Nous disputons une partie d’échecs, entamée le week-end dernier. L’échiquier est dans le séjour, chacun vaque à ses affaires et joue quand ça lui chante. Je viens de jouer, suis revenu à ma place dans la cuisine, elle est à la sienne dans le séjour ; c’est une bonne manière de jouer qui ne nous oblige pas à rester face à face pendant un temps indéterminé ; j’ai l’impression que je ne pourrais plus avoir cette patience-là, ni elle d’ailleurs. Nous sommes à égalité de pièces… À midi, nous sommes allés à des puces en salle à Bray. C’était minuscule, un peu misérable, mais nous avons fait la connaissance d’un personnage, l’une des vendeuses à qui je venais d’acheter trois livres, une Algérienne d’une cinquantaine d’années, enjouée, dynamique, bavarde par voie de conséquence, mais pertinente et sagace. Elle vit à côté du camp de réfugiés de Saint-Grand et nous a raconté la moitié de sa vie en moins d’une heure, et celle de trois de ses sept filles dont l’une vit à New-York. De New-York, en passant par Tokyo (où a vécu une autre) et l’Afrique du Nord, nous sommes arrivés au Proche-Orient ; elle nous a donné son point de vue sur la situation actuelle, djihadistes, conflit Palestiniens Israéliens, la chute catastrophique des diverses dictatures. Nous nous sommes fait la bise en partant… Le ciel est plombé. Il fait presque doux, mais il y a beaucoup de vent. J’ai renoncé à ma promenade…