L’Escadrille, je suis seul à la terrasse, avec la radio et ses publicités ; à choisir, je préfère le vieux rock anglo-saxon (mais ça se coupe tout à coup, brutalement, c’est extrêmement étrange, exactement au moment où j’écris). Deuxième cigarette. J’ai fumé la première il y a une heure sur le balcon. Odin dormait encore, Éléonore était à la table de la cuisine, face à la mer, avec son laptop. J’ai avalé quelques céréales et, en peignoir, suis allé sur le balcon avec mon livre. J’avais à peine lu quelques pages qu’elle est venue me parler de peintures, de changements, de projets pour l’appartement. J’ai répondu par des grognements, puis Odin s’est levé, elle l’a rejoint dans la cuisine où ils ont parlé de peintures, de changements, de projets pour l’appartement. Je me suis habillé et enfui. La marée est basse, il fait doux ; il y a des chiens, des mouettes (qui inexorablement me transportent à Folkestone, la toute première fois qu’elle m’y a emmené, « those confounded seagulls »). Juste en face, je vois une balise qui pourrait être Marie ; il faudrait des jumelles, je veux dire de véritables jumelles, plus puissantes que celles que nous avons. Mais elle me paraît à la fois trop proche et trop lointaine. Sinon, il n’y en a pas d’autres au large et elle doit être relativement proche du rivage ; alors, ça doit être elle… J’aime remonter la digue jusqu’ici, j’aime les maisons du front de mer, puis celles autour de la place des Rênes. En marchant, je me disais que Mélo n’est pas Venise, mais qu’elles ont au moins un point commun : la possibilité de marcher sans obstacles et l’absence de voitures (il y en a, mais peu, et elles roulent doucement, glissent ; il n’empêche que ça ne serait pas un mal que toute cette zone soit piétonnière). Mélo a un charme indéniable et je le goûte à chaque fois davantage. Nous sommes arrivés il y a deux jours. Odin était arrivé la veille, avait travaillé toute la journée à la chambre, sans l’avoir terminée : il restait de la peinture à faire. Ça m’a chiffonné, mais le lendemain, il a entièrement peint le séjour, je n’en reviens pas encore. (Le soleil apparaît.) Pendant ce temps, j’ai achevé la peinture de la chambre, puis celle de la cuisine qu’avait entamée Éléonore. Odin est toujours aussi efficace et épatant, mais il parle et parle. J’avais hâte de me retrouver seul ce matin…