L’Escadrille. Il fait frais, mais doux pour la saison ; que ça continue. Tout le monde s’inquiète, ne parle que de ça, pas moi. Je suis parti de l’appartement il y a une heure. Tout ce que je demandais, en me tirant du lit, c’est de pouvoir prendre tranquillement mon petit déjeuner, puis de filer. Malheureusement, Pablo s’est levé, puis Laura. J’ai accéléré le mouvement, n’ai même pas fumé ma cigarette. Depuis deux jours, je n’ai qu’une hâte : me retrouver seul. Mais le 31, réveillon à la maison. Alors que je marchais sur la digue, je m’imaginais dire à Éléonore : « Ça te dérangerait que je passe le réveillon seul dans l’appartement ? » Ç’avait été ma première idée, qu’elle avait repoussée (l’idée était pour nous deux) : « Je préfèrerais être avec les amis. » (Qu’a dit Proust au sujet des amis ?) Je suis directement allé en direction du casino, que j’ai dépassé pour gagner les abords du musée. De là, part un pont moderne et, à droite, une autre digue. Mylène m’avait parlé de cet endroit et du phare (le blanc, je suppose, puisque le gris est celui où nous avions dispersé les cendres de Fanny, inaccessible de cet endroit) et de pêcheurs qui y étaient installés. Je ne sais plus si elle parlait de la digue du phare blanc ou de celle qui était en face de moi, prolongement de la digue de mer. J’ai l’impression que le phare blanc est également inaccessible, j’irai un autre jour. J’ai rebroussé chemin pour venir m’installer ici. Tout se dégrade à partir de l’Escadrille. Il y a le Kuursaal, moche, puis un alignement de bars, restaurants, glaciers au pied d’immeubles parsemés et dégradés ; on dirait une zone de guerre après un bombardement (j’ai pensé à Beyrouth, j’ignore pourquoi, peut-être des images vues à la télé). Je ne suis pas fâché que nous soyons à l’autre extrémité…