Agathe fait des gammes et des gammes. Agathe fait des gammes à n'en plus finir ; non du soir au matin, ou du matin au soir, comme le voudrait une certaine stéréotypie du langage, mais de midi jusqu'en fin d'après-midi, et ce effectivement, soit les mains posées sur le clavier à midi et retirées à la première seconde de dix-huit heures, soit six heures ininterrompues – ou peu s'en faut – durant lesquelles elles ne cessent de courir, d'aligner les notes d'un bout à l'autre du clavier, de faire se succéder les modes et les tonalités dont toute l'étendue et la diversité leur sont parfaitement connues et dont aucun et aucune ne semble être privilégié.

Midi est l'heure à laquelle elle s'éveille, c'est-à-dire l'heure à laquelle elle opère le contact avec l'environnement, l'extérieur, ce que l'on nomme réalité, mais ce qui chez elle s'appelle touches et notes, à défaut d'autres mots, de formule adéquate, car qui peut dire de quoi est constituée la réalité d'Agathe et quel nom peut lui être assigné ?