Côté candidats, le socialiste Philippe Vasseur - homonyme de l'ancien ministre de l'Agriculture UDF-DL qui conduit la liste de l'opposition de droite dans le Pas-de-Calais - apparaît tout sourire et en couleur sur un site ouvert à son nom pour appeler à voter "pour donner force" au canton Calais-centre et pour présenter sa profession de foi électorale. Y figurent aussi des données sur Calais et les emplois-jeunes, créés à l'initiative de la "gauche plurielle".
"Colette pour tous", site résolument politique de la tête de liste RPR-UDF aux régionales du Nord Colette Codaccioni, propose aux "électeurs-surfeurs" le programme politique de l'opposition ainsi que les principales étapes de la vie de la candidate, depuis sa naissance le 11 juin 1942 à Winnezeele jusqu'à son accession à la fonction de ministre de la Solidarité en 1995.
Séguin juge que le PS exploite à fond le filon FN
PARIS, 9 mars, Reuters - Philippe Séguin, président du RPR,
réaffirme son rejet de toute alliance avec le Front national et
accuse la gauche "d'exploiter à fond" le "filon FN".
"François Mitterrand avait trouvé le filon. Sous Jospin, on l'exploite à fond", dit-il dans une interview au Parisien, à paraître mardi.
En réponse aux attaques de la majorité, qui le soupçonne de préparer des alliances avec le parti de Jean-Marie Le Pen, Philippe Séguin conseille aux socialistes de "balayer devant leur porte".
"Ils n'ont jamais craint, eux, d'accepter les voix du FN, leur allié objectif, leur camarade de jeu. Aux dernières législatives, 70 des députés de gauche ont été élus grâce au maintien des candidats d'extrême droite", affirme-t-il.
Le président du RPR estime que le PS renvoie "volontiers l'ascenseur: dès que le Front risque de baisser, une ou deux manifs pour le transformer en martyr et le tour est joué".
Prié de porter un jugement sur l'état de grâce du Premier ministre Lionel Jospin, il répond: "Qu'il en profite, ça ne durera pas. S'il peut, quelques temps encore, se faire passer pour l'artisan de tout ce qui marche, de la croissance comme de la météo, il sera contraint demain de goûter des fruits amers: les résultats de sa propre politique".
Philippe Séguin dénonce "l'escroquerie" des 35 heures
BORDEAUX, 6 mars, Reuters - Philippe Séguin, le président du
RPR, a accusé Lionel Jospin vendredi soir à Bordeaux d'avoir
"cyniquement engagé le pays dans cette vaste escroquerie que
sont les 35 heures payées 39", ajoutant que le Premier ministre
n'y croyait "pas une seconde".
Philippe Séguin, qui intervenait au côté de son prédecesseur à la tête du RPR Alain Juppé lors d'un meeting de soutien au président sortant de la région Aquitaine, le RPR Jacques Valade, a dénoncé "les ficelles gouvernementales", qui sont "tout de même un peu grosses".
Il s'est moqué des "truismes de belle tenue" de Lionel Jospin qui font se hérisser "quelques composantes de sa majorité plurielle".
Pour le président du RPR, "M. Jospin est inquiet". "Comme le déficit budgétaire est moins marqué qu'on ne semblait le craindre -grâce aux efforts de ses prédécesseurs - il s'effraie à l'idée que ses troupes ne réclament, à grands cris, un partage des 'fruits de la croissance'", a-t-il dit aux 1.400 personnes réunies au Palais des congrès de Bordeaux-Lac.
"Car M. Jospin, qui est malgré tout un homme raisonnable, sait pertinemment que ces fruits sont bien médiocres. Il sait pertinemment que notre pays est accablé d'un chômage qui le paralyse, qui tétanise ses forces vives, qui est devenu en lui-même un obstacle à la croissance", a-t-il poursuivi.
Philippe Séguin a accusé le gouvernement actuel de compromettre gravement l'avenir de la France "par la conjonction de son immobilisme, de ses dogmes dépassés, de ses divisions insurmontables".
"A gauche, on bétonne sans discernement tous les avantages acquis, on pratique un conservatisme outrancier, on gèle toute mobilité sociale au nom d'une prétendue justice qui se paie de mots et prépare en réalité de formidables désiquilibres", a-t-il assuré.
Il a reproché à la majorité plurielle de fuir "tout débat comme elle fuirait la peste" dans une campagne électorale déprimante et morose.
Régionales-Nord/Le laboratoire pluriel menacé d'explosion
LILLE, 4 mars, Reuters - Le 31 mars 1992, au terme de douze
heures de négociations, la région Nord-Pas-de-Calais est devenue
le premier laboratoire de la gauche plurielle.
Marie-Christine Blandin, professeur de sciences naturelles, inconnue de presque tous, a été élue présidente du conseil régional. Ses 6,8% des voix avaient fait pencher la balance et arraché le soutien des partis socialiste et communiste.
Six ans ont passé. La gauche plurielle gouverne la France mais dans le Nord-Pas-de-Calais, le soutien du PS s'est transformé en hostilité et les socialistes veulent reconquérir leur ancien bastion ouvrier.
Marie-Christine Blandin n'a pas cédé. Elle espère toujours prolonger l'expérience.
Dotée d'un caractère bien trempé, militante très ancrée à gauche, tiers-mondiste, elle s'est affirmée jour après jour, démontrant, comme elle l'avait souligné à sa prise de pouvoir, que les Verts "ne sont pas des farfelus avec des programmes utopiques et rigolos mais des responsables avec des projets tenables".
Si Michel Delebarre, député-maire socialiste de Dunkerque, espérait tirer les ficelles de la présidence Blandin, les six ans écoulés ont montré qu'il s'était trompé.
Le refus des écologistes de se laisser diriger ou influencer idéologiquement a contribué à la dégradation des rapports entre les différentes composantes de la gauche plurielle régionale et ont poussé les socialistes à briguer la présidence.
Battu en 1986 puis en 1992, l'ancien ministre présente une liste commune avec les communistes dans le département du Nord. Les deux partis, pour des querelles historiques, ne sont pas parvenus à un accord dans le Pas-de-Calais.
Michel Delebarre n'a jamais caché que sa priorité absolue était de diriger la région mais les Verts font de la reconduction de Marie-Christne Blandin une question de principe. Dominique Voynet, ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire, a même affirmé qu'elle pourrait devenir un "casus belli".
Si chacun affirme qu'il revient aux électeurs de faire leur choix et de trancher, les Verts soutiennent qu'un score supérieur à celui de 1992 serait "suffisant" pour revendiquer le maintien de l'équipe actuelle.
Un avis que ne partagent pas Martine Aubry, Pierre Mauroy et, évidemment, Michel Delebarre, pour qui "on ne peut pas confier indéfiniment" le conseil régional aux Verts.
Au lendemain du 15 mars, Lionel Jospin risque donc d'être obligé d'intervenir pour régler un conflit qui pourrait remettre en cause l'unité de son gouvernement.
A droite, également, des divisions internes ont fait de cette élection un véritable casse-tête.
L'ancien ministre UDF de l'Agriculture, Philippe Vasseur, tête de liste dans le Pas-de-Calais, et associé dans le Nord avec Colette Codaccioni, ancienne membre RPR du gouvernement d'Alain Juppé, doit composer avec la candidature du député-maire UDF de Valenciennes Jean-Louis Borloo.
Ce dernier, qui bénéficie d'une forte notoriété et d'une image plus jeune, espère toucher les dividendes de l'implantation du constructeur automobile japonais Toyota dans le Valenciennois.
Il peut compter aussi sur le soutien de dissidents RPR qui l'ont rejoint comme le président du conseil général du Nord, Jacques Donnay (Jacques Donnay, délégué cantonal du canton de Lille-Centre, Président du Conseil Général du Nord, Député Européen, avait demandé avant une place en position éligible sur la liste Vasseur-Codaccioni, liste officielle du RPR. Colette Codaccioni avait refusé au nom du rajeunissement et du non cumul des mandats NDLR).
Reste le Front national, qui en plaçant l'objectif à 20%, aura son mot à dire pour l'élection du futur président.
Son chef de file régional, Carl Lang, a reçu le renfort de Marine Le Pen, l'une des trois filles du président du FN. Il a annoncé que son objectif prioritaire serait de "sortir Mme Blandin".
Dans une campagne dominée par la personnalité des têtes de liste, les programmes sont passés au second plan.
Chacun est d'accord pour réclamer la création d'un TGV régional, déplorant qu'il faille mettre en train près de quatre heures et demie pour effectuer le trajet entre Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et Fourmies (Nord).
Les Verts s'enorgueillissent d'avoir inversé la répartition du budget des transports. "Il y a six ans, 80% des sommes étaient consacrées à la route et 20% au ferroviaire, aujourd'hui c'est le contraire", souligne Jean-François Caron, tête de liste dans le Pas-de-Calais.
Les listes de droite ont pris le contre-pied et plaident pour un doublement de l'autoroute A1 engorgée par les camions.