ECHOS DES LUTTES

La section Cgt du LP D’HAUBOURDIN a organisé une réunion avec les enseignants de la plasturgie, les parents d’élèves. Etaient invités Joël Debacker secrétaire régional Cgt et mandaté par son organisation au CESR (Comité économique et Social) et Daniel VandeVyvère secrétaire de l’Ursen CGT.

Centre de Formation Apprentis « publics » ?

L’introduction :

Dans notre Etablissement, nous sommes confrontés à une question majeure : faut-il accepter d’ajouter des formations d’apprentissage aux formations initiales déjà dispensées dans l’Etablissement ? Le C.A. du LP a dit non. Le CA du lycée a dit oui. Les représentants du medef de la plasturgie veulent que les personnels et les matériels soient mis à leur disposition pour assurer une formation Bac. Prof. Plasturgie par la voie de l’apprentissage… Une très grosse partie de la taxe d’apprentissage collectée dans l’Etablissement émane d’ailleurs de cette industrie et compense les défaillances de l’Etat en matière de financement des investissements pédagogiques. Ce patronat veut récupérer les fruits de son investissement alors même que la taxe d’apprentissage est un impôt qui à ce tritre devrait être distribuée par l’Etat.

Rectorat et conseil régional élaborent des conventions de partenariat avec le Medef, qui vont dans le sens du développement de ce que l’on appelle « l’enseignement intégré » initié par Allègre. Les personnels qualifiés de l’Education Nationale seraient donc appelés à enseigner aux apprentis dans le cadre de formations conduites par des organismes à forte tonalité privée. Diversifier les voies d’intégration professionnelle est un alibi souvent mis en valeur ; mais à qui fera-t-on croire que le service public sera souverain pour intervenir sur les contenus de formation, les conditions de travail des apprentis et celles des enseignants quand il aura intégré en son sein des formation d’apprentis ? Le gouvernement lui-même avoue son impuissance à contrer la puissance d’argent qui organise les délocalisations des entreprises et plongent dans le chômage des centaines de salariés. La Cgt aurait bien une revendication à formuler oui , la formation initiale doit être publique et la formation continue sous le contrôle de l’Etat et des salariés. Mais cela excluerait la main-mise patronale. Ce n’est pas la voie qui est suivie et les conditions de rapports de forces actuelles sont minimes. Aussi, nous sommes légitimement inquiets et revendicatifs pour refuser la mise à disposition de nos collègues, de leurs outils de travail, dans des formations dans lesquelles le Patronat veut s’engouffrer pour des raisons de coût et pour développer des formations étroitement liées à sa stratégie de construction d’emplois. C’est pour cela que la Cgt Education Nationale dans le nord s’adresse aux salariés des entreprises : quelle est la formation développée par le patronat dans vos lieux de travail ? Est-elle au service des besoins de développement des qualifications que vous revendiquez ? L’Ecole doit-elle être assujettie à la définition des emplois telle que les salariés la repoussent peut-être ? N’est-il pas temps d’en discuter aujourd’hui alors que les conventions signées par l’Education nationale avec les branches professionnelles font l’économie de la réflexion, des besoins du salariat, de celles des familles et des jeunes qui veulent s’insérer durablement dans la vie active ?

Bien sûr, les pressions sont fortes. Les jeunes, ceux des milieux les moins nantis pour ne pas dire les plus pauvres, ont besoin à 18, 19, 20 ans… de ressources et d’indépendance. L’apprentissage donne un petit « pécule » qui ressemble à un salaire : dans le dictionnaire, c’est ce qu’un maître donnait à l’esclave avec charge de le faire valoir ».. Il le fera valoir jusqu’au smic et à ce niveau jusqu’au bout de sa vie dans la majeure partie des cas pour les jeunes qui auront choisi des parcours allégés d’enseignement général pourtant émancipateur des strictes visées techniques et professionnelles. Bien sûr, nous sommes interpellés sur le dégoût pour l’Ecole que manifestent les jeunes. Mais la faute n’en revient pas aux méthodes pédagogiques des enseignants dans une Ecole qui manque d’emplois, dans une école où les conditions de travail se détériorent, dans une école qui doit absorber les violences que notre société engendre, sans moyens pour les combattre. Dans une école où la propre formation continue des maîtres est remise sans cesse en cause et n’existe qu’à la portion congrue.

Notre volonté est de travailler mieux et autrement dans le cadre d’un service public qui permette aux jeunes de recevoir une formation pour choisir et non pas une formation qui réponde aux besoins étriqués et égoïstes du patronat polarisé par la recherche d’un profit jamais partagé.

Au lycée professionnel d’haubourdin, l’approbation de l’intégration de formations apprentis aboutirait aussi à la disparition des formations initiales existantes. On glisserait bien à une autre conception de la formation professionnelle des jeunes, plus discriminatoire, moins qualifiante aussi. Ce serait une autre définition des services des personnels d’enseignement, d’éducation, …). Les formations assujetties aux choix d’expansion du patronat, rendent mobiles les populations salariales, rendent flexibles les obligations de service. A la Cgt, nous tenons à défendre et développer les garanties statutaires ! Pas de mobilité contrainte des personnels, pas de globalisation et annualisation du temps de travail, liberté de créativité pédagogique, développement des connaissances remparts contre la précarité et l’exploitation des jeunes.

Le débat :

dans les entreprises, les personnels à faible niveau de qualification ont des difficultés pour se former. Quel rôle pourrait jouer l’école dans la formation de ces adultes ?
Le domaine de la formation est un véritable marché. Le rapport à l’argent est évident. Pourquoi ne pas développer le service public dans la formation continue ? Pourquoi dissocier les enjeux de la formation initiale de celle de la formation continue ?
Ce qui est dangereux, c’est de vouloir tout mélanger en un seul lieu : populations en formation, types de formations, intervenants divers. Les rythmes de travail sont différents ; le recours au personnel précaire plus important. Cela risque de bouger les conditions d’ exercice des personnels de la pire manière : flexibilité et mobilité.
L’apprentissage est attractif pour certains jeunes. Le rapport plus concret à la matière est plus valorisant. Il apporte aussi aux familles une aide financière. Ce qui pose problème, c’est le recrutement aux mains du patronat. Par ailleurs, certains jeunes n’ont pas d’autres choix faute de capacités…
L’apprentissage n’est plus une voie faisant suite à l’échec scolaire. On y recrute aussi de futurs ingénieurs.
Par ailleurs, l’Ecole a créé des structures spécialisées pour remédier aux difficultés ou aux handicaps. Les erreurs de diagnostic, plus généralement l’insuffisance des moyens ne permettent pas à ses structures d’intégrer mieux les jeunes dans un parcours de formation ordinaire. L’apprentissage peut se développer parce que l’Ecole ne se donne pas les moyens de lutter vraiment contre l’échec scolaire.
L’apprentissage n’est pas non plus conducteur d’insertion professionnelle pour tous. La moitié des jeunes ne sont pas recrutés… et les ruptures de contrat existent. Il faut ajouter à cela de mauvaises conditions d’étude et de travail et l’exploitation.
Le conseil régional consacre la moitié de son budget pour la formation initiale. C’est le même diplôme qui est délivré aux jeunes apprentis et élèves de LP. Est-on en capacité de remettre en cause d’ailleurs l’apprentissage ? En tout cas, on peut éviter son développement et il y a besoin de rénover ce qui existe.
Les voies de formation sont différentes ; si elles conduisent au même diplôme, elles ne sanctionnent pas la même qualification. Les contenus de formation sont différents : pas les mêmes épreuves aux examens, des volumes horaires différents (400 h au lieu de 1200 h).
En formation continue, des méthodes pédagogiques que nous ne pouvons adopter faute de moyens. Souvent il n’y a pas correspondance entre ce qu’attendent les entreprises et ce qu’on donne en formation initiale… Les élèves doivent aussi y retrouver leur compte.
Ne pas mélanger Formation initiale et formation continue. L’apprentissage est souvent vécue comme une voie concurrentielle à la formation initiale traditionnelle. Des établissement perdent ces dernières formations au profit des autres. Par ailleurs, en formation continue, le fonctionnement des greta, par exemple, pose problème avec le recours à des contractuels placés très souvent dans de mauvaises conditions d’enseignement.
Quelle conception de l’Ecole avons-nous ? La convention que le Rectorat vient de signer avec le Medef place les objectifs de partenariat dans le contexte de l’économie : assurer le développement économique de la région. Est-ce le rôle de l’Ecole ?
Au lycée d’Haubourdin, la convention avec le patronat de la plasturgie a été votée par le C.A. Comment se sont donc situés les professeurs du lycée en pleine contradiction avec les professeurs du LP ? Et comment se mettent en place ces formations au lycée ?
Il y a un volume horaire à dispenser. Nous ne savons toujours pas comment il est rémunéré. Les professeurs du lycée utilisent le matériel commun aux deux établissements avec des répercussions sur l’aménagement des emplois du temps et le nombre de 1/2 journées à travailler dans la semaine. L’assistance technique est effectuée par un professeur de lycée professionnel alors même que la convention n’a pas été signée… C’est difficile de refuser sous la pression.
Au lycée, la convention a été signée dans le flou le plus complet. On ne nous dit pas tout. Il s’agissait d’avaliser une convention sur la base de 48 heures d’enseignement et de plus ces heures semblaient strictement concerner le LP !
Il est possible de remettre en cause la reconduction du contrat.
L’implantation d’un CFA public dit « hors murs » peut-elle se faire sans risques ?.. Peut-on y mettre des conditions ?
Scepticisme des participants à la réunion.

Conclusion :

Ce premier échange sera suivi d’autres initiatives en direction des salariés de la plasturgie et des personnels du lycée. La section Sden Cgt continue à militer contre le développement de l’apprentissage au sein des structures de son établissement.

C.B.