Intervention pour le Sden 59
Colette Becquet - PLP Secrétariat
A PROPOS DES LYCÉES DES MÉTIERS

Nous allons bien sûr nous opposer sans équivoque et avec fermeté à la création et au développement des lycées des métiers.
Les premières analyses produites par l'Unsen formulent un certain nombre de critiques qui ne demandent qu'à être enrichies ; elles nécessitent donc un débat de fond dans tout le syndicat, débat support à la rencontre de tous les salariés de l'Education Nationale, débat à porter aussi, comme d'autres camarades l'ont exprimé avec force, dans toute la Cgt.
Après l'enseignement professionnel intégré, le lycée des métiers dans la même logique d'intégration de l'Ecole à des objectifs économiques qu'il faudrait très nettement contester, s'impose aux personnels, aux jeunes et aux salariés comme LA réponse à l'accès à l'emploi et au développement du tissu économique local.
En fait, empruntant au patronat son vocabulaire et ses méthodes de management, notre ministère et son gouvernement nous fabriquent une école qui, sous couvert de l'efficacité, rompt avec les missions d'émancipation du service public tel que nous le concevons, service public qui devrait au moins assurer un accès égal à la formation générale, technologique et professionnelle.
Tout se décline sur le mode de la proximité et donc du local. C'est l'environnement (donc le patronat) qui définit les formations à promouvoir et leur contenu, la destination du salariat, alors même que cet environnement en perpétuel mouvement est le théâtre de la casse des industries et des emplois. Ils prétendent pourtant offrir un kit de formation labellisé, vecteur d' " insertion professionnelle tout au long de la vie ", comme si l'économie était pilotée par des objectifs sociaux d'insertion durable, comme si l'économie n'était pas essentiellement tournée vers la recherche du profit maximal et immédiat.
Ils prétendent vouloir répondre aux besoins de formation des salariés ; or la formation continue sous tutelle patronale n'a pas cette finalité ; qui oserait le contester ? La remise en cause du congé individuel de formation, le capital temps formation qui vole les congés des travailleurs, leur fait payer une formation source de profit pour le seul patronat, sont des indicateurs forts d'intégration à des objectifs marchands étrangers aux besoins de ces mêmes travailleurs salariés-assujettis à une stratégie qui ne les concerne pas. On prétend valider des acquis d'expérience ? Lesquels ? Pour quelle reconnaissance de qualification et quel salaire ? Le Ministère nous promène en prétendant délivrer des diplômes par ce biais… diplômes qui seraient reconnus par un patronat qui pourtant recrute de façon préférentielle sur des critères d'intégration et de rentabilité immédiate ? Allons-nous accepter d'entrer dans le processus de validation d'acquis sélectionnés par le seul patronat dans des grilles de compétences contestées par les travailleurs eux-mêmes… Serons-nous complices de cette aliénation ?
Oui, il faut effectivement qu'un vrai service public de l'Education Nationale s'approprie la direction et l'animation de toute la formation initiale et continue. Pour autant, ces formations ne peuvent être concentrées en un seul lieu. Et leur concentration en famille de métiers pose d'autres problèmes que nous avons dénoncés dans notre département depuis " belle lurette " dès l'apparition des " pôles " de formation dans les Etablissements.
Le mélange des publics à former, les temps de formation hétérogènes, le recours probable à des personnels de statuts différents et aux précaires sont sources de destruction des garanties en matière d'emploi, de salaires, de conditions de travail. Dans le cadre d'une " gestion souple du temps de formation ", le lycée des métiers a vocation à plier les personnels à un rythme de travail flexible ; dans le cadre d'une coopération plus étroite avec les représentants des branches professionnelles, le lycée des métiers met les personnels, les machines, les savoirs faire au service du patronat et de ses objectifs ; dans le cadre d'une " démarche de qualité " qui implique des audits, une évaluation permanente et un " engagement collectif des acteurs du système éducatif ", le lycée des métiers renforce la pression exercée sur les personnels, amplifie et diversifie la charge de travail, œuvre contre toute réduction du temps de travail effective, met en concurrence les salariés, élève au mérite individuel ; dans le cadre de la " personnalisation des parcours de formation ", il individualise la relation au travail des jeunes, tourne le dos à la promotion collective et solidaire. Les projets sont les vecteurs de cette stratégie qui copie le mode d'organisation du travail des entreprises et concourt à l'exploitation des travailleurs.
Au LP d'Haubourdin, l'an dernier, Proviseur et Chef des travaux nous présentaient déjà le plat dans un projet d'établissement qui nous promettait l'enfer. Ils s'appuyaient sur les formations continues existantes et clandestines (information au lycée, pas au LP) dispensées dans le cadre d'un " partenariat " juteux avec la filière professionnelle de la plasturgie ; partenariat qui mettait à disposition professeurs, locaux et matériels… Les emplois du temps des élèves en formation initiale, ceux des enseignants, des personnels d'entretien, s'en ressentaient et s'en ressentent toujours. Signalons au passage que le budget de notre cité scolaire est dépendant des mannes patronales… Le patronat arrogant s'en flatte… Or, la taxe d'apprentissage est un impôt… cet argent est donc à nous. L'Etat doit en disposer et le dispatcher lui-même. … La taxe d'apprentissage est un vecteur de discrimination et de privatisation. Nous avons refusé le repas proposé par le chef des travaux d'avant garde et le proviseur … le C.A. du LP s'est prononcé contre, pas le C.A. du lycée. Notre brillant chef des travaux aventuriste et précurseur a demandé sa mutation pour le Lycée de Lille Baggio… qui est sur la voie d'être labellisé.
Notre combat était aussi précurseur… Mais aujourd'hui, il y a un texte paru au B.O. qui devient la loi. Pour préserver et développer les missions du service public, il convient de combattre ces orientations… tout de suite… Construisons le mouvement de lutte… Il faut faire plus et mieux qu'en 2000… Et, il ne faut pas rater la marche… Attention ne faisons pas l'erreur de concentrer les luttes sur les seuls lycées car la stratégie mise en œuvre contamine tous les niveaux de l'enseignement dans le chemin choisi de la privatisation de l'Ecole.