Le tabac près de la place des Rênes était ouvert, j’y ai acheté deux carnets de feuilles. J’avais ensuite prévu d’aller à L’Escadrille. J’y suis, au son de vieux machins, Proud Mary, à l’instant. Il bruine, fait très humide. J’ai hésité à prendre un parapluie. J’y ai renoncé, ai constaté que personne n’en avait un : à la mer, on proscrit le parapluie… Il y a là un chien énorme, noir à poils longs, je n’arrive pas en détacher les yeux, il a la taille d'un veau. La série des vieux machins des années soixante se poursuit, rock anglais principalement ; je reconnais tout sans pouvoir trouver un seul nom. Burdon, Yardbirds, etc. C’est plutôt rassurant ; non que je perde la mémoire, mais que je ne sois plus attaché à ce type de musique… Il y a beaucoup de coureurs, en groupe généralement, et des marcheurs à la mode nordique ; est-ce parce que c’est jour de repos ? Éléonore, levée à l’aube, me dit que parfois, même les jours de travail, alors qu’il fait encore noir, des gens sortent et courent le long de la digue, ou sur la plage. Le balcon est une position de choix, un excellent observatoire, je l’ai moi-même constaté…

Hier soir, alors que nous sortions du Carrefour Market et que je la regardais, je lui ai dit : « C’est tout de même incroyable que je me trouve ici avec toi. » Je pensais à Billy, à ma vie avec Lilas et je regardais « cette Anglaise » à côté de moi, si belle et qui représentait le tiers de ma vie. « La vie est étrange, n’est-ce pas ? » ai-je dit. Et pourtant, ce moment existe depuis toujours. (Le rock anglo-saxon ici, un jour de repos humide de décembre ; je suis à Brighton, à Atlantic City.)