À la table en face de la mienne, s’est installé un vieil homme barbu blanc. Je pensais qu’il était d’ici, mais un guide dépasse de la poche de sa chemise (Vene…). Il a une casquette bleue à visière, est assez mal fagoté. Il fait Venezia da solo. Je ne sais pas bien à quoi lui sert sa casquette trop petite pour lui… Il vient de changer de table avec sa bière, peut-être pour mieux profiter du soleil. Lorsqu’il est arrivé, il peinait à marcher, avait l’air à bout de forces ; à présent, il a comme un sourire qui semble signifier qu’il se trouve bien ici, à cette table du campo San Giovanni, à Venise. Je le regarde comme s’il s’agissait de moi dans quelques années, seul, à revenir obstinément une ou deux fois l’an, à perpétuité…