Échange interprofessionnel, 28 août 2001
COMPTE-RENDU, Colette Becquet

Les camarades de la Branche Métallurgie nous ont sollicités pour un débat autour de la formation et l'emploi, nous interpellant notamment suc la législation concernant le travail des mineurs dans les entreprises.

Introduction
La formation professionnelle est dépendante des choix stratégiques patronaux, via les contrats d'apprentissage, la formation en alternance, les centres privés de formation. Les plans de formation ne répondent pas aux aspirations des travailleurs dont les droits en congé individuel de formation sont restreints. Les établissements scolaires sont subordonnés à certaines orientations du fait de leur dépendance financière via le versement de la taxe d'apprentissage... la législation évolue sur les conditions de travail des femmes et des jeunes sous la poussée des recommandations européennes.
D'ores et déjà lors d'un premier contact, des axes de réflexion communs : l'école, service public doit être maître d'œuvre ; exiger une qualification pour un emploi conforme aux aspirations, cf. aussi le lien définition de l'Emploi et salaire ; un travail entre le Sden et la branche métallurgie de la Cgt peut être fructueux notamment pour contrôler les abus d'exploitation des jeunes; les assises pour l'école des 28 et 29 novembre sont des créneaux de réflexion et d'échanges à investir.

Débats
En entreprise, le plan épargne temps dans le cadre de la RTT aboutit à ce que le salarié paye lui-même sa formation avec au bout pas de diplômes reconnus et pas de valorisation de la qualification. Difficulté aussi de faire valider les efforts de formation par une augmentation de salaire ou reclassification. On octroie des primes aléatoires au salariat et on individualise les luttes. Les situations de harcèlement se multiplient. La rémunération en dessous du SMIC se concrétise notamment par le recrutement des plus jeunes. Par ailleurs, le recours à la sous-traitante permet le développement de la sous rémunération. Les qualifications se dénaturent quand on cantonne certains cadres à des travaux d'exécution. Le patronat a besoin d'une main d'œuvre exploitable. Dans ce contexte la transposition des directives européennes en matière d'utilisation des jeunes mineurs est choquante.

Les entreprises démarchent auprès du conseil régional pour obtenir des subventions et ouvrir des formations. Les LP ont une mauvaise image. En même temps les entreprises ont cassé des emplois qualifiés, aujourd'hui, elles en manquent. Il faut rénover le service public, un service public qui travaille plus à l'accueil des femmes.

L'école a précédé la casse des emplois par la fermeture des formations cf. en sidérurgie, habillement... Les choix de la région sont mouvants. La question qui se pose : quelle formation pour quel emploi ? Les formations concernant les nouvelles qualifications sont financées par les salariés (cf. art. 5 loi RTT) ; les logiciels " éducatifs " dans le cadre du marché patronal et l'auto formation aboutissent à des embauches sur labels.
La formation doit être pour le patronat " opérationnelle " : c'est l'employabilité. A l'école, nous ne voulons pas de cette finalité, nous voulons une " formation qui mette debout ". Les lycées ne peuvent pas répondre à des objectifs de rentabilisation.
Le choix de l'enseignement professionnel ne doit pas permettre d'abandonner le reste. La place des jeunes de 14 ans dans l'entreprise n'est pas opportune.
Constat que la sortie sans qualification du système scolaire est un échec pour le jeune en difficulté. En même, temps, on demande à des jeunes sans maturité de décider de leur avenir. Ce sont les élèves les plus en diffculté qui doivent choisir le plus tôt. L'Éducation au choix traverse des projets d'orientation avec pour partenaire le Medef ! A l'âge adulte, on ne permet pas ensuite de choisir (cf. la suppression de l'A.F. R.). Il faudrait qu'on donne la possibilité de revenir en arrière, reprendre une formation ...
La Cgt Éducation se prononce pour la réduction des stages. Mais ce qui est prioritaire c'est bien la définition des contenus de formation enfermés dans des grilles d'évaluation orientées sur le savoir faire et le savoir être. Quelle est leur pertinence dans le cadre de la définition des profils d'emploi peu discutés avec les salariés.
On constate en même temps une dévalorisation des 'contenus d'enseignement : soit on vide de sa substance l'apprentissage du métier (certains CAP ne permettent plus aux jeunes d'entrer dans l'artisanat car cantonnement à des travaux d'exécution), soit on diminue l'horaire d'enseignement et on réduit la capacité de formation à l'Ecole.
Le stage n'est pas le recours miracle. L'accueil des stagiaires n'est pas excellent, les tuteurs pas souvent formés ou pas souvent disponibles. Les stagiaires doivent être opérationnels, on oublie qu'il s'agit de séquences de formation. Par ailleurs, les règles de sécurité sur machines sont-elles toujours respectées ?
Les stagiaires " rapportent " de l'argent aux entreprises : main-d'œuvre gratuite, utilisation de leurs compétences technologiques pour former le personnel en place parfois, diminution de la taxe d'apprentissage à verser... Faut-il rémunérer les stagiaires ? C'est un débat. N'y-a-t-il pas danger d'augmenter l'exploitation et de ramener encore plus toutes les rémunérations vers le bas ? C'est une façon de valider aussi le recours aux jeunes mineurs au travail.
Nécessité d'une charte conventionnelle qui implique l'employeur dans le suivi du stagiaire et le respect des règles du code du travail. cf. Charte Ugict retravaillée dans certains établissements scolaires.
Interpeller les Elus de la Cgt aux Comités d'entreprises : questionner sur les critères d'accueil des stagiaires, demander ce à quoi on les destine, questionner sur l'usage de la taxe d'apprentissage, sur les conventions passées avec les Etablissements scolaires, l'Education nationale.
Enfin cette amorce d'échange nous fait mesurer l'ampleur du travail syndical pour intervenir dans les choix de formation, développer le service public de l'Education Nationale. La définition des choix, c'est l'affaire des salariés, ne laissons pas au patronat utiliser l'Ecole et manager la formation.