Je viens de rentrer de l’Escadrille sous le crachin. Ailleurs, à Tourbe, par exemple, j’aurais pesté ; ici, j’accueille mes vêtements et ma tête mouillés avec un sourire. La digue est déserte, la marée basse… Je me suis réveillé à l’aube, ai entendu quelques bruits en provenance du dessus, mais moindres que la nuit précédente. Le pas de Miss Prout-prout (elle semble avoir retrouvé ses pantoufles) est décidément très lourd pour une dame de son âge et de son gabarit. Un nouveau revêtement de sol (mais elle est locataire) ne serait pas un mal, ni une révision de sa démarche. Est-elle retraitée, travaille-t-elle encore ? Je vais tâcher de savoir ce qu’il en est. En tout état de cause, elle se lève tôt ; il est donc possible qu’elle travaille et revienne le midi chez elle…

Une mouette s’est de nouveau posée sur le rebord de la fenêtre ; c’est la troisième fois en une heure ; est-ce la même ? Je suis tenté de croire que oui. Elle me regarde en train d’écrire et je me demande si elle n’attend pas un morceau de pain. (J’imagine que l’une d’elles se pose sur le balcon, voire entre dans l’appartement…)

Elle est toujours chez elle et martèle le sol de son gros pas déterminé ; elle serait donc à la retraite (« ou bien elle a quelques jours de congés pour son déménagement », m’a dit Éléonore). À présent, elle fait un peu de ménage et de rangement avec ses chaussures à talons. On entend très bien. (J’ai beau faire, sa présence me perturbe et me tend. Je déchante…)