La porte s'ouvre à toute volée et son index est encore suspendu, pointé en direction de la sonnette, lorsqu'une masse la percute, et la fait reculer de deux ou trois pas sur le palier, la suffoque, lui brouille la vue et, l'espace d'une seconde, lui fait entrevoir un éclair d'éternité.

Elle se plie en deux, le souffle coupé ; puis relève la tête et découvre Ella devant elle dont le corps est venu à la rencontre du sien.

« Rodrigue ! mon dieu, mon petit Rodrigue ! »

Elle est hagarde et comme hallucinée, son corps tremble de toutes  parts ; c'est à peine si elle s'est rendue compte du choc, à peine si elle s'aperçoit de la présence de Bernadette, puis de celle d'Alexandre qui, en retrait, a assisté au choc, et qui les rejoint, puis retourne sur ses pas, va à la rencontre de Claude qui à son tour sort de l'appartement, livide et atterré.

« Rodrigue ! bon dieu, Rodrigue ! »

Bernadette attrape Ella aux épaules, tente de la retenir, de l'empêcher de se précipiter dans l'escalier.

« Qu'est-ce qui se passe, Ella ? »

Alexandre interroge et questionne Claude avec de brefs coups d'œil sur la jonchée des boules dans le couloir :