Le nouvel échiquier politique à droite
PARIS, 17 mai (AFP) - La création de l'Alliance par le RPR et l'UDF et la
décision de Démocratie libérale, dirigée par Alain Madelin, de faire cavalier
seul, précipitant la mort de l'UDF, bouleversent le paysage politique à droite
et font naître autant d'espoirs que d'incertitudes.
Le lancement-surprise jeudi, par les présidents du RPR et de l'UDF Philippe Séguin et François Léotard, de cette "maison commune" que doit être l'Alliance a été bien accueilli à droite. Selon un sondage IFOP/Ouest-France Dimanche, plus des trois quarts des sympathisants UDF-RPR (77%) approuvent cette initiative qui donne de l'oxygène à une droite particulièrement mal en point depuis les législatives de 1997 et les régionales de mars.
Pourtant, l'Alliance a commencé par un divorce: samedi, deux jours après le lancement de cette confédération RPR-UDF, la convention nationale extraordinaire de Démocratie libérale a plébiscité la stratégie d'autonomie et d'affirmation d'un pôle libéral fort prônée par Alain Madelin.
Avec 84,2% des 5.304 mandats, DL a décidé de voler de ses propres ailes et d'adhérer en tant que "formation fondatrice" à l'Alliance, portant ainsi le coup de grâce à l'UDF, l'année de ses 20 ans.
Alain Madelin et le FN
Alain Madelin entend désormais traiter d'égal à égal avec le président de Force démocrate, François Bayrou, qui avait voulu créer un grand parti du centre et du centre-droit pour remplacer l'UDF. Avec, comme ligne de partage entre les deux hommes, l'attitude vis-à-vis du Front national.
Accueilli par des sifflets à la convention de DL, François Léotard en a tiré les conséquences amères, en laissant entendre samedi soir qu'il quitterait la formation dont il est président d'honneur.
A DL, on ne s'inquiète guère de ce départ. "Les arrivées compenseront les pertes", pronostiquent des proches d'Alain Madelin, en faisant valoir qu'il faut aujourd'hui un changement de têtes et un renouvellement des stratégies.
Ils estiment aussi que Philippe Séguin a eu tort de ne pas attendre la convention de DL et de lancer l'opération Alliance avec François Léotard, un partenaire jugé très affaibli.
L'essentiel pour Alain Madelin, souligne-t-on à DL, ne réside pas dans ces querelles politiciennes mais bien dans les dix propositions libérales --"dix choix forts pour changer la France"-- qu'il a présentées samedi.
Si les responsables de l'opposition ont réservé un accueil favorable à l'Alliance, la droite a devant elle encore beaucoup à faire pour concrétiser son projet et ne pas décevoir ses électeurs.
Elle doit s'atteler à l'élaboration d'un programme susceptible d'être accepté par toutes ses composantes, gaulliste, centriste ou libérale, européenne ou anti-Maastricht, jacobine ou décentralisatrice.
L'Alliance et Jacques Chirac
Le secrétaire général du RPR, Nicolas Sarkozy, a souhaité vendredi qu'"un véritable programme alternatif" soit élaboré "avant la fin de l'année", ce qui, à ses yeux, "serait une bien mauvaise nouvelle pour Lionel Jospin".
Concernant l'organisation et même le nom de cette nouvelle structure confédérale, le porte-parole du RPR François Fillon a reconnu que "tout était discutable et envisageable".
L'opposition doit aussi définir ses relations avec le président Jacques Chirac qui, à plusieurs reprises, a plaidé pour davantage d'unité à droite en faisant valoir que "c'est l'union qui fait la force".
Si les chiraquiens ont mis en avant la satisfaction du chef de l'Etat, d'autres se sont empressés d'affirmer, comme le léotardien Renaud Donnedieu de Vabres, que l'Alliance n'est pas "le parti du président".
L'Alliance devra également résoudre une autre question majeure: ses relations avec les présidents de région élus avec le soutien du FN, comme Charles Millon, qu'Alain Madelin refuse de condamner.
Reconnaissant que l'Alliance était "une première étape", le président de la région Rhône-Alpes a mis en garde dimanche contre "un compromis d'états-majors" et réclamé un grand congrès ouvert à "tout le peuple de droite" pour choisir "effectivement" ses dirigeants et son programme.
Alliance - Pasqua n'est pas encore enthousiaste
PARIS, 17 mai, Reuters - Le RPR Charles Pasqua a fait part
dimanche soir d'un optimisme mesuré et le socialiste Pierre
Moscovici d'un scepticisme ironique à propos de la création de
l'"Alliance" confédérale RPR-UDF.
"L'enthousiasme viendra plus tard quand on en verra les résultats", a déclaré Charles Pasqua, numéro deux dans l'organigramme du RPR, lors de l'émission "Public", sur TF1.
"Je suis attentif. Je crois que c'est une bonne chose, je ne suis pas certain que ce soit l'alpha et l'oméga de la vie des Français", a-t-il ajouté.
"Je crois que c'est une bonne chose que les deux formations qui composent l'opposition se réunissent, qu'elles reprennent l'habitude de travailler ensemble, qu'elles aillent même un peu plus loin dans la voie de la confédération", a précisé Charles Pasqua, pour qui "l'objectif numéro un de l'Alliance doit être de préparer les prochaines élections législatives".
Invité sur le même plateau, Pierre Moscovici, ministre PS délégué aux Affaires européennes, a vu, dans la proposition d'une structure confédérale de l'opposition républicaine, "une sorte d'habillage de la décomposition de la droite, un accord d'appareils au sommet".
"Il faut quand même un peu d'enthousiasme quand on se lance dans une grande aventure, sinon il y a peu de chance qu'elle produise de très grands résultats", a-t-il dit à l'adresse de Charles Pasqua.
"Après tout, si l'Alliance était une réussite, si c'était quelque chose qui permettait d'éclaircir le paysage, je crois que ce ne serait pas mauvais pour les Français mais je n'ai pas été convaincu par le démarrage étourdissant jusqu'à présent de cette opération", a-t-il ajouté.
"A droite, on aime bien faire référence à ce qui s'est passé à Epinay en 1971 mais cela ne s'est passé comme cela. Il a fallu très longtemps pour qu'il se passe quelque chose et on a aussi associé la base, les citoyen. Le Parti socialiste, et c'est ce qui fait la grande différence avec la droite d'aujourd'hui, c'est un parti où il y a une démocratie interne très forte", a-t-il dit.
"Et puis vous aviez Mitterrand !" s'est exclamé Charles Pasqua.
- Qui est le vôtre ?, a lancé Pierre Moscovici.
- Mais attendez, cela viendra, a répondu l'ancien ministre.
- Pourquoi ? Mais il n'est pas à l'Elysée ? Je pensais qu'il y avait un candidat naturel derrière tout cela. En tout cas c'est la référence de Philippe Séguin", a enchaîné Pierre Moscovici, forçant Charles Pasqua à répéter que Jacques Chirac "est le président de tous les Français et n'a pas vocation à être l'animateur d'un parti politique".
M. Millon: l'Alliance ``est le résultat d'un accord d'appareils''
PARIS (AP) 19 mai 1998-- Charles Millon ne croit pas en l'avenir de
l'Alliance, car ce projet de confédération entre le RPR et l'UDF
``est le résultat d'un accord d'appareils''. Il préfère appeler de
ses voeux ``la tenue d'un grand congrès fédérateur-fondateur qui
réunira tous les militants et sympathisants de droite''.
``La refondation de la droite ne doit pas venir de directives d'états-majors parisiens. Elle doit s'enraciner dans le peuple'', estime le président du conseil régional de Rhône-Alpes, exclu de l'UDF pour avoir accepté les voix du Front national, dans une interview publiée mercredi dans ``Le Figaro''.
Le grand congrès qu'il suggère d'organiser devra réunir, selon lui, toutes les tendances de droite: ``des européens aux nationaux, des jacobins aux girondins, des traditionalistes aux rénovateurs''.
A Jacques Chirac, qui doit assister mercredi à Lyon au Congrès des notaires, M. Millon conseille ``en toute humilité'' ``la prudence'' en raison de la confusion entre la droite et la gauche qu'engendre selon lui dans l'opinion publique la cohabitation. L'ancien ministre demande donc au président de la République de ``faire comprende aux Français qu'il existe, en permanence, un choix de société entre droite et gauche''.
Interrogé sur les propos de Jacques Chirac qualifiant le Front national de parti ``xénophobe et raciste'', il estime que le chef de l'Etat ``a omis de distinguer certains dirigeants, les élus et les électeurs'', qui selon Charles Millon ``ont souvent voté pour ce parti par dépit ou en signe de protestation''.
Adoption définitive de la loi sur les 35 heures
PARIS, 19 mai, Reuters - Le parlement français a adopté
définitivement mardi le projet de loi sur les 35 heures que
l'opposition RPR-UDF a violemment combattu au Sénat et à
l'Assemblée nationale.
Le vote final a été acquis au Palais-Bourbon par un scrutin à main levée, toute la gauche plurielle votant le projet de loi tandis que l'opposition RPR-UDF émettait un vote négatif.
La droite a annoncé qu'elle allait saisir le Conseil constitutionnel.
La loi, dont Martine Aubry, ministre de l'Emploi et de la Solidarité, a été l'architecte, ne remplit pas l' engagement pris par Lionel Jospin lors de la campagne pour les élection législatives de 1997.
Elle fixe le passage aux 35 heures au 1er janvier 2000 pour les entreprises de plus de vingt salariés et au 1er janvier 2002 pour les plus petites mais dans les deux cas avec diminution de salaire!
Une nouvelle loi, votée au plus tard le 31 décembre 1999, fixera les modalités concrètes de passage aux 35 heures en tenant compte du bilan des négociations engagées.
"C'est une loi qui prend en compte la réalité et qui fait confiance aux négociateurs. Ce 19 mai marque une nouvelle conquête pour les salariés", a déclaré Martine Aubry, oubliant de préciser que les salariés y perdront en pouvoir d'achat.
"Si la réduction du temps du travail n'est pas la solution unique, la solution miracle au problème du chômage, elle doit être engagée avec résolution car elle peut permettre beaucoup de créations d'emplois", a-t-elle ajouté.
"La diminution du temps de travail n'a jamais créé un seul emploi", a répliqué Roselyne Bachelot au nom de l'opposition. "Votre loi va à l'encontre de ce qu'il faudrait faire vis-à-vis de l'économie".
Tout au long de ce débat, la droite a affiché une hostilité totale au texte, avec le soutien du CNPF et plus particulièrement de son président, Ernest-Antoine Seillière, qui estime que "les 35 heures détruiront au total des emplois".
La Commission européenne s'est immiscée dans le débat en estimant, dans une note publiée la semaine dernière, qu'une "réduction obligatoire et généralisée du temps de travail, motivée en partie par le souhait de relever le niveau de l'emploi, peut avoir des conséquences défavorables et devrait dès lors être évitée".
Malgré les nombreuses navettes entre l'Assemblée nationale et le Sénat, où la droite est majoritaire, le texte n'a subi que peu de modifications.
Près de quatre mois de débats ont cependant permis d'affiner la notion de durée de travail effectif que la nouvelle loi définit comme "le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l'employeur et doit se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à ses occupations personnelles".
Chirac critique une nouvelle fois les 35 heures
ANGERS (AP) 25 mai 1998 -- Jacques Chirac a une nouvelle fois critiqué lundi
le projet de loi de réduction du temps de travail, adopté
définitivement par l'Assemblée la semaine dernière, et il a estimé
que dans ce domaine ``il ne peut y avoir de règle générale''.
Intervenant au cours d'un débat avec des étudiants angevins, le chef de l'Etat a relevé que la France est, avec l'Italie, le seul pays européen à légiférer sur la réduction du temps de travail.
``Il faut bien savoir que les entreprises sont très différentes les unes des autres, comme les individus, et qu'il ne peut y avoir de régle générale, ou alors elle est extrêmement lourde et bureaucratique'', a-t-il souligné.
Plutôt que de la loi, Jacques Chirac estime que la réduction du temps de travail doit être le fruit ``de la concertation et de la négociation collective''.
Jacques Chirac fustige les extrêmes
ANGERS (MAINE-ET-LOIRE), 25 mai, Reuters - Jacques Chirac a fustigé
lundi les partis extrêmes qui représentent un danger pour la cohésion
nationale et a défendu le modèle français d'intégration.
"Les partis extrêmes ne représentent pas un danger pour l'Europe. Ils représentent un danger tout court. C'est la raison pour laquelle il faut tout faire pour se mobiliser, afin de contenir ces pulsions un peu primaires qui les animent et qui risquent d'avoir des conséquences graves sur la cohésion nationale", a déclaré le chef de l'Etat lors d'une rencontre avec des étudiants à l'Ecole supérieure des sciences commerciales d'Angers.
Jacques Chirac les a appelés à être "solidaires, généreux" et à "refuser toutes les tentations extrêmes".
Un peu plus tôt, dans un discours prononcé devant le même auditoire, il avait souligné que la France possède, "même si certains l'oublient, une tradition d'accueil, de tolérance".
"Nous nous sommes constitués par des apports successifs que nous avons eus chaque fois l'ambition d'intégrer autour d'un socle commun d'idéaux et de valeurs. Il y a un modèle français d'intégration. Ce n'est pas parce que ce modèle connaît des difficultés qu'il faut y renoncer, au contraire", avait-il souligné.
Après les élections régionales de mars qui ont vu le Front national s'imposer comme arbitre dans plusieurs régions, Jacques Chirac avait dénoncé ce parti comme étant "xénophobe" et "raciste". Il avait tenté de dissuader l'ancien ministre UDF Charles Millon d'accepter les voix FN pour se faire élire à la tête de la région Rhône-Alpes.
Jospin, employé fictif
PARIS, 20 mai, Reuters - La polémique sur les affaires et
les attaques de l'opposition contre Lionel Jospin ont provoqué
mercredi une vive tension à l'Assemblée nationale.
Le Premier ministre a été à nouveau pris à partie par le groupe RPR, qui l'accuse d'une manipulation visant le président Jacques Chirac dans le cadre des enquêtes sur la mairie de Paris.
Lionel Jospin a affirmé que le président de la République et le Premier ministre n'étaient "engagés dans aucune bataille" et a répondu, point par point, aux accusations de l'opposition sur son passé de diplomate sans affectation, entre 1993 et 1997.
"Oui, j'étais comme d'autres hauts fonctionnaires potentiellement payé à ne rien faire", a-t-il dit.
La longue réponse du chef du gouvernement n'a bien évidemment pas convaincu les élus RPR.
"Il est admissible qu'un haut fonctionnaire, préfet ou diplomate, ne puisse pas exercer un poste. Dans ces conditions, il est à la disposition du gouvernement et il est normal qu'il soit payé (...) En revanche, quand Lionel Jospin était candidat à l'élection présidentielle, il n'était plus disponible pour exercer un poste dans l'administration", a déclaré le député Philippe Auberger.
"Quand il a été élu premier secrétaire du PS, il n'avait pas non plus la disponibilité. Donc il a été payé pour des fonctions qu'il ne pouvait pas exercer. Il aurait dû se faire mettre en disponibilité pour convenance personnelle. C'est l'application normale du statut de la fonction publique et M. Jospin n'a pas appliqué correctement le statut de la fonction publique. Donc il est en faute", a conclu l'ancien rapporteur général de la commission des Finances.
"M. Jospin a une curieuse conception de la fonction publique. Il a utilisé tout son temps au service exclusif du Parti socialiste. J'estime que ce n'est pas normal", a renchéri le RPR Guy Drut.
"La réponse de M. Jospin est un peu incomplète. Il y a même carence parce qu'il se plaint de ne pas avoir été nommé. Il oublie de dire une chose, c'est qu'à l'époque le président du conseil des ministres, c'était le président de la République François Mitterrand", a dit le RPR Jacques Godfrain.