II – 8  La reconstruction de Méteren

 

1) Etat du village lors de l’armistice du 11 novembre 1918 :

 

L’importante concentration des tirs de l’artillerie franco-britannique au cours des mois d’avril et de juillet 1918 a réduit le village à l’état d’un vaste champ de ruines. Seuls émergent quelques pans de murs à hauteur d’homme et un amas important de briques et de pierres là où s’élevait l’église.

 

On ne distingue plus l’emplacement des rues et des habitations. Seuls quelques squelettes d’arbres mutilés ont échappé à cette apocalypse. Des petites croix de bois signalent, ici et là, des inhumations sommaires de soldats des deux camps.

 

Dans la campagne proche le spectacle est aussi désolant. Quelques fermes situées au nord, en direction du Mont des Cats, ont échappé à la destruction. Les champs sont bouleversés par les trous d’obus et le creusement de tranchées âprement disputées tout le long de la ligne de front qui partageait le village d’ est en ouest. De nombreuses sépultures provisoires se dissimulent sous les herbes folles et les plantes sauvages qui se sont développées de façon anarchique dans les champs inexploités. On ne peut, hélas, passer sous silence les corps non ensevelis de soldats restés sur le champ de bataille et les cadavres décomposés de nombreux animaux de ferme qui ajoutent à l’horreur du village dévasté.

 

Des munitions et des armes abandonnées, tant dans le village que dans les champs, créent le danger partout.

 

2) Le déblaiement des ruines :

 

Il est surtout l’œuvre des prisonniers allemands pour ce qui concerne principalement les rues, et des particuliers pour les ruines d’habitations.

 

Pour faciliter le transport de déblais on installa le long de la Route nationale des rails étroits de 60 cm de large, de type Decauville, et des wagonnets. Les matériaux étaient acheminés vers des parcelles situées en contrebas sur le côté droit de la sortie de Méteren en direction de Flêtre.

 

Des cartes postales de l’époque nous montrent aussi des tas de briques récupérées et nettoyées, soigneusement alignés sur certains emplacements, en vue d’une réutilisation prochaine pour la reconstruction de l’habitation principale ou d’un bâtiment annexe.

 

La remise en état des champs et des prairies fut assurée par les exploitants et les ouvriers agricoles, avec bien souvent, début 1919, des moyens dérisoires, sans matériels ni chevaux. Rares seront les parcelles ensemencées au printemps 1919.

 

La destruction des munitions :

 

La collecte des obus et autres munitions fut l’œuvre des troupes françaises encadrant des prisonniers allemands. Là aussi les cartes postales de l’époque témoignent. Elles nous montrent d’impressionnants tas d’obus entreposés sur la place, devant les ruines de l’église, où ils constituaient un réel danger pour la population.

 

Des artificiers étaient chargés de faire exploser les obus pour les détruire. Deux endroits étaient spécialement réservés à cet effet :

- l’un situé au Moulin du Haut Champ (Hooghenacker Meulen),

- l’autre, près du lieudit Les Sept Ormes.

 

 

Devant les ruines de l’église, la collecte des munitions.

(Collection Daniel Fache)

 

3) La gestion du retour progressif de la population évacuée de force en avril 1918 :

 

Les habitants sont impatients de rentrer dans leur village malgré les difficiles conditions de vie qui les attendent. De décembre 1918 à fin mai 1919 on dénombre 850 habitants rentrés. Il faut les loger. De pauvres baraques en bois, puis des demi-lunes en tôle vont les abriter. Abris précaires contre le froid de l’hiver, surchauffés l’été, sans confort ni sanitaires, on imagine la dureté de la vie pour cette première vague de rentrées.

 

 

Baraquements provisoires en tôle ondulée – (demi-lune), Rue des Quatre Fils Aymon

Collection Daniel Fache

 

 

 

 

 

 

Baraquements provisoires Rue de la Fontaine

Collection Daniel Fache

 

 

 

 

On reconnaît difficilement la route de Bailleul, si ce n’est par le profil de la côte.

Collection Daniel Fache

 

Une ébauche de réorganisation sociale :

 

Un premier conseil municipal, réduit à 6 conseillers, se réunit le 22 avril 1919 et décide l’installation d’une mairie provisoire dans un baraquement implanté sur l’ancien parvis de l’église, rue de l’ Haeghedoorn, face à la boucherie actuelle.

 

 

Au premier plan le baraquement destiné à la mairie provisoire

 

 

Il faut penser à scolariser les enfants à la rentrée de 1919. En septembre, des baraquements destinés à servir d’écoles provisoires sont érigés rue Vyverput sur le terrain de l’ancienne école publique de filles. Les locaux seront prêts pour la rentrée fixée au mercredi 8 octobre 1919. Ils serviront jusqu’en 1923.

 

Ecole provisoire de filles, rue Vyverput – Année scolaire 1919-1920

Collection Daniel Fache

 

En haut de gauche à droite : Rachel HOUCKE, Germaine RUCKEBUSCH, Jeanne BEDDELEM, Jeanne DERAVE, Maria SALOME, Lydie BECUWE, Madeleine VITSE, Agnès LEJEUNE, Marie-Madeleine BERTHELOOT, Agnès BEHAEGEL, Cécile PERCK, Germaine TERRIER.

 

Second rang : Agnès LORIDAN, Agnès SALOME, Marie BECUWE, Marie-Louise MANIEZ, Jeanne SURE, Marie LEJEUNE, Rachel BEHAEGEL, Anna LEJEUNE, Lucienne DESCHILDER, Jeanne SENNESAEL, Marie BEHAEGEL et la directrice, Mme DOUCY.

 

Troisième rang :

Berthe BEHAEGEL, Hélène VITSE, Hélène DECOSTER, Jeanne PLANCKE, Agnès DESCHILDER, Marguerite DOUCY, Marthe NUNS, Marie RUCKEBUSCH ( ?), Madeleine BEHAEGEL, Lucie BEHAEGEL, Marie-Louise ISEMBRANDT, Madeleine BEDDELEM.

 

Devant :

Marguerite DOUAY, Suzanne BEDDELEM, Marguerite DESCHILDER, Marie DESCAMPS et son petit frère (Georges ?), Germaine DUBORPER, Flora MAIGRE, Marthe D’HAU.

 

 

 

 

 

 

 

Aménager un lieu de culte :

 

a) La cuisine de la ferme Vanneufville :

 

Avant même la fin des hostilités, l’abbé Thorez célèbre la messe pour la première fois le 13 octobre 1918 dans la cuisine de la ferme Vanneufville, au lieudit « Le Tilleul » (De Linden), à 3km du centre du village, non loin du Mont des Cats.

Une quarantaine de fidèles y assistent, essentiellement des gens de la campagne. Il en sera ainsi pendant neuf mois. On y célèbrera 3 mariages et six funérailles.

 

 

b) L’église provisoire dans un baraquement :

 

 

L’église provisoire et le presbytère attenant, rue des Quatre Fils Aymon

Collection Daniel Fache

 

A partir du 15 août 1919 et jusqu’en 1927, le culte fut célébré dans un baraquement en tôle situé rue des Quatre Fils Aymon, non loin du centre. En mai 1920, on y ajouta une clocheton abritant une petite cloche.

4) Le cadre administratif de la reconstruction :

 

Le cadastre qui délimite les propriétés :

 

Le Conseil municipal du 22 avril 1919 constata la destruction de cet important document (dressé en 1856) et demanda au préfet une copie de l’original détenu par l’administration départementale. Il obtiendra satisfaction rapidement car le cadastre est indispensable pour les travaux de reconstruction à entreprendre. Il sera également déterminant pour les travaux de la Commission Foncière chargée de rétablir les limites de propriétés disparues par suite de la guerre.

 

Un architecte coordonnateur des travaux :

 

Le 6 mai 1919 le conseil municipal choisit M. Albert Rouzé, architecte à Hellemmes pour établir un projet de reconstruction du centre. Le nouveau conseil, élu le 10 décembre 1919, rejette le projet trop ambitieux de M. Rouzé prévoyant le redressement de la Route nationale 42 sur la place et un grand nombre d’expropriations.

 

C’est M. Cordonnier, architecte à Lille qui est désigné le 3 février 1920 pour lui succéder et établir un projet moins ambitieux. Les grandes lignes sont connues rapidement puisqu’elles sont approuvées par le conseil municipal dès le 9 juillet 1920. Elles prévoient l’aménagement et l’extension du centre selon un plan qui correspond à ce que nous avons actuellement sous les yeux, avec une grand-place très aérée, l’église au centre, le cimetière qui l’entourait ayant été transféré rue des Quatre Fils Aymon, la mairie et la poste d’un côté, les écoles publiques et le presbytère de l’autre, tout en prévoyant des expropriations volontairement limitées.

« L’architecte Louis-Marie Cordonnier (1854-1940), membre de l’Institut et « personnalité importante parmi les architectes du Nord, coordonne, dès la fin de « la guerre, la reconstruction dans la vallée de la Lys. Sa position lui donne la « possibilité  d’associer certaines équipes aux coopératives de reconstruction. « Bien que grand défenseur du genre néo-flamand, ses choix (d’équipes) ont « aussi  des conséquences sur la diversité des reconstructions des villes et  villages du  Nord  de la France ».

Pour ce qui concerne cette diversité on est surpris de lire un peu plus loin dans l’article, que les architectes associés à M. Cordonnier, MM Louis Quételart et Jacques Pavlovsky, ont fait des « emprunts aux arts basque et russe » lors de la reconstruction de l’église de Méteren (Inventaire du patrimoine, Bailleul ville reconstruite, 1919-1934). Il y a là une affirmation qu’il conviendrait d’expliciter ultérieurement.

 

La coopérative communale de reconstruction :

 

Le 6 mai 1919, le conseil municipal décide la création d’une coopérative civile communale pour la reconstruction de Méteren, ouverte à tous les sinistrés méterennois.

 

Dans le journal « L’appel au Foyer » n°14 du mois d’Août 1919, page 8, on lit « que dans une assemblée générale des sinistrés de Méteren, il a été décidé la « création d’une Coopérative de reconstruction.

« Le Conseil d’Administration a été formé : M. Herreman César, maire en est le « Président, M. de Swarte André, le secrétaire-trésorier ; MM Bécuwe Denis, De « Swarte Pierre, Plouvier Léon, D’hem Hctor, Debruyne Achille en sont « membres.

 

« Le Conseil d’Administration a choisi comme architecte-conseil, M. Houzé « Albert d’Hellemmes. »

 

L'évaluation des dommages de guerre, les modalités de paiement font l'objet de longues et difficiles mises au point et, au final, les réparations ne représentèrent jamais qu'une partie dérisoire de ce qui avait été escompté. Malgré les déclarations volontiers optimistes de dédommagements en direction des sinistrés dès la fin de la guerre, des retards, des chipotages, des tergiversations sans fin voient le jour aussi bien vis-à-vis des communes que des particuliers. C’est ainsi que le 11 novembre 1921 le conseil municipal de Méteren décide de confier à la coopérative communale la reconstruction de l’ensemble des bâtiments communaux à l’exception de l’église.

Il faut bien souvent que les victimes, voire les collectivités, s'unissent en coopératives pour espérer obtenir une juste réparation et, si possible, accélérer la constitution et la reconnaissance des demandes. Ces coopératives de reconstruction étaient des regroupements de sinistrés à l'échelon d'une ou plusieurs communes. Elles prenaient en charge l'instruction des dossiers de dommages de guerre, recevaient des avances de l'état, conduisaient les travaux pour le compte de leurs adhérents et défendaient leurs intérêts auprès des Tribunaux et de l'Administration.

On trouvera ci-après la copie d’un marché passé par la Coopérative pour la reconstruction d’une maison ouvrière, route Nationale.

 

Collection Daniel Fache

 

Collection Daniel Fache

 

La coopérative de reconstruction des églises dévastées du diocèse de Lille:

 

A l’échelon de chaque diocèse des régions sinistrées il existe, à l’image de ce que nous venons d’évoquer ci-dessus, une coopérative de reconstruction des églises dévastées. Le 11 octobre 1921, le conseil municipal de Méteren décide d’adhérer à celle du diocèse de Lille pour la reconstruction de l’église paroissiale.

 

5) La reconstruction des bâtiments publics et religieux :

 

Au conseil municipal du 8 février 1923, les conseillers approuvent les plans détaillés de la mairie, de la poste, du presbytère et de l’église.

 

Le 9 juillet 1923, on procède à la pose de la première pierre de l’église.

 

Le 11 novembre 1923, inauguration des écoles communales publiques, dont la reconstruction fut entreprise le 1er septembre 1922. Cet ensemble de style néo-flamand regroupe harmonieusement les écoles de garçons et de filles ainsi que les logements des enseignants.

 

Le 5 octobre 1924, inauguration du Monument aux Morts (voir chap. III – 5).

 

Le 28 juin 1925, inauguration de la mairie, de la poste et de l’hospice.

 

Enfin le 19 juin 1927, au cours d’une manifestation grandiose, inauguration de la nouvelle église.

 

Outre les surprenantes allusions aux arts basque et russe citées ci-dessus dans le paragraphe consacré à l’architecte Louis Marie Cordonnier, on découvre également sur une « fiche QUID » relative à la ville de Valenciennes « qu’au XXe siècle le Carmel de Valenciennes et l’église de Méteren sont des réalisations remarquables de l’art contemporain ».

 

Il faut compléter cette affirmation en précisant que l’église de Méteren est représentative de l’art des années 1920, tandis que le Carmel de Saint-Saulve (Valenciennes) reflète les tendances des années 1960.

 

En effet, comme on le verra ci-dessous, la modernité de l’église de Méteren est assez éloignée de celle du Carmel de Valenciennes qui est inspirée de l’architecture religieuse de Le Corbusier (Voir Chapelle de Ronchamps, en Haute Saône, de 1955).

 

 

 

 

 

 

Le Carmel de Saint-Saulve (vue partielle). Arch.Szekely, 1966

 

 

 

 

 

6) La mise en place des réseaux :

 

 

Le téléphone :

 

Nous savons qu’il a été installé en mairie (le 4 à  Méteren) en juillet 1920 et sans doute à la même époque chez les abonnés particuliers.

 

Les réseaux d’égouts :

 

Ils n’existaient pas avant 1914. Ils ont été mis en service le 8 décembre 1921 sous forme d’aqueducs incorporés dans les chaussées ou trottoirs des rues Nationale, des Quatre Fils Aymon, de la Fontaine et de l’Haeghedoorn.

 

Le gaz de ville :

 

Le gaz de ville éclairait les réverbères et les particuliers du village depuis 1913. Le réseau fut rétabli après la guerre, probablement en 1922 ou 1923, car il fit l’objet d’une extension dès 1924. L’éclairage public sera électrifié en 1930.

 

Le réseau d’eau :

 

L’approvisionnement de la commune sera réalisé en 1924 à partir d’un captage de sources au Mont des Cats, comportant à l’origine 21 puits. L’eau sera ensuite acheminée par une conduite de 5 km pour être mise à disposition de la population par l’intermédiaire de bornes-fontaines ou de branchements individuels mis en service en 1926.

 

Le réseau électrique :

 

Un syndicat intercommunal d’électrification a été créé en 1926 entre les communes des deux cantons de Bailleul afin de rechercher avec la Société Force et Lumière, fournisseur privé d’électricité, les solutions optimales d’électrification des agglomérations et des campagnes (la nationalisation du secteur de l’énergie électrique n’interviendra qu’en 1945 avec la création d’Electricité de France E.D.F.) . Le courant électrique dessert le village de Méteren en juillet 1929.

 

7) La reconstruction des maisons particulières :

 

Dans l’état actuel de nos recherches d’archives nous ne disposons pas de documents faisant état des dates de reconstruction des maisons particulières. Seules quelques cartes postales des années 1920 nous donnent un aperçu très partiel de la situation.

 

Ces quelques cartes concernent essentiellement :

 

 

1-La rue de la Fontaine avec  deux vues intéressantes parce qu’espacées dans le temps et qui montrent bien la reconstruction progressive de la rue.

 

 

 

 

On reconnaît au premier plan la forge Loridan où attendent deux « clients », plus haut à gauche, une des maisons est celle de la dentellière Marie Délie, puis l’ entrepôt de charbon de René Brice, l’école libre de filles et à droite le « château » d’Achille Debruyne dont l’entreprise reconstruisit de nombreuses maisons méterennoises.

(Collection Daniel Fache)

 

 

 

 

Toujours Rue de la Fontaine, toutes les reconstructions sont terminées et le réseau électrique est en place. Nous sommes donc après 1930.

Collection Daniel Fache

 

 

2-La rue de l’Haeghedoorn, vue du Café du Bon Accueil, comporte encore de nombreux espaces vides.

 

 

 

 

Collection Daniel Fache

 

 

 

 

3-La rue Nationale, en direction de Flêtre, vue du carrefour du Bon Accueil. On y distingue, voisine du Café, l’Ecole Dentellière hébergée dans un baraquement du Retour au Foyer.

 

 

Collection Daniel Fache

 

4-La rue Nationale vue de son intersection avec la Doel Drève. Là aussi il subsiste encore de nombreux espaces vides. Remarquons que la traction hippomobile est bien présente.

 

 

Collection Daniel Fache

 

 

 

 

 

5-La rue Nationale encore, en direction de Bailleul, mais nettement plus tard, après 1930, vue prise à l’angle de la rue de la Fontaine. On y remarque les sœurs Boddaert, Marguerite et Madeleine, devant leur café-mercerie-épicerie. Sur le trottoir d’en-face un couple « endimanché » semble se rendre à la messe. Il s’agit de Mr et Mme Joseph Cuvelier-Derudder.

 

 

 

Collection Daniel Fache

 

 

 

Des maisons provisoires qui durèrent:

 

En 1921, sous la pression des retours la commune dut  louer aux consorts Beheydt un hectare et demi de terrain à l’emplacement de l’actuel lotissement Bellevue pour y édifier, avec des briques de récupération, 70 logements provisoires.

Un autre terrain d’un demi-hectare fut loué rue de la Fontaine pour la construction de 27 maisons provisoires supplémentaires.

Un provisoire, qui comme souvent, durera près de cinquante ans pour une trentaine de ces maisons.

 

 

Maisons provisoires en construction Cité Beheydt

Collection Daniel Fache

 

 

Pour en savoir plus, il est recommandé de lire :

 

César Lauwerie, « Méteren, fin du XIXe siècle, début du XXe siècle », Presse flamande, Hazebrouck,  Décembre 2000.

En vente à la mairie de Méteren, tél. 03 28 49 04 08

 

 

 

                                                                                                                                        D.Fache et J.P. Deswarte

                                                                                                            Septembre 2007