Le passage à l'Euro et l'inflation Des arrondis par ici et par-là...
Benoît KLIMPT professeur certifié au Lycée de Vieux Condé

Depuis le ter juillet, les banques ne fournissent plus que des chéquiers en euros, en décembre les magasins pourront rendre la monnaie en euros, le 15 décembre les postes et les banques proposeront l'équivalent de 100 francs sous la forme de quarante pièces en euros. soit 15,24 " E " (tient mais où est donc le grand " E " avec deux barres sur nos claviers ?). Fin décembre, c'est au tour des techniciens des banques, de la Poste et des convoyeurs de fonds de modifier la distribution automatique. Le 31 décembre à minuit l'euro devient officiellement la monnaie d'une douzaine de pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays?Bas et Portugal...) La fin des derniers paiements en francs est fixée au 17 février 2002 et jusqu'au 30 juin il sera possible d'échanger pièces et billets auprès des banques et de la Poste. Pour les distraits, ceux qui ont retrouvé un trésor il restera la Banque de France et le Trésor Public pendant trois ans pour les pièces et dix ans pour les billets... Tout semble donc avoir été prévu.

Pourtant, le passage à l'euro risque de s'accompagner d'une soudaine inflation qui ne devra rien à un quelconque partage de la richesse produite au bénéfice des salariés, bien au contraire.

II ne faut pas être particulièrement doué en économie pour constater que le changement des francs en euros va s'accompagner d'une valse des étiquettes avec la pratique étendue des arrondis â tous les niveaux de la chaîne industrielle et commerciale de formation des prix. Cela interviendra dans un climat déjà légèrement inflationniste.

Bel exemple, des "services" tels que la société Transpole, qui gère le métro de Lille, ont annoncé qu'ils arrondissaient au "cent" supérieur soit plus sept centimes... Cette attitude sera imitée, soyons en certains, d'autant qu'aucune mesure de blocage des prix n'est prévue à partir de maintenant jusqu'au mois d'avril 2002 minimum, il paraît que cela fait dirigiste et démodé... Quand bien même une telle mesure serait annoncée pour la période fatidique des deux mois de mutation cela aurait probablement un effet modérateur mais n'empêcherait pas les hausses préventives.

Alors on nous sert le discours des gentilles "grandes surfaces" qui s'engageraient par un contrat "moral" vis à vis de leur clientèle à ne pas en "profiter", à chacun ses contes de fées...

Pire, cette inflation "arrondissante" sera précédée d'une surchauffe de la consommation vers la fin de cette année puisqu'en toute logique ceux qui ont quelques économies anticiperont leurs achats jusqu'en décembre. Ce genre de surchauffe est déjà propice à des danses feutrées des étiquettes. Bref, il va falloir demander une révision à la hausse des augmentations de salaires et des minima sociaux, lesquelles, signalons le, en ce qui concerne les fonctionnaires mais d'autres salaires et minima également, ne couvrent même pas, et de loin, l'inflation actuelle...

Pourtant, nous pouvons déjà parier (en euros) qu'en mars ou avril, lorsque l'inflation post?euro sera connue, les remarquables experts libéraux nous accuserons, nous les salariés, de ne pas être assez nombreux au chômage et donc d'avoir fait pression sur les salaires ce qui serait la cause du retour de l'inflation, (lire à ce sujet l'article de Nasser Mansouri-Guilani dans la revue "Analyses et documents économiques N° 84" de la CGT).

Une logique libérale, qui vise, d'une part, à rendre responsable le salariat de l'inflation afin d'en dédouaner les profits et, d'autre part, à obtenir l'application de politiques déflationnistes drastiques : soit la baisse des dépenses publiques, modération salariale, hausse des taux d'intérêts au risque d'une hausse du chômage. Car, en effet, l'inflation touche et érode indifféremment les salaires mais aussi, et (surtout quantitativement) les profits des capitalistes... Donc il y a fort à craindre qu'une fois l'euro arrivé, la Banque centrale européenne applique la recette libérale d'une hausse des taux d'intérêts afin de restaurer la profitabilité maximale dans la zone euro pour éviter, encore, une nouvelle baisse de la valeur de cette monnaie vis à vis du dollar et attirer les capitaux... Quant à l'écrasante majorité des populations salariées ou chômeuses des douze pays de la zone euro, ce changement monétaire leur aura été facturé au prix fort... Sauf si, la rentrée sociale se faisait plus chaude avec, entre autres revendications, un nouveau partage des richesses...