L'enseignement des langues vivantes

 

Le " nouveau " Ministre a annoncé récemment sa volonté de faire de l'enseignement des langues vivantes dans le ter degré une priorité.

L'objectif poursuivi est de "répondre aux enjeux de notre temps "(sic). Il y a environ un siècle la même volonté avait animé la décision d'introduire l'enseignement des langues vivantes (on n'y enseignait que les langues dites mortes) dans les établissements du 2ème degré. L'enjeu, à l'époque, était le développement des échanges commerciaux qui nécessitaient le développement de compétences linguistiques.

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Mondialisation et développement du " business " English aidant, il faut bien comprendre la volonté du Ministère comme une intention de développer l'enseignement de l'anglais et uniquement de l'anglais, pour ce qui concerne le primaire, et de retarder le choix des langues rares au maximum (lycée). Dans l'Académie de Lille, l'objectif est de créer une "carte des langues", qui limitera l'implantation de certaines langues à certaines zones, ce qui réduit sensiblement les coûts, en permettant, entre autres, de partager le service d'un enseignant sur plusieurs établissements du même secteur.

Claude Allègre disait récemment "l'anglais ne doit plus être une langue étrangère en France". L'objectif primordial est de développer des "compétences de base " (la maîtrise des NTIC par exemple) sans lesquelles les futurs salariés ne seront rien sur le marché du travail, et qui aujourd'hui leur font cruellement défaut. Et d'éviter aux entreprises l'obligation de supporter le coût des formations et des stages qu'elles font suivre à leurs salariés, du fait des insuffisances du système scolaire. Nous voilà bien loin de l'utopie de l'ouverture sur le monde, de la découverte des cultures étrangères à travers leur idiome et leur civilisation.

Quelles modalités pour développer largement l'apprentissage des LV ?

Jusqu'à présent l'EPLV, L'EILE est assuré soit par des locuteurs natifs, soit par des enseignants du 2ème degré, des contractuels (pudiquement nommés intervenants extérieurs qualifiés), ou des instituteurs, professeurs des écoles ayant obtenu "l'habilitation" pour enseigner une LV.

Premier problème.

Depuis quelques rentrées, les élèves entrant en 6ème doivent obligatoirement choisir en LV1, la langue étudiée en primaire. Hors la pénurie, d'enseignants d'Allemand et autres langues minoritaires aboutit d'ores et déjà à l'hégémonie de l'anglais.

D'autre part l'offre d'Allemand dans le primaire n'est pas toujours suivie par la possibilité de choisir l'allemand en LV1 au collège. L'obligation de suivre la même langue en primaire et collège LV1 rend ainsi impossible d'opter pour l'Allemand à partir de la 6ème, mais dès qu'il s'agit de changer pour faire de l'anglais, cette obligation tombe.

D'autre part, si l'Anglais n'a pas été choisi en LV1 il devient obligatoire en LV2. II est impossible d'étudier l'allemand LV1 puis l'italien LV2.

Deuxième problème.

Bien qu'il soit possible depuis cette rentrée de compléter son service en primaire, l'EPLV se fait toujours en heures supplémentaires pour les enseignants du 2e degré. Il constitue donc pour la plupart d'entre eux une charge supplémentaire. Ces mêmes enseignants lorsqu'ils sont volontaires ne disposent d'aucune formation sérieuse pour intervenir auprès du public du 1er degré.

Lorsque cet enseignement est dispensé par un personnel du 1er degré, il s'agit rarement d'un spécialiste. L'examen pour obtenir l'habilitation sanctionne des compétences, pas une qualification, certes, mais il n'équivaut pas à la maîtrise de la culture et de la langue enseignée. Cela dit est-ce réaliste ?

En choisissant la maternelle pour cible Jack Lang prend en compte deux problèmes majeurs dans l'enseignement des langues.

Il sait, par des études qui ont déjà un demi-siècle, qu'un enfant en bas âge peut apprendre jusqu'à 7 langues concomitamment, pourvu que le locuteur de chacune d'entre elles puissent être clairement individualisé. Si le locuteur n'est pas clairement individualisé, on aboutit souvent à des situations, certes cocasses, où les élèves mélangent les idiomes. Exemple : vous avez un père français, une mère allemande, qui vivent dans un pays africain anglophone, mais ils vous confient aux bons soins d'une nounou qui parle le wolofs. S'il n'y a pas de mélange de la part des locuteurs, un enfant est en capacité de répondre à chacun d'entre eux dans leur langue maternelle.

D'autre part il sait qu'après l'âge de 10 ans, parfois 12, le palais d'un enfant est irrémédiablement formé, qu'on ne peut plus lui imprimer l'empreinte qui permet de reproduire parfaitement des sons qui n'existent pas dans sa langue maternelle (jota espagnole, les deux th anglaises). Ce qui veut dire que nous, enseignants non-locuteurs natifs, transmettons à nos élèves une prononciation et un accent bien souvent défectueux.

Cibler la maternelle c'est donc répondre à deux problèmes majeurs, et c'est pourtant en oublier deux autres tout aussi importants.

Ce sont aussi les bains linguistiques et culturels qui génèrent une pratique correcte de la langue. Hors pour répondre à cette contrainte, il faudrait recourir à un enseignement bilingue, ce qui est impossible compte tenu de l'état de qualification actuel des personnels du 1er et 2ème degrés.

Claude Allègre, proposait le jour de la rentrée sur ondes de France Inter que l'on " fasse venir d'Australie, de nouvelle Zélande (JO obligent) des locuteurs natifs adolescents, parce que le courant passe mieux avec les enfants et que cela favorise donc l'apprentissage". Il semble oublier que les "teen-agers" auxquels il faisait référence sont eux-mêmes des enfants (la perspective du travail des enfants ne semble pas le perturber), et ne disposent en aucun cas de la qualification nécessaire.

Que faire pour que les élèves disposent d'un enseignant qui soit clairement identifié comme celui qui enseigne une langue étrangère, afin que l'enseignement des langues vivantes devienne un succès, et réponde à des besoins de connaissance de l'autre, qu'il suscite la curiosité culturelle et intellectuelle ?

Bien que les PE2 puissent depuis quelques années effectuer une partie de leur deuxième année de stage dans un pays de la CEE, cela n'est pas satisfaisant.

Les solutions résident peut-être dans des procédures d'échanges de postes, dans un premier temps, avec des garanties salariales et statutaires, qui permettraient aux élèves de disposer de deux enseignants (francophone et locuteur natif) se partageant la classe ; bien évidemment un tel dispositif supposerait que l'on traite toutes les langues sur le même pied d'égalité, la demande pour l'anglais étant telle que le réservoir d'enseignants anglophones ne suffirait pas à satisfaire la demande.

Pour l'instant l'Inspection Académique du Nord propose de "substituer aux intervenants qualifiés des maîtres polyvalents, et qualifiés en langues ", et dans une 3ème étape d'aller vers l'implantation de postes à exigences particulières langues dans les écoles de plus de 4 classes quand un poste est demeuré vacant.

Ces propositions vont à l'encontre des intérêts des personnels, à qui, comme nous l'avons signalé, l'on demande d'être de plus en plus qualifiés sans envisager de revoir leurs salaires et leurs conditions de travail.

 

Nos propositions ?

L'ouverture de plus de postes au concours afin de pouvoir enseigner à des effectifs réduits. Ce qui favoriserait l'appropriation des langues et leur pratique orale.

Le recrutement d'enseignants étrangers qualifiés, la création d'un statut d'enseignants associés pour les étrangers hors CEE, afin que toutes les langues, toutes les cultures aient droit de cité à l'école, et que ne s'impose pas un diktat des langues et des cultures lié à la puissance économique de certains pays.

Une dotation en crédit d'équipement pour ouvrir des laboratoires de langue dans toutes les écoles. Il n'y a jamais eu volonté politique pour ces implantations massives dans le second degré. Or l'existence d'un labo de langue est une garantie de la pratique de l'oral qui fait tant défaut à nos élèves. Aujourd'hui c'est le choix du tout informatique qui est fait, le coût bien qu'exorbitant ne semble pas être un frein.

Gabriella Marongiu