Je reviens de Mélo, suis au distributeur de tickets de métro de la gare de Lys, m’apprête à acheter mon ticket. Arrivent quatre gamins « roms » qui m’entourent (j’allais dire « m’encerclent », mais il n’y a aucune mauvaise intention de leur part – encore qu’à partir de cette seconde, je serre la mallette de mon laptop entre mes pieds, la garde constamment à l’esprit). Le plus jeune ne doit pas avoir plus de trois ans, le plus âgé sept ou huit. J’ai la monnaie dans ma main, ils sont autour de moi. Le plus âgé, sans rien demander et comme s’il l’avait deviné, fait la sélection pour moi, très vite, il a l’habitude. Je le laisse faire, glisse ma première pièce quand le plus jeune approche la main de l’écran et appuie sur la fonction « annuler ». La pièce tombe, je la récupère. Le plus âgé effectue la même opération – les trois autres s’agitent autour de moi –, je glisse ma pièce, le plus petit avance alors la main et annule. Je commence à m’énerver, dis au plus âgé de retenir le petit ; il opine, fait la sélection ; je glisse ma pièce, le petit avance la main ; le grand la repousse, je la repousse aussi et parviens à aller jusqu’au bout. Je valide (ça s’agite de plus en plus). Le ticket tombe dans son réceptacle et huit mains s’y engouffrent pour s’en saisir. Ils se poussent, crient, c’est à celui qui l’attrapera. L’un y parvient, l’a dans la main tandis que les trois autres tentent de le lui arracher. Il me le tend, je le prends et du reste de ma monnaie tire une pièce de cinquante centimes. Mais à qui la donner ? Je l’ai entre pouce et index, face à eux qui se poussent et crient, c’est à celui qui va l’avoir. Une main sort de la mêlée, je lui tends la pièce ; elle s’en saisit et tout à coup, tous les quatre tombent sur le sol, les uns attachés aux autres, s’attrapent au cou, se donnent des coups, l’un pour conserver la pièce, les trois autres pour la lui arracher. C’était saisissant… (Cet épisode ne m’aidera pas à aimer ce métro infect…« Prends le tram », m’a dit Éléonore. C’est vrai, je n’y pense jamais…)