Giacomo est passé, je l’ai payé, lui ai parlé de mon problème de portable, et, comme je m’y attendais, il m’a proposé le sien. J’ai laissé un message à Éléonore, il est parti (je me suis assez mal débrouillé dans l’ensemble – encore qu’il s’agisse davantage d’un problème de compréhension que d’élocution : je ne comprenais pratiquement rien de ce qu’il me disait), je me suis habillé avec les hésitations habituelles (quelle chemise ? quelle paire de chaussures ? la veste ou non ?), puis suis parti pour le Coop Piazzale Roma. J’avais pris ma veste et, évidemment, au bout de dix minutes, j’étais en nage… En déposant mes courses, je m’étais promis de ressortir faire quelques pas dans le quartier, peut-être le bouquiniste du côté de Frari. En définitive, après avoir avalé quelques tartines de charcuterie, je me suis changé et ai préparé un café…

De l’une des fenêtres de la bâtisse de gauche proviennent les voix qui désormais me sont familières (les supporterais-je si j’habitais ici ?), mais restent toujours aussi obscures et incompréhensibles. Quelle langue est-ce ? Ou de quelle sorte d’italien s’agit-il ? Je ne comprends pas un seul mot… À midi, une jeune femme s’y était postée pour téléphoner – à un amoureux, semblait-il ; de la même manière, je n’avais rien compris de ce qu’elle disait – et sa voix résonnait jusque dans le « salon » où je me trouvais à ce moment-là (la résonance des cours intérieures)…

Il pleut toujours, il fait un peu frais (il y a eu un éclair, au loin, par-delà Zan Degola, puis, étonnant, la sirène d’un paquebot ; c’est la première fois que j’en entends une d’ici : à Giudecca, les vitres doivent en trembler – je hais les paquebots)…