VOTE SANCTION AU CA DU LP D'HAUBOURDIN

Le conseil d'administration du Lycée Professionnel d'Haubourdin s'est prononcé le 18 mai contre la démarche de labellisation proposée par le Chef d'Établissement.

Notre section syndicale alertée lors d'une commission permanente en avril sur la transformation des 2 lycées en un lycée des métiers autour de la plasturgie avait organisé, deux débats en heure d'information syndicale, avait participé aussi à un débat organisé par les organisations syndicales du lycée, avait distribué tracts et pétitions signée très majoritairement par les personnels enseignants et d'éducation du LP.

Le chef d'établissement s'est appuyé quant à lui sur un unique débat auquel il avait rassemblé près de 70 personnes (40 enseignants, 7 parents, 9 élèves, 7 personnels Aitoss, 5 représentants extérieurs). Dans une cité scolaire qui comprend environ 200 personnels enseignants et d'éducation, près de 1800 élèves, une cinquantaine voire plus de personnels de service ouvrier et administratif, un tel débat qui favorise la prise de parole de représentants de greta et de la plasturgie (ceux qui " ont nettement indiqué les avantages que pouvait présenter cette opportunité " avec quelques enseignants du lycée), n'a pas valeur de test, en terme de représentativité. C'est pourtant à partir de ce débat alibi qu'aujourd'hui le chef d'établissement mécontent du vote du CA, tente de discréditer les élus du personnel enseignant du LP, enseignants élus à plus de 70 % par leurs collègues, enseignants élus unanimes pour repousser une intégration non désirée aux objectifs de formation du patronat local.

Patronat de la plasturgie particulièrement arrogant qui se permet au sein d'un établissement public de proférer des menaces " Nous chercherons ailleurs ", référence au LP d'Auchel et inscription de la démarche concurrentielle dans le service public. Très dépendant de la profession financièrement par le biais du versement de la taxe d'apprentissage (impôt que seul l'Etat devrait distribuer pour qu'il y ait équité), notre établissement peut perdre son autonomie... peut-il dépendre en effet des humeurs et des choix de formation d'une profession ? On peut regretter que l'Etat n'élève pas ses subventions au . niveau des enjeux d'insertion professionnelle durable des jeunes et conditionne' notre développement à l'apport de fonds privés.

La profession est claire " ce n'est pas le label qui nous intéresse, mais l'image d'un lycée orienté vers une filière : la plasturgie ". On a compris que pour cette profession toute tournée vers ses intérêts d'expansion, peu importe que dans une cité scolaire on sacrifie d'autres métiers offerts au choix libre des usagers que sont les élèves. N'a?t?on pas déjà supprimé pour l'année qui vient une 1/2 section de Bac. Prof. maintenance pour réorienter les choix d'étude vers la plasturgie et concentrer sur cette profession tous les moyens ? Et pourtant, selon les appréciations du conseil régional lui-même, la maintenance offre des débouchés (cf infos du 22.01.02).

" La place et la dynamique des métiers qualifiés de 1 'entretien et de la maintenance redeviennent croissantes, replaçant le baccalauréat professionnel MSMA comme niveau plancher au recrutement dans ces activités tant en maintenance spécialisée qu'au niveau de la primo-maintenance incorporée de plus en plus dans le travail des agents de production. "

Le partenariat auquel on nous presse a besoin de plus de transparence. Comment voter, en effet, des propositions de transferts de technologie, en l'absence de conventions. N'y-a-t-il pas volonté de faire signer des " chèques en blanc ", n'est-ce pas tout simplement mépriser les instances de consultation démocratiquement élues ? On comprend pourquoi il faut y substituer des " Groupes d'Intérêt Public " pour prendre certaines décisions en partenariat total avec les professions, les organisations des personnels n'ayant qu'une voix consultative !

Le partenariat, dont les bornes sont parfois floues, a besoin de s'inscrire dans des perspectives de développement du service public... précisément parce que, en effet, comme le dit le Proviseur: " l' École appartient à la Nation et à sa jeunesse" ; et cette Ecole nécessite l'intervention incontournable de ses acteurs dans la prise des décisions dont les conséquences sur le contenus des missions, les conditions de travail, et la destination des formations sont indéniables.

L'expansion d'un établissement ne peut se concevoir au détriment des personnels et des jeunes. Cette expansion, nous la voulons dans le cadre d'une offre de formation de métiers diversifiés pour une population qui ne doit pas être

instrumentalisée. N'a-t-on pas à l'occasion de diverses entrevues, au Rectorat, au Conseil Régional, entendu dire qu'il fallait modifier les choix d'orientation des familles pour répondre mieux aux besoins de l'environnement économique, supposé être porteur d'emplois ? Quand on est pauvre, c'est évident, il faut se satisfaire d'avoir un emploi, peu importe s'il ne correspond pas à des inclinaisons personnelles : l'épanouissement au travail, c'est pour ceux qui en ont les moyens et peuvent payer le prix de la mobilité.

Le chef d'établissement affirme " ma responsabilité est de souligner la gravité du choix qui a été fait par l'un des lycées, mais qui entraîne l'ensemble de notre cité scolaire ". C'est une façon de revenir sur le diagnostic d'un vote démocratique. Monsieur le Chef d'établissement nous promet le déluge, ses propos volontairement inquiétants visent à déstabiliser des personnels pour émousser leur résistance... Cette résistance, ce n'est pas une résistance au progrès. Bien au contraire, c'est une résistance au recul des garanties sociales conquises par les luttes collectives, c'est une résistance pour préserver les valeurs d'égalité du service public, c'est une résistance pour construire une Ecole forte et indépendante. Partout en France, des lycées " labellisables " réagissent dans le même sens qu'au LP d'Haubourdin et très souvent dans le cadre d'actions revendicatives unitaires. Malgré les intimidations, les procès d'intention et allusions fielleuses qui tentent de nous faire reculer, avec les personnels, nous continuerons d'engager le combat pour un lycée de proximité, à dimension humaine, voué à la satisfaction des intérêts des jeunes et respectueux des conditions de travail de tous.

 

Colette Becquet