Compte rendu d'audience au rectorat

Une délégation de 5 collègues représentant les secteurs indus-triel et tertiaire, l'enseignement général a été reçue mercredi 27 mars au matin par Mme Pavot et Monsieur Delassus délégués par Monsieur le Recteur pour nous recevoir.
Le Rectorat s'est appuyé sur les chiffres de la baisse démographique pour tenir un discours catastrophe sur l'avenir d'un grand nombre d'Etablissements, dont particulièrement les Lycées Professionnels. D'emblée, il nous a signifié qu'il s'agissait de " rationaliser " l'utilisation des moyens existants, déjà supérieurs selon lui, à ce que nous aurions dû recevoir dans l'Académie de Lille. Académie " atypique, peu attractive ", qui n'enregistre donc pas de flux migratoires permettant de corriger la perte des effectifs constatés. Ils n'ont pas les moyens nous disent-ils d'offrir " tout " dans chaque établissement. Il faut être " crédible "… les autres académies nous regardent, notamment dans le Sud Ouest dont les effectifs augmentent…. (et c'est la mise en concurrence des académies… et puis celles ensuite des établissements, dans une logique d'optimisation des moyens qui s'inscrit bien avons-nous dit dans des choix budgétaires).
Il s'agit donc de concentrer les formations professionnelles et technologiques d'un même métier dans des établissements clairement " identifiés " et identifiables pour les professions et les jeunes. Dans ce contexte, il s'agit donc aussi de supprimer des formations " isolées " en ne conservant que celles qui peuvent entrer en complémentarité avec la filière choisie. Le Rectorat nous a vanté les mérites d'une structure qui permettrait aux jeunes de se transporter du Bep… au Bts… L'objectif affiché : l'élévation des niveaux de qualification et l'accès à l'emploi…. Nous allons " allègrement " vers le lycée des métiers. Un lycée des métiers qui ne donnera aucun moyen supplémentaire nous a dit le Rectorat… C'est vrai, qu'on en demande toujours plus aux enseignants nous a dit Mme Pavot dans un élan de spontanéïté que nous ne saurions lui reprocher !
Nous avons quant à nous réaffirmé :
· les jeunes actuellement en Bep souhaitent poursuivre leur formation dans le même établissement. Les fermetures de ½ divisions baccalauréat professionnel en MSMA et en compta-bilité obligent les élèves de Bep (au-delà de 15 et donc les moins bons) à choisir un autre établissement. Il se trouve que dans notre bassin, il est question de fermer à Wingles une MSMA, de fermer à Lomme, La Bassée, La Madeleine et peut-être à Armentières des divisions de comptabilité. Il s'agit donc de liquider des filières ; le recentrage sur une famille de métiers réduit de fait le choix offert aux familles. Les jeunes les plus pauvres, les plus démunis qui ont le plus de difficultés à se déplacer subiront une nouvelle discrimina-tion. Nous avons rappelé aussi que les inégalités sociales existaient.
· Où se dirigeront nos élèves ?
Le Rectorat nous a signifié qu'auparavant on répondait aux demandes des familles… des déséquilibres entre l'offre et la demande constatés sans doute sur le marché du " travail " impliquent évidemment des réorientations. Pour les filles, pourquoi pas l'electrotechnique (sections pourtant supprimées à Coudekerque et La Bassée… sauf si on féminise), et bien sûr les filières carrières sanitaires et sociales… (Chacun sait le travail effectué par les aides soignants, chacun sait les difficultés d'entrer dans les centres hospitaliers publics…)
· le marché du travail dans notre région est particulièrement malmené. Les délocalisations et la mise au chômage devraient-ils être le fil conducteur des choix de formation dans le Nord-Pas-de-Calais ? Quel sens donner à la phrase "adaptation tout au long de la vie " si c'est pour finaliser sur un secteur géographique des formations spécifiques ? C'est ce que nous avons demandé.
Pour les élèves de MSMA, il existe le débouché " Plasturgie " dans l'établissement. Pour les élèves de comptabilité… la 1ère adaptation au lycée… Selon Mme Pavot, les élèves y ont un comportement différent…selon Monsieur le Proviseur invité par le Rectorat à cette audience… dans l'Etablissement on ne favoriserait pas cette orientation
· Nous avons mis en évidence les difficultés croissantes des élèves accueillis en lycée professionnel , ces difficultés appelant à travailler en groupe réduit : la baisse démographique peut être un facteur de progrès. Nous avons rappelé que les lycées professionnels en France étaient uniques dans le monde, dans un service public où les professeurs formés à accueillir une population spécifique avaient fait leur preuve et le faisaient encore. Nous avons signalé que les élèves arrivaient en LP avec déjà 2, voire 3 années de " retard " et que la poursuite d'études en lycée dans ce cadre était dissuasif… cf. désir de toucher un salaire, de fonder un foyer… Monsieur le Proviseur n'a pas manqué de nous rappeler les ressources de l'apprentissage… pour nous celles du LP suffisent bien pour beaucoup d'élèves qui se trouveraient en difficulté en lycée sans obtenir le diplôme, puis ensuite le BTS.
· Nous avons demandé quel était le devenir des sections tertiaires dans un établissement qui centrait sur le pôle plasturgie ? Que devions-nous penser de l' existence de 2 divisions de Bep Vente sans Baccalauréat Professionnel ?
Il n'est pas question de création de Baccalauréat. Silence pudique sur le devenir de ces formations dans notre lycée… On le comprend, cela ne cadre pas avec l'esprit du " lycée des métiers ". Etait suggérée la complémentarité " secrétariat "/ Plasturgie…
· Cela rappelle que dans le cadre des PPCP… l'enseignement général est sollicité de cette façon… Que deviendront d'ailleurs les lycées d'enseignement général ? Nous avons exprimé notre refus de secondariser certains enseignements devenus ainsi dépendants.
· Nous avons rappelé que notre établisse-ment compte-tenu de son infrastructure : cf. éclatement des bâtiments, lycées plein d'issues et évidemment raisons de sécurité… nécessitait la création de postes de surveillants, que des Maîtres d'Internat étaient obligés d'assurer un service mixte.
Rien dans le budget de l'Etat. (nous avons trouvé que Monsieur Delassus avait une tonalité plutôt triste et nous lui avons dit).
Alors 3 attitudes possibles :
- " C'est néluctable "… et on laisse faire,
- " On n'y croit pas "… et on laisse faire,
- on veut offrir aux jeunes des formations diversifiées, avec un effort appuyé qui se concrétise par des moyens en emplois, en disponibilité (donc R.T.T.) en direction des plus démunis… on veut défendre le maintien et le développement du service public… dans ce cas, on agit.
Quand on supprime un emploi " fixe ", on le substitue dans l'Education Nationale par un emploi " précaire "… Et quand on précarise, on ouvre la voie à la déreglementation, la remise en cause des statuts des fonctionnaires, voie royale de la privatisation à l'instar des pays qui nous environnent…

C.B