Harrods, j’y étais allé il y a longtemps, au moment des fêtes de Noël. Harrods, c’est un monument davantage qu’un magasin où tout est dévolu au grand luxe, du premier au dernier étage. L’intérieur d’origine est superbe. Mais la première chose qui m’a frappé, c’est, dès l’entrée, au rayon thé chocolat, la profusion de femmes voilées, intégralement ou non. Ça m’a frappé, et presque choqué, notamment dans le salon de thé où Éléonore avait réservé une table pour un Full Cream Tea. Nous l’y avons retrouvée avec Samuel ; il est à la mesure de l’établissement : grand chic. C’était somptueux ; ou ça l’aurait été si la moitié de la clientèle n’avait pas été constituée de ces figures spectrales, accompagnées de leur mari ou compagnon (étrangement tous vêtus à l’occidentale et de manière très ordinaire) et ça m’a mis mal à l’aise. Nous étions dans l’un des symboles de l’Angleterre, ou, pour le moins, de Londres, et ce qui nous entourait était d’un autre monde. Je ne défends pas le conservatisme, le traditionalisme, mais il est un fait que quelque chose est en train de disparaître au profit d’une autre qui m’effraie un peu. Que Londres soit multiculturelle ne me gêne en rien et, d’une certaine manière, ça participe à son attrait, mais qu’un tel lieu soit à la merci d’un monde si éloigné du sien est inquiétant. Un Jamaïcain ou un Pakistanais ne dit pas « Londres est à moi » ; il y vit, y est intégré ; mais un Arabe chez Harrods dit : « c’est à moi, ça m’appartient, je suis chez moi ». Et ce qui y est étalé, d’étage en étage, y est aussi soumis car il ne s’agit plus de luxe, mais d’hideur (la pochette de portable plaquée or ou incrusté de diamants en est l’un des summums), et, en définitive, de pognon. C’est sans doute le pire de cette histoire, et ça m’a mis en colère (le pompon revient sans conteste au rayon « pet » où le mot « vulgarité » prend tout son sens – comme le lit à baldaquin à fourrure et incrusté de diamants pour chat). Éléonore a tenu à nous faire visiter, j’ai très vite renoncé et ai désiré partir… Sur les trottoirs bondés aux alentours, on retrouve tout autant de ces femmes. (Chelsea appartiendrait aux émirs.)

(Le Full Cream Tea était excellent.)