Pedro m’avait demandé si j’allais lui laisser la clef, je lui avais dit que je serais là pour lui ouvrir. J’avais ensuite pensé que c’était un peu idiot, d’autant que j’allais être contraint de passer la journée au-dehors. Éléonore m’avait dit de ne pas laisser la clef ; mais qu’est-ce que nous risquions ? Je lui en ai parlé au téléphone après l’Escadrille et alors que je remontais la digue. Pedro m’avait dit qu’il partirait à midi. Je me suis dépêché, il était à sa camionnette, rangeait ses affaires. « Vous partez ? » « Oui, mais j’ai encore des choses à prendre là-haut. » « Il y a un changement ; en définitive, je vais vous laisser la clef, je ne suis pas sûr d’être là au matin. » Je suis monté. Le tiers était déjà couvert. J’ai regardé ce qui avait été posé et tout à coup j’ai eu un doute : ça ne ressemblait pas au bambou qu’Éléonore avait choisi et que j’avais commandé. Il est monté, je lui ai demandé si c’était du bambou. « Non, c’est du chêne, pourquoi ? » « Eh bien, parce que c’est du bambou que nous avons commandé. » « Pardon ? » J’ai de nouveau eu un doute, suis allé chercher la facture : il était bien indiqué « bambou ». « Qu’est-ce qui s’est passé ? » « Je ne sais pas. Moi, j’arrive le matin, la palette est prête, on me l’indique, je la prends et fais mon travail. » Il a compté le nombre de bottes : il y en avait dix-neuf alors qu’il en fallait vingt-cinq. « Il y a certainement eu une inversion. Je comprends maintenant : les quart-de-rond sont du bambou et je m’étonnais que ça avait été associé à du chêne ; ça fait moche, non ?… » Puis en soupirant : « Alors, j’ai travaillé pour rien… Je vais passer à la boutique, ils vous appelleront. » Il est parti, j’ai appelé Éléonore pour lui annoncer la bonne nouvelle tout en regardant la partie faite qui, ma foi, avait un beau rendu. « On pourrait peut-être conserver celui-ci. » « Peut-être, mais ça dépend du prix. » Je lui ai envoyé quelques photos, nous avons décidé de conserver le chêne.