Nous sommes allés dans le centre par le bus (gratuit le week-end). Il y a des boutiques, des bistrots, des restaurants, c’est très animé. Nous nous sommes installés au soleil d’une terrasse. La serveuse, une cinquantaine d’années, l’air de sortir d’un film de gangsters français des années soixante avec sa permanente, sa robe noire à dentelles à demi transparente, ses bracelets, ses colliers, ses boucles d’oreille, a regretté de ne pas avoir de blanche. S’en est suivie une longue conversation au sujet de la bière et comme Éléonore désirait quelque chose proche de la blanche, elle lui a proposé une Duvel. « Si ça ne vous plaît pas, je change, ça sera pour moi. » À un moment donné, alors qu’elle considérait les gens autour de nous, le manège, le soleil, les constructions de l’après-guerre à figure communiste, elle m’a dit cette chose étrange : « Do you think it’s better being here rather than in Venice or it’s better being here rather than in Venice ? » Is it better ? Pour elle, ça ne semble pas faire l’ombre d’un doute. J’ai eu envie de lui dire que je n’irais sans doute plus jamais à Venise, mais je n’en étais pas sûr et me suis tu. « Je ne veux plus voir de touristes, plus de Chinois ; je ne veux pas assister à son agonie. »