Contribution écrite au Congrès de la Ferc du 14.11.2000. Marie-Jeanne Kozlowski

Solutions budgétaires pour compenser le départ des baby boomers ?

 

1. La RTT et l’augmentation graduelle de la charge de travail des enseignants.

Le suivi des élèves : niveau initial, difficultés d’apprentissage, comportement, incivilités, menaces, rejet de l’école, absentéisme, violence, nécessitent un travail croissant des équipes éducatives. Cela génère non seulement de nombreuses réunions en dehors du temps de travail, mais également la conception d’outils de suivi, ainsi que des rencontres multiples avec les Cpe, l’infirmière, l’assistante sociale, le Proviseur, le Proviseur adjoint, les parents, sans oublier l’établissement de contrats individuels, le suivi de ces contrats et la remontée des informations.

Le Contrôle en Cours de formation.

Recherche d’informations, conception, préparation, test des sujets en informatique ; saisie, présentation et photocopie des documents, préparation des dossiers et des diquettes/élèves ; vérification du matériel, appel à la maintenance ; commande du papier et des consommables ; organisation et planification des passages/élèves ; préparation et diffusion des plannings aux élèves, à l’administration et aux autres enseignants de la section ; préparation du travail pour les élèves non testés ; conception et réalisation des grilles d’évaluation ; correction des impressions/élèves ; lecture et évaluation des disquettes… Et forcément équipement personnel des matériels toujours à réactualiser + l’achat des consommables… le tout sur fonds personnels.

Le contrôle en cours de formation en communication orale entraîne en plus la gestion de la réservation des matériels audio-visuels et des salles.

Que d’heures supplémentaires non rémunérées, in abstentia, in présentia.

Le temps passé aux séances de formation organisées et à l’auto-formation aux nouvelles technologies. Formation et exploitation/élèves (conception, réalisation et test des activités, réservation des salles équipées…) nécessitent un temps difficilement évaluable.

Temps passé à la lecture quotidienne de la presse générale, hebdomadaire ou mensuelle de la presse spécialisée.

Temps passé à résoudre les problèmes matériels.intendance : papier, consommable/élèves, quota de photocopies, maintenances diverses, problèmes d’éclairage, de chauffage, de stores, de travail dans des bâtiments hors normes de sécurité, papier toilette…

Temps passé à résoudre les problèmes économiques et/ou familiaux des élèves ; rencontres avec l’assistance sociale ; création de process pour une prise en compte plus rapide des demandes de fonds social lycéen ; signalement des problèmes de violence familiale, participation aux solutions à trouver pour les élèves de + de 18 ans exclus du domicile familiale.

Temps passé à résoudre les problèmes de santé des élèves : rencontres avec l’infirmière pour vérifier le contenu des dossiers médicaux et prendre des dispositions qui s’imposent (prêt d’ordinateur par l’établissement pour une élève déscolarisée pour raisons médicales…) ; prganisation de journées « hygiène corporelle et/ou alimentaire ».

 

2. La RTT et la diminuation globale des jours de vacances annuelles (cf. calendriers antérieurs).

3. La RTT et l’augmentation des heures de présence dans l’établissement.

Augmentation sensible des « trous ». Est-ce la solution trouvée en 2000/2001 pour « accroître le nombre d’adultes dans les établissements scolaires » (cf. S. Royal) ?

Augmentation du nombre de jours de présence dans l’établissement. Emplois du temps sur 5 jours.

Augmentation du nombre des réunions diverses. :

Organisation des stages : réunion plénière des professeurs principaux, réunions organisées par les nouveaux Chefs des travaux tertiaires, réunions organisées par le professeur principal, réunion avant le départ en stage… Organisation des PPCP : IEN 2 fois, Chef des travaux 1 fois, Formateur 1 fois, réunion plénière 2 fois, multiples réunions par « équipe PPCP » et réunion des équipes éducatives pour information.

Diminution du temps pour la réflexion la conceptualisation, l’actualisation des connaissances.

 

4. La RTT et les PPCP

Les projets inscrits dans notre statut contraignent des individus à travailler « ensemble » sur des projets bidons ; sans formation au concept de projet et de mise en place de… (cf. travailler par projet : l’organisation anti-inertie » - Entreprise n° 180, octobre 2000).

Contraints et forcés de travailler, plutôt les uns à côté des autres, qu’ensemble, nous lisons et relisons les référentiels de chacun pour « coller » aux demandes institutionnelles, sur fond de réduction des horaires de formation professionnelle, sans modification des référentiels.

J’ai personnellement mis en place de nombreux projets dont un d’envergure : plusieurs secteurs (textile, vente, secrétariat, comptabilité) ont travaillé sur un même projet pendant une année scolaire complète.

Cette expérience, au même titre que l’ensemble des autres, m’a permis de constater l’écart évident entre la mobilisation des enseignants et celle des élèves (de l’ordre de 500 % au bénéfice des premiers !). Quoi qu’il en ait été, bien que les professeurs aient déployé une énergie titanesque, donc que les élèves se soient moins investis, il faut constater qu’ils en ont tiré bénéfice : nombreux sont ceux qui ont envisagé, sereins, des poursuites d’études, réconciliés avec l’institution, ils se sont inscrits dans un avenir du possible. Je ne peux cependant adhérer au discours officiel qui voit par le PPCP, un accroissement de la motivation des élèves.

Les projets n’ont d’impact que s’ils sont exceptionnels. S’ils sont menés par une équipe (professeurs et autres personnels éducatifs ou non) consentante, volontaire et dynamique. Si du temps est laissé à la coordination, si des moyens sont donnés tant au niveau matériel qu’au niveau de la rémunération des personnels qui s’investissent.

 

CONCLUSION

Aujourd’hui, nous avons plus de travail qu’hier, nos congés ont déjà été réduits, notre activité est multiforme et multidirectionnelle.

Comment sera comptabilisé cet accroissement de notre charge de travail dans la négociation sur la RTT ? D’autant que nous exerçons une profession éminemment intellectuelle et que cet aspect est difficile à évaluer.

SOLUTIONS BUDGETAIRES

Réseaux informatiques

Actuellement, dans les établissements scolaires rénovés ou reconstruits, des réseaux informatiques internes et externes sont implantés.

Les salles sont aménagées à partir d’une directive ministérielle, sans tenir compte des besoins exprimés par les enseignants, avec des bureaux dits « ergonomiques » fournis par l’Ugap : empilement des écrans sur des rehausses qui ne permettent pas aux élèves de voir leur professeur et inversement. Mais qu’importe, le réseau interne permet à l’enseignant de visualiser le travail/écran de l’élève.

Prépare-t-on ainsi les élèves à leur télé travail futur ?

Visioconférence

Actuellement, des expériences « pilotes » d’utilisation de la visioconférence sont menées par le CNED, l’EUDIL, le CNAM pour des formations déconcentrées, et par certains établissements pour la dispense de l’enseignement de langues rares : le professeur est à Wattrelos… à Arras, les élèves bénéficient du cours via un grand écran : 2 classes sont donc prises en charge simultanément…

Actuellement de nombreux publics « désignés » bénéficient de formations liées à l’utilisation de la visioconférence avec les élèves.

La visioconférence ne serait-elle pas l’outil de téléenseignement de demain… sur fond de non-compensation du départ des baby boomers ?