La politique contre l'Église, et toutes les fourberies et autres saloperies qui s'ensuivent (intérêts, prévarications, soudoiements, trahisons, etc.), mais aussi un homme contre un autre : Henri II de Plantagenêt, le Français, contre Becket, le Saxon. Ensemble au départ, l'un à côté de l'autre, dans les frasques et les soumissions ; ils sont amis. Puis le Roi nomme Becket à la tête de l'Église, Canterbury. Becket prend dès lors Dieu comme ami contre le Roi, son ami. L'un chasse l'autre ; l'autre passe en France, puis chez le pape, puis à Pontigny où il se fait simple moine, puis revient en Angleterre. L'un et l'autre se retrouvent. Ils sont toujours amis, ils s'aiment. Mais l'un est roi et l'autre est avec Dieu dont il défend désormais l'honneur contre le roi. Il ne pliera pas. Le roi le fait assassiner...
Becket, c'est donc toute l'histoire d'une amitié. C'est du moins Anouilh qui le dit, qui l'écrit ; l'écrit avec leurs mots, des mots qui passent à travers les ripailles, les guerres, les putains, les filles volées. Ce sont des mots de ripailles et de putains. Les mots qui sans doute étaient les leurs ; du moins, je le présume, et je le vois bien ainsi ; comme je vois bien aussi toute l'histoire de Becket, dans sa clarté, une clarté qui m'avait été refusée par le texte d'Eliot,
Murder in the cathedral, dont je n'ai pas gardé le moindre souvenir. À relire...

La pièce a été représentée pour la première fois à Paris le 8 octobre 1959. Quelques notes de bas de page (cette édition à La Table ronde est de 1965, avec une jaquette qui porte la photo d'un film – Peter O'Toole en roi – dont, du reste, on ne sait rien) indiquent que certaines scènes ont été supprimées à la représentation de Paris – la première, selon toute vraisemblance. Pourquoi ? Rien ne le dit...

(Éléonore me précise que cette amitié, forte et comme éternelle, existait bien...)

31 août 1999