Le poème de Daniel
Je te salue ma France des supermarchés
Des vigiles en bleu et des chiens policiers
France du camembert coulant majesteux
Ce camembert si cher au coeur des amoureux
France des frites d'or et du bifteck haché
Dont mon coeur s'est souvent trop fort amouraché
Que j'aime ton pinard et ton café du coin
Ou l'on vient dégoiser entre gentils voisins
Et refaire le monde assis à la terrasse
Détaillant en secret une fille qui passe
Qui passe et puis qui passe et qui repasse encore
Avec Jo son pitt-bull pour protéger son corps
Contre un de ces fumiers de vigiles en bleu
La bouche dégoûtante et le regard hideux
Qui l'a serrée très fort tout contre son caddie
Et lui a chuchoté viens voir ma Normandie
Je te salue ma France des arts et des lettres
Où l'unique obsession est d'être ou ne pas être
Au chômage ou viré à quarante ans passés
Avec la peur atroce de se retrouver
Vigile ou bien pitt-bull ou caddie délaissé
Sur le bord d'une route à la périphérie
D'une ville où s'endorment là les tout-petits
Qui rêvent de Daniel qui les fait rire aux larmes
Avec ses facéties qui font rendre les armes
Aux terribles vigiles qui rentrent chez eux
Leurs épouses leur ont fait cuire un oeuf ou deux
Et puis tout en mangeant, ils se bourrent la gueule
Car ils le savent bien au fond qu'ils sont très seuls
Que les filles sont belles au supermarché
Et que souvent leur coeur est comme déchiré
Déchiré par une de ces chiennes de pitt-bull
Et le vigile essuie une larme qui coule