Combattre l'idée d'un conflit de civilisation

Minutes de silence ou minutes de parole le vendredi 14 septembre ? Le dilemme était posé trois jours après l'attentat " religieux fascistes " qui a frappé les Etats-Unis. La question s'est posée dans nombre d'établissements scolaires. La consigne venait du ministère et du rectorat d'un côté et était appuyée, entre autre, par notre confédération syndicale.
Ainsi, un certain nombre d'enseignants ont préféré parler. Dans quelques établissements, et pas forcément pour les mêmes raisons, ce sont des élèves qui refusèrent le silence. Pour ce qui concerne nombre d'enseignants, parler fut une attitude réfléchie, portant à la fois sur l'histoire mondiale récente, sur nos rapports à autrui et sur l'objectif visé par les c religieux fascistes " au-delà des cibles...
Un premier constat : aucune minute de silence n'avait été demandée lorsque se perpétrait le génocide d'un million de personnes au Rwanda entre avril et juin 1994... Le seul silence qui règne, depuis dix ans que dure le terrorisme "religieux fasciste" en Algérie avec son cortège de victimes, n'est autre que celui de l'indifférence.
Vivons-nous si loin pour que le communiqué officiel, ait ainsi omis d'associer, aux victimes américaines, les personnes massacrées en Algérie au cours des dimanche et lundi 9 et 10 septembre par les G.I.A. Avions nous su marquer notre solidarité collective avec les Russes victimes d'attentats à Moscou il y a déjà plus de trois ans ou, ensuite, avec les habitants de Groznyi bombardés par Poutine ? Sarajevo, bombardée par les fascistes serbes, n'a pas plus suscitée plus d'élan... Quelle fut notre solidarité pour les deux milles panaméens tués lorsque Bush, père, mit la main sur son ancien agent Noriega ? Avons nous reçu des instructions lorsque commencèrent les exécutions de femmes dans le Kaboul des "ex-alliés" Talibans ?
Au-delà d'une sincère émotion, pourquoi ces minutes ? Etait-ce pour évacuer les "images" parce que l'attentat avait été médiatisé ? Etait-ce pour marquer une solidarité plus étroite avec les Etats-Unis, mais alors que valent toutes les autres victimes ? Les Algériennes et les Algériens assassinés, les Rwandais éliminés parce que soit disant "Tutsis"... Qui aurait l'indécence de demander "qui tue ?" à New York alors que cette question fut posée par la presse française, des années durant à propos de l'Algérie, remettant en selle les G.I.A. ? Qui oserait obliger les Américains à établir une concorde civile avec les commanditaires du 11 septembre ? Cela est pourtant demandé aux Chiliens, Argentins, Cambodgiens, Sud- Africains, Rwandais, Bosniaques et Algériens ?
Il ne s'agit pas ici d'une diatribe contre les Américains qui ne peuvent pas grand chose contre le cynisme des politiques de leurs dirigeants. Il reste en plus à souhaiter que la C.I.A. revienne sur des positions plus claires quant à ses ex-alliés " fascistes religieux ". Ajoutons que le 11, fut un acte particulier, non seulement cruel et difficilement imaginable, mais dont il faut continuer à identifier les multiples pièges à retardement... Dont le moindre ne serait, sans doute pas, une sorte de compromis qu'obtiendraient lés commanditaires auprès de l'administration Bush...
Ne pas appliquer les minutes de silence c'est surtout refuser d'adopter une attitude indiquant qu'il y aurait deux humanités, une dont les souffrances comptent (parce que semblable, solvable et médiatisée) et l'autre qui serait quantité négligeable. Sinon, il se trouvera toujours une C.I.A. méprisant suffisamment la démocratie pour enrôler des " Ben Laden ". Ces fascistes (religieux ou non) trouveront alors des révoltés suffisamment remplis de haine pour être fanatisés et jetés contre des innocents... Faut-il attendre que les maîtres soient mordus par leurs pitbulls religieux ou fascistes pour réagir ?
L'obligation n'est-elle pas plus for-tement posée d'effacer, par un véritable changement démocratique, économique et social, la frontière nord- sud.
Alors, plutôt que quelques minutes de silence n'était-il pas préférable d'expliquer comment des droits, des acquis démocratiques et sociaux furent arrachés au cours des siècles par des luttes collectives et sans frontière. Rappeler qu'un tel attentat est une attaque contre la démocratie. De se servir de la presse algérienne en langue française (El Watan, Liberté ...) pour suivre l'actualité avec tes élèves et mieux connaître le point de vue des personnes qui luttent, au sud, contre l'intolérance mais aussi pour un monde plus juste. Expliquer que la religion est loin d'être l'unique définition d'une culture ou d'un individu. D'expliquer ce que sont les régimes wahhabites sans oublier qu'il y a ici l'Opus Dei. De témoigner que l'écrasante majorité des musulmans est tolérante et souhaite une évolution progressiste de la religion. Que cette évolution fut longtemps stoppée par le système colonial puis se trouve bloquée par des régimes corrompus. Expliquer aussi que les corrupteurs sentent le pétrole et portent les noms de multinationales explosives ou par- fois texanes.
II s'agit de refuser le face à face " Mac Nike " contre " Djihad " (ce mot nécessitant une autre interprétation que celle donnée par les intégris-tes). Expliquer que ce face à face déboucherait sur une régression mondiale... Qu'il signerait une victoire des fascistes du Nord et du Sud, ici comme ailleurs...

Benoît Klimpt
Professeur certifié au Lycée de Sin le Noble