Machinalement, notre corps s’est penché vers le campo San Biagio lorsque tout à coup le mien s’est déporté sur la droite, c’est-à-dire vers les deux tours de l’Arsenale. « Et si on passait par là ? » Étais-je déjà passé par là, je n’en avais pas le souvenir, et à réfléchir, il me semblait bien que non. C’est à ce moment-là que nous avons pris véritablement conscience du bruit métallique qui depuis un moment nous suivait. Cinq sœurs en tenue sont apparues suivies d’un groupe de personnes d’où provenait le bruit comme si un enfant s’amusait à taper sur un couvercle de métal. « C’est peut-être pour la Saint Martin », a dit Susan. Puis : « Suivons les sœurs ! » Elles se dirigeaient justement vers les deux tours de l’Arsenale. Nous nous les avons suivies, et comme nous avancions, je me suis rendu compte qu'effectivement jamais je n’avais emprunté ce chemin. Elles vont jusqu’au Campo dell’Arsenale, le traversent d’un pas déterminé, nous les suivons, le traversons. Il y a un café qui fait le coin, puis il y a un petit rio le long duquel court la Fondamenta di Fronte. Nous les suivons, et alors que jusqu’à ce moment nous étions seuls avec elles, apparaissent d’autre personnes qui empruntent le même chemin, et avec elles les sons d’une chanson amplifiée, et puis un éclairage puissant et comme je lève la tête, l’inscription Parocchia di San Martin. Nous entrons donc à leur suite dans la paroisse Saint Martin, celui-là même que l’on fête aujourd’hui. Et c’est bien une fête, avec de la population, avec de la lumière qui éclaire le parvis de l’église qui apparaît à présent, le parvis où se tiennent des stands, et une petite scène, et une centaine de personnes prêtes à fêter San Martino.