DOSSIER 1
RÉFORME DES COLLÈGES Aline Fergant—Collège Lille de Staël

Après de nombreux mois d’attente, la réforme des collèges a été annoncée par Jack Lang, le 5 avril dernier.

Le long débat sur l’orientation précoce qui l’a précédé semble avoir été tranché par le ministre, en défaveur de Jean-Luc Mélanchon , ministre délégué à l’enseignement professionnel. En effet, Jack Lang affirme « qu’il ne serait être introduit sous quelque forme que ce soit un palier d’orientation en fin de 5e».
Au delà ce ces polémiques, ces décisions ne touchent donc quasiment pas aux structures du « collège unique » mais renforcent les dispositifs mis en place par la réforme du collège 2000.
On peut classer ces mesures en 3 grandes catégories :
1. L’organisation des études :
6e : faciliter l’intégration des élèves entrants + création de classes artistiques ;
5e et 4e : suppression des fourchettes horaires (= retour aux horaires nationaux) ;
Mise en place des « itinéraires de découverte », nouveau nom donné aux parcours diversifiés et aux travaux croisés.
3e : Classe d’orientation ; 2 langues pour tous les élèves
Enseignement optionnel ( 15 % du temps ) soit 2 heures pour langues et cultures de l’antiquité ou langues et cultures du monde ou Arts ou Sciences expérimentales et Technologie ;
4 heures pour « découvertes professionnelles » que les élèves pourront effectuer en lycée professionnel car nos collègues PLP seront contents d’apprendre qu’ « ils peuvent apporter leur expertise pédagogique en matière d’approche concrètes, de décloisonnement disciplinaire et de projet pédagogique ».
A ce dispositif, s’ajoutent des mesures pour donner une grande liberté pédagogique aux équipes enseignantes. (1 heure laissée au libre choix de l’établissement)
2. Les élèves en difficulté ou en grande difficulté :
intégration des heures d’aide aux élèves en difficulté dans la DGH, dont l’utilisation sera déterminée par l’établissement en vue d’ « expérimenter des dispositifs originaux de prise en charge des élèves en difficulté » ;
alignement des horaires d’une même discipline pour plusieurs classes d’un même niveau afin de permettre des groupes de niveau ponctuels ;
mise en place d’une équipe pour suivre les élèves en grande difficulté : décharge possible pour les enseignants ;
à l’ensemble de ces mesures s’ajoute un développement des classes de primo-arrivants et des internats. Il est aussi rappelé l’utilité des SEGPA et le ministre confirme leur mission de traitement de la grande difficulté scolaire et non des difficultés sociales.
3. Nouveau système d’évaluation et cahier d’exigence :
L’évaluation d’entrée en 6e est maintenue. Deux évaluations en début de 5e et en fin de 4e sont mises en place. Le brevet des collèges est remplacé par le brevet d’études fondamentales, dans l’esprit du Bac, valeur symbolique forte pour redonner du sens au collège.
Un cahier d’exigence sera élaboré par le Conseil National des Programmes, il "fixera l'idéal éducatif du collégien". Ce document devrait être porté à la connaissance des enseignants, des parents et des élèves. Il permettra, entre autres, de "souligner les points fondamentaux de chacun des programmes, constituant les bases d'une culture scolaire partagée, et ceux qui sont liés à des approches plus spécifiques".
Au total, cette réforme innove peu mais renforce l’ensemble des dispositifs de la précédente.
Les heures de projet sont réintroduites et même augmentées. Une question vient à l’esprit en lisant ce projet de réforme. Comment l’ensemble de ces dispositifs est-il financé ?
Ne lisez pas les 51 pages du projet plusieurs fois, il n’y a que deux mesures de décharge pour les personnels (liaison CM2/6e, personnel volontaire pour participer au groupe de suivi des élèves en grandes difficulté).
Il appartient aux chefs d’établissements et aux équipes de faire des propositions pour un certain nombre d’heures. Plus d’autonomie direz -vous mais à quel prix ?
Il y aura forcément une baisse des enseignements disciplinaires car les DHG restent inchangées. Les quelques heures supplémentaires que les ZEP pourront avoir sont soumises à une contractualisation des moyens de 3 ans avec un projet de base et une évaluation finale (N’est ce pas une logique de résultat ?)
Au total, ce n’est ni plus moins un nouvel surinvestissement des personnels qui est demandé.
Les exemples pourraient être multipliés ; un exemple cependant :
Pour l’intégration des élèves des élèves de 6, il est proposé :
l’organisation du temps de rencontre durant lesquels les élèves dialoguent avec l’ensemble de leurs professeurs ;
la prise en charge de la classe à l’extérieur par le professeur principal ;
un stage de trois jours autour d’un projet fédérateur ;
l’explication de ce qui est attendu aux élèves ;
l’organisation des réunions de parents pour faire comprendre les nouvelles exigences du collège ;
l’incitation à la recherche personnelle.
Sans rentrer dans des calculs très savants , l’ensemble de ces propositions, représente plus de 35 heures de travail. Heureusement que dans sa partie sur l’architecture , Jack Lang précise qu’il faut des bureaux pour les professeurs car nos journées seront bien longues !
Par ailleurs, on voit mal comment les chefs d’établissement pourront concevoir des emplois du temps permettant aux élèves de troisième d’être répartis dans des classes différentes et participer à l’option « découverte professionnelle » en lycée professionnel à raison de 4 heures par semaine.
Les élèves qui seront guidés vers cette option risquent fort de se retrouver dans la même classe et de reconstituer des filières que nous ne voulons pas d’exclusion ; cet état d’esprit conduirait de nouveau à dévaloriser le rôle positif de l’enseignement professionnel sur la promotion des jeunes ! Le débat sur le collège unique nous interpelle sur les critères d’orientation, les moyens accordés aux collèges pour accueillir et former tous les jeunes, la méconnaissance du système scolaire et de ses composantes...
Voici les premières remarques que nous pouvons faire mais il nous appartient d’aller aux débats avec nos collègues et d’élaborer une réflexion collective.
Le Sden Cgt organise la prochaine réunion départementale de son « pôle collège » :
le Mercredi 16 mai à 15 heures
Ensemble, nous pouvons construire une démarche revendicative qui réponde à nos besoins.