II – 7 : la guerre de 1914-18

 

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Plan du Chapitre II – 7  La guerre de 1914-1918

 

1 – Les premiers mois de guerre et la présence britannique.

     

          A : La mobilisation générale

        B :  Quels casernements rejoignent-ils ?

        C : Les premiers combats auxquels ils prennent part.

              C1 : La défense des frontières.

                 C2 : Première bataille de la Marne.

        D : Pendant ce temps à Méteren et dans les environs.

        E :  La course à la mer.

        F : Les journées sombres du 9 au 13 octobre 1914 à Méteren.

              F1 : Rappel du contexte militaire.

              F2 : Méteren dans la tourmente.

              F3 : L’arrivée des Allemands.

              F4 : Les deux premiers soldats français tués sur le territoire de Méteren.

              F5 : Le combat de Méteren entendu au fond d’une cave.

        G : Octobre 1914 – Le combat de Méteren : un peu de stratégie militaire.

              G1 : Le combat anglo-allemand.

              G2 : Les troupes britanniques engagées à Méteren.

        H : Méteren à l’heure anglaise.

              H1 : La difficile cohabitation des premiers mois.

              H2 : Les restrictions à la liberté de circuler.

              H3 :Une revue des troupes de l’Empire britannique.

              H4 : What is the canadian bombing school ?

              H5: Mariages franco-anglais.

 

2 – Avril 1918, nouvelle occupation allemande et destruction du village.

 

        A : La bataille de la Lys.

             A1 : Pourquoi les Allemands attaquent-ils à cet endroit ?

             A2 : Le front des Flandres enfoncé le 9 avril 1918.

                                   La bravoure du Lieutenant-Colonel Hutchison.

             A3 : La prise de Méteren le 16 avril 1918.

             A4 : Le village en ruines.

             A5 : Tentative de reprise de Méteren par les Britanniques les 22, 23 et 24 avril 1918

             A6 : Un immense champ de ruines.

             A7 : Stabilisation de la ligne de front.

             A8 : Reprise de Méteren par les britanniques le 19 juillet 1918.

 

       B : Autres documents et témoignages disponibles sur le site .

 

             Voir dans la rubrique « Fiches d’ histoire » :

              Fiche n°3 : Témoignage de l’Aspirant Vergniaud sur la participation de la 133e D.I.

              aux combats d’avril 1918 dans le secteur de Méteren.

              Fiche n°4 : Itinéraire du 321e R.I. dans le secteur de Méteren - 2e quinz.d’avril 1918.

              Fiche n°5 : Avril 1918, la défense du Hooghenacker meulen.

              Fiche n°6 : Le 19 juillet 1918, reprise de Méteren par la 9e Division britannique.

              Fiche n°7 : Mai à juillet 1918, la Brigade Sud-Africaine et la reprise de Météren.

              Fiche n°8 : Victor Wydauw, « le soldat oublié »

 

 

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1)           Les premiers mois de guerre :

 

A) La mobilisation générale :

 

Pendant la dernière semaine de juillet 1914 des menaces de guerre se profilent à l’horizon. Le conflit austro-serbe envenime les relations diplomatiques et l’on craint son extension à l’Europe entière.

Dès le samedi 1er août à 6 heures du matin, plusieurs classes de réservistes sont rappelées, mais l’on ne croit pas la guerre imminente. Il n’en sera plus de même à 16 heures quand l’église sonnera le tocsin. La mobilisation générale venait d’être décrétée pour tous les hommes de 20 à 40 ans qui devront rejoindre leur régiment le lundi 3 août.

 

Le dimanche 2 août les gendarmes distribuent dans les mairies, qui l’affichent aussitôt, la proclamation du Gouvernement annonçant le décret de mobilisation générale. Le village est empreint d’une grande tristesse et les paroissiens se pressent nombreux et recueillis aux offices religieux.

Des scènes de désolation se produisent dans les familles, des pères de famille ayant quatre ou cinq enfants en bas-âge doivent partir.

Dans les communes rurales les moissons ne sont pas achevées et il faut laisser aux vieux parents, aux femmes et aux plus grands enfants le soin de terminer le travail. On avait tout juste admis que les paysans occupés aux batteuses pouvaient achever de battre le grain avant de prendre le départ.

 

Le lundi 3 août, jour du départ pour la grande majorité des « poilus », il fait un temps superbe qui contraste avec la tristesse des familles qui accompagnent les mobilisés jusqu’à la gare de Bailleul. C’est une véritable marée humaine qui déferle dans la Rue de la Gare. Les maisons y sont pavoisées et l’on chante « La Marseillaise » pour se donner du courage. Place de la Gare la foule est accueillie par une fanfare. Les soldats prennent place dans le train ; c’est le temps des adieux, des larmes, des dernières embrassades, des recommandations aux femmes et aux enfants, des mouchoirs qui s’agitent et des jeunes enfants que l’on hisse à bout de bras pour un dernier signe au papa.

 

 

B) Quels casernements rejoignent-ils ?

 

Les poilus de Méteren sont affectés à 90% dans les régiments d’infanterie (R.I.) et les bataillons de chasseurs à pied (B.C.P.).

Ils rejoignent essentiellement des casernements proches comme Lille (43e R.I.), Dunkerque ou Bergues (110e R.I.), Saint-Omer (8e R.I.), Arras (33e R.I.), Cambrai (1er R.I.), Béthune ( 73e R.I.), Avesnes (84e R.I.), Valenciennes (127e R.I.), mais aussi Toul (156e R.I.), Stenay (120e R.I.) et Verdun (162e et 165e R.I.). Les chasseurs à pied se répartissent principalement entre Lille (16e B.C.P.), Seclin (49e B.C.P.) et Longwy (9e B.C.P.).

Il y a peu d’artilleurs et quelques concitoyens rejoignent des régiments de Tirailleurs coloniaux, de Zouaves, d’infanterie coloniale.

 

C) Les premiers combats auxquels ils prennent part :

 

c1) La défense des frontières

Seuls concernent des méterennois les combats qui résultent de la rencontre, dans les Ardennes belges et près de Charleroi, des armées françaises parties barrer la route aux armées allemandes qui avaient violé les neutralités belge et luxembourgeoise.

 C’est dans ces combats d’Août 1914 en Ardenne belge, plus précisément dans le secteur Dinant-Givet, que les quatre premiers soldats méterennois sont tombés les 15, 23 et 24 août. Un autre est mort en défendant le passage de la Meuse, dans les Ardennes françaises, le 28.

 

*On peut trouver la liste détaillée des Morts pour la France méterennois, avec leur état-civil complet et les dates et lieux de décès, sur ce site, au paragraphe III – 5 « Les 110 méterennois morts pour la France » (Daniel FACHE)

 

c2) La première bataille de la Marne :

 

Après avoir vainement tenté de contenir les troupes du Kaiser sur le front ardennais les armées alliées sont submergées par le nombre de Cambrai aux Vosges, et l’armée allemande marche rapidement vers Paris, via l’Aisne et la Marne.

 Enivrés par la rapidité de leur progression les Allemands commettent des imprudences stratégiques qu’exploite le général Joffre, commandant en chef des armées alliées.

Au cours de la semaine décisive du 6 au 13 septembre a lieu la première bataille de la Marne,  qui se termine victorieusement pour les alliés, Paris est sauvé.

Les Allemands se replient en ordre et se retranchent derrière la rivière l’Aisne, sur le plateau du Chemin des Dames. On creuse les premières tranchées. Du 15 au 29 septembre des attaques sporadiques de part et d’autre n’aboutissent à aucun gain de terrain.

 

Les morts méterennois d’août et septembre 1914 dans ce secteur :

 

Lors de la poussée allemande dans l’Aisne, sur l’ axe Vervins - Saint-Quentin, on déplorera la mort de trois méterennois les 29, 30 et 31 août. Après même pas  un mois de guerre on pleurait déjà huit morts au village.

 

En septembre dix autres morts viennent jalonner l’itinéraire des combats et la progression allemande dans la vallée de la Marne. Trois d’entre eux sont tombés à Pontavert (02), près de Craonne, sur le Chemin des Dames.

 

D) Pendant ce temps à Méteren et dans les environs :

 

Du 3 au 6 août eurent lieu les réquisitions de chevaux. Ceux qui étaient reconnus aptes recevaient un matricules gravé au fer rouge sur le sabot postérieur gauche. L’armée avait à l’époque un gros besoin de chevaux pour la nombreuse cavalerie (dragons, hussards…) et pour l’artillerie à traction hippomobile, sans compter les transports de munitions et autres matériels.

 

A partir du 24 août, les troupes françaises avancées en Belgique refluent. De nombreux blessés sont acheminés vers Dunkerque.

 

A partir du 28 août de longues files de civils à pied ou en voiture à cheval, ou automobile, traversent le village, fuyant l’agglomération lilloise (Lille est déclarée « ville ouverte ») sur le point d’être occupée par les Allemands.

 

Le 2 septembre, on proclame la mobilisation de l’armée territoriale (hommes de plus de 40 ans) qui est en principe affectée à des travaux de creusement de tranchées, surveillance et réfection de routes et voies ferrées… mais qui n’est pas destinée à être exposée en première ligne. Les territoriaux du Nord le seront pourtant très rapidement dans le secteur de l’Yser.

 

Le 4 septembre, une auto contenant huit soldats allemands, venant de la direction de Bailleul, traverse le village à toute allure et repasse une heure après avoir été accrochée par une auto française armée d’une mitrailleuse française, près de Cassel.

 

 

E) La course à la mer :

 

Déçus par leur ruée interrompue vers Paris, les Allemands reportent leurs efforts sur le secteur Nord et tentent de couper les Anglais de leurs bases arrières que constituent les ports de Dunkerque, Calais et Boulogne. C’est ce que les historiens appellent « la course à la mer ».

Ils entreprennent des reconnaissances dans le secteur afin de tester les capacités de résistance des alliés.

C’est ainsi que dès le lundi 14 septembre un détachement d’environ 200 Uhlans venant de Belgique, passe l’Abeele par Boeschèpe, Berthen, le Schaexen, Méteren (en début de soirée), l’Haghedorn, le passage à niveau de la Belle-Croix et se dirige vers Sailly-sur-la-Lys. Ils s’arrêtent dans plusieurs agglomérations et réquisitionnent vivres et boissons.

Pendant deux semaines on accumule des renforts de part et d’autre.

 

Le 1er octobre des masses allemandes importantes, de l’ordre de dix divisions, sont signalées aux environs de Lille.

Pour protéger  Dunkerque on constitue un front passant par Cassel, Hazebrouck, Merville. Il est tenu par notre cavalerie et des régiments territoriaux.

 

A Méteren, le 5 octobre, douze Dragons allemands, sous la conduite d’un officier, traversent le village et tirent quelques coups de feu dans les environs.

 

Dans la nuit du 5 au 6 octobre des patrouilles ennemies d’avant-garde font leur apparition à Bailleul.

 

Le jeudi 8 octobre, de 11h à 15h30, un flot ininterrompu déverse dans la ville 48 000 soldats allemands et 16 000 chevaux. En même temps que St Jans-Cappel, Bailleul est livrée aux allemands.

 Ils envahissent les demeures, s’installent en maîtres, réclament du couchage, des victuailles, du vin, des liqueurs… La nuit du 8 au 9 fut une nuit de cauchemar, de cambriolage , de viols et de débauche la plus horrible.

 

Les trois kilomètres séparant Méteren de Bailleul n’allaient hélas pas tarder à être franchis.

 

 

*Les faits relatés au § D ci-dessus sont inspirés :

-         d’une série d’articles de Jérôme Ficheroulle, parus dans La Bailleuloise du mois de mai 1922 sous le titre « Pages d’histoire locale pendant la guerre 1914-18 »,

-         de « L’agonie de Bailleul » du Chanoine Lucien Detrez, Editions Ficheroulle, Bailleul 1923.

 

 

Mitrailleurs allemands

(Collection Hachette –Soldats de 1914-1918)

 

 

 

 

 F) Les journées sombres du 9 au 13 octobre 1914 à Méteren.

 

F1) Rappel du contexte militaire :

 

Dès la deuxième semaine d’octobre l’activité militaire s’est transportée de l’Artois (Lorette, Carency , Souchez, Vimy, Ablain-St-Nazaire) vers les Flandres où la pression allemande devient très forte. Le corps expéditionnaire britannique, basé dans la secteur de Fère-en-Tardenois dans l’Aisne, est transféré par train dans la région de Béthune – St Omer.

Les premières troupes britanniques, essentiellement de la cavalerie et de l’infanterie, ont commencé à débarquer le 8 octobre dans la région d’ Aire à St-Omer et atteignent le 11 la ligne de front Aire-Béthune. Rappelons que la ligne de front se prolonge ensuite par Estaires, Armentières, Wijtchate, Geluveld et passe au nord d’Ypres pour rejoindre Ostende.

 A partir de cette ligne l’ennemi effectue des incursions dans le secteur allié, en direction notamment d’Hazebrouck et de Cassel, pour tenter de percer vers les ports.

 

F2) Méteren  dans la tourmente :

 

Revenons à la chronologie des évènements :

 

Sources :

Monsieur Francis De Vos, qui habite Hazebrouck, membre éminent de l’Association Mémoire de l’Abbé Lemire, a publié le 30 janvier 2004 une intéressante plaquette intitulée « Quelques lettres de Régina de Coninck (1) à l’Abbé Lemire – La vie à Méteren de 1914 à 1917 ».

Dans ses lettres et les articles qu’elle a publiés dans le « Cri des Flandres »,  Régina décrit  avec beaucoup d’émotion et de sensibilité l’arrivée des Allemands à Méteren, les combats dans le village et la délivrance par les troupes britanniques (qui lui a inspiré un tableau).

 Elle a vécu ces douloureux évènements terrée au fond de la cave de sa maison située Rue Nationale, au centre du village.

 

La plaquette contient un autre témoignage sur les évènements d’octobre : il s’agit de la reproduction d’un article de l’Abbé Béhague sur les combats du 13 octobre 1914 à  Méteren, paru lui aussi dans le « Cri des Flandres », le 5 décembre 1915

 

·        Avec l’aimable autorisation de Monsieur De Vos nous allons faire de larges emprunts à ces textes qu’il a contribué à faire connaître à Méteren et à sauver de l’oubli.

 

 

 

    F3) L’arrivée des Allemands : 

 

Le jeudi 8 ou le vendredi 9 octobre ?

Les auteurs qui se sont penchés sur l’histoire de Méteren citent deux dates différentes pour l’arrivée des Allemands :

 

-         d’une part l’Abbé Béhague, dans « Essai d’histoire d’une commune flamande, Méteren » page 239, édition de 1932.: « En effet le jeudi 8 octobre, la panique se répand parmi les fidèles qui assistent à la messe : les Allemands sont postés devant l’église ; ils arrivent en masse toute la journée ; c’étaient des régiments bavarois… ».

 

-         d’autre part César Lauwerie, dans « Méteren, fin du XIXe siècle et début du XXe siècle », page 62, édition de 2000. « Le jeudi 8 octobre 1914, c’était la panique à Méteren, les Allemands sont postés devant l’église… » L’auteur s’inspire manifestement de l’ Abbé Béhague

 

-         Enfin Régina De Coninck dans « Ephémérides de la guerre » publié dans le « Cri des Flandres » du 31 octobre 1915 rend compte de l’arrivée des Allemands dans les termes suivants : « On avait répandu les bruits les plus terribles. Jugez de l’effroi de la population quand le vendredi 9 octobre, l’armée du général Von Reiter descendit de Bailleul à Méteren … »

 

Ce petit point d’histoire devrait être facilement tranché, nous le laissons en suspens pour l’instant et nous revenons au texte de Régina dans le « Cri des Flandres » du 31 octobre 1915.

 

« On avait répandu les bruits les plus terribles. Jugez de l’effroi de la population quand le vendredi 9 octobre l’armée du général Von Reiter descendit de Méteren à Bailleul : tous les hommes de Bailleul fuyaient par centaines avec un maigre baluchon, les nôtres suivirent. Les femmes restèrent pour préserver les demeures de la dévastation et du pillage. D’ailleurs on n’avait  pas  le temps de délibérer pour prendre une décision, et où aller ? Quelle misère attendait les errants ? On resterait coûte que coûte. Bientôt ils étaient là : une interminable file de cavaliers, de canons passaient avec un bruit infernal de ferraille, des camions automobiles de dimensions géantes, des cuisines roulantes, des bateaux en fer galvanisé, enfin de l’infanterie ; son pas lourd et pesant nous martelait le cœur. Nous regardions, découragés, passer cette formidable ruée de Germains, songeant à la prise de Dunkerque possible . Que de sang des nôtres il faudrait répandre pour chasser ces barbares ? Quelles mines arrogantes, quel aspect repoussant, avec leurs haillons déguenillés sur leurs casques ! »

 

« Toute l’après-midi, toute la nuit ils passèrent, innombrables. Ils étaient trente mille disaient-ils dans la région. Nous les regardions ahuries, lorsque vers cinq heures, un violent coup de sonnette : Ciel ! va-t-il falloir les loger ? Nous n’osions ouvrir. La sonnette retentit plus violemment et un coup de pied ébranla la porte. Je me décide à l’ouvrir toute grande en prenant un air digne. Un gigantesque officier allemand un peu surpris ébauche un salut militaire et demande poliment du logement. J’accorde deux chambres qu’il demande à voir ; il part satisfait et marque les portes à la craie ; Une heure après mes deux logeurs arrivent, l’un d’eux les bras chargés de bouteilles de vin et de liqueurs, l’autre, un géant badois, avait un air bienveillant. Ils dînèrent dehors cependant et revinrent vers les dix heures et s’enfermèrent dans leurs chambres respectives. »

« Tout l’état-major était dans le village. Il y avait une foule d’autos de maîtres. Le général était chez l’abbé Van de Walle qui était otage avec le maire et l’adjoint. La cavalerie, en rangs serrés, était massée le long des maisons et dans les prairies. Un mât de télégraphie sans fils bruissait au bout de mon jardin. Nous décidons de ne pas nous coucher et nous nous enfermons dans le salon. Les allées et venues sont continuelles ; on monte des dépêches toutes les demi-heures. Enfin vers minuit, les deux officiers se lèvent et s’en vont en disant « Adieu ». Le lendemain samedi Méteren était vide. Plus rien. »

 

Note : nous savons par César Lauwerie [1] qu’ils sont partis en direction d’Hazebrouck. Quant à ceux qui étaient cantonnés à Bailleul, ils ont pris la direction du Mont-Noir et du Mont-des-Cats [2].

Durant leur séjour à Méteren les troupes allemandes ont procédé aux habituelles réquisitions d’avoine, de pain, de lard, de chevaux et ont pillé la caisse du percepteur. [3]

Pendant ce temps les 4e, 5e, 6e (général de Mitry) et 7e (général Hely d’Oissel) divisions françaises de cavalerie ont pris position dans le secteur Hazebrouck-Béthune et s’apprêtent à recevoir d’importants renforts britanniques dépêchés en Flandre.

Les Allemands qui étaient à Méteren ont été sérieusement accrochés à Borre  et à Hazebrouck, ils se font refouler et reviennent le dimanche 11 après-midi à Méteren qu’ils mettent en état de défense

 

 

F4) Les deux premiers soldats français tués sur le territoire de Méteren  : 

(suite du récit de Régina dans le journal le Cri des Flandres du 14/11/1915)

 

« Le dimanche 11 une patrouille française traverse le village. Cependant à l’autre bout du village se dessine une silhouette d’ Allemand dans le ciel clair. Le tournant de la route le cachait aux dragons qui défilaient insouciants. On les avertit « Garde à vous, les Allemands sont là ». Ils avancent et tout à coup les apercevant mettent sabre au clair. Ils foncent sur l’ennemi. Les uhlans font volte-face mais une patrouille de cyclistes embusqués dans un verger fusille les dragons dans le dos, quatre tombent, deux s’enfuient, deux autres encore se dégagent de dessous leurs chevaux et gagnent une ruelle. Les boches se ruent sur ceux qui gisent, ils les palpent, nous pensons peut-être qu’ils les achèvent. Ils leur enlèvent leurs bottes et les laissent morts sur la route. »

 

 

En marge de l’exposition sur les Poilus de Méteren tués au cours de la guerre 1914-1918, qui a eu lieu le 11 novembre 2006 à la Salle des Fêtes de Méteren, un hommage particulier a été rendu au Sous-Lieutenant Griffa-ton et au Maréchal des Logis Godfroi, tués le 11 octobre 1914 et qui sont les deux premiers Fran-çais tués sur le territoire de Méteren. On trouvera leur itinéraire personnel et le détail des évènements dans la Fiche d’Histoire n°2

 

 
Uniforme de Dragon français à cheval

 

« Monsieur Van de Walle, notre curé, met un brassard de la Croix Rouge  et s’élance, Mademoiselle Marguerite de Swarte, qui est infirmière diplômée met aussi un brassard et avec sa jeune servante se lance à son tour au secours des blessés, sans se soucier ni du danger, ni des avertissements de sa mère. Hélas ils sont morts, l’abbé leur donne l’ultime absolution, puis aidé des voisins qui apportent du linge nous transportons les victimes à l’Hospice. Les quatre chevaux gisent dans une mare de sang. Le sous-lieutenant mort héroïquement est Monsieur Griffaton, fils d’un avocat d’Angers, le maréchal des logis, son compagnon est fils d’un agriculteur de l’Est. Oh ! les avoir vu passer pleins de force et de jeunesse et un quart d’heure à peine après inanimés ! Mademoiselle de Swarte et ses dévouées aides firent leur toilette mortuaire et semèrent autour de leurs précieux restes des fleurs rouges comme le sang vermeil répandu le premier sur notre sol. »

« Pieusement les habitants du village vinrent les voir. Pieusement je baisais leurs mains glacées et pour leurs mères nous avons pris leur photographie. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Le soir, les Allemands étant revenus, les officiers se découvrirent et restèrent un moment respectueusement silencieux puis les firent mettre en terre, ayant besoin du local pour loger leurs soldats. Ils revenaient, c’étaient les mêmes ! »

« Que signifiait ce retour ? Etait-ce une retraite ? Ils repassaient innombrables et plus vivement. De nouveau il faut en loger et cette fois c’est trois qu’ils seront. Ils ont été bien odieux avant-hier dans certaines maisons du village. Ils ont pillé les magasins de vivres et de boissons. Les femmes se plaignent de violences. On a plus d’appréhension que la première fois. »

« Il faut leur préparer leurs repas, leur donner du linge ; ils sont convenables, ils parlent bien le français, ce sont des officiers de circonstance, l’un est chimiste, l’aiutre juriste, le troisième est professeur. Ils accusent les journaux français de nous leurrer, ils plaisantent et se vantent de leurs conquêtes. Ils prendront Paris, ils iront en Angleterre quand leur flotte sera prête, ils seront vainqueurs partout, ils ne veulent pas de territoires mais la France paiera tout ! »

« Ils discutent sur la destruction de la cathédrale de Reims et ils en rendent responsables les Français, ils expliquent leur passage en Belgique, ils ont raison même dans leurs plus grands torts. Enfin la nuit vient et se passe calme. Le matin après le déjeuner ils s’en vont. Vers  9 heures, cinq autres officiers arrivent faire une perquisition. On cache un téléphone dans le village, il faut le trouver. Ils mettent des sentinelles aux issues de la maison, fusil chargé, il faut les conduire de pièce en pièce, ils furètent partout, derrière les tableaux, dans les armoires… »

« Habilement ils s’informent du maître de la maison : est-il à la guerre ? Non il est mort. Alors la perquisition cesse, ils demandent qu’on leur prépare le repas. Ils sont interrompus, partent puis reviennent. On se bat du côté du Mont des cats et de Flêtre. Les Anglais arrivent de tous côtés. « Nous aurons un combat ici même je crois » disent-ils. Ils sont inquiets, ils ont froid. Le plus jeune a 17 ans ? Arrivé depuis huit jours il n’a jamais vu le feu. Il frissonne autant que nous. »

 

F5) Le combat de Méteren entendu du fond d’une cave :

(suite du récit de Régina dans le journal le Cri des Flandres du 12/12/1915)

 

« Le lundi 12 octobre le canon allemand lance un coup de temps en temps ; on s’attend à des évènements graves ; les heures paraissent interminables, les camions passent avec des blessés, on parle du Prince de Hesse tué au Mont des Cats où le combat a duré très peu. La côte est occupée par l’armée anglaise dont le front s’étend jusqu’à Strazeele. Une batterie est installée près de la ferme Deman et ses feux convergent avec ceux de la batterie du Mont des Cats sur Méteren. Néanmoins ces canons sont encore muets ; toute la nuit, les cinq allemands, des prussiens de Berlin, reposent lourdement ; je ne puis dormir une minute, je suis très inquiète, des centaines de personnes sont venues se réfugier dans la cave de la brasserie de Swarte.

Mardi 13, je décide de rester dans la mienne, nous y transportons de la lumière, des provisions, des sièges. Les Allemands aident à l’installation : « N’ayez pas peur disent-ils, il n’y aura de danger pour vous que si l’ennemi nous bombarde ; notre canon seul se fait entendre, il est au-delà du village, nous tirons sur un observatoire »

« Ils sortent et reviennent avec des pigeons voyageurs saisis chez notre voisin d’en face qui en avait une centaine. Depuis trois jours on le dévalisait de tous ses vélos, 50 au moins, tout neufs qu’il doit remonter lui-même, forcé de travailler de nuit et de jour. Cependant nos Prussiens égorgent les oiseaux, il faut les leur apprêter, ils demandent aussi des pommes de terre. » 

« Le village est plein de soldats, de chevaux, il y a 24 heures qu’ils sont là sans bouger. »

« Plus de 15 chevaux devant mes fenêtres avec une litière comme un fumier de ferme, les hommes pressés les uns contre les autres. »

« A 11 heures arrive le premier obus anglais, quel fracas. J’abandonne le dîner qui devient ce qu’il peut, et cours me terrer à la cave, emmenant le chien et une petite fille ; Lucie ma bonne m’y rejoint, nous retirons la clé de la porte et bouchons la fenêtre. »

« Les obus arrivent plus pressés et plus lourds ; on distingue le double bruit du choc et de l’éclatement ; on dirait que les murailles s’écroulent ; et cela dure des heures ! On entend des bruits de pas ; ils montent nombreux dans la maison, ils amoncèlent des matériaux devant la porte de la cave ; vont-ils nous incendier ? Nous allons périr asphyxiés. On entend des craquements, serait-ce déjà le feu ? Oh ! cette cave sera notre tombe ; que Dieu nous fasse miséricorde ! Un autre bruit sinistre : ce doit être les bombes à main des incendiaires sans doute. Oh ! C’est horrible, nous haletons d’épouvante. Puis nous prions, nous nous disons adieu, au revoir pour l’éternité, nous acceptons la mort avec courage, pourvu qu’elle ne soit pas trop lente. »

« Enfin après trois heures de ce supplice une espèce de prostration nous engourdit. On succombe à une espèce de sommeil conscient, courbant le dos à chaque nouvelle détonation. Le silence est effrayant, pas le moindre bruit de voix, on dirait que tout le monde est mort. »

« Les obus commencent de tomber ; on dirait des coups plus effroyables ; sans doute le clocher est atteint, peut-être est-il écroulé. Le canon allemand ne répond plus. Un autre bruit ; ce doit être les bombes à main, voilà sans doute les incendiaires, en voilà contre nos murs ! Clac ! Mon Dieu quelle agonie ! Nous n’avons pas l’heure, la lumière éclaire seule notre cave, combien de temps y a-t-il que nous sommes là ? On n’entend plus les Allemands dans la maison ; c’est fini, nous allons brûler, on dirait que l’on sent la fumée, sûrement le feu au village ».

« Un nouveau bruit, tac tac tac, les mitrailleuses ! Peut-être les Anglais vont-ils arriver à temps !… »

« On frappe à la porte de la cave : pas de réponse.  « Madame » .Que veut celui-là ? « Madame, vous n’êtes pas morte ? » « Non » « Nous partons, vous pouvez sortir, il n’y a plus de danger, voulez-vous me donner quelques bouteilles de vin pour nos blessés ? »  « Certainement » ; Nous montons quatre bouteilles dans un panier. « Merci dit-il, le feu est au village, des maisons brûlent près d’ici mais ce sont les Anglais qui l’ont mis, ce n’est pas nous, je ne crois pas qu’il y ait danger pour vous, car il y a une rue de traverse entre le feu et vous, néanmoins si vous voulez vous en aller, je vous conduirai. » « Non-merci » « Alors adieu ! »

« Il était 6 heures (du soir). J’étais venue voir dans la rue. Il faisait noir. Il y avait une colonne d’infanterie allemande massée devant l’estaminet de l’Ange. L’homme la rejoint avec ses bouteilles et nous fermons la porte, la maison était vide. »

« Tout à coup un bruit plus fort encore : nous nous précipitons à nouveau à la cave. Ce sont des salves de coups de fusils, au loin, cela dure jusqu’à minuit. A cette heure la sonnette retentit ; et du dehors des voix joyeuses criaient « English ! English ! »

 

« J’ouvre prestement : 10 à 15 petits hommes à la figure rose aux yeux brillants : «Germans in house ? – Come and look ». Ils montent et grimpent en courant partout avec leurs baïonnettes luisantes qu’ils allongent dans les coins sombres ; ils ne trouvent personne. Rien de dérangé dans la maison, qui n’a pas une éraflure. Nous leur offrons à boire et vite les voilà repartis à la recherche des ennemis embusqués. Ils en trouvent ainsi une vingtaine qui n’avaient pu rejoindre leur corps et qui sont fait prisonniers »

« Il y a des barricades de sacs dans les rues, plus loin des barricades de tonneaux. Le feu continue d’éclairer le combat. Les Anglais fouillent chaque maison. Les braves soldats, nos libérateurs ! On leur serre les mains, on crie « Vivent les Anglais ! Harrach (?) for England ! » Et eux répondent  « Vive la France ».

« Enfin on regagne son lit, il y a trois jours qu’on ne s’est pas déshabillé ; l’émotion est grande de se retrouver indemne après douze heures de combat et tous les préliminaires. On est étonné de voir que tant de bruit a fait si peu de ravages. Enfin nous n’en revenons pas de sortir vivantes de cette cave »

« Les Anglais ont poursuivi les Allemands jusqu’à Houplines à trois heures d’ici ; ils n’étaient que quatre régiments, mais le général avait de lourdes pertes. Les tranchées, les mitrailleuses avaient mis beaucoup d’hommes hors de combat, au moins 500 dont près de 120 morts. Les tranchées furent refermées sur les malheureuses victimes »

 « P.S.- Je termine en ce moment (12 décembre 1915) un petit dessin représentant l’entrée de l’armée anglaise dans le village en flammes, tel que mes yeux l’ont vue »

 (Ci-dessous)

R. De Coninck

 

La libération de Méteren par les Anglais le 13 octobre 1914

 

 

G-Octobre 1914 - le combat de Méteren : un peu de stratégie militaire -

 

 

G1- Le combat anglo-allemand :

Dans le « Cri des Flandres » du 5 décembre 1915 l’Abbé Béhague nous décrit le combat du 13 octobre 1914 tel qu’il s’est déroulé sur le terrain.

Ce texte est tiré, comme les précédents, de la plaquette de Monsieur De Vos.

 

 « Du Mont des Cats descendent vers le sud, sur une longueur de 7 à 8 kilomètres, deux lignes de hauteurs presque parallèles : la ligne de l’Ouest dont les villages de Flêtre et Strazeele sont les points marquants ; la ligne de l’Est qui dessine sur le territoire de Méteren trois sommets, la Fontaine, le village même et, au Sud, le Hoogenacker, pour se terminer en promontoire abaissé au hameau d’Outtersteene. Entre les deux, mais plus rapproché de la ligne Ouest un contrefort de trois kilomètres qui se termine à la Belle-Vue, sur la route nationale. Les Anglais occupaient l’arête Ouest et le contrefort, les Allemands étaient maîtres de l’arête Est. Entre les deux, dans un vallon coupé de prairies, coule la Méterenbecque. »

 

« L’objectif de l’attaque est le village même, position stratégique que l’on pourrait appeler la côte 44 et dont la haute tour massive domine tout le paysage »

 

Fantassin anglais

 
« Les Anglais vont l’aborder dans deux directions, par deux secteurs dont la route nationale fait la séparation, par le Nord-Ouest et par l’Ouest. Dans le premier secteur ils ont installé leurs batteries sur le contrefort, près de la ferme Lecocq, pendant que leur infanterie se masque derrière les haies et les arbres de la ferme Ricour. En face d’eux les Allemands ont installé leurs batteries au sommet du redent que domine la ferme d’Hem, et en arrière du moulin Steenkiste. »

 

« Dans le secteur Ouest les Anglais ont installé leurs batteries près du moulin de Flêtre et leur infanterie attend dans les prairies ombragées des Sept Ormes. En face les Allemands ont une batterie au sud de l’église près de la ferme Beheydt et un peu plus en arrière, au moulin Parrain. (lire: moulin Parent)

 Les batteries allemandes forment ainsi un demi cercle concave qui enserre le village. Les troupes sont massées autour du cimetière et le long de la route nationale. Mais leur défense repose sur leurs mitrailleuses, qu’ils ont multipliées sur tout le front, face à l’Ouest, principalement dans les maisons qui dominent le village, à l’école de garçons, à la brasserie St Pierre, au château de Swarte, et, dit-on, sur la tour. »

 

« La préparation d’artillerie s’annonça vers 12 heures 30 par une bombe qui éclate à la partie Ouest du village, dégageant un épais nuage de fumée. Le bombardement dura jusqu’à 4 heures 30 (16 h 30). Quel en fut le but précis ? En l’absence de documents officiels, il serait téméraire de l’affirmer, ce qui est certain c’est que les Anglais ont voulu épargner le village et le clocher, sentiment généreux mais qui leur coûta cher ; ainsi leur tir n’atteignit aucune des défenses du front, aucune mitrailleuse, aucun des soldats qui se trouvaient au centre du village. Le tir fut dirigé contre la partie haute, à l’Est en direction de Bailleul. Etait-ce pour réduire au silence les batteries allemandes ? Etait-ce pour couper la retraite ? Il ne semble pas en tout cas qu’elle ait été efficace pour soutenir l’assaut de l’infanterie. »

« A quelle heure se déclencha cet assaut ? Probablement vers 3 heures (15 h). C’est alors que l’on entendit l’éclatement des mitrailleuses se mêlant au grondement des canons. Dans le secteur N.O. le régiment écossais du « Seafort » s’élançant derrière le rideau d’arbres de la ferme Ricour, descendit à découvert la pente qui s’incline vers la Méterenbecque, essuya au bout de quelques pas à peine une première décharge qui faucha neuf hommes, franchit le ruisseau, monta à l’assaut de la butte, laissant à nouveau huit hommes sur le terrain, s’en empara ainsi que de la ferme Taffin et de là déferla sur le village où il dut arriver vers cinq heures du soir. »

 

Tenue de campagne des Seaforth Highlanders (écossais)

 

«  Dans le secteur Ouest les régiments anglais : le « Warwickshire » et le « King’Own », partis des Sept Ormes, occupèrent sans difficultés la Becque où ils creusèrent une première ligne de tranchées, puis s’avancèrent sur une pente douce jusqu’à la ferme Gombert où ils se retranchèrent de nouveau dans des boyaux étroits et profonds, creusés en ligne brisées, perdant quelques hommes ; de là ils semblent s’être divisés en deux colonnes : la première, obliquant à découvert vers la route nationale, perdit à deux reprises dix hommes sur un espace de 100 mètres et s’empara des premières maisons dans une lutte acharnée au corps à corps. La seconde continua en ligne directe sans aucun abri pour se protéger et s’avança d’un bond jusqu’à la hauteur de la chapelle N.D. de Lourdes ; c’est là que le combat fut le plus meurtrier, sans doute parce qu’il  fallut creuser des tranchées sous les rafales des mitrailleuses qui les prenaient de flanc et de front. Ce fut la dernière étape sanglante. A la tombée de la nuit les abords du village étaient occupés ».

« Cependant les Allemands restaient toujours calmes en apparence dans les rues. Le soir tombait sinistre au flamboiement de l’incendie qui dévorait deux maisons du centre même du village. La grosse voix du canon s’était tue mais les décharges de mitrailleuses se multipliaient à tous les coins, mêlées aux coups secs et répétés de la fusillade. C’était la bataille dans les rues et les maisons. Les Allemands cependant reculaient pied à pied. A minuit le bruit cessa…Méteren était délivrée…et le lendemain sans essayer une nouvelle résistance, l’ennemi se retira jusque Armentières. Le combat de Méteren avait été décisif pour notre région. »

 

G-2 Les troupes britanniques engagées à Méteren :

 

On voit sur la carte ci-dessous les secteurs impartis aux quatre corps d’armée britanniques pour progresser vers une ligne La Bassée, Armentières, Ypres, sur laquelle le commandement avait décidé de refouler, puis de contenir les troupes allemandes qui voulaient forcer le passage vers la mer.

 

Au cours de la soirée du 11 octobre le 3e corps d’armée britannique, commandé par le général PULTENEY, achève de débarquer à St-Omer, se concentre autour d’Hazebrouck et se prépare à prendre immédiatement , grâce aux opérations de cavalerie, une avance très rapide vers Armentières.

 

Carte extraite du site « The Long, Long Trail : the British Army in the Great War of 1914-1918 »

 

 

Méteren se situe dans le secteur central du 3e Corps Pulteney, limité à l’Ouest par une ligne Hazebrouck – Mont des Cats. Ce Corps d’Armée comprend les 4e et 6e divisions d’infanterie et la 19e brigade de cavalerie.

 

La brigade de cavalerie protège le flanc ouest de la progression à suivre. Elle comprend notamment les  régiments qui vont s’illustrer dans les combats du 12 octobre pour la conquête du Mont des Cats, combats au cours desquels mourut le prince Max de Hesse (Cf III – 2) :

 The  5th Royal Irish Lancers (5e régiment royal irlandais de lanciers)

The 16th Queen’s Lancers  (16e régiment des lanciers de la Reine),

 The 4th Queen’s Own Hussars  (4e régiment des Hussards de la Reine),

The 11th King Edward’s Own Lancers  (11e rég.  des lanciers du Roi Edouard),

The 11th Prince Albert’s own Hussars (11e rég. des Hussards  du Prince Albert)

 

Les divisions d’infanterie comprennent notamment :

Le 1er Bataillon du Royal Warwickshire Regiment (écossais)

Le 2e bataillon du Seaforth Highlanders Regiment (écossais)

Le 1er bataillon du King’s Own Royal Lancaster Regiment

Le 3e bataillon de la Rifle Brigade

Le 2e bataillon de l’Essex Regiment

Le 1er bataillon du Royal Irish Fusiliers (irlandais)

Le 2e bataillon du Royal Inniskilling Fusiliers

Le 2e bataillon du Lancashire Fusiliers

 

La liste des régiments formant les deux divisions d’infanterie a été constituée à partir des indications figurant sur les tombes des 116 soldats  britanniques morts les 13 et 14 octobre 1914 et enterrés au cimetière anglais de Méteren auxquels il convient d'ajouter le Lieutenant Morris (ci-après) et deux soldats tués à Méteren et enterrés dans les cimetières voisins d'Outtersteene (Mercer) et d'Hazebrouck (Gillat) ainsi que deux soldats enterrés à Wimille après avoir été blessés grièvement au Mont des Cats (Serjeant G. Cooper et soldat E. Richardson du 16th Lancers).

 

C’est le Royal Warwickshire qui a payé le plus lourd tribut lors de la reprise de Méteren avec 45 morts et 88 soldats blessés. C’est le régiment de Bernard Law Montgomery, le futur maréchal, laissé pour mort dans une tranchée devant  Méteren le 13 octobre et sauvé in extremis. (Cf III – 3 )

 

Quant au Lieutenant Atwood MORRIS dont le mausolée a été dressé là où il est tombé ce même 13 octobre, il appartenait au 1er Bataillon du King’s Own Royal Lancaster Regiment qui perdit 25 hommes. (Cf III – 4)

 

H -   Méteren à l’heure anglaise :

 

 

Méteren va désormais vivre à l’heure anglaise pendant trois ans et demi, du 14 octobre 1914 au 15 avril 1918, date à laquelle les Allemands envahissent à nouveau Méteren au cours des opérations de la bataille de la Lys.

 

La zone britannique vers le 20 octobre 1914 se présente sous la forme d’un triangle tiré entre les villes de St Omer, Ypres et Béthune. Les combats ne se déroulent jamais bien loin et l’on entend souvent tonner le canon, du côté d’Ypres notamment.

 

 

H1 - La difficile cohabitation des premiers mois :

 

Une aussi longue cohabitation n’allait pas se dérouler sans quelques heurts avec la population, tout au moins au début.

 

L’Abbé Béhague et César Lauwerie signalent l’incendie, coup sur coup, de quatre fermes à la suite de négligences des militaires alliés hébergés dans les granges. Il s’agit, durant le 4e trimestre 1914, des fermes Salomé, Olivier, Lauwerie et Béhague.

 

Une autre source de conflit est née de l’utilisation par les soldats alliés des poteaux des houblonnières comme bois de chauffage.

 

Le calme est revenu à la suite du dépôt d’une requête de la municipalité auprès des autorités militaires supérieures britanniques.

 

H2 - Restrictions à la liberté de circuler :

 

La circulation des civils est sujette à de rigoureuses mesures restrictives. Pour se déplacer d’une commune à l’autre il faut un laisser-passer délivré par l’autorité militaire sur justification.

Tous les civils de plus de seize ans doivent disposer d’un certificat de résidence avec photo.

 Il est interdit de circuler entre six heures du soir et six heures du matin sauf autorisation spéciale.

Pour voyager en train il faut non seulement justifier de son identité mais aussi du but et de la nécessité du voyage.

Pour éviter les actions d’espionnage il est effectué un recensement des personnes d’origine étrangère. Il est également interdit d’exhiber un appareil photo sur la voie publique.

 

H3 - Une revue des troupes de l’Empire britannique :

 
 


De nouvelles troupes sont sans cesse acheminées vers le front d’Ypres et d’autres, relevées des tranchées, gagnent leur cantonnement de repos. Méteren va voir défiler toutes les troupes de l’Empire britannique :

 

-des Ecossais, notamment les Highlanders avec des kilts multicolores, leurs petites toques, leurs jambes nues et leurs cornemuses.

 

-des Hindous basanés, coiffés d’un haut turban, sanglés dans leur uniforme clair. C’est la division de Lahore.

 

 

 

 

 

 

-mais aussi des régiments irlandais, canadiens , africains du sud et australiens.

 

-Parmi ces derniers, les ANZAC (Australian ans New Zealand Army Corps), dont les 1er, 3e, 4e, 10e, 11e et 12e bataillons subirent l’assaut allemand d’avril-mai  1918  dans le secteur de Méteren, particulièrement vers la Rockelooshille, où 35 d’entre eux furent inhumés dans le cimetière provisoire de ce hameau.

 

 

 

 

 

 

 

Photo extraite du site internet de l’ Australian War Museum

« http://awm.gov.au »

 

Photo d’un groupe d’officiers  du 35e bataillon australien à Méteren le 12 janvier 1918

Le nom de tous les officiers présents figure dans la légende de la photo. La ferme n’a pas été identifiée.

Une soixantaine de photos prises à Méteren figurent sur ce site

 

H4 -What is  the canadian bombing school  ? 

 

Sous la rubrique III-7 « Méteren peint par un lieutenant canadien en 1914 » nous vous montrons la reproduction d’un tableau présenté sur le site des Archives Publiques de l’Ontario (Canada) et intitulé “View of the town of Méteren, south of Ypres, from the Canadian Bombing School, février 1916” ce qui laisse supposer que le tableau a été peint depuis une école canadienne de  « bombing ». Comment traduire ce terme dérivé de « bomb », la bombe ?

 

http://www.archives.gov.on.ca/french/exhibits/war_artists/big/big_44_meteren.htm

 

Personne à notre connaissance n’ayant à ce jour évoqué la présence à Méteren d’une quelconque école militaire canadienne vers 1916, nous penchons pour l’existence d’un centre d’entraînement, ce qui se recoupe avec d’autres renseignements trouvés au hasard de recherches.

 

C’est ainsi que sur le site internet du King’s College of London, qui héberge le Centre d’Archives Militaires Liddell Hart, on trouve un catalogue de documents et de photos, d’origine privée, relatifs à la guerre 1914-1918 mentionnant le nom de Méteren sous la référence :

« FOULKES : 6/86 c 1915

Royal Engineers constructing a redoubt, experimental trench digging at Meteren, 11 Field Company at bridging practice, cross bows for throwing bombs, armoured trains for transport of guns and field forge. 26 photographs, 8 negatives”,

 

Style télégraphique qui peut approximativement se traduire par :

« Soldats du régiment Royal Engineers (pionniers) construisant une redoute ou tranchée expérimentale creusée à Méteren,- soldats de la 11e compagnie de campagne s’entraînant à la construction de ponts, au maniement de l’arbalète pour le tir de bombes (grenades), au fonctionnement des trains blindés pour le transport des canons et d’une forge de campagne »

Sous toutes réserves bien sûr, d’autant plus que selon nous personne n’a commandé ces photos à ce jour.

 

 

H5 - Mariages anglo-français: 

 

Après une aussi longue cohabitation avec les troupes britanniques des amours se sont sans doute nouées. Il serait intéressant de rechercher combien de mariages mixtes il en est résulté. Peut-être qu’un jour quelqu’un s’y attellera.

 

Signalons que le plus célèbre de ces mariages fut en 1917 celui de Lucie Copin, la petite-nièce du peintre De Coninck, (la fille d’Augustine De Coninck épouse Copin, la…)

avec John Eddleston, fils d’un riche négociant de Blackburn, dans le comté de Lancashire.

 

Autre anecdote sentimentale :

Dans les carnets de notes de l’Abbé Lemire à la date du 30 octobre 1917, le jour du décès de Régina De Coninck qu’il avait visitée la veille, on peut lire, à propos de Régina : « Un soldat canadien qui l’aimait, qu’elle aimait, lui faisait visite tous les jours. C’est lui qui est le plus triste ». Elle était célibataire,  avait 50 ans et ne put profiter de ce bonheur tardif que la fin de la guerre, un an après, lui eut permis d’espèrer.

 

 

 

…….

 

2)           Avril 1918, nouvelle occupation allemande et destruction du village :

 

 

A)   La bataille de la Lys :

 

L’offensive baptisée « Michel » déclenchée par les Allemands le 21 mars 1918 contre le front britannique en direction d’Amiens, qui a connu des succès spectaculaires au début, finit par s’enliser à Villers-Bretonneux à 20 km d’Amiens. Tout espoir de contourner les alliés par la côte est désormais perdu. Le 5 avril l’avance allemande est enrayée.

 

L’ Etat-Major allemand reporte ses espoirs sur le secteur des Flandres contre lequel il prépare, depuis novembre 1917, une offensive, baptisée « Georgette » , qui a pour but de menacer les arrières britanniques et de porter l’effort vers Hazebrouck et les Monts de Flandre, en même temps que vers Calais et Dunkerque. Un scénario déjà échafaudé sans succès en 1914.

 

Les deux cartes qui suivent vont nous permettre de mieux situer la formidable poussée allemande entre La Bassée et Bois-Grenier et les gains importants de territoire qui en sont résultés par la suite.

 

Ces cartes anglaises sont extraites du Guide illustré Michelin « Ypres et les batailles d’Ypres » - Edition de 1919 dans la série des Guides des Champs de Bataille 1914-1918.

 

A1 – Pourquoi les Allemands attaquent-ils à cet endroit ?

 

 Entre Bois-Grenier et Neuve-Chapelle, le front allié était tenu par deux divisions portugaises insérées parmi les divisions britanniques. Ces divisions étaient le maillon faible de la ligne de front et les troupes qui les composaient passaient pour peu sûres en raison de leur état d’esprit, peu formées à la guerre moderne et usées par la vie de tranchées. En partie mutinées, elles devaient être relevées par la 50e division britannique le 9 avril au soir.

 

C’est ce jour là que l’Etat Major allemand, bien informé de cette situation et conscient de la faiblesse du front au sud d’Armentières, choisit de l’attaquer de façon massive. Dès 4 heures du matin un déluge d’obus explosifs et à gaz, généré par 900 canons lourds allemands, s’abat sur le secteur portugais qui sera totalement désorganisé lorsque viendra à 8 h 45 l’assaut d’infanterie de la VIe armée  allemande (Gal Von Quast).

Un brouillard épais permet aux assaillants  d’arriver à quatre mètres des mitrailleuses alliées sans être aperçus.

 

A2 – Le front des Flandres enfoncé le 9 avril 1918.

 

Profitant de l’effet de surprise, les Allemands créent facilement une brèche dans le secteur portugais, y engouffrent sept divisions qui contournent les 40e et 55e divisions britanniques voisines et les attaquent de flanc ou par derrière. Vers 16 h les Allemands ont atteint leur objectif du jour, les berges de la Lauwe et de la Lys derrière lesquelles les Anglais sont retranchés après avoir fait sauter la majeure partie des ponts. Une percée de 10 km et par endroits le franchissement de la Lys accompli. En fin de journée la pluie et la boue viennent freiner les opérations.

 

Carte A :  progression de l’offensive allemande d’avril 1918 en Flandre.

 

 

Le 10 avril, l’action s’élargit vers le nord, jusqu’aux ruines de Messines et Wytschaete. Cette fois c’est la IVe armée allemande (Gal Von Armin) qui entre en action contre la IIe armée britannique (Gal  Plumer) entre Langemarck et la chaîne des Monts.

 

Le 11, accentuant leur pression, les Allemands s’emparent d’Armentières, Merville, Estaires, Neuf-Berquin, Le Doulieu, Steenwerck et Nieppe. Ils sont aussi sur le point d’atteindre la lisière de la forêt de Nieppe qui couvre Hazebrouck et Cassel.

 

Le 12, l’offensive reprend notamment dans la région sud de Méteren où les défenseurs de la 31e Division brit. perdent pied, se retirant en désordre, menaçant d’ouvrir la route d’Hazebrouck aux Allemands.

 

Le Lieutenant- Colonel HUTCHISON

L’intervention énergique d’un officier britannique va permettre de sauver momentanément la situation. Cette intervention est décrite dans le bimestriel Hors Série N°7 de Guerres Contemporaines de Sept-Nov 1988, intitulé « Mars-Juin 1918, Echec à Ludendorf » page 52. Nous reproduisons intégralement ce passage.

 

« Dans ce secteur, c’est un officier d’active de la 33rd, le Lieutenant-Colonel Hutchison qui arrête le repli grâce à son énergie. A la tête de son bataillon de mitrailleuses, il se porte vers l’ennemi et découvre les débris de la 31st en retraite précipitée, sans officiers, mais assurant qu’ils avaient reçu l’ordre de se retirer. Dans le doute, Hutchison retourne le plus vite possible au Q.G. divisionnaire et obtient l’autorisation de partir en avant avec ses mitrailleuses. Mais il faut faire vite ! Repérant un camion à l’arrêt, Hutchison s’en approche et demande à l’officier en charge du véhicule de le lui prêter pour transporter ses mitrailleuses en première ligne. L’officier en question, peu chaud à l’idée de se porter vers l’ennemi en terrain découvert, refuse. Quelques instants plus tard, il s’effondre, assommé par Hutchison d’un coup de crosse de révolver. Le bouillant Ecossais de Londres détourne alors littéralement le camion et permet ainsi la mise en place rapide de huit mitrailleuses sur une petite hauteur, au sud de Méteren.

Là, Hutchison essaie d’arrêter le repli des hommes de la 31st. Et lorsqu’un officier refuse de l’écouter, il le frappe et prend le commandement de ses troupes ! Ces méthodes vigoureuses permettent de rétablir le front et de sauver Méteren, au moins momentanément. Quant à Hutchison, il sera décoré pour son action  du 12 avril ».

 

Le 12 avril également, arrivent en gare d’Hazebrouck les renforts australiens attendus, qui seront rapidement acheminés vers le front tout proche, dans le secteur Strazeele, Merris et Méteren (1ère Division Australienne). C’est encore à cette même date qu’arrivent en Flandres les premiers renforts français : deux  divisions d’infanterie (les 28e et 133e) et deux divisions de cavalerie (2e Corps de Cavalerie, Général Robillot).

 

Le 13 avril dans la matinée, les Allemands prennent Vieux-Berquin défendu par la 29e Div.Britannique, mais le rythme de leur offensive  marque le pas. Ils n’ont avancé que d’un km dans la journée, en raison notamment de l’entrée en scène de la 1ere Div. Austral. qui s’est installée entre la Forêt de Nieppe et Hazebrouck, rétablissant ainsi la continuité de la ligne de front de ce secteur, laquelle ligne s’était dangereusement délitée la veille.

Les 110e et 112e brigades d’artillerie britannique s’installent sur les pentes sud du Mont des Cats pour contrer les possibles incursions ennemies sur la ligne Bailleul-Méteren.

 

 Mais l’Etat-Major allemand, qui a Hazebrouck et le Mont des Cats en point de mire, s’impatiente et décide d’attaquer en force le lendemain 14 avril.

 

 

Carte B : progression allemande d’avril 1918 dans les Flandres

 

 

Le 14 avril l’assaut débute à 7 heures du matin, précédé par un court bombardement d’un quart d’heure. Les 42e et 12e Reserve Divisionnen attaquent depuis Merris vers Strazeele. Elles se heurtent à deux bataillons frais australiens, les 4th et 3rd qui défendent Strazeele. Ces derniers observent les Allemands se déployer par milliers à l’ouest de Merris. Aussitôt, la Royal Field Artillery est appelée à l’aide et les obus s’abattent sur l’infanterie allemande qui se disperse tout en avançant à l’abri des haies ou de la voie de chemin de fer en tranchée. Mais elle est clouée au sol par les mitrailleuses australiennes dès qu’elle se rapproche. A 10 h 30 l’attaque est brisée.

 

Dans certains cas, les Australiens contre-attaquent aussitôt, pour dégager leurs avant- postes menacés. Les combats se terminent alors au corps à corps et au tir à bout portant.

Vers 14 h 30 les Allemands renouvellent leur assaut mais partout il est brisé par les mitrailleurs australiens.. Les Allemands se terrent en attendant la nuit.

 

Pendant ce temps la population méterennoise a évacué la commune entre les 12 et 14 avril. Les tout derniers habitants partiront le 15 au matin. Nous verrons qu’il était grand temps.

 

Le 15 avril, tandis que la situation se stabilise sur le front de la division australienne et de la 5th Div. Britan. Les Allemands poursuivent leurs efforts au nord de Strazeele et Méteren et en direction de Bailleul et des Monts.

Vers la fin de l’après-midi, l’ennemi prononce, avec des éléments de trois divisions, une violente attaque dans la région de Bailleul. Il prend pied sur les hauteurs du Ravelsberg, à l’est de Bailleul et vers 19 heures, pénètre dans la ville. Les troupes britan. du 9e corps sont refoulées sur les pentes des Monts entre Dranoutre et Méteren. Sur des positions préparées d’avance la ligne de front est désormais installée entre Dranoutre et St-Jans-Cappel.

 

A3- La prise de Méreren :

 

Le 16 au matin les Allemands profitent de leur victoire de la veille à Bailleul pour chasser le 4th King’s (Liverpool) Regiment de Méteren, encerclant et capturant par la même occasion une compagnie neo-zélandaise.

Une contre-attaque très limitée échoue et, vers 15 heures, la 133e division d’infanterie française (appelée « La Gauloise » : Général Valentin) reçoit l’ordre de passer à travers les positions de la 33th division britannique, physiquement épuisée, pour reprendre Météren avec l’aide de la 1st Australian Brigade qui est au contact de l’ennemi.

 

La 133e D.I. française était composée du 15e Groupe de  Bataillons de Chasseurs (32e, 102e et 116e Bataillons) et des 321e et 401e Régiments d’ Infanterie. On retrouve ces unités sur les tombes de nombreux soldats français tués en avril 1918 et restés au cimetière de Méteren .

 

Mais les détails de l’opération ne parviennent au 32e Bataillon de Chasseurs Alpins, chargé de mener la contre-attaque, qu’un quart d’heure avant l’heure H. Dans ces conditions, ils ne peuvent partir à temps et ils se contenteront de relever la première ligne anglaise chancelante. Quant aux Australiens ils font de même sur le secteur Quatre Fils Aymon, La Besace, les Sept Ormes. Méteren ne sera pas repris aux Allemands ce jour-là ni les jours suivants. (Le village restera en leur possession jusqu’au 19 juillet)

 

Voir le récit de ces évènements dans le témoignage de l’Aspirant Henri Vergnaud, publié dans la rubrique des fiches d’histoire sous le n°3

 

Arrivée dans les Flandres d’un régiment de la 133e D.I. : itinéraire du 321e R.I. dans la deuxième quinzaine d’avril 1918. Voir fiche d’histoire n°4

 

A4-Le village en ruines :

 

Le 17 avril est dominé par les tirs d’artillerie des régiments alliés qui, du haut des Mont Rouge, Mont Noir, Mont des Cats, concentrent leurs tirs de tous calibres sur Bailleul et Méteren afin d’empêcher l’ennemi de s’y regrouper. De même les artilleurs vont déclencher des tirs roulants pour former barrage aux sorties de Bailleul et Méteren pour fixer l’ennemi et lui interdire toute attaque vers les Monts ou en direction de Flêtre et Cassel.

Au soir de cette journée, le village de Méteren est totalement ruiné. Il aurait reçu quelques 11 000 obus, selon le témoignage de l’Aspirant Vergnaud, cité ci-dessus, mais les Allemands n’ont pas progressé.

Dans la journée trois assauts successifs, précédés de préparations d’artillerie, ont été menés vainement contre Strazeele par des troupes allemandes nombreuses.

 

 

La route du Mont-Noir (Rue de la Fontaine)

après les premiers déblaiements, vers mars 1919.

 

 

 

 

 

A5- Tentative de reprise de Méteren par les Britanniques :

 

 

C’est à nouveau au bimestriel Hors Série N°7 de Guerres Contemporaines de Sept-Nov 1988 pages 59 et 60 que nous empruntons ce récit, jusque là méconnu. L’auteur de cet ouvrage hors-série est Yves Buffetaut, docteur de l’Université, un historien qui collabore à de nombreuses revues historiques et qui est bien connu des habitués des forums 1914-18 et 1939-45 à qui il prodigue renseignements précieux et  conseils de recherche. Par respect pour le travail des autres il fallait que cela soit dit. Ce hors-série ne se trouve hélas plus guère que chez les bouquinistes et dans les brocantes.

 

 L’échec de l’assaut allemand du 17 avril provoque un répit dans les combats. Certes, ils attaquent le 18 près du Mont Kemmel, mais sans grande force, ni grand succès. La question se pose alors de savoir où Ludendorff va frapper ? Va-t-il poursuivre ses efforts contre Kemmel, ou tenter à nouveau sa chance vers Hazebrouck et Saint-Omer ? Ou peut-être va-t-il renouveler ses assauts contre Amiens, maintenant que les réserves franco-anglaises sont montées dans le Nord ?

En fait, ce sont les Britanniques qui vont agir les premiers, dans le but de raccourcir le front allié. En effet, le village de Méteren forme un saillant : les faces Ouest et Est du bourg sont exposées et une attaque bien menée doit permettre d’encercler Méteren et de l’arracher aux Allemands. »

« Selon les directives de Foch, les contre-attaques alliées doivent être basées sur l’emploi de concentration d’artillerie et de relativement peu d’infanterie. Mais la 3rd Australian Brigade décide de reprendre le village par une action surprise, sans préparation d’artillerie. Les Australiens pensent que deux attaques nocturnes devraient permettre d’emporter la décision. Ils se base sur la croyance que les défenseurs de Méteren sont affligés d’un moral bas, en raison de l’essoufflement manifeste de l’offensive allemande. »

« Le plan australien est assez peu cohérent. Comment garder l’effet de surprise pour une opération réalisée en deux temps ? La première nuit, le 12th Battalion (Tasmania) et le 11th (Western Australia) devront prendre Méteren en tenaille. Puis, la nuit suivante le 9th (Queensland) et le 10th (South Australia) attaqueront directement le village et le nettoieront. »

 

« La nuit du 22 au 23, les Australiens attaquent et gagnent sans trop de peine leurs objectifs minimums, commençant d’encercler Météren, perdant 33 hommes et en capturant 30. C’est surtout dans le secteur nord que l’avance australienne est de quelque importance, mais le plus dur reste à faire. »

 

« Dans la nuit du 23 au 24, les Australiens repartent à l’assaut. La nuit est claire et les hommes du 9th,  qui se déploient en plein champ, sont vite repérés. Alors qu’ils se rapprochent du village, les Allemands tirent des fusées éclairantes et un déluge de feu s’abat sur le centre australien. Un appel à l’aide de l’artillerie est refusé car celle-ci a peur de frapper ses propres troupes. Ainsi, la place ouest de la tenaille est tenue en échec. »

« Au nord, la situation n’est guère meilleure. Une ferme empêche toute progression vers le village et le tir australien ne peut venir à bout du feu des mitrailleuses allemandes. Un peu plus tard, les deux compagnies censées nettoyer le village se trouvent avec la tâche impossible de le capturer à elles seules. Elles sont massacrées. En tout les Australiens perdent deux cents hommes et sont obligés d’abandonner tout le terrain conquis. »

« Cette défaite est un véritable choc pour la 1st Australian Division, un peu sûre d’elle. Il ne faut pas sous-estimer les Allemands. »

 

Le saillant de Méteren restera en l’état. La ligne de front continuera de partager le territoire de Méteren en deux parties, allemande et britannique, jusqu’au 19 juillet 1918 date de la reprise du village par le 9th bataillon des Scottish Rifles, ce que nous verrons un peu plus loin.

 

 

 

 

 

 

A6- Un immense champ de ruines :

 

 

 

Ce que l’on pouvait voir durant les premiers mois de 1919.

 

 

A7- Stabilisation de la ligne de front :

 

 

15e Gr. de Chasseurs

32e,102e,116e

B.C.A.

 

 

La ligne de front au Nord-Est de Méteren après le 25 avril 1918

 

La 133e Division d’Infanterie venue renforcer le front britannique est composée des 32e, 102e et 116e Bataillons de Chasseurs, et des 321e et 401e R.I.

Les trois bataillons de Chasseurs ont été en première ligne, devant Méteren, du 15 au 20 avril puis relevés à cette date par la 1ère Division Australienne. Ils sont alors passés quelques km en arrière en réserve de Division.

A partir du 20 avril la division a entamé un léger glissement vers l’Est en se plaçant devant Bailleul, en première ligne, le 401e R.I. au contact de la Div.Austr. et le 321e R.I. ayant ses éléments les plus avancés au tristement célèbre Meulenhouck, ce mamelon qui domine St Jans-Cappel, non loin de la route qui mène à Bailleul.

 

Après la tentative infructueuse de reprise de Méteren par la 1ère Division Australienne au cours des nuits des 22 au 23, puis du 23 au 24 avril, les regards se portent désormais vers le Mont Kemmel sur lequel s’abat un orage d’acier le 25 avril à partir de 2 h 30 du matin. Ses défenseurs français succombent sous le nombre et les gaz asphyxiants et les survivants sont refoulés sur Locre où des combats acharnés se dérouleront jusqu’au 29 avril, le village étant perdu puis repris  plusieurs fois.

 

Le secteur de Méteren, Berthen, St-Jans-Cappel subit les soubresauts de ces combats proches. Le journal de Marche et d’Opérations du 321e R.I. est à ce titre un excellent témoignage sur les engagements locaux. C’est pourquoi nous en proposons un extrait dans la rubrique « Fiches d’histoire » du site, sous Fiche d’Histoire n°4 : «Méteren-Avril 1918-Extraits du Journal de Marche du 321e R.I. ».

 

A8- Reprise de Méteren par les Britanniques le 19 juillet 1918:

 

Après l’échec de la dernière offensive allemande du 29 avril dans le secteur de Kemmel, l’initiative va passer aux mains des Alliés.

 Dès le 30 avril la 39e D.I. française réduit la poche  du Cabaret de Brulooze qui menaçait le Mont Rouge. L’ennemi épuisé est partout contenu.

La semaine suivante, jusqu’au 5 mai, il y aura encore toute une série de combats locaux qui rendent aux alliés des fermes fortifiées, constituées en points d’appui.

 

Le 19 juillet, le lendemain du premier jour de la contre-offensive générale alliée qui mènera à la victoire finale, les soldats de la 9th Scottish Division reprennent Méteren, y font 300 prisonniers, et le 20 ils poussent jusqu’aux lieudits Waton (entre Merris et Méteren) et Hoogenacker (au sud de Méteren). Ce n’est pour l’instant qu’une offensive très localisée et il faudra attendre le 30 juillet la reprise de Merris par la 1ère Division Australienne, le 18 août pour Outtersteene, le 19 pour Merville, le 24 pour Neuf-Berquin et le 31 pour Bailleul.

 

Les régiments de cette 9th Division écossaise auxquels appartenaient les 83 soldats morts les 19 et 20 juillet et enterrés dans le cimetière britannique de Méteren se ventilent comme suit :

 

5th et 9th Battalion Cameron Highlanders …………………9 morts

9th Battalion Seaforth Highlanders…………………………2 morts      

2nd et 4th Regiment South African Infantry……………….15 morts

2nd et 12th Battalion Royal Scots Fusilers…………………. 9 morts

4th, 5th et 8th Battalion Black Watch (Royal Highlanders)…43 morts

8th et 9th Battalion Machine Gun Corps (Infantry)………….5 morts

 

 

Lorsque nous fréquentons le cimetière communal pour visiter les morts de notre famille, faisons le détour par le cimetière britannique pour saluer tous ces braves qui reposent dans cette terre de Flandre qu’ils ont si vaillamment défendue !

 

 

 

 

 

 

 



[1] César Lauwrie Op.cit. page 63

[2] Abbé Detrez, op.cit. page 20

[3]  César Lauwerie op.cit. page 63