Contribution Colette Becquet

 

Les lycées dans l'œil du cyclone…

Deux groupes de travail paritaires concernant les structures d'établissements du 2ème degré, lycées et lycées professionnels se sont réunis le 29 janvier au Rectorat de Lille.

A cette occasion les organisations syndicales ont été informées des suppressions et créations des divisions de formation, bassin par bassin. La facture est lourde. Saignée forte pour les 1ères adaptations (- 14 divisions complètes touchant plusieurs établissements par suppression de ½ divisions)… Force est de constater que le volontarisme rectoral ces dernières années n'a pas fait recette auprès des élèves des lycées professionnels… Sans nous inscrire dans une démarche qui favoriserait la mise en concurrence des structures d'accueil, nous pouvons néanmoins nous interroger sur les raisons de l'échec et nous inquiéter des supports offerts pour favoriser des passerelles de qualité entre les différents cursus de formation. La saignée est forte aussi en direction des secondes de détermination (- 25 divisions complètes). Solde négatif aussi en lycée professionnel : une trentaine de divisions en moins dont les 2/3 de niveau Bep. Le tertiaire continue à faire les frais de l'ardoise… Il faudra ajouter aux suppressions de cette année, celles découlant bien sûr de l'année précédente… pour se faire une idée approximative des conséquences sur les emplois et le volume des " mesures de carte scolaire " qui va toucher cette année encore bon nombre de personnels de l'éducation nationale.

Le Rectorat bien sûr s'appuie sur le poids d'une baisse démographique réelle dont le pic serait atteint en 2004 (- 9 000 élèves). Dès lors sans revoir à la baisse les maxima d'effectifs par classe, ce qui aurait contribué à améliorer le taux d'encadrement et les conditions d'exercice, ce qui aurait aussi préservé l'existence de tout le potentiel de formation pour les années à venir (nous devrions retrouver selon le Rectorat une situation normale en 2009 !), le Rectorat a choisi de supprimer, de redéployer les moyens revus à la baisse. Certains lycées accueilleront des secondes un peu lourdes l'an prochain…

Le Nord Pas de Calais a plus de LP qu'ailleurs et moins aussi de structures d'apprentissage… Nous aurions tendance à nous en réjouir… Pour d'autres cela serait plutôt un héritage difficile à assumer… il faut craindre la disparition de certains établissements et cette disparition est favorisée par l'optimisation des moyens concentrés autour d'une filière de formation ; le symbole, c'est le lycée des métiers qui évacue tout ce qui ne touche pas à la filière choisie. L'optique de la " complémentarité " des établissements par bassin, vise à refuser la diversification des formations au sein d'un lycée : la notion de service public de proximité vole en éclats ; les sections sont transférées parfois sans réseau de transport suffisant, les jeunes ne suivent pas, choisissent de moins en moins en fonction d'une inclinaison… Ce sont des causes fortes d'échec, d'absentéisme par la démotivation, elles sont sources de nouvelles discriminations sociales.

" Réseau de formation, politique d'aménagement du territoire "… Le contexte est posé : " on ne pourra pas tout maintenir ".. En même temps " ce ne sont pas les profs qui font les orientations "… sous-entendu : pour préserver leurs emplois. Les orientations se dessinent en fonction bien sûr des besoins économiques… besoins qui croisent de moins en moins les besoins des jeunes et des salariés de demain… Les salariés de Métaleurop en savent quelque chose !

" Il faudra recourir à la diversification des publics pour maintenir les réseaux de formation "… " Dans la Formation Initiale, il y a des publics qui relèvent d'autres dispositifs "… Sinon… " il faudra accepter les services partagés "…
En même temps la perspective pour le service public d'investir toute la formation initiale est le prétexte invoqué pour faire accepter sans sourciller de nouvelles structures d'établissements, de nouvelles modalités de service… Le lycée des métiers n'est pas mort avec ses précédents initiateurs… la monture est si plaisante pour abaisser les coûts du service public. Dans le même temps, on n'hésite pas à parrainer la construction de cités scolaires pouvant accueillir 2 500 élèves voire plus dans le Cambrésis sans souci des règles de sécurité que de telles entités ne peuvent que transgresser.

La création de 3 ou 4 baccalauréats professionnels en 3 ans nous a été également annoncée dans le cadre d'une phase qui serait expérimentale. Ces créations suggèrent plusieurs commentaires : d'abord elles sont sources de suppressions de classes et d'emplois, ensuite et c'est sans doute le plus grave elles ne peuvent qu'appauvrir les enseignements disciplinaires et la qualification des jeunes. Les grilles horaires dans lesquelles on nous a enfermés ces dernières années ont démontré que nous ne travaillions plus en qualité, faute de temps pour former…

A tout cela, il faut ajouter la disparition de 77 formations qualifiantes de segpa. Le transfert des FQ en lycée professionnel, loin de sortir du ghetto certaines populations scolaires, risque au contraire faute de moyens appropriés en encadrement (effectifs légers et formation spécialisée des maîtres) creuser à l'intérieur d'un même établissement des écarts insupportables porteurs d'exclusion.

Dans les établissements scolaires, dans les jours qui vont suivre, les conseils d'administration vont être informés des dotations horaires pour la rentrée scolaire 2003. Le Recteur comme son prédécesseur a soin de préciser dans une circulaire à l'attention des chefs d'établissement que la dotation a un " caractère définitif "… Les C.A. n'auront comme à l'habitude qu'à donner un avis sur la répartition locale d'une enveloppe fermée… enveloppe qui invite à choisir plus de suppressions que de créations… La Cgt appelle les sections syndicales à mener le débat auprès des personnels et décider des modalités d'action qui s'imposent pour faire répondre aux besoins.