher chez elles six femmes désignées comme étant les plus fanatiques (pieuses) pour mettre le feu au bûcher.

Le  cortège, auquel participe un régiment de Douai en cantonnement dans le village, fait le tour du cimetière au rythme des tambours puis se range en cercle autour du bûcher, les six femmes mettent le feu, les cloches sonnent à toute volée, et tout le monde danse la Carmagnole. Une scène digne de la Terreur.

Les menées révolutionnaires prendront d’autres aspects par la suite : visites domiciliaires chez les suspects, destruction des signes de la royauté et de la féodalité, dénonciation de jeunes gens « malades », envois de métaux au district…

 

Mais les temps changent. A Paris  l’élimination de Robespierre et des autres montagnards annonce des changements profonds.

 

 

c)     Les mesures anti- religieuses :

 

Plusieurs mesures vont se succéder :

 

Le décret du 2 novembre 1789 par lequel les biens du clergé sont mis à la disposition de la Nation.

Tandis que la mairie met plus d’un an pour établir le tableau de ces biens nationaux, surtout des terres, leurs occupants doivent produire leurs baux et verser leurs fermages à la caisse du district et non plus au clergé. Celui-ci est sommé de faire la déclaration de tous ses biens. Le curé Theeten la rédige le 20 mars 1790. Puis c’est le décret fixant la vente des biens ecclésiastiques . Le Conseil s’en porte acquéreur dans un premier temps puis les rétrocède aux occupants.

 

 

Le 12 juillet 1790 l’Assemblée Constituante adopte la Constitution Civile du clergé que le Roi n’entérinera que le 24 août 1792. Les évêques et les curés sont tenus de prêter serment à la Constitution en ces termes : « Je m’engage à veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse, à être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, à maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le Roi ». On oppose les prêtres « constitutionnels » qui acceptent de prêter serment et les prêtres « réfractaires » qui ne veulent reconnaître que l’autorité du Pape. Les deux prêtres de la paroisse de Méteren, le curé Theeten et le vicaire Plantefyne refusent de prêter serment mais ils n’en continuent pas moins à exercer leur ministère, au moins jusqu’au 30 avril 1792, date à laquelle ils sont convoqués à Cambrai sous 24 heures.

C’est le signal de l’émigration pour beaucoup de prêtres réfractaires dont ceux de Méteren : le curé Augustin Theeten émigre le 6 mai 1792. L’abbé Plantefyne semble s’être retiré dans sa famille à Ypres, en territoire « autrichien » pour n’émigrer ensuite que devant l’avance des troupes républicaines.

 

 

L’arrivée de «  l’intrus » début mai 1792 :

 

Le curé Theeten à peine parti arrive, début mai 1792, le curé  assermenté Matthys, qui vient de Bruges, comme son supérieur, le vicaire épiscopal du district d’Hazebrouck Vervisch, assermenté lui aussi.

Matthys sera rapidement en butte à l’hostilité de la municipalité et n’aura guère de consolation auprès de ses paroissiens qui n’assistent pas à ses offices et ne s’adressent pas à lui pour les baptêmes et les mariages. Il ne restera que six mois à Méteren où l’on est heureux de le voir partir pour Bailleul en novembre 1792. Il y exercera  le ministère seul, sans vicaire. Il y sera également très mal accueilli par la municipalité avec laquelle il entrera en conflit permanent.

Son départ en 1794 fut salué par un impromptu satirique du prêtre-chansonnier de Bailleul Schoonaert :

 

Matthys

Matthys

Zyt gy wys,

Si tu es sage,

Keert uwe rugge

Tu tourneras les talons

En gaet nae Bruge.

Et partiras à Bruges

Maer doet toe Bruge beter

Mais à Bruges aie soin de mieux agir

Doet gy deed toe Belle en Meter

Que tu ne le fis à Bailleul et Méteren

 

Nous ne reviendrons pas sur le successeur de Matthys, le sieur Couprant d’Hazebrouck, curé assermenté lui aussi, marié et père de six enfants. Nous avons déjà évoqué son rôle ci-dessus (municipalités Huyghe et Bertheloot).

 

L’anarchie religieuse perdure jusqu’à la loi du 31 mai 1795 (11 prairial de l’an III) qui rouvre les églises au culte catholique. Le curé Theeten rentre à Méteren le 7 mars 1797.

On est passé entre temps sous le Directoire.

 

 

 

d)    Les émigrés méterennois :

 

Un état, officiellement dressé le 28 novembre 1795, dénombre 147 personnes émigrées, soit le quinzième de la population..

L’émigration est due à trois causes :

-les troubles religieux, le premier émigré fut le curé Theeten en mai 1792.

-le refus de l’enrôlement militaire, en septembre 1793, 44 jeunes gens d’âge militaire, de 18 à 25 ans émigrent  et parmi eux, puisque la loi rend les parents responsables, 33 sont accompagnés de leur père ou de leur mère veuve.

-la crainte de persécutions, dès le courant de 1793, mais surtout sous la menace que fait naître la fondation de la Société Montagnarde.

 

Toutes les classes de la population sont représentées : mais 88 cultivateurs et 22 ouvriers agricoles en constituent la majorité.

 

Que sont devenus ces émigrés ?

 

Certains sont rentrés le 28 novembre 1795, rassurés par l’esprit d’apaisement qui a fait ouvrir les églises, mais surtout pour éviter la vente de leurs biens.. Ils sont peu nombreux, 41 sur 147, et leur retour à chacun est certifié dans les archives par huit témoins. Quant aux jeunes gens d’âge militaire, 3 seulement sont rentrés à cette époque. Les autres sont souvent entraînés dans une vie aventureuse, comme celle que raconte le maître Boone dans son « Heureux et lointain voyage ». Beaucoup ne revinrent jamais. Boone nous dit que « son frère et quatre autres de Méteren » sont morts à Saint-Domingue, (ancien nom de l’Ile d’Haïti).

Cf « Heureux et lointain voyage fait et raconté par Philippus Boone », instituteur à Méteren, relation écrite en flamand, mi-vers, mi-prose.

 

Pour les généalogistes :

La liste nominative des émigrés méterennois figure en annexe. Le chiffre entre parenthèses qui suit chaque nom indique l’âge de la personne.

 

 

2)           Le XIXe siècle :

 

 

Repères historiques nationaux :

 

Le Consulat et l’Empire de 1799 à 1815

La Restauration – Louis XVIII, meurt en 1824

La Restauration – Journées insurrectionnelles de juillet 1830, Charles X abdique

Louis Philippe 1er, Roi des Français 1830 à 1848

La République de 1848, coup d’état du 2 décembre 1851

Le Second Empire, Napoléon III  de 1852 à 1870 – la guerre de 1870

La Troisième République à partir de 1871, la Commune de Paris 1871, constitution de 1875,  le boulangisme 1887, l’affaire Dreyfus 1897, l’acheminement vers la guerre de 1914-18

 

 

 

Les faits marquants à Méteren au cours du XIXe siècle

 

 

Nous avons vu plus haut que les archives municipales faisaient défaut pour la période courant de 1795 à 1835, de sorte que nous sommes privés de toute référence locale au Consulat, à l’Empire et à la Restauration.

 

L’impression dominante que l’on retire du survol de  la période connue (1836 à 1914) est que Méteren y atteint sa véritable dimension de bourg important. La paroisse et les municipalités successives mettent en œuvre ou accompagnent une politique de constructions d’envergure, que la guerre de 1914-18 va malheureusement réduire à néant. C’est donc à ces édifications que nous allons nous attacher.

 

La guerre de 1870 constituera le deuxième volet de ce paragraphe consacré au XIXe, ne serait-ce que pour évoquer le souvenir des méterennois qui y ont succombé, parmi eux, le Commandant Clemmer.

 

 

A)   une politique municipale et paroissiale de constructions :

 

A– 1 :  1865 L’école communale de garçons :

 

César Lauwerie, dans son livre déjà cité (p.45), nous dit qu’il ressort de ses recherches, qu’après Mathieu Decreus, sous la Révolution et Philippe Boone, un peu plus tard à son retour d’émigration, la commune connut un troisième excellent « instituteur, Monsieur Simon, qui fit la renommée de l’école de garçons de Méteren, au point d’obtenir l’adjonction d’un pensionnat » destiné à accueillir les élèves des écarts éloignés du centre. Mais M. Simon s’estime trop à l’étroit et réclame une construction moderne.

 

 En 1865 la commune construit une nouvelle école de garçons sur l’emplacement de la précédente, Rue des Quatre Fils Aymon, à l’angle formé par cette rue et la chemin dit « YOK WEG » actuelle Rue des Manoirs, où fut édifiée après la guerre, la maison Hénuset.

 

Elle avait fière allure cette école, comme on peut le constater sur la reproduction de carte postale ci-dessous : 

 

 

Ecole communale de Garçons (1865-1918)

Collection Daniel Fache.

A – 2 :  1882 -  L’hospice :

 

C’est encore à l’ancien maire, César Lauwerie (p.129) que nous empruntons les éléments d’information se rapportant à la construction de l’hospice.

 

Avant 1882  il existait dans la Doel Drève (Rue Neuve)  un refuge pouvant héberger quelques personnes nécessiteuses.

 

En 1880 l’abbé Ruckebusch, curé de Méteren reçut un don de 20 000 F qu’il consacra à la construction d’un hospice moderne, situé comme de nos jours, entre la rue Vyverput  et l’actuelle rue de l’Oseraie.

 

 Achevé en 1882 l’hospice et les 56 ares de terrain sont donnés par le curé Ruckebusch au Bureau de Bienfaisance (appelé maintenant  Bureau d’Aide Sociale)  de la commune. Il pouvait héberger une trentaine de personnes.

 

Il  sera géré par les religieuses augustines de la Congrégation des dames de Sainte Marie jusqu’en 1949, relayées à cette date par les religieuses de la Congrégation de Saint-Paul qui y resteront jusqu’en 1991. Mais entre-temps il y avait eu l’évacuation et la destruction totale de l’hospice en avril 1918.

 

 

A – 3 : 1883 – Construction d’une école communale de filles rue Vyverput :

 

En 1882 la commune achète 22 ares de terrain pour construire une école de filles et des logements d’institutrices, répondant ainsi à une obligation imposée aux communes de plus de 500 habitants par une loi de 1867.

 Il faut rappeler que depuis 1851 les filles suivaient les cours à l’école dominicale, installée dans les dépendances du presbytère et tenue par les demoiselles Dubaele qui prirent leur retraite en 1883, date de mise en service des nouveaux bâtiments scolaires. Un transfert en douceur en quelque sorte !

 

Cette école de filles était située rue Vyverput, sur un terrain voisin de celui de l’ hospice, comme on peut le constater sur la carte postale ci-dessous . A la demande de la municipalité, cette école sera dirigée, comme l’hospice, par des religieuses de la Congrégation des Dames de Sainte Marie jusqu’en 1888, soit deux années après la promulgation de la loi de laïcisation des écoles publiques communales .

 

 

 

Ecole communale de Filles et logements d’institutrices (1883 – 1918)

Au fond on aperçoit l’hospice (clocheton) construit en 1882

Collection Daniel Fache.

A – 4 : 1888 – Construction d’une école religieuse de filles rue de la Fontaine :

 

A la suite de la loi de laïcisation de 1886, le curé et les religieuses recherchent et trouvent un terrain convenant à la construction d’une école libre de filles, rue de la Fontaine, à l’emplacement de l’actuelle école libre Sainte Marie. L’inauguration des nouveaux bâtiments a lieu le 30 décembre 1888. L’école est dirigée par  des religieuses de la Congrégation augustine des Dames de Sainte Marie, comme c’était déjà le cas Rue Vyverput.

 

En vertu de la loi de 1901 sur les associations, nulle congrégation ne pouvait se former sans une autorisation légale et nul ne pouvait désormais enseigner s’il était membre d’une congrégation non autorisée. En novembre 1902 la Congrégation augustine des Dames de Sainte Marie, congrégation légalement reconnue, demande et obtient l’autorisation d’ouvrir une école libre à Méteren où les religieuses exerçaient depuis vingt ans, à la satisfaction des familles. Simple régularisation donc.

 

L’école sera, comme tout le village, totalement détruite en avril 1918 .

 

 

Ecole libre de Filles, rue de la Fontaine (1888 – 1918)

Collection Daniel Fache.

 

 

A– 5 : 1913 – Projet de construction d’un bureau de postes :

 

Le terrain, les plans de la construction, le financement, les autorisations préfectorales, tout était prêt pour passer à l’édification, mais la guerre vint interrompre la mise en œuvre du projet.

 

Les méterennois ont failli avoir un nouveau bureau de poste en 1914

 

 

 

B)   la guerre de 1870 :

 

Les hostilités, commencées le 2 août 1870, durèrent six mois, jusqu’au 1er février 1871. Dans cette lutte de six mois , il y eut deux périodes bien distinctes.

 

La période de la guerre impériale, où les armées françaises régulières furent successivement détruites, bloquées ou prises et qui est marquée principalement par les batailles de Froeschwiller (le 6 août, au cours de laquelle mourut le Commandant Clemmer – cf V-3 ci-après), de Saint-Privat, le 18 août et de Sedan, le 1er septembre. Le désastre de Sedan entraîna le renversement de l’Empire.

 

La période dite de la Défense Nationale où le gouvernement républicain tint tête à l’invasion avec des armées improvisées. Cette période est marquée principalement par le siège de Paris (10 septembre 1870 – 28 janvier 1871), par la capitulation de Metz (27 octobre 1870), et par les efforts impuissants soit de l’armée de Paris pour rompre l’investissement, soit des armées de province pour débloquer Paris

Malet & Isaac, Histoire contemporaine, Hachette, Paris, 1948

 

Faidherbe et l’Armée du Nord :

 

Après Sedan, le Général Faidherbe, qui était en poste en Algérie, fut rappelé en France le 23 novembre 1870, promu général de division et nommé commandant en chef de l’Armée du Nord le 3 décembre. Dès le 8 décembre il entamait les opérations enlevant Ham (Somme) et essayant de reprendre Amiens, obligeant par là le maréchal prussien Manteuffel à rappeler des troupes de Normandie pour les concentrer à Amiens. Faidherbe, le 23 décembre, lui livre la sanglante bataille de Pont-Noyelles (Somme) à l’issue restée indécise mais qui a eu pour résultat de forcer l’armée allemande à rester sur la Somme, sauvant ainsi Le Havre.

 

 

Faidherbe replie son armée, nettement inférieure en nombre, le 24 décembre, et établit ses troupes derrière la Scarpe, la droite appuyée à Arras, la gauche à Douai (27 décembre). Puis il tente de délivrer Péronne (Somme), bat les Prussiens à Bapaume (P. de C.) le 3 janvier 1871, mais faute de cavalerie, il ne peut poursuivre son avantage. Péronne capitule le 10 janvier et Faidherbe marche alors en direction de Paris mais il est vaincu à  St Quentin (Aisne) le 19 janvier. Il bat en retraite vers le Nord et fait camper son armée à l’abri des places du Nord : Cambrai, Douai, Valenciennes, Arras et Lille empêchant ainsi l’invasion de la région par les troupes prussiennes.

 

Des soldats méterennois ont combattu dans l’ Armée du Nord composée essentiellement d’hommes originaires du Nord et du Pas-de-Calais. On sait peu de choses de ces compatriotes mobilisés en 1870. Les écrits connus citent onze méterennois tués au cours de ce conflit, sans plus de précisions .

 

En dehors du Commandant Charles Clemmer et de son frère Auguste Clemmer, les noms suivants sont cités :Brouteele, Dequeker, Ducorney, Guévare, Houvenaghel, Osten, Plouvier, Pollet et Sepieter. Des recherches en cours permettront peut-être d’en savoir un peu plus sur ces braves.

 

Ce n’est que 40 ans plus tard, et moins de trois ans avant un nouveau conflit, que l’on songea aux anciens combattants de la guerre de 1870-71 et que l’on créa une médaille commémorative  pour les survivants.

 

 

 

Guerre de 1870  - Carte des mouvements de troupes prussiennes et des combats

 

 

 

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