Il fait nuit, il pleut, un type en survêtement court sur la digue. Il est passé il y a une demi-heure en provenance de Frelinhoeke. Il y retourne. Il a l’air épuisé, on dirait qu’il veut s’épuiser (mais c’est bien le but du jeu, s’épuiser, et non se faire plaisir, non ?). Il n’a que son survêtement, rien sur la tête. Je l’imagine en train d’absorber un chagrin d’amour (sinon, qu’est-ce qui le pousse à courir comme un ahuri dans la nuit, le froid et sous la pluie ?). Du balcon, j’entendais le flap flap de ses semelles dans les flaques d’eau… Je me demandais tout à l’heure si j’allais retourner à Venise, si Venise allait me manquer. Durant l’après-midi, je me sentais nerveux comme lorsque je dois prendre le départ pour Venise (ou pour ailleurs, aussi bien) et j’ai laissé Éléonore à la maison comme si des milliers de kilomètres allaient nous séparer, alors que je suis à une heure d’elle… J’ai avalé les restes de gigot, pommes de terre et flageolets du réveillon ; j’en ai le ventre plein… Les lumières sur la mer dans le noir m’intriguent. Il fait sept degrés dehors, vingt à l’intérieur avec la baie vitrée du balcon ouverte ; ça m’intrigue aussi (aucun des radiateurs n’est allumé)… Après être revenu de la poste, j’ai achevé la troisième partie de La centième affaire ; ça me plaît de plus en plus sans que je sache exactement à quoi est lié ce plaisir, outre celui de la réécriture…